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7 novembre, 2012

DOSSIER : Élections USA 2012 Barack Obama : mais qui est donc « Mister Cool » ? TF1/LCI

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DOSSIER : Élections USA 2012

Barack Obama : mais qui est donc « Mister Cool » ?

PORTRAIT – Personnage assez secret malgré sa décontraction apparente. Rigoureux, méthodique et sûr de lui. Compétiteur, basketteur et golfeur accompli. Père et mari déclarant sa flamme devant des millions de personnes. Voici les faces moins connues du président américain.

On le surnommé « Mister Cool ». Car il ne perd jamais son sang froid. Du moins en public… Le 44e président des Etats-Unis et premier Noir à la tête de la première puissance mondiale a conforté mardi encore davantage sa place dans l’Histoire en étant réélu pour un second mandat. S’il est probablement l’homme le plus photographié au monde -du moins celui dont la photo est désormais la plus populaire sur les réseaux sociaux (lire notre article >Barack et Michelle Obama s’enlaçant : la photo la plus « likée » de tous les temps), Barack Obama est un personnage assez secret derrière un large sourire et des manières détendues faisant oublier qu’il est un homme politique.

Ceux qui en parlent le mieux sont donc ceux qui l’ont côtoyé à la Maison Blanche. A l’image de Greg Craig, ancien conseiller de Barack Obama, que TF1 est allé interroger. « Obama est méticuleux, discipliné, stratégique et surtout extrêmement exigeant avec ses conseillers. Il déteste le travail bâclé. Quand il n’a pas ce qu’il veut, il ne hurle pas ni ne fait la leçon, il dit juste ‘je suis un peu déçu’, mais au fond de lui il est furieux », raconte-t-il, décrivant une véritable machine intellectuelle, un homme rigoureux, méthodique  et sûr de lui.

Du sport et des séries TV

D’ailleurs, relate Greg Craig, même « sur un terrain de basket », le président américain « qui aime la compétition et déteste perdre », « on a l’impression qu’il joue une finale de NBA ! En politique, c’est pareil. Il ne lâche rien et continue jusqu’à ce qu’il gagne ». Autre sport auquel il s’adonne, le golf. On le voit aussi boire de la bière et promener son chien, et il met un point d’honneur, dit-il, à interrompre sa journée de travail pour aller dîner avec sa famille, sa femme Michelle et ses filles Malia, 14 ans, et Sasha, 11 ans, qui sont « comme une ancre pour lui », selon Greg Craig.

Au point qu’il a déclaré sa flamme à la First Lady mardi lors de son discours de victoire. « Je ne serais pas ici sans cette femme qui m’a permis de l’épouser il y a 20 ans. Je voudrais le dire publiquement : ‘Michelle, je ne t’ai jamais autant aimée. Je n’ai jamais été aussi fière de toi de voir le reste des Etats-Unis tomber amoureux de toi comme je l’ai été et comme je le suis’ », a-t-il lancé devant des millions de personnes (Lire notre article >La vibrante déclaration d’amour de Barack à Michelle).

Côté détente hors sport, le président dit apprécier « Homeland », « Boardwalk Empire », « Modern Family », comme il l’a raconté le mois dernier à TV Guide, aimer Lawrence d’ArabieCasablancaet Le Parrain…  mais seulement le 1 et le 2. Enfin en matière de musique, du classique Jean-Sébastien Bach au jazzy Miles Davis en passant par Bob Dylan, Stevie Wonder et même Jay-, Barack Obama a des goûts des plus hétéroclites… comme son caractère donc.

http://lci.tf1.fr/elections-usa/barack-obama-mais-qui-est-donc-mister-cool-7642786.html

A lire aussi :

4 août, 2010

Obama reçoit la jeunesse africaine à Washington

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Obama reçoit la jeunesse africaine à Washington

Obama reçoit la jeunesse africaine à Washington

Près de 120 jeunes leaders participeront au forum de la Maison Blanche

Dans le cadre de la célébration du cinquantenaire des indépendances de 17 pays d’Afrique, le président américain Barack Obama accueille du 3 au 5 août à Washigton 120 jeunes leaders africains. Issus de la société civile et du secteur privé, ces invités d’honneur prendront part, sous l’égide du président américain, à un forum de discussions. Objectif : trouver ensemble des solutions innovatrices aux défis économiques et à la problématique de l’automisation de la jeunesse.

La Maison Blanche ouvre ses portes à la jeunesse africaine. En l’honneur du cinquantième anniversaire des indépendances de dix-sept pays d’Afrique subsaharienne, le président Obama s’entourera à Washington, du 3 au 5 août, de 120 jeunes leaders africains de la société civiles et du secteur privé. Une décision prise également, selon la Maison Blanche, « en considération du caractère démographique extraordinairement jeune de la région ; et dans le cadre des initiatives visant à forger pour les années à venir des partenariats solides tournées vers l’avenir. »

« L’Avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes »

Ces invités de marque, réunis avec leurs homologues américains et des responsables du gouvernement des États-Unis, auront l’occasion de débattre en petits groupes de thèmes clés comme l’autonomisation de la jeunesse, la bonne gouvernance et les possibilités économiques. Au cours d’une séance de discussion présidée par Barack Obama, ils présenteront leur vision de la transformation de leur société dans les prochaines cinquante années. Les participants rencontreront aussi des représentants des organismes de base pour obtenir des conseils stratégiques à l’aune de leur expérience.

Au cours de ces trois jours à Washington, le gouvernement américain se donne clairement comme mission d’encourager les relations entre les jeunes leaders américains et africains en veillant à instaurer des partenariats durables dans un intérêt mutuel. Au nombre des invités, la rwandaise Ariane Inesha, directrice des communications à l’Institut rwanadais de recherche et de dialogue. Elle se réjouit de l’inititative américaine : « C’est une très bonne idée ; ça démontre une volonté des Etats-Unis de vouloir mieux cerner les problèmes de l’Afrique, vouloir mieux collaborer avec les Africains pour une meilleure entente, une meilleure collaboration dans notre façon de développer nos pays », explique-t-elle. Pour le Namibien Isaak Amupolo, fondateur et directeur de l’Ondangwa Drama Club, ce forum de la Maison-Blanche est une chance. « Ce sera pour moi l’occasion de découvrir les soucis des autres délégués africains et de voir quelles sont les solutions qu’ils envisagent, estime-t-il. Cela nous donnera également une chance de créer une plateforme à partir de laquelle nous pourrons débattre à l’avenir des grandes questions africaines. »

Lors de son discours le 11 juillet 2009 devant le Parlement du Ghana, premier pays d’Afrique noire auquel il a rendu visite après sa nomination, le président Barack Obama avait lancé : « L’avenir de l’Afrique appartient aux Africains eux-mêmes ». Le chef de l’exécutif américain avait insisté sur les difficultés à venir. « Cela ne sera pas facile. Cela réclamera du temps et des efforts. Il y aura des épreuves et des déconvenues. Mais je peux vous promettre ceci : l’Amérique sera à vos côtés, à chaque étape, en tant que partenaire, en tant qu’amie ». Barack Obama entend donc respecter sa parole en misant sur l’avenir de l’Afrique et ceux qui pourraient bien en devenir les dirigeants de demain.

Lire aussi :

- Obama révèle ses priorités pour l’Afrique à Accra
- Obama, l’Africain…

Près de 120 jeunes leaders participeront au forum de la Maison Blanche

lundi 2 août 2010 / par Leila Kaddour-Boudadi

Dans le cadre de la célébration du cinquantenaire des indépendances de 17 pays d’Afrique, le président américain Barack Obama accueille du 3 au 5 août à Washigton 120 jeunes leaders africains. Issus de la société civile et du secteur privé, ces invités d’honneur prendront part, sous l’égide du président américain, à un forum de discussions. Objectif : trouver ensemble des solutions innovatrices aux défis économiques et à la problématique de l’automisation de la jeunesse.

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Obama reçoit la jeunesse africaine à WashingtonQuasimodo
Bonjour Peut-on – ou est-ce simpliste -, faire un parallèle entre ce qui semble de l’ouverture d’esprit et ce qui se dessine en France ? Accueillir des gens, seraient-ils ceux d’un continent vers qui convergent des opportunismes, c’est toujours accueillir des gens plutôt que commencer une stigmatisation. Lorsque l’affaire Roms sera tirée au clair, peut-être apprendra-t-on en effet qu’il y a eu ostracisme en France à l’encontre d’ »étrangers » et que cela a attisé les braises ?.. – Mardi 3 août 2010 – 16:23

http://www.afrik.com/article20474.html

21 avril, 2009

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier« Maman en chef »

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Gamma

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

« Maman en chef »

Michelle et ses deux filles Sasha (7 ans) et Malia (10 ans).

 

 

Le Figaro

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

Cendrillon brillante, la nouvelle première dame est naturellement une star. L’ombre ne peut l’effrayer.

Paru le 20.01.2009 , par François Hauter

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Avec son menton volontaire et son sourire rayonnant, elle arrive de Chicago. Chicago, c’est le muscle de l’Amérique, l’endroit où toutes les richesses des grandes plaines convergent et se négocient, la ville où les hommes de caractère se forgent des destins exceptionnels, en prenant des risques, et en imaginant des solutions auxquelles les autres Américains ne songeraient même pas. Les hommes et les femmes de cette ville ne sont ni des visionnaires, ni des rêveurs. Ils sont des bâtisseurs. Michelle Obama, 44 ans, née Robinson, est donc une femme de Chicago, et avec son mari, c’est cette force concentrée qui prend le pouvoir à Washington.

Les élites noires de la capitale fédérale, tellement sophistiquées et raffinées que l’on en a parfois un peu honte pour les manières des Blancs, vont devoir s’adapter à « Michelle » (prononcez « Miiicheeel », comme dans la chanson des Beatles), « le roc de ma famille », explique Barack Obama.

Comptez deux « Michelle » à partir d’aujourd’hui. La First Lady d’abord, dont chaque geste, chaque tenue vestimentaire ou la moindre remarque sera interminablement commentée, d’autant qu’elle sera la première femme noire à occuper ce rôle de « reine des mères d’Amérique ». Les Américains chargent traditionnellement leurs présidents de tant d’espoirs, ils les idéalisent si fort au début de leurs mandats, que leurs épouses sont elles aussi hissées au firmament des millions de housewives (femmes au foyer) du pays.

 Tous les en kiosque

 http://madame.lefigaro.fr/celebrites/en-kiosque/1816-michelle-une-first-lady-atypique-au-caractere-d-acier/2

23 mars, 2009

Voici la transcription du discours de Barack Obama, traduit en français par l’AFP [investiture]

Voici la transcription du discours de Barack Obama, traduit en français par l’AFP :

Chers compatriotes

Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l’ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s’accumulent les nuages et que gronde la tempête.

Dans ces moments, l’Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l’habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.

Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d’Américains.

Nul n’ignore que nous sommes au beau milieu d’une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l’irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d’enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n’est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n’en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l’Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.

En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun au conflit et à la discorde.

En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.

Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses – certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes – qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.

Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d’une vie nouvelle.

Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l’Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.

Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh (Vietnam, ndlr).

A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s’en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l’Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l’appartenance à une faction.

C’est la voie que nous poursuivons aujourd’hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu’au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l’an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l’immobilisme, de la protection d’intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l’Amérique.

Où que nous regardions, il y a du travail. L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons – non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.

Cela dit, il y a des gens pour s’interroger sur l’ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n’est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l’imagination sert un objectif commun et que le courage s’allie à la nécessité.

Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c’est que le sol s’est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne – s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

Et ceux d’entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière – c’est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l’indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent – non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd’hui, depuis les plus grandes capitales jusqu’au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr): sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.

Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu’elle ne nous permet pas d’agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu’on en use prudemment; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l’humilité et de la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.

Nous allons commencer à laisser l’Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.

Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.

A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.

Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.

Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d’être indifférents aux souffrances à l’extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.

Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd’hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.

Nous les honorons non seulement parce qu’ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu’ils incarnent l’esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu’eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c’est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.

Quoi qu’un gouvernement puisse et doive faire, c’est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C’est la bonté d’accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d’ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.

C’est le courage d’un pompier prêt à remonter une cage d’escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d’un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l’honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c’est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n’acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu’il n’y a rien de plus satisfaisant pour l’esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.

C’est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.

C’est la signification de notre liberté et de notre credo, c’est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s’est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d’une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L’ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l’issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation (George Washington, nldr) a donné l’ordre que ces mots soits lus:

« Qu’il soit dit au monde du futur, qu’au milieu de l’hiver, quand seul l’espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu ».

O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu’il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l’épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s’arrêter, nous n’avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l’horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l’avons donné aux générations futures. »

 

http://www.lepoint.fr/presidentielle-americaine/regardez-le-discours-d-investiture-de-barack-obama-en-francais/1781/0/308854

25 novembre, 2008

Quand Al-Zawahiri insulte Obama : du radicalisme religieux à la haine raciale

zawahiri : réponse

Samedi 22 Novembre 2008 21h29mn 39s

De:

Quand Al-Zawahiri insulte Obama : du radicalisme religieux à la haine raciale
Posté par bakarysambe le 20 novembre 2008

Quand Al-Zawahiri insulte Obama : 

du radicalisme religieux à la haine raciale 

                                                                                               Par Bakary SAMBE

Les insultes racistes contre Barack Obama proférées par Ayaman Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, ne doivent pas être réduites à une simple dérive langagière. C’est un vieil impensé qui est remonté à la surface. Il n’est pas besoin de préciser, comme la grande majorité des Musulmans, notre désapprobation du discours et des méthodes de Zawahiri. Aussi, notre indignation pour ses propos à l’endroit de Barack Obama ne saurait-elle être comprise comme une quelconque défense de la politique extérieure américaine avec laquelle nous n’avons jamais  caché notre désaccord sur bien des aspects. 

Que s’est-il donc passé ? Un dirigeant d’une mouvance terroriste professant la haine et le bellicisme et incarnant l’intégrisme islamiste à son plus haut degré, vient de fonder sa critique d’un homme politique et de ses éventuelles décisions sur un critère racial, de couleur. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’il y associe Colin Powell et Condolezza Rice, tous ces Noirs « serviles » dans son acception. C’est là qu’on voit que tous les extrémismes, religieux comme politiques, se valent ! Ce discours n’a rien à « envier » à celui des partis d’extrême droite, racistes. Le même discours avait cours dans certaines radios communautaires lors de la guerre en Irak en 2003 pour critiquer Condolezza Rice, cette autre « négresse ». 

Le plus inquiétant est que Zawâhirî emprunte le biais religieux. Mais il faut vite se détromper de ces artifices. C’est tout un imaginaire habité de préjugés qui refait surface. J’ai eu, plusieurs fois, l’occasion de revenir sur les préjugés de certains Arabes au sujet de l’homme noir (l’inverse aussi peut-être vrai sauf que l’Africain musulman voit en eux des symboles du « bon croyant » !). Des Zanj au temps des Abbassides à la kahla (servante noire jusqu’à récemment au Maroc, ou dadda), du Waçif (utilisé en Tunisie) au ‘Azzî mais aussi le Kahlûsh (en Algérie), les sobriquets comme les quolibets ne manquent pas dans la rue arabe contemporaine pour tancer et s’amuser à rappeler au Noir sa prétendue « condition inférieure.» Quel étudiant africain en Egypte ou au Maroc, pour ne citer que ces pays, n’a pas entendu ces cris d’enfants comme d’adultes l’interpellant au sujet de sa couleur comme le Sammâra,
le ‘Azzî et j’en passe ! Il faudra chercher l’origine d’une telle attitude dans l’histoire. Même Ibn Khaldûn, esprit éclairé de son temps, parlait des Noirs en terme de « wahshiiyyîn, ou “mutawahhishîn”, “sauvages” en arabe : la vision arabe de l’Afrique et de l’Africain reste encore tributaire de ces préjugés. L’islamisation du continent n’a pas signé la fin des idées reçues et des préjugés. Aujourd’hui, encore, subsistent de nombreux préjugés malgré le partage d’une même religion. C’est que la mémoire collective dans le monde arabe a du mal à rompre avec l’imaginaire populaire et le caractère servile qu’il prête aux Noirs. C’est là toute la gravité des propos d’Ayman Zawahirî qui traite le président élu des Etats-Unis d’ « esclave » ; ce qui montre que c’est surtout sa couleur qui lui donnerait un tel « statut ». Il n’est pas rare de rencontrer des termes arabes désignant
l’homme noir qui renvoient à une certaine nature servile comme dans le parler arabe syrien moderne ou le mot ‘abd (littéralement esclave, peut désigner, en même temps, un « noir » tout court). Même s’il tend à disparaître du langage conventionnel ce terme ‘abd (esclave en rabe) peut, de temps en temps, ressurgir pour exprimer certaines situations ou choses ayant trait aux Noirs. Ayman Zawahiri a effectivement utilisé les deux termes très évocateurs de ‘Abîd (pluriel de ‘Abd, esclave) et zunûj (pluriel de Zanj, en référence aux esclaves noirs (qui s’étaient révoltés) au temps des Abbassides).  Il dit les emprunter de Malcom X ! Le conseil américain des Relations avec l’islam n’a pas été dupe d’une telle espièglerie et n’a pas tardé à condamner de tels propos qui ne sauraient engager les Musulmans. 

Il faut néanmoins reconnaître les efforts éducatifs de certains pays, comme l’Algérie, alors, « révolutionnaire », avaient essayé de rompre avec cette image de noir africain, en initiant une véritable promotion de la culture sub-saharienne. 

C’est pourquoi je ne veux pas croire à un racisme naturel des Arabes envers les noirs ou encore moins l’insinuer ! Mais il y a bel et bien un réservoir d’imaginaires enfoui sous les strates de l’histoire qui tend à remonter constamment en surface pour alimenter discours et perceptions. 

L’on me rétorquera certainement qu’Al Zawahiri, dans sa condamnable allocution, a quand même fait l’éloge d’un Malcom X, lui le Musulman ! Mais c’est bien là le nœud du problème. 

L’homme noir, dans les plus vieilles représentations arabes est considéré toujours avec une présomption d’irréligiosité… jusqu’à preuve du contraire (la scène est banale : salam cousin, t’es muslim ? oui ! alhamdoulilah ! et lui alors ? mon frère ?) 

Il faut dire que dans le discours islamiste, la négation de la diversité des réalités islamiques et la reconnaissance des apports possibles d’autres courants sont une constante têtue. 

J’ai plusieurs fois attiré l’attention sur les préjugés qui perdurent et dont souffrent les Musulmans noirs et l’islam africain. On peut en arriver à penser que quelques fois derrière la condamnation systématique de certaines pratiques de l’islam de l’islam chez les Africains, directement rangées au nombre des bid’a innombrables et blâmables, il y a quelque part le mépris de l’homme tout court. Les Musulmans africains doivent-il toujours tout copier et ne jamais rien apporter ? Ils doivent se dissoudre dans une sorte d’islam standardisé souvent modelé voire « Mcdonnalisé » par les conceptions « frères musulmans », puis s’arabiser dans leur accoutrement et leur expression pour enfin (!) être admis comme « bons musulmans », comme des « frères ». 

Cette tendance n’épargne pas la France. Une scène invraisemblable à l’Université de Californie à Los Angeles me pousse de plus en plus à le penser. Lors d’une rencontre avec l’équipe de recherche sur l’islam et le Moyen-Orient dirigée par le Professeur Jonathan Friedlander (UCLA International Institute), un haut responsable musulman, par ailleurs membre de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) et président d’un Conseil régional du Culte musulman, a osé traiter l’islam pratiqué par les Africains dans sa version confrérique comme un simple « folklore dénué de toute spiritualité ». Je suis sûr qu’il dirait la même chose des ibadhites ou des chiites duodécimains comme ismaéliens (si cela peut consoler !) ; de tous ceux qui sont différents de lui, en somme ! Il n’est donc plus étonnant qu’on ferme la porte des mosquées à des Musulmans africains voulant y célébrer un évènement aussi important
dans leur vie spirituelle que le Mawlid (commémoration de la naissance du Prophète) ! A quoi bon laisser des groupes de musulmans « folkloriques » entonner la Mimiya d’El Hadji Malick Sy ou les Qaçâ’id d’Ahmadou Bamba dans les mosquées ? Eh oui, cela fait un peu désordre ! Et les Anâshid des Frères en derbouka ? Ce n’est donc pas pareil ! En 2006, Un responsable musulman africain en Provence décriait même une rcertaine dérive qui risque de conduire à l’« ethnicisation » des mosquées. 

Quel rapport me dira t-on ? La négation de la diversité, le fait d’ériger un mode de religiosité en modèle unique et exclusif, la croyance à une incapacité ou légitimité des certains à apporter quoi que ce soit en les condamnant au mimétisme, l’exclusion par le culte exacerbé des appartenances sont les ingrédients communs au discours et à toutes les conceptions unitaristes et dogmatiques de l’islam dont celle de Zawâhirî. Ils conduisent aux mêmes dérives. Et tout ceci n’aide pas à une véritable éducation à la diversité et au respect des différences qui est une nécessité dans le monde arabe. Il ne faudrait pas entrer dans le jeu de ceux qui font du noir musulman un frère et de l’autre un simple kahlush  un esclave noir comme le pense Zawahiri. C’est bien cela qui transparaît dans son discours haineux et inacceptable. 

Le radicalisme religieux et le discours raciste de Zawâhiri porte les mêmes germes de haine et de totalitarisme que les thèses d’extrême droite ou ultranationalistes d’ailleurs. On peut se féliciter, pour le moment, que ce type de discours franchissant le rubicond, du radicalisme à la haine raciale, reste minoritaire chez les Musulmans. En plus, il ne faudrait jamais tomber dans le travers qui veut que l’on s’émeuve du seul racisme dont on est victime en faisant la sourde oreille sur celui qui touchent les autres. Ce serait la négation de l’universalité même de l’humain ! 

Il est sûr que le travail d’éducation à la diversité et à sa reconnaissance s’impose à jamais en un véritable défi à relever dans le monde arabo-musulman. 

