TEBAWALITO

blog de la fraternité avec la diaspora noire. Ceux a qui cet appel fait echo, venez et matez mon blog

  • Accueil
  • > Recherche : filles noires

3 août, 2010

Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse

Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse
Le fait que la prochaine directrice de la section mode soit blanche a mécontenté…
 29/07/2010 Par Redaction Grioo Pour Elle

http://pourelle.grioo.com/ar,le_magazine_afro-americain_essence_declenche_un_mini-controverse,2070.html

 

 Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse dans ACTU GENERALE 14611461 dans AFRIQUE ET DIASPORA

Le magazine Essence a été critiqué par certaines de ses lectrices et certains de ses soutiens pour avoir embauché une directrice de sa section mode blanche. Elliana Placas qui a travaillé pour le magazine d’Oprah Winfrey « O » et pour « Us Weekly » est supposée prendre son poste en septembre.

L’auteur et réalisatrice Michaela Angela Davis qui a été directrice de la section mode d’Essence par le passé a fait savoir via un tweet ce qu’elle pensait de la décision du magazine : « c’est avec le coeur très très lourd que j’ai appris que le magazine Essence avait engagé une directrice blanche pour sa section mode. Ça fait mal… »

Sur facebook, elle a ajouté : « si encore il y a vait un équilibre dans les médias. Si nous n’avions pas en tant que femme noire subi tout ce passé d’injustice et de manque de respect. Si les médias généralistes et grand public avaient plus de femmes noires dans leur staff avant que l’unique magazine dédié à la femme noire ne se « diversifie », ce serait différent.

Clutch magazine, qui a révélé qu’Essence allait embaucher Elliana Placas, a également réagi à la polémique :

« En tant que publication surnommée officieusement « la petite soeur d’Essence », nous sommes un magazine pour jeunes femmes urbaines centré sur l’actualité, le conseil, la mode, la beauté… on a eu le sentiment que notre mère nous avait amené dans le plus grand centre commercial de l’Etat, puis a tourné le dos et nous y a laissé. Mais nous ne sommes plus les petites filles qui regardaient les yeux grand ouverts le géant qui nous a appris à nous aimer… »

Angela Brut-Murray, rédactrice en chef d’Essence a réagi via un communiqué : « je comprends que la décision ait frappé un point sensible de notre lectorat. Cependant, j’ai choisi Elliana qui collaborait depuis six mois au magazine comme free lance du fait de sa créativité, sa vision, la réponse favorable des lectrices à son travail et son respect pour notre marque et notre public. Nous continuons à nous consacrer à la célébration de la beauté et au style des femmes noirs américaines chez Essence et sur Essence.com ».

4 novembre, 2009

Le racisme du samedi soir

Reportage

Le racisme du samedi soir

Montauban (Tarn-et-Garonne) Envoyé spécial

Ils les ont drôlement arrangés. Dieudonné et Stéphane se tiennent la main sur la photo avec un pauvre sourire, les yeux pochés, le teint violacé, le visage couvert de plaies et de croûtes. Et encore, c’était une semaine après l’agression, les deux hommes ont eu le temps de se remettre. Ils se sont fait lyncher, un soir de septembre à Montauban, pour rien, et sans avoir eu le temps d’ouvrir la bouche. Dieudonné parce qu’il est noir, Stéphane parce qu’il était avec un Noir.

Sur le même sujet

Eclairage Des agressions plus graves et plus fréquentes

Il n’était pas bien loin de 1 heure du matin, ce 20 septembre, au café des Lansquenets, dans le nord de Montauban. Les deux copains venaient de regarder le match OL-PSG sur l’un des grands écrans du café, qui est plutôt porté sur le rugby, mais il faut bien faire tourner le commerce. Dieudonné Kaffack, un grand gaillard de 38 ans, est Français, né au Cameroun et arrivé à Paris à 18 ans. Il a rencontré en Charente une jolie militaire, réparatrice de parachutes, qui a fini par atterrir à Montauban. Il l’a suivie en 2001, l’a épousée, ils ont trois enfants.

Dieudonné est dessinateur industriel, souvent en intérim, et solide joueur de foot. Il a été coach et capitaine d’une équipe de village près de Montauban, un club en deuxième série mais tellement sympa qu’on vient y jouer depuis Toulouse. C’est là qu’il a rencontré il y a quatre ans Stéphane Denys, dit Tintin, 38 ans, agent de comptoir dans une boîte de location de voitures, doux comme un agneau et membre du club depuis 1995.

Les deux amis, après le match, regardent les buts des championnats européens en finissant leur demi – ils n’ont pas bu plus de trois bières de toute la soirée. Sophie, une copine, qui passe par là, vient leur faire une bise puis rentre se coucher. Les deux hommes sortent sur la terrasse fumer une cigarette, autour d’un des tonneaux qui servent de tables sous la pergola. Il fait doux, la nuit est calme, des groupes de rugbymen terminent la soirée en rigolant.

Deux filles demandent une cigarette à Stéphane, qui s’exécute gentiment, puis un costaud vient lui en prendre une et s’assoit à côté d’eux sans un mot. Deux autres hommes viennent à leur tour en réclamer ; Stéphane s’excuse, inquiet du débit de tabac : celles qui lui restent, c’est pour la route. « L’un des deux types vient alors à ma hauteur, raconte Dieudonné, et commence à m’insulter : « Sale Noir, qu’est-ce que tu fais là, t’as qu’à rentrer dans ton sale pays de merde, tu te permets n’importe quoi, nous en Afrique, on peut pas lever le petit doigt »… » Les deux copains, ébahis, ne répondent trop rien ; celui qui s’est assis à côté d’eux ne bouge pas.

Dieudonné se ressaisit le premier, répond, un peu inquiet : « Voilà, je me présente, je m’appelle Dieudonné, lui c’est Tintin… » L’homme qui a insulté Dieudonné dit s’appeler Cédric ; celui qui est assis répond que lui « n’a pas de prénom ». Le patron du café sent venir le grabuge, envoie un habitué retenir l’excité. Dieudonné et Stéphane se disent qu’il est peut-être temps de partir. Ils font trois pas sur le trottoir, mais les deux gars sont sur leurs talons. Celui qui dit s’appeler Cédric bouscule Stéphane : « Est-ce que t’as quelque chose entre les jambes, est-ce que t’as fait l’armée ? » Stéphane marmonne : « Oui, oui, t’as raison », et prend un grand coup de tête sur la base du nez. Il titube et s’évanouit sur le trottoir.

L’homme sans prénom s’est levé et frappe à son tour Dieudonné, « une rafale de droites-gauches ». Dieudonné, sonné, fait le tour de la terrasse, mais les deux hommes sont derrière lui. Il court sur une centaine de mètres, prend la première rue à gauche, mais ils sont toujours là, il trébuche, ils le frappent à coups de coude, de poing, de pied.

Heureusement, un rugbyman de Castelsarrasin qui venait d’arroser sa troisième mi-temps arrive au pas de course. « Je leur ai dit : « De quel droit vous vous permettez ça, bim bam boum, je leur ai distribué trois claques, j’ai fait un peu de nettoyage, quoi. Ils se sont barrés. » L’homme, qui est aussi pompier volontaire, traîne Dieudonné, à demi inconscient, jusqu’au café. « C’est lui qui a arrêté le lynchage, dit Dieudonné. Sans lui, j’aurais sûrement perdu un oeil. » Et peut-être pire. Ils retrouvent Stéphane, assis sur une chaise sur le trottoir. Le patron des Lansquenets lui lave le visage avec de l’eau de Vittel. Les pompiers et la police sont arrivés très vite, on embarque les deux blessés à l’hôpital.

Les dégâts sont sérieux. Dieudonné a une fracture du plancher orbital, qu’il a fallu reconstruire, on lui a refait le nez en silicone, il a des troubles de la vision. Stéphane a le nez cassé, une fracture de l’orbite gauche, des bulles d’air entrées dans le crâne, l’arcade sourcilière éclatée et des contusions de toutes sortes. Huit jours d’ »incapacité temporaire totale » (ITT) pour chacun, et un mois d’arrêt de travail.

« On récupère doucement », sourit Stéphane, mais il s’en remet mal. Il prend des antidépresseurs, dort debout toute la journée, mais se réveille chaque nuit. Dieudonné ne va pas plus fort. Il a l’oeil encore plein de sang, ne comprend toujours pas bien ce qui a pu arriver cette nuit-là, si loin de sa vie tranquille dans son petit pavillon propret, à la sortie de Montauban. « J’ai des migraines et des vertiges, explique Dieudonné, je vois flou dans les angles et je fatigue très vite. » Lui aussi se réveille tous les jours avant l’aube et « se refait le film ».

Liliane, l’épouse de Dieudonné, est passée quelques heures après l’agression au commissariat. « Ils m’ont dit qu’ils porteraient plainte quand ils seront sortis de l’hôpital et qu’ils avaient un an pour le faire. » Une de ses amies lui dit que ce n’est pas normal et elle y retourne le surlendemain, insiste pour déposer une main courante. Les deux blessés sortent de l’hôpital le week-end suivant, portent plainte le mardi 29 septembre. Depuis l’enquête va doucement son rythme. Personne n’a été interpellé. Le parquet explique que les victimes « ont porté plainte bien tard », la police signale qu’elle recherche les témoins.

L’enquête ne semble pourtant pas très difficile. Sophie, la copine passée au café vers minuit, connaissait l’un des deux agresseurs, celui qui disait s’appeler Cédric, un copain de son ex-compagnon. Elle a même trouvé une photo de lui, dans une équipe de rugby locale. Dieudonné et Stéphane l’ont formellement reconnu, le patron du café confirme l’identité du client, que la police avait à l’oeil. Il a déjà eu des ennuis et « n’a pas le QI d’un premier de la classe », assure un policier.

Reste le deuxième homme, mais le bar était plein et il ne devrait pas être trop difficile de l’identifier. « Ça fait un mois, maintenant », soupire Stéphane. Les deux hommes ne sont pas rassurés de savoir leurs agresseurs dans la nature. Jusqu’ici, Dieudonné n’avait pas eu de problèmes de racisme à Montauban. Il a bien fallu expliquer à son aînée, qui va sur ses 8 ans, pourquoi son père avait la tête au carré. « Papa, moi qui suis marron, a dit la petite fille, est-ce qu’on va me chasser aussi ? »

Franck Johannès

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/02/le-racisme-du-samedi-soir_1261573_3224.html

PHILIPPE P.

Il est bon qu’un quotidien national se face l’écho de ce genre d’incident. Cela peut contribuer à faire évoluer les choses. Je souhaiterais simplement que dans quelques temps vous nous disiez le résultat de l’enquête, cela pourrait lui éviter de s’enliser dans les connivences locales.

Damien P.

Quand les bolos (nos fils, nos filles) se font agresser en sortie en boîtes ou au dehors par des bandes d’arabes ou de noirs, au vu et au su de tous, on ne doit rien dire au non du politiquement correct ?? Qui agit pour que les fêtes du samedi soir puissent rester la fête de la jeunesse et qui d’autre agit pour tenter d’y importer, criant au racisme sinon, le bazar ? Désolé. A force de prendre tous pour des cons et pourrir la vie de tous, je ne dis pas la chute.

Noël G.

Et ce n’est pas le débat sur l’identité nationale habilement lancé par Besson qui va arranger les choses dans ce vieux pays de France…

Bernat

Déplorable et triste.Honneur à l’homme qui est intervenu ! Ce serait pas mal en effet de narrer aussi des agressions de jeunes de toutes origines par des bandes ethniques (eh oui, ça existe), avec le même pathos. Ils les appelleraient les « bolos », faibles faciles à attaquer. La bêtise n’a pas de couleur : la frontière passe entre les bons et les méchants, pas entre les noirs et les blancs.

Un  » noir « 

Combien j’ai douche sou ou venance, du chaud lit pieux,de ma fosse aisance,ma ha beure,qu’ils étaient -hé-beaux les fours de Franche.. Oh ho mon papi,vois mes atours; pas pour toujours?Te souviens-tu d’Enrico Macias,d’Albert Camus,de tous les »pieds noirs »?Rappelles-toi,le soir,on jouait bien tard, dans nos piaules,maintenant,pour l’hoir,il est bien trop tard! Tous hou hou jours!J’aime la galère: Savez-vous comment? Pendant ma colère,avec ma peine dedans.Detche voda detche:Écoutes ma prière:

pierre c.

pour les gros cons, de toutes les couleurs qu’ils soient, tous les pretextes sont bon … ce ne sont pas des racistes, mais des gros cons …

Jean D.

Pas de récupération spé. politique de la souffrance d’autrui. La connerie n’a pas de couleur précise. L’humanité non plus. Le plus dur est d’expliquer ça aux enfants quand papa s’est fait battre. Et leur apprendre à ne pas jurer de rendre la pareille…

dd

Arrêtez d’en remettre une couche ! Stop ! ça a toujours existé ! Il y a quelque temps, pas si longtemps que ça où on parlait des « crouilles » dans les cours de récréation et où des panneaux dans les cafés signalaient leur interdiction dans le nord, il me semble que des progrès ont été faits, ne faisons pas de l’anti-racisme primaire SVP, c’est juste démago !

Ronan B.

Ce qui s’est passé est regrettable, condamnable, les auteurs des coups doivent être très fortement sanctionnés. Pas de place au racisme en France. Mais, Messieurs des médias, j’ai l’impression que vous parlez toujours d’une même forme de racisme : celui visant les populations Noires et Arabes. Et celui visant les populations Blanches ? l’été dernier à Bastille, j’ai vu un pauvre gars, un Blanc, se faire molester par une dizaine de Noirs, au cri de sale « çaifran ». Aucune ligne dans vos colonnes.

Erik V.

J’espère que vous allez donner suite à cet article en nous informant sur les suites données à l’enquête. Honteux que la police ne se bouge pas plus.

Dupont la Joie

La relation de ce faits-divers (révoltant, si tel que relaté, mais banal), arrive à point nommé pour parasiter le débat sur l’identité nationale. Ouh, que les racistes (blancs par définition) sont méchants! Lâchons la bonde aux vertueuses indignations qui ne coûtent pas un rond. Et les abrutis vertueux se réveilleront dans 10 ou 20 ans dans une France transformée en gigantesque Villiers-le-Bel. Désolé, il y a actuellement bien plus d’actes racistes commis par les « jeunes » que par les « Gaulois ».

Pensive

Bon courage aux victimes s’ils nous lisent et bravo à ceux qui ont eu le courage d’intervenir pour empêcher un drame (moralité : faîtes du rugby, les mecs!..) Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est le peu d’empressement des autorités à agir… Combien de fous dangereux en liberté à cause de ce laxisme ?

Pierre H.

Les médias UMP (Europe1, Le Figaro, TF1…) ne font rien pour décourager ces comportements. Simplement de petites allusions ou blagues pour banaliser ces attitudes. Le débat sur l’identité nationale a pour but, entre autre, de banaliser et crédibiliser les attitudes décrites dans cet article. Ce laisser-faire face au racisme justifie toutes les dérives et d’ailleurs peu est fait pour y remédier.

Rémi R.

Mais monsieur Hortefeux ne peut pas d’un coté tout faire pour expulser les « immigré(e)s » désigné(e)s par son aide de camps (le « sinistre » Besson) et lutter contre ces actes honteux pour La France.