Bakary SAMBE 

bakary.sambe@gmail.com

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Arabes et Africains : Regards croisés, Des considérations mutuelles aux enjeux identitaires
Posté par bakarysambe le 17 novembre 2008

Arabes et Africains : Regards croisés

Des considérations mutuelles aux enjeux identitaires (Partie 1)

Par Bakary SAMBE

Pour l’Africain musulman, l’homme arabe est le symbole du « bon croyant ». L’étroite relation entre la langue arabe et le texte coranique, véhicule de la religion musulmane est l’origine de cette perception. Néanmoins, d’autres explications sont à chercher dans le mode et les différentes étapes de l’islamisation de la partie subsaharienne du continent. Les Arabes (ou arabo-berbères ?) y ont joué un rôle important qui débuta avec le commerce transsaharien et se poursuivit durant les siècles qu’a pris l’introduction de la religion musulmane. Toutefois l’islamisation en profondeur du pays fut réalisée grâce à une action interne de guides religieux africains. Pour avoir été le premier réceptacle du message coranique, les Arabes sont, sans nul doute, des privilégiés naturels pour le leadership du monde musulman. S’ils sont numériquement minoritaires, ils demeurent culturellement dominants, bénéficiant avant toute chose du
prestige linguistique et de la primauté historique.

Peu signifiant, sur le plan numérique (à peine 20 pour cent), le monde arabe doit sa position dominante dans la sphère islamique à bien d’autres facteurs. En effet, les peuples arabes sont, d’un faible poids démographique dans l’ensemble musulman dont ils ne représentent que le cinquième. Le pays arabe le plus peuplé qu’est l’Egypte est le huitième « pays musulman » en nombre de fidèles, derrière l’Indonésie, le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et le Nigeria. Mais le poids culturel hérité d’un passé lointain ne peut qu’effacer cette faiblesse quoi qu’en disent les chiffres et les estimations. Le leadership arabe, dans le monde musulman, a d’autres explications. Comme le dit Pascal Bonnefous[, “Diffuser le message qui aboutit aux conversions fait avancer, du même pas que la croyance, un mode de vie et, pour ainsi dire, une vague culturelle qui, tout en épousant les contours identitaires n’en submerge pas moins le
paysage social et le relie à un autre où elle s’est formée”.

Les peuples ayant embrassé l’islam ont, certes, leurs spécificités culturelles ineffaçables malgré l’empreinte de cette religion dont la pratique touche bien des domaines de la vie sociale. L’acculturation de nouveaux “assujettis”, est néanmoins une constante de tous les brassages civilisationnels. Pour P. Bonnefous bien qu’ils aient gardé leurs spécificités, « les peuples qui professent la foi musulmane véhiculent, presque malgré eux (?), des valeurs nées et exaltées sur la péninsule Arabique, partie intégrante et éminente du monde sémitique ».

Malgré l’apparente symbiose occasionnée par le partage d’une même religion dans certains cas, les rapports entre Arabes et Africains, sont caractérisés par la persistance de préjugés et de perceptions.

I – Les Noirs africains dans l’imaginaire arabe : entre préjuégés et idéologies

Sur un plan linguistique, l’Africain est désigné chez les Arabes par différents termes, au fil de l’Histoire. Il est plutôt assimilé au “noir” vu la délimitation géographique déjà reconnue par Ibn Khaldûn et encore d’usage chez les géographes modernes. Le bilâd as-sûdân (pays des Noirs) est le domaine habité par les négro-africains, dénommés dans les différents recueils d’historiens arabes “sûdân”. Ainsi, on retrouve le terme de zanj dès l’époque des Abbassides ou même à l’époque anté-islamique où la légende de ‘Antara Ibn Chaddâd animait les chroniques. Comme toute vision par autrui, celle des Africains par les Arabes sera, pendant très longtemps, marquée par une subjectivité notoire à l’origine de préjugés raciaux, voire racistes, encore persistants dans le monde arabe.

Déjà chez Ibn Khaldûn, pourtant esprit éclairé de son siècle, le terme wahshiiyyîn, ou “mutawahhishîn”, “sauvages” en arabe, était d’usage pour désigner les populations noires en général. En somme, la vision arabe de l’Afrique et de l’Africain restera longtemps tributaire de ces préjugés. L’islamisation du continent, en partie, par les Arabes atténuera, certainement, cette position mais elle ne signera pas la fin d’idées reçues qui ont la vie dure. Aujourd’hui, encore, subsistent de nombreux préjugés malgré le partage d’une même religion. C’est que la mémoire collective dans le monde arabe a du mal à rompre avec l’imaginaire populaire et le caractère servile qu’il prête aux Noirs. Il n’est pas rare de rencontrer des termes arabes désignant l’homme noir qui renvoient à une certaine nature servile. Le terme ‘abd (esclave en rabe) même s’il tend à disparaître du langage conventionnel peut, de temps en
temps, ressurgir pour exprimer certaines situations ou choses ayant trait aux Noirs. Il est vrai que certains pays, comme l’Algérie, alors, « révolutionnaire », avaient essayé de rompre avec cette image de noir africain, en initiant une véritable promotion de la culture sub-saharienne. C’était au moment où l’Algérie se considérait comme le « carrefour » des mouvements de libération des nations en lutte pour leur souveraineté. L’engouement entourant les manifestations du Premier festival culturel Panafricain en 1968, à Alger, témoigne de la volonté de dépasser de tels préjugés au Maghreb.

A l’époque, L’africanité du Maghreb représentait un enjeu politique majeur. Rappelons que l’hebdomadaire officiel du FLN s’appelait « Révolution africaine » et ses mots d’ordre révolutionnaires, aussi, passaient par une sensibilisation à l’unité de l’Afrique, malgré ses diversités. Mais, il sera très difficile d’effacer une réalité historique ou de révolutionner les mentalités dans un Maghreb où l’imaginaire populaire s’était forgé sa vision du Noir, avec ses stéréotypes. Même au Maroc, pays du Maghreb pourtant considéré comme le plus attaché à ce que Hassan II appelait ses « racines historiques africaines », l’image qu’on se faisait du Noir semblait rejoindre la tendance générale dans le monde arabe. La condition servile à laquelle était associé le statut social du Noir était restée dominante dans les représentations. La tradition de posséder des servantes ‘abîd (pluriel de ‘abd =
esclave) dans les « grandes maisons », était encore vivace.

Partout au Maghreb, il y a eu cette croyance en l’existence d’une appartenance de toutes ces personnes « serviles » à une lignée d’esclaves devant, naturellement, effectuer les travaux pénibles. Cette condition était incarnée par deux figures omniprésentes dans l’environnement culturel et social maghrébin : celles de dada, servante, nounou noire, chargée des tâches ménagères et du hertani (de l’arabe harth,culture de la terre). Ce dernier terme désignait une catégorie sociale inférieure qu’on différenciait des castes nobles, notamment, en Mauritanie, pays très esclavagiste, malgré les efforts gouvernementaux du début des années 80. On rencontrait, aussi, des Noirs esclaves dans les oasis de la Tunisie ou jusque récemment en Mauritanie où la lutte politique des populations négro-africaines est assimilée à un combat pour leur affranchissement. En tout cas, dans les cultures locales populaires du Maghreb, l’image du
Noir restait associée à une condition inférieure comme en témoignent des chansons célèbres des années 50-60 telles que «Al-kahla », (la Noire) de la figure emblématique marocaine, Houssein Slaoui. Bien qu’une certaine sympathie aux relents paternalistes entoure, quelques fois, la figure du Noir, dans la culture populaire, le terme le « waçiîf » utilisé, surtout en Tunisie, pour désigner des serviteurs noirs est sémantiquement très proche de celui de « hertani ». On trouvait les waçfân (pl. de wçîf) comme portiers des mausolées de saints ; ce qui faisait d’eux, quelques fois, des figures mystiques, intermédiaires entre le monde des saints et des profanes. D’où, d’ailleurs, cette tradition de solliciter des personnes de couleur noire pour exorciser des possédés, tels que les rites Gnâwa au Maroc etc. Mais le statut des Noirs est toujours entouré d’une certaine ambiguïté, de manière très complexe, entre le
péjoratif et le mystique. Ainsi, le wçîf tunisien, équivalent du Gnâwî marocain, était une des figures de l’imaginaire populaire trouble et en rapports avec les superstitions de ceux qui croyaient à son association avec les djinns. Seules deux figures noires ou supposées comme telles arrivent à évoquer, dans le monde arabe, respectivement, l’héroïsme et la sainteté : ‘Antara Ibn Chaddâd et Bilâl[6]. Le premier, héros préislamique, doit son statut à ses prouesses guerrières légendaires, malgré les considérations « négatives » qui « entachèrent » sa généalogie. Le second Bilâl ou sayyidunâ Bilâl, chez les Musulmans, fut le muezzin du Prophète Muhammad. Malgré le rôle important qu’il jouera sur le plan religieux, il reste très loin de l’aura qui entoure d’autres Sahâba (Compagnons du Prophète). A titre d’exemple, il n’existe, à notre connaissance, aucun Hadith parole attribuée au Prophète, où il
est cité comme rapporteur alors qu’il est souvent présenté comme faisant partie de l’environnement quotidien et immédiat de MuÎammad. Quelques témoignages essayent de montrer l’attachement du Prophète à ce personnage qu’il aurait défendu par rapport à quelques actes ou paroles de nature raciste provenant de ses contemporains.

Même s’il ne s’agit pas toujours d’un racisme dans son sens moderne, l’image du Noir a beaucoup souffert de ce poids historique ou légendaire. Ce fait est vu par certains intellectuels maghrébins, non pas comme une organisation ségrégative des places dans la société en fonction de la couleur de la peau ou de l’appartenance linguistico-culturelle, mais une simple difficulté à assumer le carrefour où se croisent arabo-berbères et négro-africains.

Ce sens de la mesure n’est pas du tout partagé au Moyen Orient et dans la presqu’île arabique où l’esprit esclavagiste domine dès qu’il s’agit des rapports avec des personnes de couleur noire. Même le partage d’une même religion n’a pas facilité une évolution des mentalités.. Un membre de la Commission d’encadrement de pèlerins sénégalais témoigne que leur guide saoudien avait tout simplement refusé d’indiquer la tombe de Bilâl aux fidèles qui souhaitaient s’y recueillir. Il argua que quel que soit le statut religieux d’un Noir, il demeurait « mamlûk », la possession d’un maître, un esclave (on sait bien que Bilâl ne fut pas enterré dans l’actuelle Arabie Saoudite, mais cette réponse illustre tout l’impensé construit sur des préjugés qui ont la vie dure !)

De telles considérations pèseront sur la manière dont la prédication de l’islam en Afrique noire sera toujours conçue par les « missionnaires » arabes modernes et leurs financiers. L’Afrique noire, a pendant longtemps, symbolisé le domaine de l’incroyance et de l’absence de religiosité dans l’imagination des Arabes tels que cela apparaît nettement dans de nombreux écrits et témoignages.

A – L’Afrique des historiens Arabes ou la terre de l’irréligion :

En y regardant de près, sans anachronisme, il y a une certaine similitude, dans la démarche, entre la théorie de la tabula rasa, reprise par l’idéologie colonialiste pour justifier le rôle “civilisateur” de l’Europe, au faîte de sa puissance, après la révolution industrielle, et celle des prédicateurs arabes de l’islam, en Afrique noire.[7] Les « historiens » arabes traitant de l’Afrique noire parlent d’une région où règnent la “barbarie” et l’ignorance. A titre d’exemple, on pourrait se pencher sur l’exemple d’Ibn Khaldûn[8]. Dans sa 3 ème Muqaddima, Ibn Khaldoun soutient la thèse selon laquelle les caractéristiques physiques, culturelles et morales des hommes sont fonction de leur localisation géographique. A partir de cette idée, il construira toute une vision des plus négatives sur les peuples du bilâd sûdân (pays des Noirs). Ainsi, d’après l’un des précurseurs de la sociologie au XIV ème siècle, les peuples
habitant loin des climats tempérés (al- ‘i‘tidâl ) comme ceux du bilâd as-sûdân sont démunis de toute “civilisation” au sens Khaldounien ; al-‘umran (terme arabe qui sera plus tard synonyme de Hadhâra). Poussée plus loin, cette opinion va donner naissance à des préjugés qui marqueront des générations entières. On peut retrouver, encore aujourd’hui, des écrits similaires chez le Syrien Mahmûd Shakir[ dans son ouvrage  Mawâtin al-Shu’ûb al-islâmiyya : Al-Sinighâl). (Régions des peuples musulmans : le Sénégal). Ce qui paraît étonnant dans la démarche d’Ibn Khaldûn, c’est que le sociologue qu’il est ne nous dit rien des pratiques sociales des peuples qu’il prétend étudier. Il se contente de décrire des peuples vivant dans une totale anarchie, sans religion, dépourvus d’organisation sociale et de “civilisation”. C’est pourquoi, de ses descriptions simplistes, il n’aboutit qu’à de simples remarques : “ces
peuples, essentiellement noirs construisent leurs habitations en terre battue, avec des bambous. Ils portent des habits en herbe et en cuir” conclut-il, sans aucune explication sociologique sur la portée ou signification de telles pratiques.

De la même manière que le milieu détermine, selon lui, la culture et la vie sociale – s’il leur en reconnaît une -, Ibn Khaldoun croit que ces habitants du bilâd as-sûdân sont dépourvus de toute humanité. Il soutient, dans la Troisième Muqaddima, que “ leurs mœurs sont très proches du comportement des animaux (sauvages) ”. On pourrait être amené à penser que ces opinions qui se dégagent de la conception khaldounienne étaient répandues à son époque. D’un certain point de vue, il se dégage une volonté d’être conforme aux idées alors en vogue. Ce qui paraît, toutefois, étrange est la grande similitude entre la vision khaldounienne des Noirs et celle des Européens, cinq siècles après, durant l’ère coloniale. : ” la plupart des noirs habitent dans des cavernes, mangent de l’herbe. Ils sont sauvages et non socialisés, se mangent entre eux (…) ». Mais l’autre fondement de la vision khaldounienne est d’ordre
religieux quand il soutient que ces Noirs ne connaissent pas de prophétie et ne suivent pas une Charia au sens d’une religion révélée disposant de textes sacrés et d’un code normatif. Cependant, selon lui, certaines régions habitées par des Noirs font exception à cette règle. Il cite en exemples les habitants d’Ethiopie (chrétiens) et ceux des Empires du Mali, de Gao et du Tekrour ainsi que des régions proches du Maghreb et qui sont “adeptes de l’islam ”.

Les dernières précisions pourraient porter à croire qu’en parlant de jâhiliyya (ignorance) et d’irréligion, le sociologue arabe pensait plutôt aux zones d’Afrique tropicale non islamisées demeurées impénétrables par la religion musulmane. Cette hypothèse pourrait se consolider si l’on considère qu’à part l’Ethiopie, les régions citées comme exception englobent, aujourd’hui, la plupart des pays à dominante musulmane d’Afrique de l’Ouest, dont le Sénégal.

Le Sénégal fut partie intégrante de l’empire du Mali. Le royaume du Tékrour, aussi, n’est que sa partie septentrionale d’aujourd’hui. Il s’étendait en bordure du fleuve Sénégal et fut pendant longtemps la zone tampon entre le bilâd sûdân et la Mauritanie voisine se considérant comme arabe ou arabo-berbère. Pour Ibn Khaldûn, passées ces limites géographiques, la religion est chose inexistante comme l’est la science “mafqûd” et tous leurs aspects sont loin de ceux des êtres humains .Le terme généralement utilisé, dans des études similaires, pour désigner les systèmes de croyances africains est celui de jâhiliyya,  Il est, quelquefois, employé au sens d’une absence de toute religiosité ou, en tout cas, une religiosité aux antipodes du “sentier droit” qui serait l’islam, aux yeux des chroniqueurs arabes médiévaux.

A suivre…….

5 novembre, 2008

OUI C’EST FAIT OBAMA EST ELU PRESIDENT [TEBAWALITO]

IL YA QUELQUES MOIS, LORSQUE NOUS LUTTIONS TOUS SYMBOLIQUEMENT ET PHYSIQUEMENT POUR SOUTENIR DE LOIN OU DE PRES OBAMA, J’AI REPONDU PAR CES COMMENTAIRES (cf plus bas). NOUS Y AVONS CRU ET DEPUIS LA NUIT DU 4 AU 5 NOVEMBRE 08  NOTRE CROYANCE S’EST CONFIRMEE. YES WE CAN!!!!!!AUJOURD’HUI IL Y EST!!!MAINTENANT NOUS DEVONS PRIER, POUR QU’IL PUISSE MENER A BIEN SON MANDAT ET ASSUMER AVEC COURAGE LA GRANDE RESPONSABILITE, QUE LE MONDE ENTIER FAIT PESER SUR LUI. C’EST A CROIRE QU’IL SERA UN SURHOMME? NON C’EST AVANT TOUT UN ETRE HUMAIN, AVEC UNE OBLIGATION DE MOYEN. C’EST HISTORIQUE L’USA VIENT DE PROUVER ENCORE UNE FOIS AU MONDE ENTIER QU’ELLE EST UNE GRANDE NATION. ELLE VIENT DE DONNER UNE LEçON D’HUMANISME AU MONDE ENTIER. LES USA ONT DIRECTEMENT POSER EN ACTE LEURS EXCUSES AUX NOIRS ET AUX AUTRES MINORITES. ILS ENTERRINENT AINSI UNE LONGUE MARCHE VERS LA RECONCILIATION, DE  LEURS DIFFERENTES COMPOSANTES. MARCHE, QUI A COMMENCE IL YA 40 ANS. NOUS AVONS ETE TEMOINS CETTE NUIT D’UNE PAGE D’HISTOIRE, QUI VIENT DE SE TOURNER. UN BLANC FRANçAIS DISAIT HIER LORS DES MANIFESTATIONS ORGANISEES PAR LE CLUB MILLENIUM ET ANIME PAR LE PRESIDENT DU CRAN « QUE L’ELECTION D’OBAMA REND AUSSI JUSTICE AU BLANCS ». NOUS ESPERONS, QUE D’AUTRES PAYS QUI SONT UN PEU TIMIDE A OUVRIR LES PORTES DU POUVOIR AUX MINORITES TIRERONT LES LEçONS ET PRENDRONT DES DISPOSITIONS POUR QU’IL YAIT CHEZ EUX DES OBAMAS. NOUS LOUONS LE FAIRPLAY ET LA DIGNITE DE MAC CAIN, QUI A APPELE SES ELECTEURS A SOUTENIR BARACK DANS L’EXERCICE DE SES FONCTIONS PRESIDENTIELLES AVEC BEAUCOUP DE SINCERITE ET PRENANT AUSSI EN COMPTE, LE SENS QUE CETTE ELECTION A POUR LA POPULATION NOIRE. IL RESTE UN BRAVE HOMME RESPECTUEUX DE SON ADVERSAIRE ET SANS VRAIMENT LE DIRE, IL NOUS FAIT COMPRENDRE : QUE CE N’EST QUE JUSTICE. « UN NOIR AU POUVOIR SUPPREME NOMME OBAMA »C’EST ENCORE CELA LE RÊVE AMERICAIN. LCI DIT QUE C’EST UN TRIOMPHE POUR LES DROITS CIVIQUES »MERCI LES USA D’AVOIR RETABLI LA JUSTICE Là OU L’INJUSTICE A FAIT FUREUR. TEL ETAIT LE « I HAVE DREAM » DE MARTIN LUTHERKING.

JE FAIS UN CLIN D’OEIL A MON PAYS ADORE LA FRANCE ET LUI JE POSE LA QUESTION SUIVANTE : EST CE QUE MON FILS WESLEY? QUI A BIENTOT 14 ANS POURRA T-IL UN JOUR ACCEDER AUX PLUS HAUTES INSTANCES FRANçAISES???IL EST NE EN FRANCE, IL SE DIT FRANçAIS ET ADORE CE PAYS. JE TIENS A LUI FAIRE CONNAITRE L’AFRIQUE POUR QU’IL SACHE D’OU JE VIENS. MAIS C’EST AVANT TOUT UN FRANçAIS!!!