Rémi R.

La France renoue avec un racisme ordinaire encouragée par des ministres qui préfèrent mettre de l’huile sur le feu au lieu d’essayer de l’éteindre. Dans tous les cas, la France n’en sort pas du tout grandie car actuellement, elle est dans un état bien plus proche du pétainisme que du gaullisme d’après 1946 où tout vient de la faute de l’immigrée. Tel qu’on le disait durant l’avant 2° guerre mondiale. Pour celles et ceux qui en doutent, relisez ou réécoutez les discours de cette sinistre époque.

Lamine D.

Moi en plus de cet article, c’est la réaction de Karine L. qui me fait peur. J’ose espérer que c’est juste un humour nauséabond.

Num

Consternant de la part du Monde de relater de tels faits divers. Une anecdote ne permet certainement pas de tirer des généralités. Moins de 500 actes ou menaces racistes par an sont commis, sur des centaines de milliers de cas violences. Ceci est donc un phénomène ultra-marginal qui ne mérite pas votre page 3. Je ne comprends pas pourquoi vous vous acharnez sur le thème « Les Français sont racistes ». A part 50 supporteurs débiles du PSG (ce qui est bien marginal), c’est faux.

Alain C.

J’espère que le Monde nous tiendra informés des suites données par la Police à ce tabassage immonde. Est il possible de couvrir de tels actes? C’est scandaleux qu’il n’y ait pas eu d’interpellation immédiate si l’un des auteurs de ces actes est connu. J’ai peine à y croire.

kpi

Effrayant cet article. Se dire que l’on est à la merci des premiers abrutis venus et de plus qu’ils semblent, si l’on en croit l’article, protégés par la police. Ainsi d’ailleurs, si l’on en croit certaines réactions de lecteurs ci dessous, par une frange de population un peu lâche et qui ne veulent pas trop savoir.

François M.

Il fait peur cet article. La police à Montaubau, elle fait quoi ? Elle participe au débat sur l’identitié nationale ? Pas de sanctions ?

The Flyest

Evidemment que ce genre de comportement est immonde et condamnable. Mais j’aurais aimé que Le Monde publie un article du même acabit sur l’agression du jeune parisien dans un noctilien. Le titre de l’article aurait pu être exactement le même.

SOS Besson

Grave de chez grave et si la police se met à « protéger » de tels imbéciles dont l’identité nationale ne fait aucun doute…

Eric

Il est clair que le grand débat sur l’identité nationale s’impose… Ce gouvernement joue avec le feu.

KARINE L.

Le Monde, ce journal de référence dans une autre vie, devient-il une gazette de faits divers? Demain, on parlera des voitures brulées dans le 9-3 ou d’un trafic d’herbe qui a mal tourné sur l’autoroute?

Gabriel W.

Lamentable. Que justice soit faite, et vite.

Talion

Personnellement, j’ai déjà été victime d’agressions de ce genre: 2 et je suis bien blanc. Les traiter de racistes, cela suppose qu’ils soient capables d’un minimum de raisonnement logique et c’est déjà leur faire trop d’honneur. Non.. Les auteurs de ces actes sont avant tout des gros abrutis, le degré zéro de la conscience.

Christophe J.

Qu’il y ait des racistes un peu partout, c’est grave et regrettable mais le travail à faire est long et difficile. Que la police et la justice soit si peu efficace, à la limite du j’menfoutisme complice, c’est très grave e totalement inadmissible! Et c’est donné raison à Dieudonné…pas celui ci, l’autre, le « comique » qui a mal tourné.

Oracle

Une histoire épouvantable, espérons que la médiatisation remuera un peu la police locale, car il y a vraiment de quoi se poser des questions!

21 avril, 2009

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier« Maman en chef »

Obama2Obama1

Gamma

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

« Maman en chef »

Michelle et ses deux filles Sasha (7 ans) et Malia (10 ans).

 

 

Le Figaro

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

Cendrillon brillante, la nouvelle première dame est naturellement une star. L’ombre ne peut l’effrayer.

Paru le 20.01.2009 , par François Hauter

(1/3)

Avec son menton volontaire et son sourire rayonnant, elle arrive de Chicago. Chicago, c’est le muscle de l’Amérique, l’endroit où toutes les richesses des grandes plaines convergent et se négocient, la ville où les hommes de caractère se forgent des destins exceptionnels, en prenant des risques, et en imaginant des solutions auxquelles les autres Américains ne songeraient même pas. Les hommes et les femmes de cette ville ne sont ni des visionnaires, ni des rêveurs. Ils sont des bâtisseurs. Michelle Obama, 44 ans, née Robinson, est donc une femme de Chicago, et avec son mari, c’est cette force concentrée qui prend le pouvoir à Washington.

Les élites noires de la capitale fédérale, tellement sophistiquées et raffinées que l’on en a parfois un peu honte pour les manières des Blancs, vont devoir s’adapter à « Michelle » (prononcez « Miiicheeel », comme dans la chanson des Beatles), « le roc de ma famille », explique Barack Obama.

Comptez deux « Michelle » à partir d’aujourd’hui. La First Lady d’abord, dont chaque geste, chaque tenue vestimentaire ou la moindre remarque sera interminablement commentée, d’autant qu’elle sera la première femme noire à occuper ce rôle de « reine des mères d’Amérique ». Les Américains chargent traditionnellement leurs présidents de tant d’espoirs, ils les idéalisent si fort au début de leurs mandats, que leurs épouses sont elles aussi hissées au firmament des millions de housewives (femmes au foyer) du pays.

 Tous les en kiosque

 http://madame.lefigaro.fr/celebrites/en-kiosque/1816-michelle-une-first-lady-atypique-au-caractere-d-acier/2

REINE DE SABA (association archives)

reinedesaba1.jpg

Les Personnalités Noires et Célèbres

Reine de Saba
Avant J.C

Qui n’a pas entendu parler de l’aventure la plus romantique de la Bible, entre le roi Salomon et la Reine de Saba.
Une liaison dont sortira un fils, Ménélik, d’où est issue la lignée des grands rois d’Ethiopie.
La reine de Saba était une femme extrêmement belle et les rois de la terre convoitaient à la fois les faveurs
et les richesses de son royaume.

Cantiques des Cantiques 1 v.5-6
« Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
Ne prenez pas garde à mon teint noir: C’est le soleil qui m’a brûlée. Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
Ils m’ont faite gardienne des vignes. Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée… » 

 Elle était le symbole de la puissance et de la renommée de l’Afrique de l’époque, une des traces innombrables de la relation entre la bible et les Africains, de même sont étroitement liés les patriarches.
La reine de Saba, méconnue et pourtant si célèbre.

19 octobre, 2008

Toni Morrison fut la première romancière noire à recevoir le prix Nobel de littérature en 1993

Classé dans : FEMMES NOIRES ET FEMMES DU MONDE,NOIR OU BLACK MAIS ILLUSTRE — tebawalito @ 2:16
 Toni Morrison fut la première romancière noire à recevoir le prix Nobel de littérature en 1993    dans FEMMES NOIRES ET FEMMES DU MONDE transparent

Toni Morrison (née en 1931), prix Nobel de littérature 1993
16/12/2003
 
transparent dans NOIR OU BLACK MAIS ILLUSTRE
Toni Morrison fut la première romancière noire à recevoir le prix Nobel de littérature en 1993
transparent
 
 

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 2025 transparent transparent  
transparent transparent transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Toni Morrison fut la première romancière noire et la huitième femme à recevoir un prix Nobel de littérature.