CHERS VISITEURS? LES MOTS ME MANQUENT POUR VOUS EXPRIMER CE QUE JE RESSENS AUJOURD’HUI ET COMMENT MON ESPOIR A GRANDI DEPUIS LA NUIT DU 4 AU 5 NOVEMBRE 08. VOS COMMENTAIRES ONT ETE NOMBREUX POUR POINTER CE PROJET DE CHANGEMENT QU’A PORTE OBAMA CAR IL NOUS APPARTIENT A TOUS. MAINTENANT C’EST FAIT. JE VOUS PROMET LES DISCOURS QUI ONT ETE PRONONCES APRES L’ELECTION PAR MAC CAIN BUSH ET LE VICTORIEUX OBAMA.

tebawalito écrit :
15 septembre, 2008 à 14:36 e 

bonjour M.Elisabeth je suis ok avec vos arguments. Je dirai même, qu’après des annéees de défiance entre blancs et noirs voire autres (races), un changement est entrain de s’opérer. Il faut dire, que longtemps les afro et les blancs se sont évité. C’est à dire qu’ils n’ont pas vraiment essayé de prendre le temps d’une vraie rencontre. C’est à dire de faire l’effort de surmonter les peurs et de prendre vraiment le temps de faire connaissance. Résultats les communautés se côtoient sans vraiment se connaître. Mais, je pense que notre époque est unique en ce sens que tout est mis en oeuvre dans toutes les communautés pour favoriser ces rencontres,pour en faire une réalité. Resultat: une meilleure connaissance de l’autre fait tomber les barrières de la méfiance, de la défiance. Les USA sont dans la rencontre de l’autre et la reconnaissance de ses capacités. L’Afrique du sud a vécu ce poids de la défiance. Cette situation a longtemps freiné les relations intercommunautaires. Mais, depuis ils ont fait confiance à Mandela, puis à Thabo MBEKI. C’est aujourd’hui au tour des USA de prouver au monde que cette barrière était inutile et qu’il n’est pas trop tard pour eux de vivre la plus belle histoire de leur pays. Je crois que beaucoup de blancs ne demandaient qu’à faire confiance à leur frère noir. Ils ont étudié et analyser les choses avant de choisir OBAMA. Le choix d’OBAMA est un geste des américains vers toutes ces minorités écartées pendant des années du pouvoir, mais il ya aussi sa personnalité emprunt d’humanisme, son parcours ainsi que sa compétence l’illustre. Au delà de toutes ces histoires de couleur, je ne pense pas qu’un blanc poussera jusqu’à élire une personne uniquement pour sa couleur de peau. Même si, une impression peut donner à penser que les blancs prise de remords essaient de se racheter envers les noirs en choisissant OBAMA, moi je reste convaincue que l’objectif profond reste le changement. Mais pas à n’importe quel prix. Donc en conclusion, oui ils veulent le partage du pouvoir mais avec une personne méritante , parce que compétente, brillante portant des valeurs de rassemblement, humaniste et juste. Si nous “noirs” aussi faisons preuve de probité, si nous mettons à distance tout ce qui rappelle la rancune, la haine en mettant en avant plus de fraternité, nous verrons alors se alors se multiplier des OBAMA dans le monde. Le nombre américains blancs est entrain de décroître d’ici 2040 disent les journaux, ils ont besoin d’être rassurés sur les futurs dirigeants des USA qui emmergeront dans l’avenir. Peu importe, qui sera président, leurs préoccupations se résumera en une phrase : “Ce président d’une autre couleur que moi sera-t-il suffisamment au dessus de tout clivage communautaire pour me protéger???? Voila la grande question. Et je suis convaincu qu’OBAMA est cette personne là. Il faut croire en l’homme. Je ne pense pas que les noirs peuples pacifiques portent en eux la haine. Alors ne changeons pas car nous sommes amours. Tebawalito

tebawalito écrit :
24 mai, 2008 à 13:27 e 
bonjour Dominique, je suis 100% avec OBAMA c’est la rectitude. Vois tu il m’a fallu prendre mon dictionnaire et saisir le sens de rectitude pour te répondre. RECTITUDE signifie: caractère de ce qui est droit, rectiligne. Conformité à la raison, à la justice, à la rigueur…pour résumé une personne fiable. Je voudrai ici m’atteler à la partie justice car ce que nous combattons aujourd’hui et pour lequel Nous avons élu OBAMA dans nos coeur ce sont les inégalités, les injustices. Son discours sur son pasteur que j’ai publié en présentation sur mon blog, ne triche pas. Il a le mérite de pointer les inégalités dont souffre une partie de la population, celle qui touche blancs et noirs confondus. Celles qui n’a pas de couleur. En matière de miser de précarité, il n’ya pas de couleur et c’est cela qu’il faut éradiquer. Sur ce plan, toutes les personnes laissées pour compte n’ont pas de couleur, elles sont tout simplement dans le même bateau. Néanmoins, il s’est risqué aussi à mettre le doigt sur ce qui aurait pu lui coûter cher dans sa campagne : la question de la souffrance des noirs. Une chose est sûre, nous avons plus trembler pour lui que lui même, pourtant il a continué sa course avec des victoires à la clé. Je pense que les blancs aussi en ont marre de cette situation et ont aussi je dirai maturé dans leur reflexion. Il n’est plus possible de penser le monde en terme de sous homme plat preféré des racistes. Je pense que blancs et noirs cherchent maintenant à bâtir quelque chose de plus fraternelle afin de gommer à jamais cette partie de l’histoire. C’est pour cela qu’on y crois tous en commençant par l’IOWA qui a ouvert la marche à OBAMA. Nous devons y croire car l’homme change et c’est cet homme capable de changer qui sera le visage de demain. Nous devons faire confiance aux USA et y croire. Vive B.OBAMA 

Souvenirs écrit :
5 novembre, 2008 à 12:40 e C’est fait !
Il est président !
C’est une victoire pour les états-unis, pour les afro-américains, l’afrique, le monde tout entier. 

Cette élection n’est comparable à aucune autre ! Ni à celle de JFK, ni a celle de Mitterand, ni à celle de Sarkozy !  Cette élection c’est la sienne Bravo 

3 novembre, 2008

Joe Biden, l’expérience à force de ténacité/Sarah Palin, la néophyte qui charme et braque à la fois/

Joe Biden, l’expérience à force de ténacité

il y a 10 min

Joe Biden, colistier de Barack Obama pour la présidentielle du 4 novembre après avoir été l’un de ses rivaux Lire la suite l’article

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Discussion: USA 2008 : la présidentielle américaine

dans le camp démocrate, est un sénateur expérimenté et un spécialiste des relations internationales que ses qualités n’ont pas toujours mis à l’abri des dérapages.

L’actuel sénateur du Delaware a brigué la Maison blanche une première fois en 1987, époque où il faisait figure de prodige enclin aux gaffes : brillant orateur, il pouvait aussi « se prendre les pieds dans le tapis » et faire mauvaise récolte. Aujourd’hui, les sondages font apparaître un élu chevronné de 65 ans, capable d’aider Obama – étoile montante de dix-huit ans plus jeune que lui – à gagner la présidence. « Il y a vingt ans, Joe Biden n’était pas prêt pour l’heure de grande écoute. Il est devenu plus discipliné, il est très respecté », selon Norm Ornstein, expert du monde parlementaire à l’American Enterprise Institue. « Il ne calcule toujours pas chacune de ses paroles, mais c’est un grand atout de campagne. » Si, d’un avis général, il renforce le ticket démocrate et lui apporte 35 ans de pratique du Sénat, Biden n’a pas suscité l’excitation provoquée par son adversaire républicaine Sarah Palin, gouverneur de l’Alaska, ni attiré des foules comparables.

Mais d’après les sondages, la plupart des Américains jugent Biden plus qualifié pour le poste que Palin et le considèrent comme le vainqueur du seul débat qui les ait opposés. Comme bien d’autres sénateurs, Biden passe pour verbeux et égocentrique. Mais il est conscient que, dans une administration Obama, sa place se situerait derrière le président. « Pour chaque grande décision qu’il aura à prendre, je serai assis dans la pièce pour lui fournir mes meilleurs conseils », a-t-il dit durant son débat avec Palin. « C’est lui le président, pas moi. »

Dans une interview au New Yorker, Biden a pourtant dit avoir fait comprendre à Obama qu’il comptait jouer un rôle actif au gouvernement s’il

acceptait de faire de lui son colistier: « Je lui ait dit, écoute, Barack, si tu me demandes cela, ne le fais pour aucune autre raison que le respect de mon jugement », a dit Biden. « Je ne veux pas être un vice-président qui ne fasse pas partie des grandes décisions que tu prendras. »

ÉCHECS ET TÉNACITÉ

Joseph Biden a été élu au Sénat pour la première fois en 1972 alors qu’il allait avoir 30 ans, l’âge minimum requis pour y siéger. Un mois plus tard, son épouse et leur fille mouraient dans un accident de voiture. Leurs deux fils étaient blessés. Il fut près de renoncer à son siège de sénateur, mais les dirigeants du Parti démocrate le persuadèrent de remplir son mandat. Depuis lors, il s’est toujours fait réélire.

Biden, qui préside la commission des Affaires étrangères du Sénat après en avoir naguère dirigé la commission judiciaire, a toujours gardé un oeil sur la Maison blanche. En 1987, il fut une première fois candidat malheureux à l’investiture démocrate alors qu’on le considérait comme une vedette en puissance, comme aujourd’hui Obama.

Biden avait dû abandonner après une série de faux pas. Il avait notamment exagéré son palmarès universitaire et dû reconnaître des « emprunts » non avoués dans certains de ses discours – notamment au travailliste britannique Neil Kinnock. Il avait repris le chemin du Sénat sans rien perdre de sa détermination. « J’étais décidé à prouver, sans me soucier du temps que cela prendrait, que les erreurs qui m’avaient écarté de la course à la présidence ne me définissaient pas », écrit-il dans son autobiographie publiée en 2007. Cette année, Biden a dû renoncer très tôt à ses ambitions présidentielles après les résultats décevants enregistrés lors des premiers caucus de l’Iowa et la polarisation des débats autour d’Hillary Clinton et d’Obama.

Après avoir soutenu la résolution autorisant le président Bush à déclencher l’invasion de l’Irak en 2003, il est devenu ensuite un opposant de la gestion du conflit et s’est rallié à Obama pour prôner le retrait des troupes américaines. Obama l’a choisi comme colistier après avoir entendu des mois durant les républicains et certains démocrates reprendre en choeur qu’il manquait d’expérience pour la Maison blanche. Biden était de ceux qui avaient soulevé la question lorsqu’il disputait l’investiture démocrate au sénateur de l’Illinois. Il a fini par se ranger du côté d’Obama et, une fois colistier, est aussi devenu son « fer de lance » de campagne. Initialement, Biden appelait « mon ami John » le sénateur McCain, son collègue depuis 22 ans. Mais lorsque McCain a mis en cause les traits de caractère d’Obama, Biden a vu en lui « un homme furieux » et l’a accusé de « prendre la route du bas pour la plus haute fonction du pays ».

Samedi, il l’accusait de s’inspirait des méthodes de Karl Rove, qui fut le stratège électoral de George W. Bush.

Version française Eric Faye et Philippe Bas-Rabérin

Sarah Palin, la néophyte qui charme et braque à la fois

il y a 12 min

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Discussion: USA 2008 : la présidentielle américaine

Qu’elle séduise ou qu’elle suscite du rejet, cette femme dynamique et résolue de 44 ans a captivé les Américains et suscité l’attention des médias à un degré inégalé depuis de nombreuses années pour un candidat à la vice-présidence. Simple petite preuve, s’il en était besoin: les masques de Sarah Palin étaient parmi ceux qui s’arrachaient le plus vendredi dernier à l’occasion de la fête d’Halloween. Gouverneur de l’Alaska, quasi inconnue il y encore six mois et passablement inexpérimentée, Palin a profité des projecteurs braqués sur elle pour se bâtir une image nationale telle qu’elle passe déjà pour le possible atout présidentiel de son parti en 2012.

Mais, en cas d’échec de McCain, mardi, Palin pourrait d’abord retrouver l’Alaska, où une enquête de moralité a conclu ce mois-ci qu’elle avait commis un abus de pouvoir en évinçant le chef de la sécurité de l’Etat parce qu’il refusait de licencier un policier en instance de divorce avec sa soeur.

« PITBULL AVEC DU ROUGE À LÈVRES »

L’émission télévisée satirique « Saturday Night Live » a connu des records d’audience en épinglant impitoyablement la personnalité spontanée et les gaffes de la candidate à la vice-présidence. Lorne Michaels, producteur de l’émission, voit bien la télégénique Sarah Palin, ex-journaliste sportive à la télévision et ancienne reine de beauté, animer à l’avenir avec succès son propre show télévisé.

Depuis son choix comme colistière par McCain en août, Palin s’est jetée avec voracité dans la bataille contre le candidat démocrate Barack Obama, suscitant la controverse mais s’attirant aussi la sympathie active de la base conservatrice du Parti républicain. L’équipe de campagne du sénateur de l’Illinois a été dans un premier temps déstabilisée par cet atout surprise que le sénateur républicain de l’Arizona a sorti de sa manche, un coup de poker jugé sur le moment bien joué par nombre d’observateurs.

Palin a battu les podiums électoraux sur le thème du changement en se présentant comme une mère de cinq enfants ayant les pieds sur terre, un « pitbull avec du rouge à lèvres » – selon ses propres termes – et une non-conformiste qui a montré qu’elle faisaient passer les intérêts des habitants de l’Alaska avant ceux du Parti républicain.

En dépit d’une cote de popularité qui s’est infléchie à la suite de divers faux pas et signes d’inexpérience, Palin continue à attirer les foules à ses meetings électoraux en tirant à boulets rouges sur l »épouvantail’ Obama avec plus de violence que McCain.

CANDIDATE VENUE DU FROID, MAIS « GOUVERNEUR CHAUDE »

Son choix par McCain a été considéré parfois comme une entreprise de séduction de l’électorat féminin, mais cet objectif n’a pas été atteint, Palin s’étant aliéné les féministes, mais aussi de nombreuses femmes qui ne le sont pas, avec sa position viscéralement hostile à l’avortement.

Parmi les milieux conservateurs, nombreux sont ceux qui sont revenus du choix de McCain à la suite d’une série de performances désastreuses de sa colistière lors d’interviews télévisées qui ont jeté une lumière crue et anxiogène sur son inexpérience, notamment en politique étrangère. Il y a eu notamment cette surprenante assertion de Palin sur ses connaissances diplomatiques supposées, du seul fait que la proximité de l’Alaska de la Russie lui aurait conféré une vision géopolitique pointue.

« Ils sont nos voisins immédiats et on peut apercevoir la Russie de la terre, là, en Alaska… d’une île de l’Alaska », des propos dans lesquels les humoristes des émissions du soir ont dit voir qu’elle avait « la tête sous l’eau ».

Surnommée la « gouverneur la plus chaude » des Etats-Unis, la candidate qui venait du froid a toutefois attiré davantage l’attention des médias par son look de miss Alaska, ses lunettes fantaisie, sa coiffure distinctive et sa garde robe onéreuse, parfois excentrique, que par ses analyses politiques.

UNE TRAJECTOIRE EXCEPTIONNELLE

Ses fans rejettent les remarques sur son apparence comme des critiques sexistes destinées à la rabaisser.

Face à la faculté de Palin de polariser les opinions, l’équipe de campagne de McCain a tenté de maîtriser étroitement ses interviews et ses apparitions, mais elle serait « devenue incontrôlable » ces derniers jours, laisse-t-elle entendre.

La raison en serait sa colère devant les fuites sur la note astronomique de 150.000 dollars dépensés sur les comptes de campagne du Parti républicain pour les tenues de la colistière et de sa famille.

Ces révélations publiques nuisent aux efforts de Palin et de son mari Todd, qu’elle surnomme « le premier mec », pour se faire passer pour un couple d’Américains moyens faisant attention à ses dépenses en ces temps de crise économique.

Mais Palin, qui est née dans l’Idaho avant de grandir en Alaska, est difficile à étiqueter. Fervente chrétienne, elle est aussi membre de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes, et a suscité la colère des écologistes en s’opposant au classement de l’ours polaire parmi les espèces menacées, entrave aux forages pétroliers en Alaska.

Elle est néanmoins amateur de grands espaces et de chasse au caribou. Elle est aussi une mère de famille travailleuse et ambitieuse, dont un fils sert en Irak, un autre, de quelques mois seulement, est handicapé et une fille est enceinte sans être mariée.

Les Américains restent fascinés par sa trajectoire politique personnelle, qui l’a menée, après des études supérieures de journalisme et de sciences politiques dans l’Idaho, de la mairie de la petite ville de Wasilla, en Alaska, à la candidature à la vice-présidence, la première d’une femme dans l’histoire des Etats-Unis.

L’élection de mardi n’est vraisemblablement pas l’étape ultime de cette ascension sociale d’exception.

Version française Marc Delteil

18 octobre, 2008

« Joe le plombier » a peur d’Obama [LEXPRESS.fr]

joeplombierobama273.jpgOhio

REUTERS/Jim Young/Files  

« Joe le plombier » a peur d’Obama

Par Marie Simon, mis à jour le 16/10/2008 20:01:45 – publié le 16/10/2008 19:08

Obama répond aux interrogations de ‘Joe le plombier’, dans l’Ohio, le 12 octobre dernier.

 

Joe Wurzelbacher, plombier dans l’Ohio, s’est retrouvé la vedette du débat télévisé de mercredi entre les candidats à la Maison-Blanche. Et entre Obama et McCain, son choix semble fait.

« Joe », un simple plombier américain, s’est retrouvé la vedette du débat télévisé de mercredi entre les candidats à la Maison-Blanche John McCain et Barack Obama qui ont défendu leurs arguments sur la fiscalité. « Le héros du débat », titre même Times Online

Joe Wurzelbacher est devenu célèbre dimanche dernier en s’opposant devant les caméras à Obama en tournée électorale à Toledo (Ohio, nord) au sujet des projets fiscaux du candidat démocrate.

Icône du petit entrepreneur

Lors du débat de mercredi soir, son nom a été mentionné 25 fois, selon les comptes du Guardian.

« Joe travaille 10 ou 12 heures par jour et il souhaite racheter l’affaire dans laquelle il travaille depuis des années », a expliqué McCain, le transformant en icône du petit entrepreneur. « Mais il a vu votre programme fiscal et a constaté qu’il va payer beaucoup plus d’impôts », a-t-il lancé à son adversaire démocrate.

Obama a répliqué en expliquant que les hausses d’impôt qu’il souhaite mettre en place ne concerneraient que les revenus annuels supérieurs à 250 000 dollars et que 98% des petites entreprises américaines sont sous ce seuil. Obama promet, en contrepoint, des baisses d’impôts supplémentaires pour les petites sociétés.

McCain a accusé son adversaire de vouloir prendre l’argent économisé par Joe « pour redistribuer la richesse » et d’avoir un programme coûteux en matière d’assurance maladie. « Tout ce que je veux faire, si vous avez déjà une assurance maladie, c’est réduire vos coûts et cela vous concerne aussi, Joe », a assuré Obama en s’adressant directement au plombier par écran interposé.

La réponse de Joe

Mais Joe… Que pense-t-il de tout cela? Le journal local, le Toledo Blade, lui a posé la question. Réponse: il préfère les propositions de McCain et Obama lui fait peur… même s’il refuse pour le moment de dire pour qui il votera le 4 novembre.

Ci-dessous la vidéo postée par Les Observateurs, sur Youtube.

Joe Wurzelbacher on Obama’s Tax Increases

Image de prévisualisation YouTube

 

« McCain s’est bien mieux débrouillé pendant ce débat, ça m’a fait plaisir. Mais Obama est sacrément bon! McCain a mis en avant ses propositions en matière de taxes, que je trouve bonnes. Obama dit qu’il veut aider la classe moyenne, mais vous savez, je suis de la classe moyenne… et je n’ai pas l’impression que ce qu’il propose m’aiderait. Donc je préfère les propositions de McCain à celles d’Obama, qui ne seraient qu’un pas supplémentaire vers le socialisme. Et ça me fait peur », explique-t-il, dans son salon.

« Joe le plombier » n’est pas plombier!

Le Toledo Blade précise, au passage, que Joe n’est pas plombier. « Il n’en a en tout cas pas la licence ». Mais alors, peut-il acheter son entreprise, finalement?

Commentaires (13)

tebawalito – 18/10/2008 14:57:45

OBAMA n’est qu’un être humain. Nous n’avons pas dit qu’il sera un surhomme. La terre a voulu un symbole fort de la part des USA. Les USA sont entrain de réaliser ce que j’appellerai au même titre que les textes internationaux des droits de l’homme « les hommes naissent égaux en droits ». Le courage des américains est exceptionnel, n’en déplaisent à trouduk et inspecteurderrick. Ne pas confondre L’Afrique du sud et les USA dont les histoires se ressemblent mais pas la population. En Afrique du sud, les noirs sont dominants en nombre, tandis qu’aux USA ce sont les blancs qui dominent en nombre. En Afrique du sud les blancs n’ont donné aux noirs que le pouvoir politique et ont gardé le pouvoir économique est ce cela la démocratie? Aux USA OBAMA aura comme dans une vraie démocratie le pouvoir politique et économique et avec une bonne équipe avec des compétences diverses, il réussira à créer un monde plus juste et c’est ce que le monde entier attend. C’est ce qui explique que tous les regards sont rivés sur les elections USA. S’il réussi le monde entier aura des raisons d’esperer. VIVE Les USA!!!!!!!Vous savez comment on pousse à la haine raciale « trouduk »?? lisez Marianne n°599 du 11 et 17 oct 08 intitulé OBAMA PEUT IL PERDRE PARCEQ’IL EST NOIR??,cette personne qui a signé cet article GS dit ceci : »beaucoup de blancs ne craignent pas de confesser, en cercles intimes, leur aversion. »oui se deshonore les intéllectuel, je crois que les noirs sont inférieurs en intélligence , en caractère en disposition morales. Il n’est pas démontré que nous soyons génétiquement absolument identiques. Je ne confierai pas le pays à un être aussi imprévisible. »fin de citation

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tebawalito – 18/10/2008 14:59:00

Quand un journaliste écrit et reprends des propos aussi supprémacistes dont on ne connait même pas les véritables sources parcequ’on ne sait pas si c’est lui même qui les a inventé, on se pose la question sur une orientation des lecteurs vers des thèses infectes comme ces propos. pour finir ce GS lâche ce qui est classique et commun aux racistes, qu’OBAMA est si beau parcequ’il ressemble plus aux blancs voila ces termes : « il a peu connu son père Keynian… il a passé son existence auprès de sa mère et de ses grands parents blancs dans les quartiers reservés à la race des seigneurs, a etincellé au sommet d’université immaculées sous les traits d’acteurs shakespearien on le prendrai volontier pour une star d’Holliwood en abus de bronzage… » Je voudrai seulement que GS ait à l’esprit qu’OBAMA a tous les traits d’un Africain, que lors de ses interventions, il n’a jamais cessé au vu et aux su des américains de rappelé son père noir d’eben et du continent africain. Ses enfants et sa femme sont tout aussi noirs et pour les USA, cela n’a rien changé. OBAMA RENTRERA A LA MAISON BLANCHE parcqu’il est aussi américain que MC CAIN et qu’il y a sa place. Merci dans ces moments là d’arrêter de diffuser les propos supprémaciste. Http://tebawalito.unblog.fr

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Makundu – 18/10/2008 00:51:04

Ah! que l’Amerique (USA) nous fascine. Vive le peuple américain avec leur ouverture d’esprit par rapport aux hypocrites européens, français en particilier, où, élire ou nommer ne fut-ce qu’un conseiller municipal NOIR c’est tout un problème.

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koram – 17/10/2008 20:41:43

Un plombier pour le watergate

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Dahmane Dahmane - 17/10/2008 10:25:51

Barak Obama passera président des USA et comment, parce que c’est un grand enjoleur,mais il ne restera pas durant tout le mandat présidentiel,la récession se fait sentir un peu partout dans le monde, les bourses ont chuté et chuteront encore,les suppressions d’emploi sont envisagées aux USA et dans l’Union Européenne,donc le chomage se propage d’abord dans les pays du G7,ensuite viendront les pays émergeants,et ensuite les pays du tiers monde,pourquoi parce que tous les problèmes sont négligés ou ne sont pas pas résolus sérieusement,il faut agir vite en vrais pompiers pour éteindre le feu,et mettre fin au désastre, pour la paix dans un monde meilleur.

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trouduk – 17/10/2008 08:36:33

hé les bobos ! une fois obama élu vous serez orphelin, comment ferez vous pour continuer d exercer votre sport favori (cracher sur les usa) ! ce sera comme pour l afsud qui une fois mandela au pouvoir est passé du statut de nation d apartheid à pays arc en ciel,regardez un peu ce que ce pays devient,son pib chute d année en année…… hé bien les états unis deviendront la nation d obama,coment allez vous donc pouvoir attaquer les usa sans viser votre icone que vous avez vous m fabriqué? donc allez obama!et vive les etats unis d amerique..

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Thomas – 17/10/2008 08:27:44

Maintenant, on apprend qu’il ne paie pas ses impôts au Fisc et surtout qu’il pourrait (vu ses revenus) bénéficier de la baisse des impôts prévue dans le plan Obama… http://alexandre-thomas.lejdd.fr

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jehacy – 17/10/2008 05:26:20

Jo est tout simplement « a puppet » (plombier qui ne l’est pas) tout comme Sarah Palin « madame lipstick ». Qu’ils restent avec leur dieu « McCain ». Tout ce que je demande c’est que McCain ne demande pas au « plombier » d’entrer dans son gouvernement; ni que Palin devienne Président si McCain avait un problème. Les 3 scrooges du moment !

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mike – 17/10/2008 00:29:17

Le fameux joe le plombier vient de révéler sa vraie identité: C’est une véritable imposture, un poteau rose! En effet notre Joe n’est même pas inscrit au registre des plombiers de sa région et ne fait partie d’aucun syndicat selon la presse locale! Par ailleurs, il a des ennuis avec le fisc et gagne avec son vrai travail un salaire de 40 000 dollars ce qui le place très en dessous du seuil de taxation voulu par le programme économique d’Obama ( taxer des revenus de plus 250 000)! Si vous voulez , il fait parti de ces 95 % américains moyens qui verront leurs taxes diminuer en cas de victoire d’Obama! Pour couronner tout, on apprend que le fameux Joe a voté lors des primaires républicains, c’est donc bien un membre du parti probablement en service télécommandé pour piéger Obama! Je sens peut être un Buzz qui risque de disqualifier totalement McCain! A trop jouer les fourbes, on se brûle forcement les doigts!

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percival – 17/10/2008 00:04:02

pop, pour quoi penses-tu que Joe le plombier est un idiot?

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/joe-le-plombier-a-peur-d-obama_605639.html

10 octobre, 2008

Avant le deuxième débat, John McCain attaque frontalement

Avant le deuxième débat, John McCain attaque frontalement

John McCain, lundi 6 octobre à Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique.

AP/Gerald Herbert

John McCain, lundi 6 octobre à Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique.

Le discours particulièrement musclé et offensif prononcé, lundi 6 octobre, par John McCain a donné une idée de la teneur du débat qui opposera les deux prétendants à la Maison Blanche mardi soir. Alors qu’il est toujours devancé au niveau national, et surtout dans plusieurs Etats-clés, le candidat républicain a lancé une série d’attaques contre son rival lors d’un meeting à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, mettant en cause autant son bilan que son caractère et le qualifiant de « politicien de Chicago ». « Qui est le véritable sénateur Obama ?, s’est interrogé M. McCain. Cet homme a-t-il déjà accompli quoi que ce soit au gouvernement ? Quel est son plan pour les Etats-Unis ? » « Pour un homme qui a déjà écrit deux livres, on ne peut pas dire qu’il soit un livre ouvert », a poursuivi le sénateur de l’Arizona.

 

Avant le deuxième débat, John McCain attaque frontalement dans ACTU GENERALE h_12_ill_1104744_762494

John McCain a accusé tour à tour le candidat démocrate de ne pas avoir défendu la régulation à l’aune des faillites de Fannie Mae et Freddie Mac, d’avoir déclaré que les subprimes – ces fameux prêts hypothécaires à risque – étaient « une bonne idée » et d’être le sénateur qui a reçu le plus de dons financiers des anciens piliers du marché hypothécaire. « Si le sénateur Obama est vraiment ce grand défenseur de la régulation financière, pourquoi n’a-t-il pas défendu la régulation quand elle aurait pu empêcher cette crise ?, a-t-il lancé devant une foule de ses partisans. Il ne le vous dira pas, mais vous méritez une réponse. » Le candidat républicain s’est présenté comme celui « qui pourra changer Washington, parce qu’ [il l'a] déjà fait avant ».

« NOUS NE SERONS PAS LES PREMIERS À FRAPPER, MAIS NOUS SERONS LES DERNIERS »

Le discours de M. McCain est dans la lignée de la nouvelle stratégie républicaine, qui consiste à passer à l’offensive pour tenter de faire du personnage Obama, et non plus de la crise financière, le principal thème de campagne. Celle-ci a été lancée au cours du week-end par des attaques de la colistière de John McCain, Sarah Palin, qui a voulu souligner les liens entre Barack Obama et William Ayers, ancien leader du groupe terroriste américain Weather Undergound. « Il va falloir vous cramponner parce qu’à partir de maintenant et jusqu’au jour de l’élection, cela pourrait devenir brutal », a de nouveau prévenu Mme Palin depuis la Floride, lundi.

Côté démocrate, on a répondu en accusant « un candidat vraiment en colère » de distraire volontairement les électeurs. « Si John McCain se demande pourquoi il n’est plus crédible, il suffit de regarder la citation tronquée [utilisée par M. McCain], tirée d’un discours prononcé par Barack Obama en 2007 dans lequel il mettait en garde contre la crise des subprimes qui a lieu actuellement », a expliqué un porte-parole démocrate. Le candidat démocrate lui-même n’a guère paru touché par les attaques de son rival : « Nous ne serons pas les premiers à frapper, mais nous serons les derniers », a assuré M. Obama lors d’un passage radio.

Le nouveau ton de la campagne de M. McCain laisse présager une confrontation particulièrement âpre entre les deux candidats mardi, à l’Université Belmont à Nashville. « La plupart des gens considèrent la nouvelle stratégie du camp McCain pour ce qu’elle est : un acte de désespoir d’une campagne en déroute qui voit l’élection lui échapper », a estimé Scott McClellan, ancien porte-parole de l’administration Bush. Le chroniqueur du Time Joe Klein constate pour sa part que « la campagne de John McCain est devenue une source d’embarras et de désespoir ». Le deuxième débat télévisé entre MM. Obama et McCain, animé par le journaliste Tom Brokaw, prendra la forme d’une agora, où les spectateurs pourront directement questionner les candidats. Compte tenu du contexte, les questions sur l’avenir économique devraient occuper la majorité du débat.
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/10/07/avant-le-second-debat-john-mccain-attaque-frontalement_1103865_829254.html#ens_id=1101462

29 septembre, 2008

Obamania : usage et mésusage d’une formule [Philippe Lavodrama et Patrice Schoendorff :Comité des Amis lyonnais d'Obama]

Obamania : usage et mésusage d’une formule

L’engouement planétaire que suscitent la candidature et la personne de Barack Obama, avec les élections présidentielles américaines, a été thématisé sous la notion d’Obamania ou Obamamania. Lancée aux Etats-Unis, où le mouvement a pris naissance, elle a été reprise partout dans le monde, ad nauseam, de manière spontanée et a-critique. Un site de géopolitique, « dedefensa.org », relève, non sans ironie, l’uniformité mimétique et tonale de l’ensemble de la presse américaine en la circonstance : « 7 janvier 2008. Après sa victoire dans l’Iowa, le sénateur Obama est porté par une vague triomphale, comme l’observe The Independent du 6 janvier, parmi d’autres qui offrent un commentaire exactement dans la même tonalité. Pour notre information, The Independent ou bien l’un ou l’autre parle de « Obamania », ce qui permet au moins de faire un titre » (« Obamania », suite et signe des temps »).

Le quotidien Libération du 25 juillet 2008 a choisi, à l’occasion de sa brève visite en France, cette formule-titre, en forme d’inscription en caractères gras barrant toute la première page, pour souligner la portée de l’événement. D’une facilité d’usage, toute publication et toute déclaration, en particulier les articles et commentaires de presse, qui traitent de l’ascension du sénateur de l’Illinois, croient devoir y référer, pour faire chic et branché, sinon cultivé. Elles font assaut de surenchère pour varier à l’envi autour du thème, le décliner sur tous les tons, l’hyperbole y jouant un rôle majeur. La fortune du mot excède le champ médiatique, puisque certains des comités constitutifs des réseaux de soutien et de promotion du candidat démocrate qui se sont tissés de par le monde, s’inscrivent tout uniment sous ce label. Tel est le cas de celui de Lyon, le nôtre en l’occurrence, le plus actif en la matière. Lyon se veut la « capitale de l’Obamania ».

Aussi bien, sans préjuger de sa légitimité, le suremploi dont elle fait l’objet en a fait un poncif, de nature à altérer et à vulgariser, et, pour tout dire, à peopoliser le phénomène, et, in fine, à en réduire la portée symbolique et politique. En effet, cette conceptualisation, sous son apparente banalité et sa haute expressivité, est lourde d’ambiguïté et source de confusion, n’étant ni axiologiquement ni idéologiquement neutre. Le propos de cet article n’est pas de déconstruire une notion qui serait inadéquate, mais de la désambiguïser, de l’expurger de ses propriétés et connotations négatives, d’en fixer la portée et les limites, au regard de l’objet qu’elle est censée décrire.

1. Les pièges de l’impressionnisme comparé

L’avénement de Barack Obama est assurément un événement historique de portée universelle. Les médias ont donc réagi spontanément et en connaissance de cause. Cependant, l’on connaît le goût des médias pour le sensationnel et l’émotionnel, la logomachie et la dramaturgie, qui affectionnent les raccourcis commodes, le flou artistique ou les formules choc, lapidaires et simplificatrices, propres à emporter l’adhésion. Ici, ils ne jouent pas que le rôle de simple démiurge, de relais de l’opinion. Ils sont à la fois les accoucheurs et les orchestrateurs, les vecteurs et les pourvoyeurs de la dite obamania. D’une forte résonance sémantique, Obamania est un énoncé performatif, car vaut prophétie auto-réalisatrice et slogan, et sonne comme une invitation à soutenir le candidat. Au point d’agacer un site souverainiste, « Revue-républicaine.fr », qui se plaint d’une orchestration qui, selon ses animateurs, confine à la propagande : « tant la campagne de presse pro-Obama tourne au bourrage de crâne ». Mais au-delà du jeu d’énonciation et de l’effet d’annonce ou de sens, le recours au morphème « mania » aux fins de suffixation du nom du candidat démocrate comme objet d’un culte, est une démarche pernicieuse, car elle a une fonction subtilement péjorante, dépréciative.

1.1 La confusion des genres

Le détail est anecdotique et la discussion passablement byzantine, mais on se doit de le signaler, dans l’horizon de la Francophonie, l’Académie n’accrédite pas la dérivation – considérée comme un anglicisme -, et recommande le suffixe « ite », lui aussi d’origine grecque mais plus usité en français, pour désigner les pathologies de nature hypertrophique ainsi que les formes d’expressions excessives de sentiments d’admiration. Peine perdue, l’usage international, comme manifestation de l’hégémonie anglosaxophonne, a consacré la forme « mania ». Néanmoins, quel que soit le morphème préconisé ou retenu, « mania » ou « ite », le mot produit de la dérivation suffixale emporte une nuance péjorative, renvoyant au registre des affects comme opposé à celui de l’intellect, en plus de subsumer, de manière arbitraire et réductrice, sous le même genre des motivations, des niveaux d’intérêt et des formes d’engagement différents.

Dans sa dénotation première comme dans ses connotations, la terminologie évoque une passion passagère, une impulsion qui serait de l’ordre de l’effet de mode, de la même nature que l’emballement irréfléchi et déraisonnable de jeunes groupies pour des pop stars plus ou moins talentueuses voire pour un pur artefact médiatique,à l’instar du personnage du film de Hal Ashby, « Bienvenue Mister Chance », avec Peter Sellers. La première occurrence de ce type de construction lexicale, du lexème, se rencontre en effet dans les analyses du phénomène Beatles, ce groupe de jeunes Anglais qui se voulaient les émules des chanteurs de rythms and blues (on dirait aujourd’hui, en abrégé, « RNB ») noirs américains, en particulier les Platters et Smokey Robinson. Ils ont succédé, dans ce statut d’icône planétaire, à Elvis Presley, lui aussi, et surtout le premier du genre, des épigones, le passeur, qui a su gagner le public blanc à la musique noire et à toute son esthétique, comme la manière de danser, dixit Sam Philips son découvreur, une musique, marginale et méprisée, que n’appréciaient que quelques curieux et initiés, devenue depuis universelle. Le culte dont il a été entouré, à l’instar de celui rendu à son alter ego et contemporain du septième art, James Dean, « monstre sacré » du cinéma, est l’acte inaugural d’une nouvelle religiosité séculière qui allait marquer l’ère des médias de masse et de la mondialisation culturelle américanomorphe et américanophone. Michaël Jackson, né et élevé dans le foyer matriciel de cette musique, n’a atteint le même niveau de célébrité qu’au prix d’un effort pathétique de désidentification somatique, d’aliénation physique, désireux d’incarner, par cette métamorphose artificielle, la figure fantasmée et fantasmatique d’une humanité postraciale. L’inauthenticité de cette identité d’emprunt, produit de la chirurgie esthétique, lui a été fatale, puisque les médias, toujours prompts à brûler ce qu’ils ont fait adorer, n’ont pas peu fait pour le faire tomber de son piédestal de roi de la pop, qu’il était réellement. Même si le talent est toujours là, la magie s’est évaporée dans les ondées de l’entreprise de démythification-démolition médiatique. Alors que, dans le même temps, la sulfureuse Madonna continue tranquillement à faire carrière et fortune, épargnée par la critique des censeurs.

Elvis Presley, les Beatles, Mickaël Jackson, l’idôlatrie dont ils ont fait l’objet s’est conjugué au délire, justifiant l’invention d’un néologisme en forme de mot-valise et à forte teneur psychopathologique : Elvismania, beatlesmania, jacksonmania. L’extrapolation de ces expériences et donc du lexème hors du champ artistique, par le recours aux facilités de l’impressionnisme comparé, est hasardeuse voire tendancieuse, surtout lorsque le domaine d’exportation est le politique.

Des comportements de type lubique et mimétique, des réactions instinctuelles et puériles, l’instinct grégaire comme l’attrait de la nouveauté pour la nouveauté, sans considération de contenu et d’efficacité, ou philonéisme, l’attirance pour tout ce qui vient des Etats-Unis, les amalgames et raccourcis du sens commun comme les analogies et apparentements aventurés, les conduites magiques, de nature espérantiste et adventiste, ne sont pas à exclure dans le faisceau des motivations et des positions des uns et des autres touchant au personnage d’Obama. Il se pourrait bien, également, et tout porte à le croire, qu’il fasse effet auprès de la gente féminine, les jeunes générations en particulier, en raison de sa prestance physique et de son pouvoir de séduction, puisqu’il passe pour un bel homme. L’hypothèse d’une rock-starification ne saurait non plus être écartée. Que des magazines spécialisés, quoique de haute tenue, comme Rolling Stone et Les Inrockuptibles, aient choisi de lui consacrer un numéro, avec son portrait en « une », est l’un des indices les plus révélateurs de cette tentation de la confusion des genres.

Autrement, les commentaires et réflexions, que l’on peut glaner dans la blogosphère, excellent analyseur de l’opinion moyenne, de la doxa, sont riches d’enseignements à cet égard.

Un anonyme, d’un certain âge, dans une réflexion inspirée par la déferlante pro-Obama, pourfend le manque de discernement et le mélange de genre, l’insignifiance et la désinvolture, qui présideraient à l’aperception et à la réception du fait politique par la jeunesse actuelle : « Pourtant, je fus jeune et pas raisonnable du tout. Par contre « je pensais, je raisonnais ». Les années et l’expérience m’ont fait évoluer. J’avoue rester stupéfait devant l’amalgame que fait la jeunesse actuelle. Elle traite la candidature à une présidentielle sur le même plan qu’une compétition sportive, l’Eurovision, la Star académie, Miss Something. Un meeting électoral, c’est idem avec les JMJ, une techno parade, une fête de la musique, une gay parade, une rave party, le concert d’une idole à Bercy ». Sur le même blog, un autre commentateur, affectant la même posture désenchantée, prétend avoir lu sur une pancarte à Berlin, lors du rassemblement-monstre ayant marqué son passage dans le capitale allemande, un slogan explicite et révélateur, qui assimilait Obama à un chanteur de rock, en risquant, au passage, une comparaison avec la France complètement hasardée. Réagissant « à la soi-disant « obamania planétaire », ce qui pourrait expliquer une certaine prudence des commentaires… de Nicole Bacharan et de Ted Stanger, j’ai lu sur une pancarte à Berlin l’inscription « Barack n’roll ». C’est tout dire… Sur son bagout, il me fait penser à un autre, O. Besancenot. Avez-vous remarqué la similitude des initiales BO et OB. Signe du destin ». Nicole Bacharan et Ted Stanger sont deux spécialistes des Etats-Unis – d’origine américaine, officiant dans les médias, plastronnant et pontifiant doctement à chaque apparition -, des plus sceptiques, les plus pessimistes sur les chances de Barach Obama. Et que d’aucuns soupçonnent, à tort ou à raison, d’exprimer en fait leurs sentiments personnels, sur le mode de la rationalisation, au sens freudien du mot. L’expérience de Ségolène Royal sert également de point de comparaison et de sujet de spéculation aux doctes amateurs de politique-fiction comparée. Piquée dans Le Figaro, la réaction d’un lecteur, à l’humeur tout aussi chagrine, un certain Emmanuel du Couldray, qui fait part de son agacement, en déclarant que cette obamania l’insupporte, pour se fendre de commentaires aussi péremptoires que scabreux et triviaux: « Cette Obamania m’irrite car elle est factice. Certes, si les élections des Etats-Unis m’intéressent, elles ne me passionnent pas, et, je ne me sens pas obligé d’annoncer le gagnant. John Kerry, qui paraît en tête chez les Européens, s’est ramassé. Alors attentons, et comme le disent les anglo-saxons : « wait and see ». Il n’y a aucun racisme dans mes propos mais seulement de la sagesse. Même s’il est soutenu par une certaine franc-maçonnerie protestante, ce métis n’a pas l’envergure d’un chef d’Etat et je le pense incapable de gagner le cœur de tous les Américains quelle que soit leur couleur de peau et leur religion. Il fait un peu trop gravure de mode, aussi, je l’imagine plutôt poser nu dans des journaux gays ».

Signe des affinités électives présumées entre le personnage d’Obama et le star-system hollywoodien, Le Nouvel Obs pointe « l’obamania aiguë des peoples », nombreux en effet à le soutenir voire à l’aduler, au premier chef Oprah Winfrey, la célèbre animatrice de télévision, dont le parrainage fut décisif dans son envol électoral.

Encore plus retors, pour contrer les effets de sa tournée (pour le moins triomphale, en Europe) hors des Etats-Unis, auprès de l’électorat américain, l’équipe de McCain, qui n’a de cesse de reprocher à Obama son inexpérience et son manque de stature internationale supposés, a pris le parti du persiflage, en cherchant à le tourner en dérision, de manière peu subtile, dans un clip de propagande, où l’on hésite pas à le comparer à deux starlettes people américaines, à la réputation sulfureuse, la chanteuse Britney Spears, et la jet-setteuse et riche héritière Paris Hilton. Celle-ci a surpris son monde, en réagissant, réponse du berger à la bergère, sur le même registre et le même mode, par une pastiche peu amène du clip du candidat républicain. C’est la petite écervelée qui aura réussi à mettre finalement les rieurs de son côté. Mais l’équipe de ce dernier, décidément impénitente et obstinée, en a encore récemment remis une couche, en s’en prenant cette fois à ce qu’elle nomme « fans club » de son rival. L’opération vise à écorner l’image par trop lisse, immaculée et attrayante d’Obama, à faire passer l’obamania pour une bulle artificielle et superficielle, forcément évanescente et éphémère. Jalousie, jalousie, quand tu nous tiens ! Au-delà de ces considérations d’ordre personnel, le Courrier international du 1er août, reprenant un article d’un journal californien (Los Angeles Times), nous apprend que l’image d’Obama, l’un des principaux atouts du candidat démocrate, est devenue l’un des enjeux de la campagne électorale, et donc une priorité pour la communication des deux camps en compétition. Les Républicains s’emploient à le démythifier, à brouiller et son image et son message, à créer autour de lui un climat délétère, en tentant de le présenter, de manière subliminale, sinon comme un personnage inconsistant et inconstant, du moins comme une source d’instabilité et d’insécurité. Leur pouvoir de nuisance n’est pas à sous-estimer, si l’on se fie aux précédentes élections présidentielles, où l’habileté manœuvrière et les procédés déloyaux du roué Karl Rowe, le chef d’orchestre de la campagne de George Bush, un maître de la cautèle, de l’attaque ad personam, ont réussi à faire échec à la communication de John Kerry. L’un de ses adjoints a depuis rejoint l’équipe de John McCain, dont la stratégie s’en est d’emblée ressenti, au grand dam d’Obama. Elle n’est pas étrangère, en effet, à la phase de stase que connaît actuellement la campagne du candidat démocrate.