Toni Morrison est née Chloe Anthony Wofford, le 18 février 1931 à Lorain, dans l’Ohio, au sein d’une famille ouvrière (son père est soudeur). Elle est le deuxième des quatre enfants de George et Ramah Willis Wofford. Ses parents avaient déménagé et quitté le sud des Etats-Unis afin d’échapper au racisme régnant et de trouver de meilleures opportunités dans le Nord. A la maison, elle est très vite férue de littérature, et ses parents, très fiers de leur héritage, lui font connaître le Folklore noir du Sud, transmettant ainsi l’héritage afro-américain à la nouvelle génération.

quote_left Dans ses descriptions de l’univers réel ou imaginaire du peuple noir, Toni Morrison a rendu au peuple afro-américain son histoire morceau par morceau quote_right

De son père, Toni Morrison hérite donc d’une conscience de son identité noire et de la complexité des rapports entre Noirs et Blancs. Elle dira plus tard : « mon père était raciste. En tant qu’enfant en Georgie, il a été marqué par le comportement des adultes blancs, et toute sa vie, il eut le sentiment que c’était justifié pour lui de mépriser les Blancs, alors qu’eux n’avaient pas de justification pour le mépriser ».

pixelorange pixelorange
transparent
pixelorange
 

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 2026 transparent transparent  
transparent transparent « The bluest eye », le premier roman de Toni Morrison
© literatureview.com
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Bonne étudiante, Chloe termine son lycée avec des félicitations et intègre, en 1949, Howard University à Washington. L’université d’Howard est alors la meilleure université noire des Etats-Unis. Elle changera de nom en devenant « Toni », version raccourcie de son deuxième prénom. Ses camarades trouvaient son premier prénom, Chloe, trop difficile à prononcer. Elle sort diplômée d’Howard avec un Bachelor en anglais (l’équivalent d’une maîtrise) et continue ses études à l’université de Cornell où elle obtient un master en 1955.

De 1955 à 1957, elle enseigne l’anglais à la Texas Southern University à Houston, puis retourne à l’université de Howard où elle rencontrera un architecte jamaïcain, Harold Morrison, qu’elle épousera en 1958. En ce début des années 60, le mouvement des droits civiques commence et elle recontre plusieurs personnes qui seront actives dans la lutte comme Andrew Young, qui travailla avec Martin Luther King et qui devint plus tard maire d’Atlanta, ou Stokely Carmichael, qui deviendra leader du « Student Nonviolent Coordinating Comittee », mais surtout un des plus fameux membre des célèbres « Black Panthers ». Après la naissance de son premier fils en 1961, elle continue à enseigner jusqu’en 1964. Un autre de ses étudiants écrira « Manchild in the Promised Land » en 1965, qui deviendra un classique de la littérature afro-américaine.

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 2027 transparent transparent  
transparent transparent transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Elle obtient un travail comme éditrice de manuels scolaires dans une maison d’édition à Syracuse, dans l’Etat de New-York. Puis rejoint la maison mère, Random House, dans la ville de New-York où elle édite des livres écrits notamment par des afro-américains célèbres (Mohammed Ali, Angela Davis, Andrew Young…etc) Elle commencer à travailler à la transformation en roman d’une histoire qu’elle avait écrite quelques années plus tôt au moment où elle fréquentait un groupe d’écrivains. Son premier roman, « The Bluest Eye » paraît en 1970. Le roman raconte l’histoire d’une jeune fille noire, Pecola Breedlove, qui rêve d’avoir les yeux bleus et pense que tout irait mieux pour elle si elle les avait. Le narrateur du livre tente d’expliquer le cheminement qui va mener Pecola à sa destruction. Le livre est acclamé par la critique, même s’il n’est pas encore un énorme succès commercial.

Tout en continuant à enseigner à la State University de New York à Purchase, et à travailler pour Random House, Morrison s’attaque à son deuxième roma, « Sula », l’histoire de deux amies noires dans la ville fictive de Medallion, dans l’Ohio. Le roman, publié en 1973 par Knopf, son nouvel éditeur, obtient le National Book Critics Award. Le livre suit la vie de deux femmes, Sula, considérée comme une menace envers sa communauté, et son amie Nel, de son enfance à sa maturité et jusqu’à sa mort. Avec son troisième roman, « Song of Salomon », (la chanson de Salomon) publié en 1977, la réputation de Toni Morrison dépasse le cadre des Etats-Unis. « La chanson de Salomon », une chronique familiale que certains ont comparé au roman « Racines » d’Alex Haley, obtient entre autres récompenses le prix de l’Institut Américain des Arts et des Lettres.

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 2029 transparent transparent  
transparent transparent Kimberley Elise, Oprah Winfrey, Thandie Newton dans le film « Beloved »
© Touchstone Pictures
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
En 1981, paraît son quatrième roman, « Tar Baby », dont l’action se déroule sur une île caraïbéenne. Elle y explore les interactions sociales, raciales et de genre entre les personnages. C’est le premier roman de Toni Morrison où il y a une interaction entre personnages noirs et blancs. Toni Morrison fait la une de l’hebdomadaire « Newsweek » daté du 30 mars 1981. En 1983, elle quitte la maison d’édition Random House où elle a passéé presque 20 ans. En 1984, elle est nommée titulaire de la Chaire Albert Schweitzer pour les Humanités de la State University de New York à Albany, où elle suit le travail de jeunes écrivains qui terminent leurs études de troisième cycle. Elle écrit parallèlement sa première pièce, Dreaming Emmett, qui s’inspire de l’histoire vraie d’Emmett Till, un adolescent noir tué par des racistes blancs en 1955 parce qu’il aurait sifflé sur le passage d’une Blanche.

Son roman suivant, sans doute son plus célèbre, « Beloved » publié en 1987, est inspiré de l’histoire vraie d’une esclave évadée qui avait préféré tuer une de ses filles plutôt que de la voir retourner en esclavage chez son ancien maître. Toni Morrison dira plus tard « J’ai d’abord pensé au début que cette histoire ne pouvait pas être écrite, mais ça me dérangeait qu’une telle histoire soit inaccessible à l’art ». Sethe, c’est le nom de l’héroïne, essaye de tuer ses enfants, mais ne réussit qu’à tuer son bébé qui n’a pas encore de prénom. Le bébé est enterré, mais sur la pierre tombale, n’ayant pas assez d’argent pour faire écrire « Dear Beloved », figurera simplement « Beloved ». Beloved revient hanter la maison où Sethe et sa fille Denver habitent alors que Paul D qu’elle a connu alors qu’elle était esclave vient lui rendre visite…

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent Beloved, le roman le plus connu de Toni Morrison transparent transparent  
transparent transparent Beloved, le roman le plus connu de Toni Morrison transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Le roman connaît un énorme succès et reçoit le prix Pulitzer en 1988. En 1989, Toni Morrison est nommée professeur titulaire de la chaire Robert F Goheen au sein du Council of Humanities à l’université de Princeton, devenant ainsi la première écrivain noire à obtenir ce type de poste dans une Université de la « Ivy League » (la dénomination des plus prestigieuses universités américaines). En 1992 paraît Jazz, un roman dont l’action se déroule dans le Harlem des années 20 .

En 1993, Toni Morrison obtient le prix Nobel de littérature. Elle est la huitième femme seulement et la première femme noire à obtenir le prix le plus prestigieux dans le domaine de la littérature. Toni Morrison déclarera :

Je suis incroyablement heureuse. J’ai appris la nouvelle tôt ce matin par un collègue ici à Princeton et j’en suis bien sur profondément honorée. Mais ce qui est le plus merveilleux pour moi, personnellement, est de savoir que ce prix a enfin été décerné à un afro-américain. Gagner en tant qu’américaine est très spécial, mais gagner en tant que Noire Américaine est sensationnel. Et ce qui est aussi très important c’est que ma mère soit vivante pour partager cette joie avec moi.