Aux Etats-Unis même, des voix, parfois issues de la communauté noire et parmi les plus célèbres, comme celle du professeur de littérature et écrivain Percival Everett, se montrent également fort critiques pour l’obamania, à l’encontre de l’illusion lyrique que produit le sénateur noir, et que l’auteur impute aux médias. « Je pourrais me lancer dans une grande tirade sur son charisme, son apparente capacité à rallier à lui l’électorat blanc, son don pour susciter l’enthousiasme parmi les jeunes, mais ce serait tomber dans le piège que les médias semblent décider à tendre, et qui consiste à réduire cette élection à un concours de popularité » (« Etats-Unis : A la recherche de la nouvelle star », Hebdo.nouvelobs.com). Le titre est en lui-même éloquent.

Sur un autre plan, des pourfendeurs ou non de l’obamania s’interrogent de manière condescendante sur l’utilité des ces comités de soutien, qui fleurissent partout dans le monde, et singulièrement en France, et que certains assimilent à des « fan club ». Guillemette Faure, sur le site Rue89, s’est intéressée au premier du genre constitué en France, à Paris, sous les auspices de personnalités au profil fortement people, pour ne pas dire plus, appartenant, sous une diversité apparente, au microcosme des intellectuels médiatiques, de politiciens plus ou moins connus, et des figures de la haute couture. Elle ironise sur le caractère unipersonnel de ce comité, la prétention à la représentation et à la représentativité nationales, et la composition passablement snobinarde de son comité de parrainage, comme sur l’efficacité de son action et de son activisme, confinés pour l’essentiel sur la toile. Elle laisse entendre, en outre, que l’initiative serait contre-productive, eu égard au tropisme isolationniste et nombriliste voire francophobe de l’électorat américain, illustré par le précédent de John Kerry, dont la candidature a été plombée par un soutien français bruyant et encombrant («A quoi sert un comité de soutien français à Obama ? », Rue89, 22 avril 2008). Pince-sans-rire, Doan Bui, dans Le Nouvel Obs, au regard du pedigree des membres d’honneur du comité, ayant répondu à l’appel de son promoteur, a choisi comme titre pour son article consacré au sujet : « L’icône des VIP ».

1.2 Les ruses de la raison

Contrairement aux divagations bileuses et fielleuses des contempteurs de l’obamania, les mouvements d’opinion en faveur de Barack ne revêtent pas nécessairement le caractère irraisonné ni les formes prétendument aberrantes qu’ils leur reprochent. Au reste, il est possible d’objecter à la cohorte des détracteurs l’argument ad hominem, en faisant valoir qu’ils ne font que projeter leur propre conduite réactionnelle, épidermique et honteuse, obamaphobe, sur les partisans du candidat démocrate, qu’ils accusent, à tort, d’aveuglement et d’excès. Il appert cependant, à y regarder de près, que les prises de positions en sa faveur procèdent d’une analyse raisonnée et argumentée, en particulier de son programme, à l’exemple de la réflexion suivante, relevée sur le même blog, ci-devant cité, représentative, nous semble-t-il de ce courant d’opinion qui porte Obama : « Ni je l’adore, ni je l’idolâtre, mais en regardant comment fonctionne le monde aujourd’hui et tout le chemin qui reste à parcourir pour que les US aient à nouveau un visage agréable à regarder, à lire, à entendre, à écouter et peut-être à aimer, il me semble, mais c’est peut-être plus émotionnel que politique, il me semble qu’Obama serait capable d’opérer ces changements… Alors, c’est vrai que la carte postale est loin d’être encore en couleurs et qu’il faudra encore tracé d’autres chemins et routes pour y arriver, mais tout ce qui peut se passer de bien aux US transpire ailleurs… donc… ».

A ceux qui jugent dérisoire, opportuniste et contre-productive, la création de comités de soutien en dehors des Etats-Unis, Samuel Solvit, directement concerné et même nommément interpellé, en tant que promoteur du premier constitué, adresse à Rue89, en collaboration avec Archippe Yepmou, créateur du groupe Facebook « France for Barack Obama », une réponse argumentée (« Non, un comité de soutien français à Obama n’est pas inutile ! »). Il y justifie l’initiative, réfute ou corrige les mésinterprétations, reprenant et développant certains arguments avancés par les membres d’honneur du comité. Sur le grief de futilité et d’inanité, il se défend en indiquant que « décrypter ainsi la formation des groupes politiques et des comités de soutien selon une approche utilitariste et simplificatrice illustre l’incompréhension des phénomènes sociaux et politiques contemporains et la méconnaissance de l’évolution des formes d’engagement ». Quant au reproche de peopolisation, qu’il qualifie de procès d’intention malveillant, il allègue que « leur présence ne constitue pas seulement un alibi, elle donne une visibilité au groupe dans l’ensemble pléthorique des regroupements d’individus qui peuvent exister. Elle permet de gagner une certaine légitimité qui n’est sinon que très rarement accordée. Elle apporte aussi une caution « experte » et favorise les échanges entre savoirs institutionnels et expérience de terrain ».

Invité à s’exprimer dans le cadre de la rubrique entretien du blog « Regards sur les Etats-Unis », Samuel Solvit se livre à une défense et illustration de ce qu’on appelle improprement et abusivement obamania : « On parle d’obamania comme un phénomène de mode, ce terme est abusif car il ne reflète pas l’importance de ce que porte la candidature de Barack Obama. Je pense qu’il y a 4 grandes idées qui motivent un tel engouement :

  • Obama incarne le changement, il est jeune et métissé. Il est dynamique et sort des clivages politiques. Il permet d’espérer un renouveau dans la politique américaine après ces « années Bush » très mal perçues.
     
  • Barack Obama incarne l’ouverture. A la fois par son comportement et son ouverture, il donne à l’Amérique un visage moins fermé, conservateur et « unilatéraliste »…
     
  • Il a indéniablement une aura et un charisme fantastique qui séduisent. Sans démagogie, il propose et aborde la politique avec à la fois du charme, de la simplicité et de la détermination !
     
  • Barack Obama est le symbole d’une évolution culturelle et d’intégration remarquable. Dans ce cas, il y a transfert avec la France: notre pays n’est pas encore arrivé à une telle intégration, bien que son histoire soit différente ».

Il consacre, au demeurant, sur son blog, France pour Obama, un article de défiance contre l’obamania, sous ce titre. « Loin du rêve ou de l’idolâtrie, soutenir Barack Obama est d’abord un engagement politique et doit le rester. Ce travers, s’il existe, est négatif pour le débat et la réalité ; une réalité qui a besoin de sérieux, de vigilance et d’action. Parce que tous les matins, partout dans le monde, les défis communs que nous devons relever grandissent. Ces défis multiples sont globaux et dépassent le local, le national ou l’ethnique, mais ils concernent aussi notre quotidien bien que cela puisse parfois sembler lointain (prix des aliments, énergie, pétrole, sécurité, paix, immigration, guerres, conflits sociaux [...]. Le président américain, quel qu’il soit, ne pourra ni changer brusquement la politique américaine, ni « rétablir la paix dans le monde », pour les plus idéalistes ! Cependant, en tant qu’acteur central dans tous les grands enjeux mondiaux, les Etats-Unis ne peuvent être considéré comme n’importe quel pays… A ces titres, il s’agit d’abord, en tant que citoyen du monde d’avoir un regard critique, pragmatique et constructif, mais surtout pas idéalisé. Cette candidature, car il s’agit ici de soutenir Barack Obama, doit être appréciée avec une approche politique, d’abord pour l’intérêt commun. S’ingérer dans la vie politique américaine ? Certainement pas, mais être préoccupé par notre avenir commun : oui.

Il est donc important de ne pas travestir ce soutien en une religion : « l’obamania » …. ».
S’il faut retenir les deux premières interventions, la dernière, fort pertinente, n’appelant aucun commentaire, la plaidoirie est convaincante, sauf sur la question de la « peopolisation », dans laquelle l’auteur voit un procès d’intention. La quête compulsive de ce type de caution est justement sujette à caution. Elle porte la marque du superficiel, et sert moins la cause que la célébrité. Et ce qu’on appelle procès d’intention est bien souvent l’expression d’une saine curiosité intellectuelle et un acte de vigilance politique. Il est légitime de chercher à connaître les mobiles, cachés ou non, des actions des acteurs politiques et des agents sociaux, opérant dans la sphère de la société civile, haut lieu des stratégies obliques et d’officines parallèles ou de forces occultes, aux activités parfois interlopes. Certains jugent que l’initiative, en l’occurrence, peut avoir visé à occuper l’espace public et à s’accaparer et neutraliser un thème politique sensible autant que porteur, dans le contexte d’une France frileuse et crispée en la matière, au détriment des premiers concernés, les citoyens de la diversité. Le fait est que le soutien à Obama participe de la construction d’un champ, au sens de Bourdieu, comme univers de concurrence circonscrit par la conjoncture sur un objet donné, pour la captation ou la conservation de profits matériels ou symboliques.

Justement, les comités de soutien, promus par les citoyens et militants de la diversité prolifèrent et s’activent autour des élections américaines et du personnage de Barack Obama, dont l’émergence et l’ascension sont suivies avec intérêt et sympathie voire avec fascination et excitation de ce côté-ci de l’Atlantique. L’effet miroir, la fonction spéculaire de l’expérience joue à plein. Les spécialistes de géopolitique nous apprennent qu’à l’ère de la mondialisation et des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’espace-temps se contracte, les frontières deviennent virtuelles et poreuses, les facteurs internes et externes se télescopent et interagissent, et les seconds servent de stimuli aux processus sociaux et politiques à l’œuvre au sein de l’Etat-nation, d’un système politique donné. Dans le cas présent, compte tenu de l’hégémonie américaine, la France, à son corps défendant, n’échappe pas à l’attraction de la force de séduction américaine, et d’autant moins que sa démographie et sa sociologie s’en rapprochent à maints égards, avec la présence, jugée encombrante, de populations issues de l’immigration postcoloniale. L’exemplarité d’un parcours de diversité réussi dans un pays faisant figure de modèle, interpelle au premier chef la France (et dans une moindre mesure le Brésil), qui se veut donneuse de leçon en matière d’intégration des minorités, un concept qu’elle récuse pour mieux occulter et déréaliser un état de fait gênant, l’exclusive silencieuse qui frappe les citoyens issus de l’immigration silencieuse, interdits d’accès aux postes électifs ou admistratifs élevés.

La presse hexagonale, locale ou nationale, ne s’y est pas trompée, qui accorde une grande attention et une large audience à ces comités, créés à l’initiative des citoyens issus de la diversité, comme on le dit par euphémisme. On a pu dire (Karim Zéribi) qu’ils vivent l’intégration réussie et la diversité librement acceptée et assumée tel un rêve éveillé, par transfert, en se projetant dans le personne et le parcours d’Obama. Slim Mazni, dans LyonCapitale, suggère d’en faire, en quelque sorte, une lecture symptomale, au sens psychanalytique, en notant que « la particularité française de l’obamania est de relancer le débat sur la diversité. Car l’enthousiasme pour le candidat démocrate cache en réalité l’espoir déçu de la fraternité « Black-Blanc-Beur »" ( « Obama ? Connais pas ! », 27 juin 2008). Et François Durpaire et Jean-Claude Tchicaya, ce dernier membre du CRAN, de renchérir : « Car les jeunes de banlieue vivent par procuration l’avènement d’Obama, comme s’il s’agissait d’un mythe compensateur… Ils font de l’ascension de ce fils d’immigrant africain, élevé dans une famille modeste, le symbole d’une mobilité sociale qu’ils ne connaissent pas » ( « Grâce à Obama, les Etats-Unis mieux perçus dans les banlieues », Rue89, 5 juin 2008). Le Figaro, pour sa part, s’épanche également, non sans condescendance, sur la construction en cours d’un mythe, à la faveur de l’avènement d’Obama (Marie-Christine Tabet, « C’est quelqu’un qui nous ressemble », 25 juillet 2008).

L’assertion reste incomplète voire captieuse si l’on ne précise aussitôt qu’il s’agit d’un mythe sorélien, l’énoncé d’une idée-force, stimulante et mobilisatrice, apte à servir d’aiguillon et de levier d’action. A travers le soutien, l’investissement pro-Obama, les comités font œuvre de civisme et expriment une demande de participation, et concourent à l’internalisation de l’expérience américaine, qui fait office de viatique et de stimulant, d’analeptique et de catalyseur. L’engagement en faveur d’Obama ne constitue donc pas qu’une simple conduite d’évasion, l’escapisme des mouvements messianiques, ni un exutoire par où épancher leur impuissance et leurs frustrations, un succédané pour l’action politique bridée. C’est une nouvelle forme de militance, en se saisissant d’une occasion en or, une manière indirecte de formuler des revendications, de demander à la France d’être fidèle à sa devise : Liberté- Egalité – Fraternité. C’est dire que les considérations stratégiques et praxéologiques, touchant à la politique intérieure française, inspirent et expliquent largement le phénomène dit de l’obamania dans certains secteurs de la société. Il en est clairement ainsi du comité de Lyon.

Cependant, en évoquant la dimension mythique, on aborde la question du sens. Or, assurément, l’avènement d’Obama relève non du fait mais de l’événement. Un événement qui, au-delà de sa factualité brute, des considérations programmatiques, des implications pratiques et des avantages tangibles, pour la communauté noire et les autres minorités aux Etats-Unis comme pour l’ensemble du système international, demande à être déchiffré. Obama est devenu un symbole, par la force des choses. Le symbole, comme le mythe, répond d’abord à la question du sens. Roland Barthes fustigeait ceux qui, au nom du réalisme, surtout soucieux d’ « effet de réel », disait-il, méconnaissaient et évacuaient la question du sens, non moins importante pour l’homme et la société. Le symbole n’en est pas pour autant une figure abstraite, née des œuvres du Saint-Esprit. C’est un mixte composé d’expérience, de compétence et de conscience. C’est à cette condition qu’il acquiert sens et efficience.

Au-delà de ces tropismes divergents, témoignant de l’ambivalence affective – attraction-répulsion -, qu’inspire la personne de Barack Obama, qui ne semble laisser indifférente, il est des causes plus profondes, infiniment plus déterminantes dans l’intérêt porté à l’homme et dans le ralliement à sa candidature. Nous sommes, en la cause, dans l’ordre politique, dont la dimension tragique (ainsi que le rappelait Raymond Aron à l’intention d’un Giscard d’Estaing, porté sur la théâtrocratie gadgétisée) comme les enjeux géopolitiques et géoéconomiques, et pour tout dire cruciaux pour le monde, eu égard au poids des Etats-Unis, prédominant et prépondérant dans le système international, n’échappent à personne. Les sentiments exprimés en la circonstance, y compris dans leurs excès, sont autant d’objectivation de tendances de fond, d’expressions d’aspirations, d’attentes et d’espérances non réductibles à des pulsions primaires, et auxquelles le personnage et le message d’Obama paraissent répondre. La politique est champ de passions, génératrice et pourvoyeuse d’émotions, nous dit Tocqueville, clinicien des passions américaines. Les passions politiques, Pierre Ansart (La gestion des passions politiques, L’Âge d’Homme, 1983, 1990) ou Philippe Braud (L’émotion en politique : problème d’analyse, PFNSP, 1996), l’ont noté, sont des réactifs, qui donnent la mesure des frustrations et des aspirations des peuples.

La sémiologie des passions qui se cristallisent autour de la candidature d’Obama, révèle les linéaments et la texture d’une configuration et d’une personnalité hors norme. La faculté qu’a Obama à gagner la ferveur des foules, sa capacité à mobiliser la jeunesse et à faire entrer en politique des citoyens jusque-là désillusionnés et apathiques, l’enthousiasme extatique et communicatif que provoque sa personne, ainsi que l’intersubjectivité fusionnelle qui le relie à son public et à ses partisans, comme le thème de la rédemption qui revient de manière itérative dans les commentaires à son sujet, sont autant d’indices symptomatiques et signalétiques d’un phénomène charismatique, au sens défini par Max Weber.2. Dimension du charismeIl est des mots dont la consonance est si suggestive et évocatrice, qu’ils produisent un effet de sens immédiat, le son étant, en quelque sorte, la métaphore du sens. « Charisme » en est un bel exemple, paradigmatique, tant la congruence du signe linguistique d’avec son référent, du mot et de la chose, est prégnante et frappante. Le signifiant, dans sa phonétique comme dans sa graphie, renvoie à quelque chose d’ineffable, de mystérieux, de l’ordre du magico-sacré. D’étymologie grecque, le terme appartient en propre au vocabulaire de la théologie chrétienne, et désigne le don de grâce, dévolu à un être d’exception. Max Weber l’a transporté dans le champ de la sociologie politique, pour en faire l’une des formes universelles de légitimité du pouvoir, avec le traditionalisme (typique du régime monarchique), le rationnel-légal (caractéristique des Etats modernes, démocratiques ou autoritaires). Weber définit le leadership charismatique comme « reposant sur la dévotion à la sainteté exceptionnelle, à l’héroïsme ou au tempérament exemplaire d’une personne individuelle, et des modèles ou de l’ordre découvert ou ordonné par lui ». Il a à voir avec le culte du héros, mais ne s’y laisse pas réduire. Leadership charismatique et leadership héroïque sont deux figures souvent confondues.

Son trop-plein de sens a fait tomber le mot charisme dans le domaine public, dans le vocabulaire courant le plus snob. Quoiqu’il ait été galvaudé par des usages inconsidérés et inappropriés, le concept n’en demeure pas moins opératoire.

2.1 Figure composée d’un leadership charismatique

Certains donnent à croire que le culte de la personnalité orchestré autour d’Obama, l’obamania, résulterait de la mise en application d’une stratégie de communication politique conçue et mise au point par ses conseillers et experts, sous la direction de David Axelrod, dont le sens de l’opportunité a su tirer parti de facteurs stochastiques et de circonstances favorables, ainsi que de l’inclination et de l’empressement des médias à voler au secours du succès. Ceux-ci, toujours à l’affût de tout phénomène nouveau, n’auraient fait que relayer et amplifier un phénomène historiquement contingent. « Les interrogations sur le programme de Barack Obama dans la campagne des primaires démocrates ont alimenté la presse durant toute le semaine. Réflexe des médias qui se seraient laissés trop facilement séduire par l’enchaînement des victoires d’un capital donné perdant au départ et de venu charismatique ? En fait, ces critiques s’apparentent plutôt à un bilan nuancé de la stratégie en communication déployée par son équipe de campagne. La victoire surprise du sénateur de l’Illinois des la première primaire dans l’Iowa, le calendrier des consultations, les victoires successives ont développé et dynamisé une « obamania », relayée par des médias bénéficiant d’un accès plus facile à l’habitude au candidat. Malgré un programme flou, l’envoûtement a touché progressivement les Etats-Unis. La stratégie d’Axelrod, le directeur de campagne de Barack Obama, semble avoir fonctionné. Le phénomène Obama repose sur une sacralisation de la candidature du sénateur de l’Illinois ». Telle est l’analyse du blog Betapolitique (« L’Obamania, un exemple de communication politique ? »).

En effet, un spécialiste comme Michel Dobry (Sociologie des crises politiques : La dynamique des mobilisations multisectorielles, PFNSP, 1986) soutient que le charisme peut faire l’objet d’une véritable stratégie politique. De fait, des officines, spécialisées en communication et en management, prétendent dispenser des enseignements sur le sujet, tirés soi-disant des méthodes éprouvées de la psychologie sociale. Mais, plus significativement, l’histoire récente nous en a offert un exemple particulièrement illustratif, un cas d’école, à travers l’expérience de Fernando Collor de Mello au Brésil en 1989, à l’occasion des premières élections pluralistes organisées dans le pays après des décennies de dictature militaire. Menée par le fameux holding de médias, Télé Globo, la campagne de promotion du candidat, qui affrontait à l’époque Lula, a consisté à le profiler et styliser suivant le modèle canonique du jeune premier des télénovelas, ces séries télévisées à l’eau de rose très prisées des Brésiliens, et dont il s’est fait une spécialité. L’opération a fort bien réussi, puisque Fernando Collor l’a largement emporté sur un Lula, dépeint en la circonstance comme son anti-modèle, au propre comme au figuré, au physique comme au moral. Mais l’expérience a fait long feu, l’artifice charlatanesque n’ayant pas résisté à l’épreuve de l’exercice du pouvoir, victime que le bellâtre président a été des vicissitudes du processus que décrit Max Weber comme « routinisation du charisme ». Fernando Collor fut en effet aussitôt destitué pour corruption. Sa rapide déchéance vient attester que le leadership charismatique, déjà précaire par nature, ne s’improvise ni ne se décrète, qu’il ne saurait être une simple posture ni un pur produit du marketing politique, et qu’il requiert des vertus personnelles, notamment des qualités de rigueur éthique et de sens civique ainsi que d’efficacité pratique, en plus d’autres conditions de possibilité, introuvables en l’espèce.

Dans le cas d’Obama, l’intelligence et le savoir-faire de David Axelrod et de son équipe ne sauraient à elles seules expliquer ses succès électoraux. Encore eût-il fallu que les qualités propres du candidat fournissent les ingrédients nécessaires au succès de l’alchimie électorale, tout au moins dans le contexte présent des primaires et de la pré-campagne présidentielle. Comme le souligne le Courrier international, reprenant un article du Guardian de Londres, Obama est à la fois le bénéficiaire et le catalyseur des sentiments de dégoût qu’a inspirés à la jeunesse américaine des années catastrophiques de bushisme (« Elections américaines – Voter pour Obama, c’est cool !», 5 février 2008). Rien ne prouve qu’un tout autre candidat se serait prêté à la même opération et aurait produit le même effet. La question est tranchée pour Le Nouvel Obs, qui ne peut que dresser le constat d’un phénomène sans équivalent ni antécédent dans l’histoire politique américaine récente, depuis John Kennedy, ne ce serait ce que « pour voir une foule applaudir quand le candidat se mouche au beau milieu d’un discours ? Certes, comme le souligne un proche de McCain, « il faut beaucoup d’argent pour organiser ces grands-messe ». Mais quel autre politicien américain, même avec tout l’or du monde, serait capable d’enfiévrer 70 000 personnes comme l’a fait récemment Obama à Portland ? Aucun. Quel autre homme politique inspire autant de groupes, de comités, de réseaux de soutien, non seulement aux Etats-Unis mais dans le reste du monde ? Pas un seul » (« Un nouveau JFK ? Il fait aimer l’Amérique »). De plus, en se gardant de porter tout jugement de valeur, l’idiosyncrasie nationale, le système et la culture politique des Etats-Unis, les électeurs ainsi que le contexte se différencient substantiellement de leur équivalent brésilien.

On a cru devoir dire que l’ampleur du désenchantement, né de la faillite, politique, économique et morale de l’administration Bush, est telle que tout candidat démocrate à la succession ne pourrait que bénéficier d’un préjugé favorable et d’une cote de popularité assurée. Mais, à l’évidence, dans le cas d’Obama, le plébiscite qui le consacre, à l’intérieur comme à l’extérieur, l’effet cathartique que génère sa candidature, trahissent un changement d’amplitude et d’échelle, de nature métapolitique.

Le leadership charismatique naît de la combinaison et de l’interaction, historiquement mouvantes, de facteurs objectifs (milieu) et de facteurs subjectifs (personnalité).

2.2 Facteurs objectifs : l’hypothèse d’une crise morale aux Etats-Unis

Wilhelm E. Mühlman, dans un essai d’une singulière densité, consacré aux Messianismes révolutionnaires du Tiers-monde (Gallimard, 1968), soutient qu’il est des périodes fertiles en démons et, corrélativement, en thaumaturges et faiseurs de miracles, où les peuples sont affamés de charisme. Il affirme également que ce n’est pas tant la personnalité qui serait charismatique que le milieu d’où il émerge. Assertion qui trouve rétrospectivement écho chez Engels, qui en a formulé l’hypothèse dans une lettre fameuse à Walter Borgius : « Les hommes font leur histoire eux-mêmes, mais jusqu’ici ils ne se conforment pas à une volonté collective ; selon un plan d’ensemble, et cela même dans le cadre d’une société déterminée, organisée, donnée. Leurs efforts se contrecarrent, et c’est précisément la raison pour laquelle règne, dans toutes les sociétés de ce genre, la nécessité et complétée et manifestée par le hasard. La nécessité qui s’y impose par le hasard est à son tout, en fin de compte, la nécessité économique. Ici, nous abordons la question de ce qu’on appelle les grands hommes. Naturellement, c’est un pur hasard que tel grand homme surgisse à tel moment déterminé dans tel pays donné. Mais, nous le supprimons, on voit surgir l’exigence de son remplacement et ce remplaçant se trouvera tant bien que mal, mais il se trouvera toujours à la longue. Ce fut un hasard que Napoléon, ce Corse, fût précisément le dictateur militaire dont avait absolument besoin la République française, épuisée par sa propre guerre ; mais la preuve est faite que faute d’un Napoléon, un autre aurait comblé la lacune, car l’homme s’est trouvé à chaque fois qu’il a été nécessaire : César, Auguste, Cromwell, etc. ».

Son compagnon Marx, évoquait, dans son célèbre et classique Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, ces conjonctures fluides, d’indétermination idéologique et politique, qu’il caractérise, en une de ses formules chiasmatiques dont il est si prodigue, comme « vérité sans passion, passion sans vérité », et qui appellent des personnalités aptes à conjuguer vérité et passion.

Il y aurait donc des circonstances historiques qui seraient charismogènes. Quelles sont les coordonnées d’une telle situation, quels en sont les critères de distinction et d’identification. L’expérience historique révèle qu’il s’agit généralement de conjonctures de crise, qui se prêtent davantage à la survenue d’hommes d’exception, des hommes de caractère, éclairés et à la volonté inflexible, vertueux ou sans scrupule, anges ou démons, en tout cas supposés dotés d’une surnature propre à en faire des montreurs de conduite et des agents de transformation sociale. De ce point de vue, les sociétés du tiers monde, dépendantes et en transition forcée vers la modernité capitaliste, marquée par l’instabilité et l’anomie, en désarroi et en perte de sens, sont terre d’élection de charisme, pour le meilleur et pour le pire. La geste gaullienne, qui s’origine et se déroule dans des circonstances à chaque fois dramatiques et périlleuses pour la France, société développée s’il en est, 1940 et 1958, est un cas de figure particulièrement exemplaire. Nul ne songe à contester le charisme du Général, qui cultivait un complexe messianique océanique, et s’appliquait lui-même à adopter la posture, à camper le personnage de l’homme d’exception (Olivier Rouquan, « La stratégie charismatique gaullienne », Revue Parlement(s), n°4, janvier 2006).

Il serait évidemment oiseux et conjectural d’affirmer que les Etats-Unis sont en crise, sauf à vider le mot « crise » de tout contenu. Il n’en demeure pas moins que le 11 septembre, qui a brisé le mythe de l’insularité sanctuarisante du territoire américain, et le trauma qu’il a généré, ainsi que l’instrumentalisation cynique et opportuniste qu’en a faite l’administration Bush, à l’instigation des idéologues réactionnaires et impérialistes néo-conservateurs – en abréviation « néocons » -, tels les Richard Perle, Irving et Willliam Krystol, Robert Kagan, Elliot Abrams, Paul Wolfowitz, etc. -, sans parler d’autres cas pendables qui leurs sont imputables en politique intérieure (comme l’impréparation et l’indifférence au sort de la communauté noire lors du passage de l’ouragan Katrina), a créé un profond malaise et entraîné une dépréciation de l’image de soi au sein de la population. L’ego national américain, en temps ordinaire passablement hypertrophié, a été gravement affecté par la découverte des menées cauteleuses et crapuleuses ainsi que des dérives hubrystiques de la politique étrangère de l’administration Bush. Autant de forfaitures, manifestement attentatoires aux idéaux et aux valeurs américains, qui ont jeté un profond discrédit sur les Etats-Unis, dégradé significativement leur image, et compromis notablement leur autorité morale et leur leadership dans le monde. Leur message sera toujours lesté du boulet de l’Irak et de Guantanamo, de Katrina, et demeurera inaudible et peu crédible, s’il n’advint un homme capable de redonner au peuple américain confiance en soi et de lui faire recouvrer l’estime de soi, tout en redorant le blason terni du pays.

Il semblerait que l’Amérique traverse une crise morale. Comme au temps de la guerre du Vietnam, lorsque la résistance héroïque du peuple vietnamien ainsi que les images insoutenables de son martyr, du fait de la stratégie militaire américaine, ont contribué à la démoralisation de l’armée et au dégoût du peuple.

Le syndrome vietnamien a présidé à l’élection de Jimmy Carter, qui s’est donné pour mission de faire subir une cure de moralisation à la politique étrangère américaine, sous les espèces de la diplomatie des droits de l’homme, un idealpolitik mis en formule, sur fond de guerre froide, par le brainstorming idéologique international qu’était la Trilatérale afin d’aider les Etats-Unis et l’Occident en général à reprendre l’initiative, perdue à cette occasion. De la même façon, le syndrome irakien a favorisé l’émergence de Barack Obama et fertilisé le terreau de la dite obamania. Si le leadership éthique de Jimmy Carter s’exerçait sur un mode plébéien, celui de Barack Obama se déploie suivant des modalités infiniment plus flamboyantes, redevables à son charisme.

Les ingrédients du charisme sont une addition de l’image et du message d’une personnalité, agrémentée d’un zest d’héroïsme, adjuvant qui place le sujet au-dessus des contemporains dans une conjoncture donnée. On ne peut que noter, avec étonnement et admiration, l’ascension fulgurante d’un homme sorti de nulle part, d’un être étrange venu d’ailleurs. En plus de la jeunesse et du talent oratoire, Barack Obama peut se prévaloir d’un sens de l’anticipation et de l’histoire et d’une force de conviction le distinguant de l’immense majorité de la classe politique américaine, et singulièrement des autres candidats, qui, tous, ont communié dans les eaux troubles de l’unanimisme patriotard et belliciste de l’après 11 septembre. En se défiant du consensus obligatoire, en se prononçant sans équivoque contre la guerre en Irak, en critiquant sans ménagement l’influence funeste des idéologues néo-conservateurs sur la détermination et la conduite de la politique étrangère des États-unis, en une période où cela nécessitait beaucoup de lucidité et de courage, les esprits libres étant étouffés par le conformisme ambiant et dissuadés par le terrorisme intellectuel et inquisitorial régnant, représenté par la torquemadesque télévision Fox News, il s’est affirmé comme un leader politique. En lui confiant l’honneur de prononcer, en qualité de jeune prometteur, un discours lors de la convention démocrate et dont il s’acquitta brillamment, John Kerry, qui l’avait donc remarqué – son premier fait d’armes -, l’a fait passer de la condition d’individualité marginale et locale au statut d’homme d’État, présidentiable. Un statut qu’il a parfaitement assumé, en se présentant courageusement aux primaires, malgré des handicaps a priori rédhibitoires, et en l’emportant brillamment, de haute lutte, au terme d’une campagne homérique, sur Hillary Clinton, l’un des poids lourds du parti démocrate et l’une des personnalités majeures de l’establishment. Auparavant, en guise de propédeutique, il avait réussi à se faire élire sénateur de l’Illinois, et il est, à ce titre et à ce jour, le seul Noir à siéger au Congrès, au Sénat tout au moins, seulement le cinquième sénateur noir de toute l’histoire politique américaine. Ce qui n’est pas un mince exploit.

Le brio avec lequel il a passé toutes ses épreuves probatoires impose le respect. C’est énoncé un truisme que d’affirmer qu’un tel cursus honorum est hors du commun et dessine le portrait d’un homme d’exception. L’héroïsation de sa conduite en ces différentes occasions n’est donc pas qu’une simple figure de style ni un abus de langage. Une étoile est bien née. C’est l’une des propriétés du leadership charismatique que la faculté de faire coïncider l’aventure personnelle d’un homme et le destin d’un peuple. Aussi bien, le cinéaste Georges Lucas, le père du film-culte « La guerre des étoiles », et qui s’exprime par conséquent en connaissance de cause, s’estime fondé à le décrire sous la figure d’un héros : « Un héros est en train d’apparaître aux États-unis aujourd’hui parce que nous avons un nouveau candidat à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama… Pour tous ceux d’entre nous qu’ont des rêves et de l’espoir, (Obama) est un héros » (Le Monde, du 4 juin 2008).

Les élections américaines se mènent et se décident toujours sur des enjeux de politique intérieure, la politique étrangère ne représentant que la portion congrue. L’électeur américain moyen est un hyper-individualiste inculte, qui se défie de l’État et se méfie du monde extérieur. Et lors des dernières élections américaines, celles de 2004, l’afflux de soutiens en provenance de l’étranger en faveur de John Kerry irritait passablement les Américains, peu désireux de voir le reste du monde se mêler de leurs affaires domestiques. Alors que l’inverse n’est pas vrai. Il en va autrement, ces dernières années, où l’opinion américaine, même travaillée par le syndrome isolationniste, toujours aussi prégnant et à l’œuvre, échaudée par les initiatives machiavéliques et aventuristes de George W Bush, et la réprobation universelle que cela lui a value, ne reste plus drapée dans son splendide isolement. Il n’est pas indifférent, pour les Américains, les secteurs cultivés tout au moins, que le reste du monde les aime et les apprécie. Que l’on se passionne pour leurs élections et que l’un de leurs leaders attire la sympathie au dehors, n’est donc pas pour leur déplaire. La cohorte des médias, qui ont suivi Obama lors de sa tournée mondiale, témoigne de cet intérêt nouveau pour le regard des autres, l’opinion internationale.

2.3 Conditions subjectives : Le signe de l’ « élu »

Ressac du naufrage des idéaux américains, des œuvres de George W Bush, nombreux sont les analystes qui soutiennent que le peuple américain serait prêt à plébisciter n’importe quel candidat démocrate et à lui confier son destin. L’hypothèse est plausible. Mais la candidature d’Obama, qui n’est pas ordinaire à première vue, ressortit à un autre registre, tant l’adhésion qu’elle recueille, par-delà le programme, tient du surinvestissement messianique. « Certains d’ailleurs n’ont pas manqué de remarquer la dimension presque religieuse de l’ « obamania » (« Un nouveau JFK ? Il fait aimer l’Amérique »). L’information est peut-être anecdotique, mais elle vaut la peine d’être rapportée, puisqu’aussi bien le contexte s’y prête. Comme s’il était prédestiné, son prénom signifie en swahili, comme en arabe et en hébreu, le « béni ».

S’agissant donc des conditions subjectives, le leadership charismatique se distingue par un certain nombre de propriétés, liées à la personnalité de l’homme appelé à remplir une mission. La question a été abordée un peu plus haut, avec l’évocation de la carrière d’Obama. On complètera le propos par quelques observations de caractère plus théorique.

Georges Dumézil, spécialiste de mythologie comparée, dans la somme Mythes et épopée (III), note que les divinités et héros légendaires ou mythologiques se distinguaient par des anomalies ou handicaps d’ordre anatomiques, des affections physiques, qu’il a appelés des « mutilations qualifiantes ». C’est le signe de l’ « élu », sans constituer pour autant une condition nécessaire ni suffisante du statut reconnu de leader charismatique. Mutans mutandi, ce trait distinctif se réalise chez Barack Obama dans sa pigmentation. Le fait qu’il ne soit pas un candidat conventionnel (discours de Philadelphie), atypique, selon ses propres termes, mais aussi aux yeux de son rival républicain – qui lui reproche de déparer dans la galerie des présidents américains successifs -, qu’il appartienne à la minorité noire, la plus méprisée et la plus persécutée de l’histoire et de la société américaines, a valeur de stigmate. Quand bien même Goffman ait soutenu que le stigmate est moins un attribut qu’une relation, socialement déterminée, par les représentations collectives, il n’en produit pas moins un effet de réel, au sens de Bourdieu, mais non de Barthes.

L’identité raciale d’Obama se laisse aisément interpréter comme un avatar ou substitut fonctionnel de mutilation qualifiante en la circonstance, et, par conséquent, comme attribut du charisme. Une déclaration de Géraldine Ferraro, l’une des proches d’Hillary Clinton, féministe et ancienne candidate à la vice-présidence de Walter Mondale, lors de la campagne des primaires démocrates, donne créance à cette hypothèse. Elle avait provoqué un petit scandale en déclarant qu’Obama devait ses succès au fait qu’il était noir et de sexe masculin. Il n’est guère besoin d’être clerc en Sorbonne pour juger le raisonnement sophistique et l’argument fallacieux. Il est en effet absurde, de prime abord, de soutenir qu’Obama a pris le dessus sur Hillary Clinton non en dépit de sa couleur mais à cause de sa couleur. Nonobstant, le propos trouve sens et cohérence dans une perspective dumézilienne et dans le cadre d’un scénario charismatique.

Un article, relevé sur la toile, du à un blogueur africain, opine dans ce sens en soulignant que ses faiblesses deviennent son atout (Germain Bitiou Nama, « Candidature d’Obama. L’Amérique est-elle en train de changer ? », evement-bef.net/edito_141). L’handicap, à la faveur des circonstances, a changé de signe et de pôle, il est stylisé, pour se muer en ressource symbolique, en concourant à accréditer l’image de l’homme nouveau, vierge de toute compromission avec le système et apte à conduire le changement, son principal slogan de campagne. Le thème du changement est indéfiniment recyclable, mais le contenu du changement et le degré de crédibilité de ceux qui s’en réclament sont variables. Dans le cas d’Obama, la confiance confine à la révérence et à la dévotion. On le pare de toutes les vertus, on le couvre d’éloges, on le crédite de tous les mérites. De surcroît, l’impressionnabilité et la versatilité des foules les incitent, l’imagination aidant, à sur-interpréter et à surcoder, à affecter d’un coefficient multiplicateur, les actes et les mérites de personnes souffrant d’handicaps, réels ou imaginaires. Les gens sont enclins à suréagir devant le phénomène de surcompensation. S’inscrit en surimpression sur cet imaginaire, l’idiosyncrasie américaine, le culte de la réussite et l’imagerie du self-made man, au cœur du rêve américain, ainsi que l’éthique protestante, qui fait de la réussite le signe de la providence.

Le crédit accordé à Obama serait également surdéterminé par le désir des Américains blancs d’exorciser sinon d’expier le péché originel de l’Amérique, l’esclavage et son corollaire, le racisme. L’économiste et sociologue suédois Gunnar Myrdal, parlait à ce propos de dilemme américain : la coexistence au sein de la même société de deux systèmes de valeur antinomiques, la liberté et la ségrégation raciale. En accordant leur suffrage à Obama, qui présente, à leurs yeux, le double avantage de n’être ni africain-américain « de souche » – à la fois homme du ressentiment et mauvaise conscience de l’Amérique -, ni tenant de la centralité traumatique de la question raciale, qu’il entend transcender à défaut de la solutionner radicalement, ils espèrent se rédimer et se racheter, se décharger de cette lourde culpabilité qui taraude leur conscience. En fait, ils transfèrent le dilemme à Obama lui-même. Le sociologue africain-américain Shelby Steele, connu pour ses idées anti-conformistes, politiquement incorrectes, opine sur le phénomène Obama à partir de ces considérations sotériologiques, corroborant, accessoirement, les analyses de Géraldine Ferraro. Il affirme qu’une éventuelle victoire d’Obama, qu’il juge improbable, « sera une victoire née de ce profond désir de rédemption des Blancs qui n’effacera pas le passé raciste…. Car il est perçu comme une sorte de messie qui sauvera l’Amérique de quatre siècles de divisions raciales. C’est le fait qu’il est noir qui le rend difficile à battre, ce ne sont pas ses idées. S’il l’emporte ça n’aura rien à voir avec lui ; ce sera le résultat de la soif de rédemption qu’on les Américains de surmonter leur passé. Cette soif est très puissante. J’ai grandi dans une Amérique où la ségrégation faisait partie des bonnes manières. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de pire insulte pour un blanc que d’être qualifié de raciste. C’est une sorte de nouveau puritanisme. Les coupables sont bannis à jamais de la société. Aujourd’hui, les Américains ne veulent plus être stigmatisés par leur passé honteux. C’est ce désir profond des Blancs qui alimente le phénomène Obama » (« Si Obama l’emporte, c’est grâce à la soif de rédemption des Américains », Libération, 21 février 2008).

Cette psychanalyse à bon marché, qu’elle soit pertinente ou non, ne résout pas la question relative au succès présent d’Obama, qu’il soit parvenu à représenter ce personnage consensuel, rassurant et rassérénant, un réconciliateur et un rassembleur. L’historien Pap Ndiaye tente d’y répondre, dans un entretien avec le Journal du dimanche, en arguant du fait que « c’est un personnage rassurant, qui ne renvoie pas à la figure des Américains blancs leur passé esclavagiste et ségrégationniste, mais participe à la poursuite d’un long processus de catharsis. Il ne leur fait pas honte » (« Pap Ndiaye : « Obama déculpabilise l’Amérique »", 28 février 2008). A n’en pas douter, sur la question, sous couvert de désaveu du pathos et du ressentiment inhérent à un imaginaire fortement racialisé, il est dans la posture et la conduite d’évitement, son discours est très irénique, fortement édulcoré et aseptisé. Ce qui a le don d’irriter passablement les Africains-Américains natifs, qui lui reprochent de méconnaître et de sous-estimer voire de déréaliser la gravité d’une question, fondatrice et identitaire pour eux, au profit de sa carrière. Il existe pourtant d’autres leaders noirs encore plus conciliants sinon complaisants sur le sujet, qui n’ont jamais réussi à percer sur la scène politique américaine, à l’instar de Barack Obama. Celui-ci doit posséder d’autres titres de reconnaissance

Barack Obama cumule les qualités et accumule les qualifications : des qualités, si tant est que le mot soit adapté, la société américaine étant très mixophobe -, liées à ses origines, diverses et plurielles, comme le soulignent François Durpaire et Olivier Richomme, auteurs du livre L’Amérique de Barack Obama. Et qui en font une sorte de Tiger Woods – personnalité consensuelle s’il en est, aux Etats-Unis, car, fait exceptionnel, noir composé et champion de Golf, sport élitiste et blanc – de la politique, renchérit la Martiniquaise Audrey Célestine, à la suite de nombreux commentateurs américains, dans une libre opinion publiée dans Le Monde (« Barack Obama bouscule la question raciale », 23 janvier 2008). Une manière de renouer avec le mythe défraîchi du melting pot, l’un des idéologèmes du Grand Récit américain, qui y puise un regain de jouvence – et lui-même en fait l’éloge, par le rappel de la locution latine E pluribus unum, inscrite sur le Grand Sceau des Etats-Unis d’Amérique (la multitude de couleurs en une seule) -, alors qu’on lui avait substitué la métaphore, plus conforme à la réalité, de la « salad bowl », de la mosaïque. Qualités tirées de sa formation : un parcours universitaire et professionnel brillant (Columbia et Harvard – où il fut le premier Noir à diriger la prestigieuse revue de droit, Harvard Review of Law -, tout comme sa femme, Princeton et Harvard), assorti d’une expérience de travailleur social dans les quartiers pauvres de Chicago. Qualités tirées de son physique, de sa mise et de sa pose, avec son look avenant, son élégance racée et ses bonnes manières, sa tête de premier de la classe et de gendre idéal. Mais les contre-exemples existent – Ronald Reagan et George W Bush -, qui infirment l’hypothèse optimiste quant aux prédispositions des électeurs américains à considérer un tel CV comme garant des vertus d’un chef d’Etat. Al Gore et John Kerry ont pâti de cette image éthérée d’intellectuels raffinés et stylés, jugée incompatible avec les exigences prosaïques des temps de guerre. Peut-être n’avaient-ils pas suffisamment de charisme pour optimiser ses atouts.