Le premier roman de Toni Morrison après l’obtention de son prix Nobel de littérature est intitulé « Paradise » et est publié en 1998. L’histoire se passe (une fois de plus) dans une petite communauté, Ruby dans l’Oklahoma. Neuf hommes attaquent une ancienne école de femmes surnommée le « couvent », maintenant occupée par des femmes qui fuient des maris ou des amants violents, des foyers malheureux ou un passé trouble.

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 2030 transparent transparent  
transparent transparent « Love », le dernier livre de Toni Morrison paru en 2003
© amazon.com
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Toujours en 1998, paraît la version adaptée au Cinema de « Beloved ». Dirigé par Jonathan Demme, avec comme acteurs principaux Oprah Winfrey (dans le rôle de Sethe) et Danny Glover dans le rôle de Paul D. Le fillm, dont l’atmosphère est extrêmement sombre, connaît un succès plus mitigé que le livre.

Le dernier roman de Toni Morrison, « Love, est paru en 2003. Il fait le portrait de Bill Cosey (un propriétaire d’hôtel charismatique décédé depuis des années, mais qui n’a pas été oublié) et de deux femmes, sa veuve et sa petite fille qui habitent dans sa maison.

pucemenu citations

Je ne pense pas qu’il y ait de vrais artistes qui n’aient jamais été engagés. Ils ont peut-être été insensible à tel ou tel fléau, mais ils étaient engagés car l’essence d’un artiste est d’être engagé ».Au début de ce mois d’octobre, une de mes amies artistes m’a laissé un message que j’ai gardé des semaines sur mon répondeur et que je me repassais de temps à autre pour entendre sa voix tremblante de plaisir et la foi qu’il y avait dans ses mots : « ma chère sœur » a t-elle dit, « ce prix qui est le tien est aussi le notre et n’aurait pas pu être mis entre de meilleures mains ». 

Parmi les oeuvres de Toni Morrison

The Bluest Eye, 1970
Sula, 1973
Song of Solomon, 1977 (a obtenu le « National Book Critics Circle Award » 1977)
Tar Baby, 1981
Dreaming Emmett, 1986
Beloved, 1987 – (Pulitzer Prize 1988) – film en 1998, Par Jonathan Demme,acteurs Oprah Winfrey, Danny Glover, Kimberly Elise
Jazz, 1992
Race-ing justice, En-gendering power, 1992
Playing in the Dark : whiteness and the literary imagination, 1992
Conversation with Toni Morrison, 1994
Arguing Immigration, 1994
Paradise, 1998
The House that Rat build (Essai). 1998
Love, 2003

http://www.grioo.com/info1269.html

15 septembre, 2008

Maîtriser les relations France-Afrique : Vers un nouveau partenariat intelligent ?


  

Lundi 15 Septembre

12:45

Liberté sans frontières

  

Maîtriser les relations France-Afrique : Vers un nouveau partenariat intelligent ?



Loin des idées préconçues et des a-priori négatifs sur l’Afrique, loin des images négationnistes sur les calamités passées orchestrées contre les peuples africains, le peuple français vient de choisir le nouveau Président de la France : Nicolas Sarkozy, avec plus de 53% des suffrages et un taux record de participation (85%). A 52 ans, de père hongrois, de mère française d’origine grecque, le nouveau président français a plusieurs fois indiqué qu’il mettra en œuvre toutes ses promesses.

Au-delà du nouveau contrat social avec la France, il s’agit bien d’une reconnaissance officielle pour le candidat qui a le plus réussi à « sécuriser » les Français face aux peurs réelles ou imaginaires. En réalité, c’est vers un régime présidentiel d’un type nouveau vers lequel on s’achemine puisqu’il sera bientôt question pour le Président de rendre compte directement devant le Parlement. Sans le dire officiellement, on peut se demander s’il ne va pas s’agir là en fait de modifications structurelles des institutions de la République pour faire face collectivement aux défis futurs, de là à parler d’une nouvelle République, il n’y a un pas qu’il ne faut pas encore franchir mais qui reste à surveiller.

1. Pour une politique de migration planifiée et négociée

Outre l’ouverture vers une nouvelle relation stratégique autour de la Méditerranée, le nouveau Président a rappelé qu’il souhaite mettre en œuvre une politique d’immigration non plus « choisie » mais « maîtrisée ». Les Africains et leurs responsables devraient saisir au bond cette évolution pour préparer de leur côté des propositions crédibles qui fonderont les bases d’une migration planifiée et concertée. A défaut, la bouc-émissiarisation des immigrés et des jeunes des quartiers défavorisés, pour ne citer que ces deux thèmes, risquent de continuer à servir de retranchement pour « récupérer » les peurs multiples. Celles-ci finissent par révéler, en dernier ressort, un véritable syndrome de la peur de perdre son emploi, ses revenus, sa propriété et peut-être son identité… Pourtant c’est vers une France cosmopolite que l’on se dirige. La diversité et le respect mutuel devront nécessairement prendre le pas sur les protectionnismes non productifs de synergies manquées. Rappelons tout de même qu’il y a plus de 192 millions de migrants dans le monde sur les 6 milliards d’habitants en 2005 (soit 2,9% de la population mondiale selon l’ONU) et que les Africains n’en constituent qu’un pourcentage négligeable. En faire des bouc-émissaires ou les désigner subtilement comme les souffre-douleurs d’une société en transition de croissance économique partagée, c’est oublier de tenir compte des externalités créées dans les pays d’origine. Cela ne relève pas d’un partenariat intelligent.

Pour être clair, si on enlève un médecin du Togo ou du Lesotho (respectivement moins de 0.05% médecins pour 1000 habitants entre 1997-2004 ) pour le faire travailler aux Etats-Unis ou en France (respectivement 2,3 et 3,4% médecins pour 1000 habitants entre 1997-2004 selon la Banque mondiale), il faut absolument aussi compenser effectivement, et non par un simple transfert de fonds vers les dirigeants des pays, les pertes en vies humaines et en sécurité sanitaire du fait du transfert d’un médecin d’une zone pauvre vers une zone riche. En termes de personnel de santé , la pauvreté reste patente avec des écarts de 0,3 sur 1000 pour tout le personnel de santé disponible au Togo en 2000-2003 contre 10.2 en France. En réalité, les écarts de développement et de pauvreté favorisent les politiques d’immigration choisie aux dépens des populations africaines. Choisir un médecin africain pour venir en France n’est pas la même chose que choisir de faire venir un ouvrier pour travailler dans un abattoir en France. Ainsi, une politique incitative française qui ferait partir un médecin d’Afrique pour la France peut à terme se révéler aussi criminelle et tomber sous le coup de « non- assistance à personne en danger, à des populations sans défense de santé». Mais là encore, il semble que la valeur économique de l’humain se mesure trop souvent, et malheureusement, à sa capacité à payer ses frais de santé. Avec un pouvoir d’achat digne des pays pauvres, les Africains sont dans leur grande majorité largement perdants dans ce jeu inégal. L’immigration maîtrisée doit nécessairement être « planifiée » et « négociée » afin de prendre en compte les externalités négatives.

2. Vers une identité afro-européenne ?

Face à cet amalgame, les intellectuels africains, non organiques, devraient s’atteler à faire des propositions et s’engager dans les instances politiques démocratiques pour faire prendre conscience de leur identité d’Afro-européen. L’ouverture est bien là avec une certaine volonté affichée du Président Nicolas Sarkozy d’aller vers un partenariat intelligent entre la France et l’Afrique, ceci autour d’une « politique de développement ambitieux ». Les contours d’une telle politique ne pourront être précisés que si les Africains et leurs dirigeants en préparent collectivement les contenus au lieu de toujours attendre des propositions d’ailleurs pour les rejeter, les « avaler » ou les subir.