Mühlman affirme que le charisme se nourrit des traditions ainsi que des archétypes et des schèmes inscrits dans l’inconscient collectif et l’imaginaire des peuples. Un de ces schèmes trouverait à s’actualiser dans un certain état d’esprit américain, placé sous l’emprise d’une religiosité exacerbée, et dans la mémoire de certains événements dramatiques, source de traumatisme, d’une virtualité toujours récurrente. Depuis le mandat inachevé de John Kennedy, personnalité charismatique s’il en fut, dont la mort tragique n’a fait qu’ajouter à son mythe, l’Amérique vit dans la nostalgie d’une époque qu’elle considère comme un âge d’or, et qu’elle aimerait retrouver. Le réalisateur Oliver Stone, s’est fait l’interprète des états d’âme du peuple américain dans son fameux film, de facture hagiographique, « JFK ». Avatar profane et séculier du messianisme et de l’adventisme américains, les Etats-Unis n’ont de cesse d’attendre l’avènement d’un nouveau Kennedy. De Gary Hart à Bill Clinton, les épigones, les candidats à la succession n’ont pas manqué, sans jamais réussir à combler ce besoin, à assouvir ce prurit apparemment irrépressible. Bill Clinton fut celui qui s’en est approché le plus près, mais l’affaire Monica Lewinski a jeté l’opprobre sur sa personne et son mandat. Comble d’ironie et de paradoxe, en matière de mœurs, John Kennedy n’était pas un modèle de vertu, loin s’en faut, connu pour ses entraînements génésiques débridés, sans encourir le blâme enduré par Bill Clinton par la suite. Et force est de constater que ce dernier a poussé le mimétisme jusque dans ses aspects les moins avouables et les moins flatteurs, libidineux, pour l’Amérique puritaine, en reproduisant les travers et les vices de Kennedy : son goût prononcé pour les exercices d’anatomie comparée.

Tout porte à croire que le succès d’Obama est, à certains égards, surdéterminé par le spectre de John Kennedy, qui hante encore l’imaginaire américain, dont il serait l’hypostase noire. Comme le rapporte Guillemette Faure sur le site Rue89, « pour cette élection, un des premiers à avoir fait le rapprochement entre JFK et Obama a été un proche de l’ancien président. Ted Sorensen, ancien conseiller et « speechwriter » de Kennedy, en parle depuis près d’un an. A la sortie d’une conférence du Council on Foreign Relations l’an dernier, il nous disait se tenir « entièrement derrière Obama ». Il trouvait au sénateur de d’Illinois « un certain idéalisme » qui lui rappelait son ancien patron, tandis qu’à ses yeux, Hillary Clinton manquait de convictions. « Elle a été à bonne école », nous disait-il en référence à la présidence qu’il jugeait trop politicienne de son mari » (« Les Kennedy déchirés entre Hillary Clinton et Barack Obama »). Il n’est pas jusqu’à la famille même de Kennedy, même divisée, qui ne soit tombée sous le charme du sémillant sénateur de l’Illinois.

Si le soutien de Ted Kennedy, le dernier de la phratrie dorée mais néanmoins maudite, et tenant le rôle de patriarche, n’est pas anodin, les prises de position en faveur du candidat afro-américain de la dernière progéniture encore en vie du président assassiné, sa fille, Caroline, sont d’une singulière portée. Un engagement d’autant plus chargé de signification que c’est la première fois qu’elle s’implique dans une campagne présidentielle américaine. Elle s’est fendue d’une tribune, intitulée significativement « un président comme mon père », et publiée dans le « New York Times », où elle établit sans équivoque le parallèle entre son illustre et regretté géniteur et le sénateur de l’Illinois. « Toute ma vie, les gens m’on dit que mon père avait changé leur vie…Je n’ai jamais eu un président qui m’avait donné l’élan que, disent les gens, mon père leur a donné. Mais, pour la première fois, je crois avoir trouvé l’homme qui pourrait être ce président. Pas juste pour moi, mais pour une nouvelle génération d’Américains ». De la même façon, l’épouse de Robert Kennedy, Ethel, a pris le contre-pied de son fils, Robert Kennedy Jr, qui, comme ses sœurs, avait pris parti pour Hillary Clinton, en déclarant, dans un communiqué, qu’il se dégage d’Obama une « force magnétique qui vous galvanise ».

Ailleurs, hors des Etats-Unis, la comparaison avec John Kennedy est spontanément venue à l’esprit des observateurs avertis, tant les similitudes entre les deux hommes paraissent évidentes. Un commentateur africain, Falila Gbadamassi, sur le portail « Afrik-com » (« Obama-Kennedy : une association pertinente ? »), signale leur commune jeunesse, le procès en inexpérience et en ingénuité qu’il leur a été instruit à tous deux de ce fait, leur programme de changement, l’aura qui se dégage d’eux. Le destin comparé des deux hommes est également d’ordre personnel. L’auteur rappelle que « c’est grâce aux efforts d’un jeune sénateur du Massachusetts, John F. Kennedy, et à une bourse accordée par la Kennedy Foundation aux étudiants kenyans que son père, Barack Hussein Obama, aura l’opportunité de venir étudier aux Etats-Unis ». Mais, soucieux de nuancer le tableau, il en dévoile le revers, et souligne que le patronage du président assassiné n’est pas nécessairement de bons auspices, en raison de sa réputation sulfureuse et, bien plus grave, de sa fin tragique. La rivale d’Obama aux primaires démocrates, Hillary Clinton, l’a bien compris, le bruit en courrait et le spectre en planait, comme effet de l’ « obamination »de l’extrême droite raciste et suprémaciste, qui n’a pas manqué d’évoquer, en excipant de sa bonne foi, suprême hypocrisie, cette éventualité à son sujet, pour instiller le doute dans l’esprit des électeurs, s’attirant la réprobation générale.

Le fait est que Barack Obama tient des deux Kennedy, de leur idéalisme roboratif et engageant. S’il a de John le style, le verbe et la pose, il partage avec Robert la sensibilité et l’empathie. Mais Obama, tout en plaçant officiellement sa candidature sous la figure tutélaire de Lincoln, homme politique de l’Illinois comme lui, et plus subliminalement sous le patronage de John Kennedy – à preuve le choix de Berlin pour y prononcer un discours public à destination de l’Europe, et l’évocation du discours sur le thème de la nouvelle frontière -, se garde néanmoins de verser dans un passéisme nostalgique, qui démentirait, prévient François Durpaire, la rhétorique du changement lui servant de mot d’ordre. La réaction jubilatoire des Républicains au choix de Joe Biden pour la vice-présidence donne quelques indications sur l’importance de la question. Tout en trouvant la comparaison avec Kennedy flatteuse, il ne tient pas pour autant, de manière plus personnelle, à ce qu’on ne lui reconnaisse de mérite que par analogie et par transitivité. Il veut écrire lui-même, autant que faire se peut, l’histoire.

3. Universalité casuelle du charisme

Le charisme est d’intensité et de durée, de localité et d’efficacité variables. Relationnel et relatif, le charisme politique est toujours historiquement déterminé. Il n’y a de charisme que situé, c’est-à-dire spécialisé et contextualisé. Le leader charismatique est d’un temps et d’un lieu. Cependant, il est des personnalités dont l’ascendant excède la cadre étroit qui les a engendrées, pour gagner d’autres cieux. L’exemple d’Alexandre dans l’antiquité, l’Iskander des persophones, dont le prestige retentit jusque dans l’onomastique et les légendes des peuples qu’il a conquis, celui de Napoléon dans un passé plus récent, en qui Hegel voyait la figure incarnée de l’ « Idée à cheval », et Clausewitz « le dieu de la guerre », et, enfin, celui de Che Guevara pour l’époque contemporaine, dont la figure christique d’apôtre de la révolution et le romantisme révolutionnaire émeuvent et fascinent jusque dans les rangs des hommes de droite -, témoignent du potentiel d’universalité d’un certain type de charisme. Sur un mode moins agonistique, le pacifisme humaniste de Gandhi et de Martin Luther King, hypostasié par leur destin tragique, voire de Nelson Mandela aujourd’hui, en a fait des figures universelles et transhistoriques. La renommée acquise par Obama hors des Etats-Unis, qui capitalise le legs cumulé de Kennedy et de Martin Luther King, l’élan de sympathie et le suffrage qu’il recueille dans le monde, en constituent un autre cas d’espèce.

3.1 La diffusion du charisme

On a tenu le tableau énumératif des qualités de Barack Obama. Mais ils viennent en surcroît de son atout majeur : celui d’être un contretype positif, un anti-Bush, à tous égards, l’anti-Bush par essence et par excellence, au physique et au moral comme au cérébral. De surcroît, il se pose explicitement comme le candidat antisystème, non issu de l’establishment washingtonien, engoncé dans son conservatisme et dans ses privilèges, l’homme du changement, un changement qu’appelle de ses vœux la jeunesse. Il apparaît comme le seul à même de réconcilier l’Amérique avec elle-même et avec le reste du monde. A supposer que la dernière hypothèse soit concevable, que l’Amérique parvienne à tenir en bride ses instincts, ses vieux démons, à contenir ses pulsions hégémonistes, la libido impériale, à renoncer à sa vocation messianique. Rien n’est moins sur, même sous la présidence d’un Barack Obama, pétri de bonne volonté. Avec John McCain au pourvoir, il ne subsisterait aucune ambiguïté, ni solution de continuité en matière de politique étrangère, le candidat républicain s’étant explicitement inscrit dans le sillage de George Bush. Au motif que l’Amérique, contrairement aux propos jugés pacifistes et défaitistes d’Obama, ne saurait se mettre en congé de l’Histoire, qu’elle n’en était aucunement la victime, et que c’était elle qui faisait l’Histoire. Il y a, en effet, comme un déterminisme structurel de la puissance, qui ne la pousse pas à la vertu, mais bien plutôt vers l’hubrys, le péché de démesure de la mythologie grecque. Montesquieu l’avait bien vu, qui énonçait que seul le pouvoir peut arrêter le pouvoir. Toujours est-il qu’Obama possède un capital de sympathie dans le monde, à l’instar d’un Kennedy naguère, qui peut être mis, dans un premier temps au moins, au service de la politique étrangère des États-unis. « Le salut par un Noir », a pu titrer l’Hebdo-Nouvel Obs sur la toile.

Une certaine opinion américaine, s’interrogeait, fiévreusement, sur la capacité d’Obama, élu président, d’obtenir le respect à l’extérieur, de la part des autres dirigeants et peuples du monde, parce que Noir. La question avait déjà été posée à propos de/et à Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat de Bill Clinton, en tant que femme. Elle avait répondu, non sans malice, qu’elle tenait son autorité du symbole que représentait l’avion dont elle descendait et qui affichait en gros « USA » sur son fuselage. Réponse qui renvoie à Bourdieu, lequel affirmant, dans Ce que parler veut dire, que ce sont en général les facteurs extrinsèques qui confèrent légitimité à un agent social. De la même façon, Colin Powell et Condoleeza Rice ont conquis le respect en même temps qu’ils ont rendu familière l’image du Noir compétent, mais également réactionnaire et hégémoniste. Un commentateur africain, dans une chronique du journal camerounais Le Messager, Marie-Louise Eteki-Otabela remarquait que, paradoxe des conséquences, au sens wébérien, malgré l’opprobre qui le frappe, George Bush, en nommant ces deux-là, pour damer le pion aux démocrates, n’a pas peu contribué à frayer le chemin de la Maison blanche à Barack Obama. « Condoleeza Rice aura contribué plus à la victoire de Barack Obama que… Oprah Winfrey ! Petite femme noire, les dents en avant (sic), parcourant l’univers au pas militaire, elle aura habitué la Terre entière à l’image du Noir compétent, aux affaires du monde » (« Obama a inversé le mythe de Sisyphe »). Au demeurant, Powell et Rice, comme d’autres personnalités républicaines noires, se sont prononcé en faveur de Barack Obama, la seconde n’hésitant pas à déclarer que la paix dans le monde serait mieux assurée avec lui à la Maison blanche. En outre, il faut signaler, comme autre facteur favorable non négligeable concourant à la neutralisation de la variable raciale dans la perception d’Obama à l’étranger, le fait que le Noir américain jouit d’une image infiniment plus positive que son congénère africain : d’abord grâce à la prime que constitue sa qualité de citoyen des Etats-Unis, capital symbolique substantiel, ensuite grâce aux films, téléfilms et séries télévisées (Cosby show, Le Prince de Bel-Air, 24 heures chrono – dans laquelle l’occupant de la Maison blanche est noir, scénario tenu pour concevable et crédible – etc.), où il tient des rôles généralement honorables, ainsi qu’au sport et à la musique, deux des vecteurs de l’hégémonie américaine, où il excelle. Les égards révérencieux et révérenciels que lui accordaient certains des grands de ce monde, lors de sa tournée internationale, ont donné quelques aperçus de ce que seront ses relations avec les dirigeants et les peuples étrangers.

Sur un plan individuel, Obama tire avantage des ses origines bigarrées et de son parcours labyrinthique, qui en font un homme cosmopolite, un citoyen du monde, et facilitent l’identification à sa personne sous toutes les latitudes. Lui-même s’y réfère abondamment, notamment dans ses deux discours les plus marquants, celui prononcé lors de la convention démocrate de 2004, et celui de Philadelphie touchant à la question raciale, quand il rappelle avoir des oncles et des tantes, des neveux et des nièces, des cousins et cousines, de toutes les races et de toutes couleurs, répartis sur trois continents.

Sur un plan plus général, le plébiscite qu’a recueilli la candidature d’Obama, à la faveur de sa tournée mondiale, et malgré ses palinodies sur la question palestinienne – le lieu géométrique de la conflictualité endémique du Moyen-Orient, source de ressentiment dans le monde arabo-musulman et le tiers monde, et sujet de compassion et d’indignation dans le reste du monde -, là où le besoin de changement se fait sentir de la manière la plus urgente et la plus pressante, est à la fois un analyseur et un indicateur de l’état de l’opinion internationale.

Son programme de changement pour le monde, dès l’instant où il entend en revenir au système de la sécurité collective, en déclarant que la sécurité des Etats-Unis est indissociable de celle des autres, de l’ensemble du système-monde, a rencontré l’agrément général et fait naître de grands espoirs. Comme le souci qu’il a de la concertation et de l’environnement, le réchauffement climatique, lui vaut les faveurs des Européens, principaux partenaires des Etats-Unis, très sensibles sur le sujet. Ses préventions affichées contre la rhétorique et la posture agressives et belliqueuses des précédentes administrations américaines, à l’encontre de certains Etats, stigmatisés, de manière peu diplomatique, comme « voyous », soutien du terrorisme, sont également très appréciées. A l’évidence, il apporte un vent de fraîcheur dans le système diplomatique international. Au point que certains Etats désignés par les Etats-Unis comme ennemis, tel Cuba ou le Venezuela, sans lui être explicitement favorables, ne sont pas insensibles à son message. En, France, pays qui passe pour le plus anti-américain dans le camp occidental, droite comme gauche, notent Les Echos, journal des milieux d’affaires, votent Obama (Elsa Freyssenet et Pierre-Alain Furbury, « En France, droite et gauche évitent Obama », 6 février 2008). Et il n’est pas jusqu’à L’Humanité ou Le Monde diplomatique, deux des organes les plus représentatifs de la presse de gauche et peu suspects de philo-américanisme militant, qui ne lui soient favorables. Jean-Gabriel Fredet, notait dans L’hebdo-Nouvel Obs, sur la toile : « Pour nous, c’est lui ! Trois mois avant la convention qui désignera le candidat du Parti démocrate, les Français semblent avoir choisi : ils votent Obama. Le candidat démocrate est le favori des médias et des intellectuels germanopratins mais aussi des néoconservateurs repentis du « Meilleur des mondes » ou des jeunes des banlieues. Comme si, après huit ans de ténèbres, Obama incarnait à nouveau cette « Amérique qu’on aime » mais que ses dirigeants nous obligés à détester. Le « nouveau Kennedy », comme l’appelle l’hebdomadaire allemand « Bild », séduit hors des frontières américaines comme seul avant lui JFK l’a fait. Au point de pouvoir écrire une nouvelle page de l’histoire ? » (« Le retour de l’ami américain. La détestation des Etats-Unis, vieille passion française, est-elle soluble dans l’obamania ? »). Henri Haget, dans L’Express, renchérit, en remarquant que « ce n’est pas une mince affaire que de réconcilier les gamins des banlieues et les élites germanopratines. John Morris [un partisan d'Obama à Paris]…, en viendrait presque à regretter que l’élection du président américain ne soit pas l’affaire des Parisiens… » (« La France vote Obama »), L’Express, 29 mai 2008).

Notre Américain de Paris s’avance quelque peu, car rien ne prouve que cette sympathie affichée pour Obama, à distance, se convertisse réellement en intention de vote, dans l’hypothèse où les Français seraient autorisés à prendre part aux élections. Il est probable que le tropisme xénophobe, le syndrome raciste, qui travaille la société française, les inhiberait au moment fatidique de déposer le bulletin dans l’urne, sans compter la conscience qu’ils auraient des rétroactions négatives pour la France. Car, il est encore plus certain que les chances d’Obama, tel qu’en lui-même, aussi pourvu que son modèle américain, de se présenter et de se faire élire en France même, ne serait-ce qu’à des primaires ou même à de simples consultations électorales locales, sont absolument nulles. Doan Bui n’en est que plus aise pour emprunter au fameux film de la réalisatrice Susan Seidelman, « Recherche Susan désespérément », avec Rosanna Arquette et Madonna, le titre d’un article consacré au sujet dans Le Nouvel Obs : «  »Un président noir, vous imaginez ! », Cherche Obama français désespérément… » (5 juin 2008).

Au demeurant, réagissant à l’article d’Henri Haget dans L’Express, un lecteur soutient que les faveurs accordées à Obama par l’opinion en France, seraient mécaniques, de tradition, expression du tropisme démocrate français : « Quoi de plus normal…puisque depuis qu’on mesure sérieusement le souhait des français… (juste avant le deuxième mandat de Ronald Reagan) la tendance va systématiquement vers le candidat démocrate..; c’est le choix traditionnel en France… donc fatalement… vu qu’il y a eu dans ce laps de temps plus de mandats républicains à la Maison blanche (Reagan 2, Bush, sr 1 et Bush jr, 1 et 2)… que de mandats démocrates (Clinton 1 et 2)… il ne peut pas en être autrement… C’est mathématique ». Pour d’autres observateurs, l’obamaphilie de l’opinion française serait de nature réactionnelle : par rejet de Bush. Pour d’autres encore, tel Vincent Duclert, les Français vivraient leurs rêves et idéaux égalitaires, inaccomplis ou empêchés, à travers l’expérience américaine et le destin d’Obama : « Le désormais candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine révèle des rêves politiques français profondément enfouis et travaillant comme une vive et douloureuse mélancolie. Car les Français ne cessent d’être à la recherche de leur « Obama », c’est-à-dire l’incarnation dans une personne d’un idéal politique à la fois simple, présent, et en même temps lié décisivement à la fragile et vivace tradition démocratique de leurs pays. En 1905, Charles Péguy avait esquissé le portrait de cette espérance en regrettant que Jean Jaurès – dont il parlait – ait renoncé justement à la porter, aussi bien physiquement que moralement. Charles Péguy se souvenait d’un temps ancien, celui de l’affaire Dreyfus et du combat pour l’idéal des droits de l’homme, celui de la gloire de Jaurès. Ce temps ancien ne cesse de nous parler. Et il est probable que son souvenir nous anime dans la contemplation du « miracle Obama » aux Etats-Unis ». Plus loin, l’auteur invite les Français à l’anamnèse et la réflexivité, afin de revisiter un certain idéal français perdu, abstraitement défini : « A travers la réussite du premier candidat noir américain, l’un des plus jeunes aussi, l’un des plus intellectuels également, l’un des plus éloignés aussi de l’ »in-belt » (le monde de Washington et des logiques de pouvoir), c’est une chance pour les Français d’ouvrir les yeux sur eux-mêmes et leur présent[...] Les origines ethniques de Barack Obama… réveillent encore plus la mélancolie française. Non pas qu’Obama passionne les Français pour le fait qu’il apparaisse comme un homme de couleur, mais surtout parce qu’il a su inscrire la reconnaissance identitaire légitime dans l’idéal politique commun forgé par les Pères fondateurs de la Constitution américaine. Et même qu’il est devenu capable de faire progresser cet idéal grâce à la question identitaire. Il faut lire ou relire à cet égard le discours de Philadelphie ( du 18 mars 2008) qui laisse très en arrière tous les efforts français pour penser fondamentalement notre bien commun politique. Non seulement Obama ringardise le discours politique français, mais instille beaucoup de mélancolie chez bien des Français conscients que leur pensée politique a pu être elle aussi proche, à certains moments de leur histoire, proche d’un idéal démocratique courageux et intégrateur » (« Obama. La mélancolie française », Médiapart Le journal, 15 juin 2008). Le propos est insuffisamment exemplifié, et reste très vague et général, plutôt allusif, et le choix de l’épisode Jaurès et de l’affaire Dreyfus, comme référence, laisse songeur. Il amoindrit la portée de l’analyse, tant il paraît peut judicieux pour expliquer les blocages de la société française et la faillite du modèle d’intégration, pourtant proclamée la meilleure au monde, mieux qu’aux Etats-Unis en tout cas. Il tient plutôt de la pétition de principe, au sens où c’est ce qu’il faut expliquer et non l’explication elle-même. Bonne conscience serait mieux approprié que mélancolie pour qualifier au plus juste les motivations françaises dans leur parti pris pro-Obama.

Ce n’est pas l’un des moins explicables des énigmes de l’obamania ni l’un des moindres mérites d’Obama, que les Européens, qui érigent fébrilement de nouvelles murailles-forteresses, pour se protéger des invasions barbares en provenance d’Afrique, aient pris parti dans leur immense majorité, sur la foi des sondages, ceux de Pew Research Center en particulier, pour ce fils d’immigré africain. Son discours conciliant et engageant sur le partenariat américano-européen explique peut-être ce choix. Mais plus étrange, des pays et des peuples, qui ont récemment porté au pouvoir des partis et des hommes de droite voire d’extrême droite, en ayant mené une campagne électorale sur des thèmes ouvertement xénophobes et racistes, certains, pourtant réputés négrophages, nettoyeurs des écuries d’Augias banlieusardes au karcher et casseurs de nègres mal-logés ou sans-papiers, de préférence à l’aube et devant caméra, se prévalant même de son amitié -, le plébiscitent, sans n’y voir là de contradiction. Ils s’exercent à la diversité et à l’égalité de traitement, à l’anti-racisme et à la non-discrimination par transfert et par procuration, et sur le mode onirique. Le Pen ne disait-il pas beaucoup aimer les Noirs, mais chez eux ? Lui, au moins, a le mérite de ne pas faire dans la tartufferie et le jésuitisme.