Un partenariat intelligent ne signifie pas qu’il faille passer par perte et profit les différences de niveaux de développement et donc de richesses. Les défis restent les mêmes tant pour l’Afrique que la France. Il s’agit de répondre habilement à la question du comment assurer une croissance économique soutenue et partagée dans le respect de la diversité des populations. La lutte classique entre la droite et la gauche française risque de voler en éclat à terme avec l’avènement d’un premier parti du centre (Parti démocratique) de Mr. François Bayrou. L’avenir de la coopération France-Afrique, et par ricochet indirectement les retombées positives sur les populations africaines, ne se fera plus uniquement sur la base du « statu quo existant » entre partis sur la politique française en Afrique. Le travail de démocratie participative de la candidate socialiste, Ségolène Royal, a contraint la population française à donner une leçon de démocratie au monde et à l’Afrique. En intégrant les valeurs libérales, la politique africaine de la France pourrait évoluer en jumelant la démocratie participative avec les notions de démocratie, bonne gouvernance, droits humains, solidarité et de fraternité. Si « ensemble tout est possible », ce sera l’occasion de vérifier que chacun peut apprendre de ses erreurs et modifier ses convictions en fonction. Il n’empêche que si les comportements et arbitrages qui se font et de défont aux dépens des populations africaines par des dirigeants africains ne connaissent pas un renouveau, on risque d’assister à beaucoup de bougisme sans que rien ne change véritablement.

3. Pour un respect mutuel entre la France et l’Afrique

Il est donc vivement souhaité que la dignité et le respect de l’autre l’emportent sur les invectives partisanes de pré-campagne où certains ont vu des mots malheureux à l’endroit de citoyens français ou étrangers outrepasser les limites de la respectabilité républicaine. Ce n’est pas parce que l’on est pauvre ou que les dirigeants ne représentent pas toujours leurs peuples que le mépris doit s’installer entre les Africains et les Français, surtout lorsque ces mêmes Africains d’hier ou d’aujourd’hui sont français. En réalité, le travail de la société civile et les résistances discrètes des associations africaines ont finalement porté puisque les mots sont de plus en plus soigneusement choisis préciser les contours des actions de développement qui seront effectivement mises en œuvre. Le problème se pose de savoir comment assurer une réelle représentation puisque les places octroyées dans les partis politiques aux Africains sont souvent de nature « honorifique » ou servent d’alibi à une intégration qui avance malgré tout par la lutte. Il n’empêche que pour réussir un nouveau partenariat intelligent entre la France et l’Afrique, les Africains et la Diaspora africaine plus particulièrement, notamment les détenteurs du savoir et des expertises, devraient se regarder dans un miroir. Ils devront éviter de croire qu’en se contentant de leur sort, un mouvement républicain non initié par les Africains eux-mêmes viendra par enchantement prendre en compte des laissés pour compte ou des « politiquement marginalisés » africains. Les Africains n’existeront que par les synergies positives de leur lutte commune pour défendre leur existence et valoriser leur contribution à l’essor de la société dans son ensemble.

Les Africains (hommes ou femmes) ne doivent plus se penser comme des minorités nationales. Dans quelques années, l’Afrique atteindra le 1 milliard en termes de population. Les exportations et importations africaines vont se diversifier au même titre que les investisseurs intéressés par l’Afrique. Le nombril du monde ne sera plus l’Europe dans les 10 ans à venir. Le Brésil, le Venezuela, la Chine, l’Inde, les pays d’Asie du Sud-Est en général, l’Afrique du Sud et la Tunisie viendront négocier avec l’Afrique, n’en déplaisent à ceux qui souhaitent conserver les « chasses gardées ». Les relations intra-régionales africaines devraient aussi connaître un nouvel essor. Le rôle géo-économique et géo-stratégique de l’Afrique aura évolué. C’est cela que les Africains doivent construire collectivement au lieu d’attendre qu’une autre partie du monde vienne faire la proposition à leur place. Les dirigeants politiques africains ne peuvent continuer à faire semblant de respecter les droits humains, d’appliquer la « bonne gouvernance et la démocratie » uniquement pour faire plaisir à l’Occident. Des irresponsabilités décisionnelles répétées risquent à terme de devenir des facteurs bloquant pour une refondation démocratique d’un nouveau partenariat intelligent et basé sur du respect mutuel.

On ne peut continuer de programmer des élections en Afrique et s’organiser pour les réaliser dans les conditions les plus déplorables uniquement pour conserver un pouvoir dont l’objectif ultime consiste à s’accaparer de l’essentiel des capacités productives d’un pays. On ne peut avoir des liens séculiers d’amitié avec la France, pays de la démocratie tout en offrant en pâture au monde, une pâle imitation de la Démocratie dans plusieurs pays africains (ceci n’étant qu’un euphémisme) où la démocratie représentative ou directe ne peut assurer une véritable croissance économique partagée et basée sur une diversification de la création de la richesse et des emplois. Qu’est ce qui empêche des petits pays africains d’entrer dans une logique d’intégration effective en faisant fi des frontières héritées d’un partenariat colonial et post-colonial bien peu intelligent en référence aux résultats tangibles produits aujourd’hui en Afrique. Des régions et des pays africains intégrés ou plutôt réunifiés ne manqueront pas d’attirer le respect, malgré la pauvreté.

4. Les responsables africains doivent aussi financer le partenariat intelligent

Si le thème principal de la Conférence des chefs d’Etat africains de juillet 2007 sous l’égide de l’Union africaine souhaite réellement faire honneur à Kwame N’Krumah lors des fêtes de 50 ans d’indépendance du Ghana, alors les responsabilités africaines doivent être déclinées autrement. L’Union africaine gagnerait à proposer un partenariat intelligent au moins sur deux des sujets considérés comme cruciaux pour le nouveau Président français dans sa relation avec l’Afrique et l’Europe :

• Un partenariat intelligent sur les migrations planifiées et négociées ;
• Un partenariat intelligent sur le co-développement où les pays africains mettront en place un véritable fond de développement continental à partir des recettes des ressources du sous-sol et de l’épargne de la Diaspora.

En effet, les relations entre la France et l’Afrique n’ont pas toujours été dans le temps des relations planifiées et négociées. Elles ont été longtemps personnalisées, subies au point de favoriser, par un système de sous-traitance, un clientélisme gouvernemental où gestion de fonds secrets, renouvellement d’accords militaires datant des années 1960, préservation d’intérêts bien compris et maintien de régimes présidentiels non démocratiques ont conduit à vider de sens les mots République, solidarité et développement… Personne n’a intérêt à continuer sur ces anciennes bases. Il faut agir ensemble. Oui, il faut du changement et cela doit prendre en compte les nombreux décideurs africains qui ne peuvent représenter leur peuple du fait d’un système empêchant les renouvellements pacifiques et démocratiques des générations au pouvoir. En fait, cette mutation gagnerait à être liée à un changement des mentalités et des pratiques… Face à un système africain qui globalement fonde l’ordre sur le pouvoir coercitif des forces armées qui y trouvent souvent d’importants moyens discrétionnaires de s’enrichir, il n’est pas étonnant d’assister à des usurpations de légitimité du choix des peuples. Il faut donc espérer que le nouveau président français contribuera par son action à rétablir une démocratie sécurisée et « non usurpée » en Afrique. On pourra alors peut-être parler d’un « ordre juste ».

Mais les effets pervers de la mondialisation économique, les interférences culturelles et les migrations pourraient modifier la dynamique perverse du recours au sentiment des peurs non visibles qui fondent souvent le choix des sociétés. Les thèmes sont nombreux où l’Afrique a besoin d’avoir une position collective, sinon au moins sous-régionale pour discuter avec l’Europe, la France en particulier. Il suffit de citer pèle-mêle quelques-uns : l’identité africaine, la citoyenneté, la coopération-décentralisée, le respect des droits humains, le développement des infrastructures, l’intégration régionale, les migrations, la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux en temps réel, la santé, l’assurance maladie et vieillesse, l’éducation, l’innovation, l’emploi notamment celui d’une majorité de personnes sans qualification avec une priorité pour les jeunes et les femmes, et bien sûr tous les problèmes liés à la préservation de l’environnement et les conséquences du changement climatique sur le continent… Il y a une évolution perceptible où les frontières gauche-droite en France sont plus floues avec des incursions assez prononcées de part et d’autres sur les « chasses gardées » (ou pré-carrés) des uns et des autres. En fait, il existe des appareils politiques de gauche et de droite qui résistent à la volonté des électeurs de recentrer le débat et les politiques vers l’essentiel, la sécurisation de l’emploi. Les partis politiques qui l’ont perçu ont fait un score honorable tant au premier tour qu’au second des élections présidentielles françaises. En réalité et ceci en référence à l’Allemagne et l’Autriche, on peut se demander si la constitution de la 5e République n’est pas en fait devenue un cadre étroit et peu inadapté aux contraintes de la mondialisation pour organiser des partenariats intelligents entre l’Afrique et la France. Comment expliquer que des grandes coalitions politiques aux programmes assez opposés arrivent à gérer ensemble des pays comme en Allemagne ou en Autriche alors que ceci semble aujourd’hui impossible en France ? La majorité emportant toute la mise…

5. Offrir une prime aux plates-formes crédibles de refondation démocratique

Les solutions africaines de gouvernement d’union nationale ne sont pas à recommander puisqu’elles ne reposent souvent que sur des cooptations de personnes et non d’une intégration de programmes politiques planifiée et négociée. Les consensus mous africains ne permettent pas l’action sinon comment expliquer que depuis 1963, les dirigeants n’ont jamais réussi à vraiment créer un véritable gouvernement africain permettant d’organiser collectivement le rapport au monde sur des bases de rapports moins inégalitaires. C’est aussi de cela que les chefs d’Etat africains doivent discuter en juillet 2007 à Accra s’ils veulent faire entrer l’Afrique dans l’ère d’un partenariat intelligent et transparent. Pour ce faire, il faudra néanmoins balayer devant sa porte et éviter les impunités durables et prendre conscience des limites des contrepouvoirs africains. Il sera nécessaire d’organiser et de faciliter l’éveil des groupes d’influence, des associations de défense des consommateurs, des réseaux d’organisations non gouvernementales de défense des sans-voix notamment ceux de la Diaspora pour structurer les migrations positives.

Pour l’Afrique, il n’y a pas eu véritablement de grandes évolutions quant aux soutiens des alternatives politiques soucieuses des intérêts des populations africaines. Les 3e, 4e et 5e Républiques françaises pourraient se résumer sommairement à une évolution entre l’empire, la colonie, les indépendances politiques octroyées. L’avenir réside dans une prise de conscience renouvelée sur l’importance de la construction collective d’une indépendance économique. Cette liberté économique ne peut être octroyée, ni sous-traitée du fait de la globalisation, de la compétition internationale et des règles transparentes de l’OMC. Si l’Afrique globalement dépend encore pour beaucoup des institutions internationales du développement, c’est que sa gouvernance et ses arbitrages décisionnels conduisent à mettre en doute sa capacité de remboursement effectif des prêts que peut offrir le marché international des capitaux. Si l’Afrique souhaite s’affranchir du FMI et de la Banque mondiale à terme, elle devra créer des richesses, organiser un réseau d’institutions d’appui (banque centrale, fond monétaire africain, banque d’investissement africain) et soutenir l’investissement sous-régional, entre Africains et Sud-Sud.

L’Afrique ne peut continuer de servir de variable d’ajustement par défaut. Il y a là une véritable crise d’identité de la place de la France en Afrique. Avec la perte de compétitivité de plusieurs sociétés françaises en Afrique (préférence pour le gré à gré), il faut être prudent et rappeler la non-planification à long terme des politiques d’un certain patronat français en Afrique. La France est en train de passer d’un rôle d’acteur à celui de spectateur (arrivée de la Chine entre autres) sur le continent alors que l’Afrique, elle, est en train de passer d’un rôle de spectateur à celui d’acteur, non sans contradictions et influence de nouvelles puissances émergentes. A ce titre, il convient absolument de distinguer entre le rôle de l’Etat français et celui des acteurs français, notamment ceux du secteur privé en Afrique. Une grande partie du secteur privé africain francophone est dominée par les sociétés françaises. Même à ce niveau, le travail formidable des PME françaises n’a rien à envier aux passes droit des grandes sociétés. Bref, le rôle du patronat français en Afrique devrait faire l’objet d’une mise à jour tant en termes d’information et d’appréciation des évolutions en Afrique que des percées commerciales et bientôt industrielles des autres pays plus enclins à soutenir les capacités productives africaines.

Une participation plus active de la population dans la démocratie économique et surtout un rôle plus important du parlement, une démocratisation des partis politiques d’opposition en Afrique sont nécessaires. Cela pourrait conduire à un amoindrissement du rôle des partis au pouvoir ou des groupes de pression étrangers (se déguisant parfois en organisations non gouvernementales) et travaillant sous les fourches caudines des oligarchies financières.

Il ne faut pas être naïf. Aucun Président français ne pourra, même s’il le voulait, se désolidariser des grandes sociétés françaises en Afrique, notamment en Afrique francophone. Une grande partie de la défaillance économique des Etats africains est liée justement au rôle de certaines de ces grandes sociétés au point de rendre certains Etats économiquement serviles et politiquement fragiles. Il faut néanmoins souhaiter « bon vent » aux relations France-Afrique au nouveau Président français, lequel ne manquera pas d’aller au cœur de la mémoire, de l’histoire et de l’expérience africaine. Il lui faudra néanmoins revaloriser l’approche solidarité en revisitant la citadelle humaine et sociale que tente de construire l’Afrique malgré les contraintes d’une croissance économique ne créant pas suffisamment d’emplois décents en Afrique. Les populations africaines et leurs représentations associatives ou politiques ne peuvent plus attendre que les propositions viennent d’ailleurs. Il faut proposer des projets contre des projets et trouver le consensus refondateur.

Il n’empêche qu’il faudra éviter la pensée unique dans l’application des politiques de la France en Afrique et distinguer entre les pays africains exportateurs de pétrole avec une croissance économique réelle de 11.6% et ceux non exportateurs de pétrole qui atteignent difficilement le 5,6% avec une redistribution des fruits de la croissance échappant aux populations locales pour l’essentiel. Il importe donc d’organiser réellement la planification, les négociations et la maîtrise des relations Afrique-France afin d’avoir quelques chances d’influencer ces dernières.

Agbobli, le Togolais :
Martyr de la liberté de penser et de parler

Alors que certains étaient en pleine procession un peu partout dans le monde des chrétiens, ceci en souvenir de l’ascension de la Vierge Marie, des sicaires se chargeaient le 15 août 2008 de leur sale besogne et à vil prix sur un intellectuel togolais. Ce personnage était un porte-voix des sans voix. Il débattait tout haut avec tout le monde. Par son courage, il a voulu croire à un Togo meilleur, et s’est fait une opinion sur comment pacifier le futur du Togo.

Il n’hésitait pas à fustiger tous ceux, Blancs, Noirs comme Jaunes, qui s’organisent pour bloquer le destin des Africains , ceux des Togolais en particulier. Atsutsè Kokouvi Agbobli (AKA), le feu Président du parti MODENA (Mouvement pour le développement national créé en 2007) aurait été torturé avant d’être tué. Face à des versions contradictoires et sans une deuxième autopsie indépendante, il y a peu de chance que la vérité sur la mort de cet intellectuel de haut vol voit le jour. Son chauffeur aussi a disparu, volatilisé serait le mot approprié.