Si, dans le reste du monde, la majorité des gens, peuples comme gouvernements, souhaitent un État américain enclin au soft power, plutôt qu’adepte de la big stick policy (la politique du gros bâton) chère au premier des Roosevelt, Théodore, ainsi qu’aux néo-conservateurs et aux Bush, dans l’exercice de son hégémonie, dans chaque région du monde, la sympathie exprimée en l’occurrence, renvoie à considérations particulières et à des attentes spécifiques.
Quelques exemples permettent d’illustrer les effets contrastés et les modalités différenciées de l’obamania, tant au niveau de l’imaginaire que du politique.

3.2 Un point d’application de l’effet-Obama : L’Afrique, ou l’obamalâtrie comme surinvestissement messianique

On n’insistera pas outre mesure sur le cas anecdotique et sympathique de cette petite ville côtière japonaise, qui s’est prise de passion pour Obama, à la faveur d’une homonymie purement accidentelle, que, par ailleurs, partagent également d’autres cités de l’archipel nippon. Nous sommes au degré zéro de l’obamania, qui rime ici avec publicité touristique. Néanmoins, l’initiative n’est pas aussi folklorique qu’il n’y paraît, à première vue, car certains des commentaires et arguments développés par le Maire de la ville pour l’expliquer, ne sont pas dénués d’intérêt ni de portée. En effet, l’édile nippon a été surpris à déclarer qu’une éventuelle élection d’Obama réconcilierait les États-unis avec la population noire, qu’ils ont toujours opprimée et brimée. Cette soudaine empathie, cette manifestation de commisération ostentatoire pour les Noirs est d’autant plus surprenante et nouvelle que, en Asie, en particulier au Japon et en Corée, prévaut une négrophobie compulsive, qui ne s’encombre d’aucune précaution de langage ou autre et qui ne se fonde sur aucune base historique tangible, comme en Occident, une négrophobie purement fantasmatique, transitive et contagionnée, idéologiquement dérivée, cultivée mimétiquement dans le sillage du racisme blanc. Elle est à la source de la tension larvée entre les communautés asiatique et noire au sein de la société américaine, la première étant, de ce fait, globalement hostile à Obama dans cette campagne électorale. Mais le succès peut conduire à réviser une opinion, à renoncer à un préjugé, à lever les préventions. Encore un miracle Obama !

Il en va autrement de l’Afrique, où l’obamania prend un singulier relief et atteint des pics paroxystiques. L’Afrique est sans conteste la terre d’élection de l’obamania, pour des raisons manifestes, touchant aux liens généalogiques de Barack Obama avec le continent noir. Lien qu’il revendique tout uniment dans un livre émouvant, datant de 1996 et opportunément réédité, devenu un best-seller mondial, Les rêves de mon père. Au grand désappointement d’une certaine Sylvie Laurent, obscure professeur(e) de littérature afro-américaine de son état dans une université parisienne, auteur(e) d’un article acrimonieux et spécieux, obliquement normative, exsudant la bile et le fiel, plein de morgue et de mépris pour l’Afrique, publié dans une revue électronique. Un article dans lequel elle s’exerce laborieusement et insidieusement à vouloir contester à Obama son africanité assumée, et, où, plus généralement, elle s’acharne, suivant un procédé éculé, cher à une certaine historiographie révisionniste et à la « négrologie » raciste, aux Africains et aux Noirs américains le droit de se réclamer sinon d’une mémoire et d’une identité communes, en tout cas d’une histoire et d’une condition partagées (« Barack Obama : de l’Afrique en Amérique »). Elle assène sentencieusement que « la supposée fraternité entre les « Africains-américains » et leur continent d’origine repose sur bien des malentendus ». De prétendus malentendus, de son invention ou surestimation du narcissisme des petites différences typique des gens très proches, selon Freud, malentendus plus ou moins déduits d’une lecture biaisée et déformée des écrits de certains littérateurs africains-américains – une dénomination qu’elle se permet de mettre entre guillemets -, à l’identité chancelante et mal assurée, rémanences de la dépersonnalisation esclavagiste et expression de l’aliénation raciste. Et notre docte de réciter les sophismes et les poncifs de l’histoire révisionniste, à la Pétré-Grenouilleau, sur la responsabilité supposée des Africains dans la traite esclavagiste, et la situation déplorable de l’Afrique, présentées par elle comme autant d’obstacles à l’identification. En somme, elle a la prétention, elle s’arroge le droit de dicter aux Africains-Américains la manière dont ils devraient définir et vivre leur identité, question indécidable s’il en est.

Privilège ou servitude des personnes au sang-mêlé ou à la culture mixte, l’identité d’Obama n’en finit pas de faire couler de l’encre. En effet, elle fait également l’objet de débat au sein de l’intelligentsia africaine, dans le plus style de la casuistique byzantine. Obama se voit instruire un procès en authenticité identitaire symétriquement, de part et d’autre de l’Atlantique. De la même façon que les Noirs américains ont pu contester l’afro-américanité du candidat, lui reprochant de ne pas partager l’expérience et la mémoire de l’esclavage, de la ségrégation et du combat pour les droits civiques, fondement de leur identité, fondement de la légitimité de tout candidat à eux apparenté et déterminant de leur vote, ce que l’on a appelé le «nouveau nativisme noir », de la même façon, des Africains émettent des doutes sur l’africanité de Barack Obama, pour des raisons rigoureusement inverses. Dans un article, au titre péremptoire et en forme de mise en garde à l’intention des Africains, qui nourrissent de fols espoirs sur son éventuelle élection, Diégou Bailly, célèbre journaliste ivoirien, expose l’une des variantes de la thèse de l’africanité contestée d’Obama : « Disons-le tout net : il n’est pas Africain. Il ne sera pas le porte-étendard de la cause de l’Afrique ; s’il remporte, en novembre prochain, la victoire finale sur son rival républicain John McCain. Au contraire, il pourrait devenir, pour le continent, le pire des présidents que les Américains n’aient jamais élu. Tant il aura à coeur de montrer qu’il est plus américain que les Américains de souche. L’épisode de sa douloureuse séparation avec le pasteur Jeremiah Wright, son mentor de longue date, nous ramène violemment à cette dure réalité. [...] Obama n’est point Africain. Il n’entretient, d’ailleurs, aucune prétention de le devenir. Il est Américain en son âme et conscience… » (« Barack Obama n’est pas Africain », kouamouo.ivoire-blog, 15 juin 2008). L’auteur, certes, au contraire des Américains, ne lui adresse aucun reproche particulier sur son rapport à l’Afrique, mais il cultive la confusion autour du concept d’identité africaine, entre africaine et origine africaine. De tels énoncés sont spécieux, car ils induisent en erreur sur la question en débat et sur les positions d’Obama. L’auteur paraît ignorer que les Noirs américains préfèrent se faire appeler Africains-Américains, et manifestement il n’a pas lu les livres d’Obama, le premier en particulier, Les rêves de mon père, ni suivi son dernier voyage au Kenya. Une démarche qui n’est guère anecdotique. Si l’on excepte les « Indiens », les « natives », l’Amérique est peuplée d’immigrants et de fils d’immigrants. Kennedy s’est trouvé confronté à ses origines irlandaises et à son appartenance à la religion catholique. Et il était très aimé des Irlandais d’Irlande, qui se reconnaissaient en lui. Plus intéressante et stimulante, revanche, est la prospective touchant à sa politique africaine. Il y a là un point d’interrogation !

L’opinion exprimée par Diégou Bailly reste toutefois minoritaire. Indifférents à ces considérations généalogiques alexandrines, les Africains dans leur majorité se sont entichés d’Obama et baignent dans une douce euphorie autour de sa candidature. L’identification, réactive et immédiate, contrairement à l’attitude des Noirs Américains, sur la réserve, méfiants et temporisateurs, est potentialisée par le caractère inopiné de l’événement, la découverte tardive de son existence et sa trajectoire fulgurante. Tel un deus ex machina, l’avènement d’Obama est aussi imprévu qu’inespéré, déchaînant les passions, à défaut de galvaniser les énergies. On apprend, par l’éditorialiste du blog africain, L’Evénement, cité plus haut, Gérard Bitiou Nama, qu’au Burkina Faso, par exemple, on n’était pas loin de considérer sa candidature comme insensée et aventuriste, voire suicidaire et mortifère, et de le tenir lui-même pour un illuminé, présompteux et inconscient, pour oser ainsi s’attaquer à la citadelle de l’Amérique blanche.

L’effet Obama en Afrique, et dans la diaspora noire de par le monde, est fort bien résumé par le journal kenyan, Sunday Nation, localisé dans le pays d’origine de son père. L’article, rapporté par l’agence Panapress, est repris par le site Grioo : « Le plus important est qu’il est un modèle pour presque un milliards de Noirs dans le monde d’aujourd’hui, qui ont l’habitude de se retrouver dernier en ce qui concerne les choses importantes. La race noire est la plus pauvre, la moins puissante, la plus affectée par les maladies et la moins prometteuses de toutes… Une personne noire porte l’héritage de l’esclavage, du colonialisme et de plus en plus l’échec de l’Afrique à se tirer rapidement du bourbier de la pauvreté, de la guerre, de la faim, de la maladie et de l’ignorance… Même les pays les plus prometteurs comme le Kenya et l’Afrique du Sud, qui ont eu des moments de « folie » dans le secret de leurs cœurs, considèrent la victoire du sénateur Obama comme la confirmation qu’une personne noire peut devenir ce qu’elle veut, si elle travaille dur et si elle a suffisamment de chance » (« Barack Obama, symbole d’espoir pour des millions de Noirs » , Grioo.com ».On peut regretter, sans céder aux facilités et aux mélodies siréniennes de l’afropessimisme, qui envahit tout le champ du discours sur l’Afrique ces dernières années, que certains Africains, les groupes dirigeants spécialement, enclins à l’irresponsabilité et à l’infantilisation, ayant désappris à être libres et responsables, attendent toujours l’inspiration de l’extérieur, la venue de l’homme providentiel destiné à les sauver de la malédiction qui accable les fils de Cham depuis les temps diluviens. Comme le note encore, Diégou Bailly, « cette victoire historique fait déjà rêver certains Africains. Beaucoup d’entre eux attendent (encore) la venue d’un nouveau « messie » qui les délivrera enfin de la misère, de la pauvreté et du poids de l’exploitation. Ceux-ci espèrent que Barack Obama sera celui que l’Afrique attend depuis toujours » (« Barack Obama n’est pas Africain ». Mais les vicissitudes de l’histoire ont présidé à l’accouchement d’un Obama, d’origine africaine, même si son patrimoine génétique et culturel est assez diversifié, aujourd’hui aux portes de la Maison blanche, une perspective qui, horresco referens, semblait complètement chimérique voire extravagante. Peut-être que les Africains, dans leur déréliction, sur-interprètent-ils le signe, l’émotion prévalant sur la raison ? Toujours est-il qu’il règne, en Afrique, une certaine euphorie et une certaine effervescence autour du phénomène Obama.

L’effet Obama en Afrique induit deux niveaux d’interprétation, qui corrèlent avec deux types de réaction : un premier niveau est d’ordre ontologique et psychologique, le second est de nature idéologique et politique.

En Afrique, l’avènement d’Obama revêt une dimension mystique et magique, et est vécu à la fois comme un événement fantastique, un fait miraculeux et un rite d’exorcisme. Les commentaires, tirés de la revue de presse faite par Le Courrier international ou relevés sur la toile et dans la blogosphère par le journaliste camerounais Théophile Kouamouo, témoignent de l’effet cathartique du phénomène, tant ils sont enthousiastes et « allélouaesques », et frisent parfois le délire millénariste. Comme chez Kamanda wa Kamanda, ancien responsable de la diplomatie zaïroise sous le règne du despote peu éclairé Mobutu, qui nous en offre un échantillon : « C’est le rêve de Martin Luther King en marche qui entre dans sa phase décisive. C’est aussi un signe des temps qui annonce des changements ethniques importants dans le monde au cours du troisième millénaire » (Théophile Kouamouo, « Pourquoi l’Afrique vibre pour Obama », Rue89, 30 juin 2008). Il est cependant des esprits lucides et pondérés sinon des Cassandre et autres oiseaux de mauvais augures, qui invitent à tempérer ce fol espoir et ce zèle obamaniaque, à s’abstenir de tracer des plans sur la comète, et qui posent la question de savoir si les Africains ont seulement pris la peine de lire son autre livre, L’audace de l’espoir, d’une veine nettement moins romantique et d’une utilité plus pratique (Niels Planel, « Barack Obama et l’audace d’espérer », sens-public.org…article 485, 1er novembre 2007). Et, de fait, comme le rapporte Grioo, certains ont déjà commencé à faire un mauvais usage de cet enthousiasme, à l’exemple de ce haut fonctionnaire nigérian, de sexe féminin, directrice de la bourse, qui, sous couvert de lever des fonds pour la campagne d’Obama, le faisait en réalité à son propre profit. Certains tropismes africains s’avèrent incoercibles, et certains travers décidément incorrigibles.

Néanmoins, pour l’essentiel, aux yeux des Africains ou, si l’on veut, dans leurs fantasmes eschatologiques ou illusions lyriques, Obama revêt la figure d’un grand exorciste, à la fois tueur de mythe et briseur de tabou. Une éventuelle accession d’Obama à la Maison Blanche, le croit-on, produirait un effet à la fois conjuratoire et propitiatoire. Elle est supposée contribuer à guérir les stigmates toujours vifs de cinq siècles d’oppression et d’humiliation raciales et de mépris raciste, liés à la traite esclavagiste et à la domination colonialiste, à vider le stock de ressentiment et d’inhibitions accumulés. Elle est présumée, également, aider à changer le regard extérieur sur les Africains et les Noirs en général, à tarir les sources du racisme anti-Noir et de la négrophobie. Le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui ne passe pas sur le continent pour un esprit éclairé, quoiqu’il jouisse au dehors d’une réputation parfaitement imméritée, exprime malgré tout l’opinion générale, quand il qualifie le parcours d’Obama de « Revanche sur l’Histoire ». Les Africains savent gré à Obama, rien qu’avec ce qu’il a réussi pour l’instant à faire et quand bien même il n’entrerait pas finalement à la Maison blanche, de les avoir aidés à recouvrer l’estime d’eux-mêmes et à leur redonner confiance en eux, condition nécessaire à la réalisation des grandes choses.

Il n’y a pas que les Africains et les Noirs en général à spéculer sur les effets dissolvants d’une éventuelle élection d’Obama sur les préjugés raciaux, des observateurs extérieurs, épris de bonne volonté et pétris de certitudes, tel le Québécois Jean-Claude Allard, y vont également de leurs commentaires frappés au sceau de l’œcuménisme et de l’optimisme sur le règne à venir de l’harmonie raciale universelle : «Aux USA, l’élection d’Obama sera le test ultime pour l’expérience séculaire de fusion des ethnies, puis des races dans le grand chaudron de Mère Nature. Il était temps… L’impact d’une présidence d’Obama ne s’arrête pas aux frontières de l’Amérique, cependant, il s’étend au monde entier et cet impact n’est pas conditionnel au succès d’une Présidence Obama. Il se produit et il est irréversible dès que celui-ci est élu. Qu’il fasse ou non des miracles et que l’Amérique ensuite l’idolâtre ou le brûle en effigie. Le geste significatif, c’est qu’il a été choisi, qu’il puisse s’asseoir au Salon Ovale et que des Blancs accourent lorsqu’il les sonne. Quand ils le font, ce sont des siècles d’arrogance de la supériorité présumée de la personne caucasienne qui sont anéanties. Quand Obama entre à la Maison Blanche, c’est la chanson de Léo Ferré qui ce jour-là se réalisera. « Dieu est nègre ». « C’est à là un’ des quotidiens ; ça fait du tort aux diplomates… ça fait du bruit dans l’monde entier. A fair’danser tous les cim’tières »". Obama a le pouvoir. Il tient la foudre. Chaque Africain va se sentir parent du pouvoir. Évidemment, ce sera une illusion, car Obama ne sera parvenu là, justement, que parce qu’il n’est pas culturellement un Africain et n’est pas perçu comme tel. Mais pour l’Africain qui se voit noir et qui depuis longtemps ne voit que ce masque, le pouvoir d’Obama va faire la preuve que la « couleur » n’a pas d’importance. Et elle n’en aura plus, car personne ne regardera plus jamais un homme noir de la même façon… et les hommes noirs vont changer. Ils vont changer dans leur perception d’eux-mêmes et dans leur comportement collectif, car qu’ils ne trouveront plus « normal » que leurs dirigeants les conduisent comme ils se conduisent… Et la réaction ne se limitera pas à l’Afrique ni même aux Noirs du monde entier, mais elle produira son effet sur tous les non-caucasiens, même ceux qui affichent un sentiment de supériorité, mais doivent bien constater que la civilisation occidentale est dominante depuis des siècles… et blanche. Un préjugé inconscient va s’effacer. Blanc va devenir une couleur comme les autres… » (« Dieu est nègre… », AgoraVox, 30 août 2008)

Il reste encore à vérifier que les préjugés raciaux, qui sont de l’ordre de la névrose, commenceront à se résorber dans l’aventure d’Obama, et que celui-ci a bien œuvré au réarmement intellectuel et moral de ses congénères africains. Encore faudrait-il qu’il soit élu.
Pour l’opinion africaine, les Etats-Unis, de formation esclavagiste, constituent l’archétype de la société raciste, l’Etat ségrégationniste par essence et excellence, dont l’Afrique du Sud de l’apartheid, soutenue par toutes les puissances occidentales à l’époque, par affinités électives et pour les besoins de la guerre froide, n’en était qu’un avatar caricatural et tardif. Ce serait donc une authentique révolution culturelle, une rupture symbolique radicale, un véritable tournant historique, si le peuple américain, majoritairement blanc, portait au pouvoir un descendant d’Africain. On assisterait alors au début de la réalisation du rêve de Martin Luther King, celui de l’avènement d’une société authentiquement démocratique, où les hommes seraient jugés non sur leur épiderme, mais selon leurs capacités et leurs qualités. Nous en sommes encore loin.

C’est, encore plus indubitablement, au sein de la diaspora noire des Amériques, où les descendants des esclaves africains ont statut d’ilote, relégués aux marges de la société, dans un état de dénuement total et de déréliction absolue, au Mexique et en Colombie, au Brésil et au Pérou, et pour ceux qui restent encore en Argentine et en Uruguay, que l’effet-Obama acquiert et revêt le caractère le plus achevé et l’amplitude maximale. En raison de la proximité géographique et de la similarité des expériences, l’identification au candidat « mulâtre » est littéralement fusionnelle. Obama est ceint de l’auréole du héros, qui les a sortis des abysses du néant. Guy Everard Mbarga nous tient régulièrement informés, sur le site Grioo, de la situation et de la production des communautés noires d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, grâce à quoi on peut mesurer les progrès de la conscience historique et des luttes chez elles, notamment dans la dernière période, sous l’effet Obama. On apprend ainsi que les Noirs mexicains, invisibles jusqu’alors, sont réapparus dans l’espace public, armés de leurs revendications.

Conclusion : L’audace d’espérer

Pour revenir à l’Afrique, les attentes sont immenses voire démesurées et irréalistes, aussi bien chez les dirigeants que chez les peuples, tout en étant divergentes dans leur objet. Si les premiers comptent sur lui pour un accroissement de l’aide américaine, une implication plus grande des Etats-Unis, à l’instar de la Chine, en Afrique, suivant des modalités non-impérialistes, les seconds misent sur lui pour débarrasser le continent de dirigeants incompétents et corrompus, qui font à la fois le malheur des peuples africains et la honte des peuples noirs. C’est lui prêter un pouvoir proprement démiurgique et être par trop optimiste sur ses intentions.
Le mot de la fin revient à l’autorité sapientielle de Mgr Desmond Tutu.
Lors d’un séjour à Chicago, pour y recevoir un prix décerné par la fondation de la bibliothèque Abraham Lincoln, et interrogé par le Chicago Tribune, il s’attache à mettre en perspective l’expérience d’Obama, en prenant la défense de son pasteur injustement décrié, Jeremiah Wright, et en l’inscrivant dans une analyse critique du modèle américain, dont il souligne la portée et les limites : « Quand je suis arrivé pour la première fois dans ce pays en 1972, j’ai été plutôt secoué par l’intensité du ressentiment manifesté par les afro-américains, et je me demandais pourquoi sont-ils si amers, si en colère ?… A la différence de l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, où les Noirs étaient traités comme sous-hommes, et où il n’y avait que peu d’espoir pour eux, aux Etats-Unis, on leur disait vous êtes égaux et seul le ciel est la limite. Mais ils continuaient de se cogner la tête sur cette chose qui les empêchait d’atteindre les étoiles. Et j’ai compris que c’était l’illusion de l’égalité. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui. Rendez-vous n’importe n’ importe où. Qui sont ceux qui sont le plus au chômage ? Vous avez tout cela qui va contre vous, ce cependant vous produisez un Obama, un afro-américain qui est non seulement un candidat crédible, mais quelqu’un qui a galvanisé toute une partie de la jeunesse qui est venue et a dit  » nous pensons qu’il est possible d’avoir une autre société ». Cela ne peut arriver qu’aux Etats-Unis » (« Desmond Tutu se réjouit de l’avènement de Barack Obama », Grioo.com).

2 septembre 2008
Philippe Lavodrama et Patrice Schoendorff
Comité des Amis lyonnais d’Obama

http://www.afrology.com/

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