1. Assassinat, impunité, immigration et désinformation

Le Togo est-il un pays sûr et libre ? L’a-t-il jamais été pour les journalistes indépendants, les politiques et les libres penseurs ?

Faut-il rappeler au hasard les tentatives d’assassinat d’un autre chef de parti le 5 mai 1992, Gilchrist Olympio, Président de l’Union des forces du changement (UFC) à Soudou, près de Bafilo avec plusieurs grands nationalistes togolais dont Dr. Marc Atipédé lors d’une tournée au Nord du Togo. Les commanditaires de cet attentat ont été identifiés par une enquête internationale deux mois plus tard mais l’impunité institutionnalisée n’a pas permis de faire avancer ce dossier.

Le 23 juillet 1992, c’est l’assassinat de Tavio Amorin, parlementaire de 34 ans et Président du Parti Socialiste Panafricain (PSP). Ce cas n’a jamais été solutionné.

Le 6 septembre 1994, David Ahlonkovi Bruce, conseiller diplomatique du Président du Parlement de Transition (1991-1993) et haut fonctionnaire au ministère des Affaires Étrangères, est enlevé par des gendarmes togolais lors d’un contrôle routier dans un quartier de la banlieue nord de Lomé (Agouényivé) et n’a plus jamais été revu jusqu’à ce jour.

Le 28 mars 1996, Thomas Ruprecht, diplomate allemand en poste à Lomé est tué d’une rafale de mitraillette lors d’un contrôle routier par des éléments de l’armée togolaise. Même l’Allemagne a été incapable de trouver les responsables de ce meurtre.

En 2005, au cours des élections présidentielles, des médias faisaient état des bourrages d’urnes et des bulletins brûlés par l’armée, des incidents éclataient à Lomé entre des jeunes et les forces de l’ordre faisant plusieurs morts. Après les élections présidentielles contestées de 2005, un rapport de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) a dénoncé les « crimes abominables perpétrés par les putschistes contre le peuple togolais », soit un total de « 5 319 victimes occasionnées par la répression organisée par le gouvernement ».

En 2007, il ne faut donc pas s’étonner que les États-unis aient félicité indirectement les responsables du parti d’opposition le plus important du Togo, l’Union des forces du Changement, de n’avoir pas incité la population et les membres de ce Parti à manifester leur mécontentement suite aux élections législatives contestées d’octobre 2007 . Le peuple togolais et les partis politiques responsables préfèrent ne plus exposer la vie des populations face à une violence stratégique aléatoire. Une des réponses aux nouvelles formes de répression est l’immigration. Les pays occidentaux qui s’évertuent à mettre en place des formules de retour des immigrés feraient mieux d’aider à rétablir un véritable climat de sécurité s’ils veulent véritablement voir le flot des réfugiés et immigrés politiques se réduire au Nord. Les politiques d’immigration qui font l’impasse sur la situation sécuritaire dans le pays d’accueil sont vouées à l’échec et peuvent même conduire certains extrémistes à aller trouver des solutions non démocratiques sur le marché global du terrorisme. La relation entre l’impunité, le développement et le terrorisme doit nécessairement intégrer les programmes d’immigration en Europe et ailleurs.

L’impunité est-elle une nouvelle forme de gouvernance qui condamne les pays influents aussi au silence ? La liste des personnalités moins connues serait trop longue ici, mais l’environnement de suspicion et de vigilance n’a pas varié au Togo. Il est donc fortement conseillé aux journalistes indépendants, les démocrates et autres libres penseurs de ne pas se tromper sur la nature profonde du système togolais.

Sans réformes structurelles des services de sécurité, de la police et de la justice et sans volonté réelle du gouvernement, toutes les condamnations formelles de la violence et des crimes au Togo resteront stériles.

M. Agbobli a peut-être voulu accélérer l’histoire de la démocratie en tentant d’expliquer que la liberté de penser, d’écrire et de communiquer va de pair avec la démocratie, mais demeure incompatible avec l’impunité. Il n’a pas été compris.

Reflet d’une forme moderne de la communication publique où les condamnations verbales se perdent dans le brouillard du silence de l’impunité, la désinformation devient un outil commode pour travestir la vérité, surtout lorsqu’il y a une collusion entre le Nord et le Sud pour neutraliser ceux qui construisent la prise de conscience des populations africaines. M. Agbobli a mené le combat de la liberté et a voulu transmettre la culture du combat pour l’indépendance économique du Togo. C’est un iconoclaste incompris. Aucune manifestation populaire n’a vu le jour suite à cette disparition tragique. Cette atonie généralisée est le résultat conjoint des menaces et de la peur entretenues par le système politique dominant. Mais, il ne faut pas sous-estimer les lassitudes, l’épuisement et la démoralisation d’une population pauvre qui, à plusieurs reprises, a estimé avoir suffisamment donné en termes de morts, de blessés et d’handicapés, ainsi que de réfugiés lesquels viennent grossir parfois les rangs des immigrés en Occident. M. Agbobli a refusé d’immigrer pour bénéficier de cette fausse paix à l’extérieur. Il ne pensait pas que le nouveau visage que le régime togolais se donne, permettrait d’aller aussi loin que de le « supprimer » par l’envoi de sicaires primitifs et lâches tant il avait foi dans l’humanité du système togolais. Il s’est lourdement trompé.

2. A défaut de brûler les voix de l’alternance togolaise

Le monde gris des complicités, les dissidences multiples et diverses au sein du paysage politique togolais ont conduit à un éclatement de l’insécurité. Des poches de dissidences ambiguës, quant elles n’arrivent plus à organiser l’autocensure , développent une sous-culture de la violence à laquelle restent sourds les pays occidentaux qui se targuent de promouvoir la démocratie et le respect des droits humains à géométrie variable. Dans ces conditions, l’impunité promeut l’anonymat et la peur . Il suffit alors d’organiser des complicités pour que des sicaires sous-développés et indisciplinés prolifèrent et fassent du zèle en s’attaquant à des cerveaux africains noirs contre quelques poignées d’Euros. Car si M. Agbobli était un Blanc, les choses ne se seraient pas passées comme cela… Il en est de même de Moussa Kaka, un autre journaliste africain de Radio France International (RFI) emprisonné au Niger pour avoir trop bien fait son travail de journaliste. Il fait les frais des approches de « deux poids, deux mesures » de ceux qui sont devenus les adeptes des « intérêts mutuels bien compris ».

Donc, si M. Agbobli était un Blanc, tous les médias officiels seraient en train de discuter de sanctions, de commissions internationales voire de transferts des personnalités identifiées comme des criminels vers le Tribunal pénal international, etc. En fait, ce sont les médias indépendants, les sites Internet d’éveil des consciences qui rappellent le courage du disparu. Les groupes de réflexion et d’influence qui échappent au contrôle de la pensée unique favorisent la confrontation libre et démocratique des informations et permettent d’apprécier la foi dans l’unité nationale togolaise de M. Agbobli ainsi que son combat pour la liberté et la démocratie. Il faut donc être Noir pour mieux saisir la douleur de la perte de ce panafricaniste convaincu. Cet Homme courageux et éclairé qui a fait le deuil de ses choix passés, discutés et discutables, n’est pas simplement mort à 67 ans. Il a été : « sécaré », verbe reconstitué à partir du latin.

Rappelons que le mot sicaire vient du mot latin sicarius qui signifie un tueur à gage, mot qui vient de sica qui signifie poignard et du verbe secare qui a donné sécateur d’où sont tirés entre autres, les mots sectionner qui signifie aussi couper, voir découper… la vérité est qu’il avait fait l’objet de menaces au point que sa bibliothèque personnelle et imposante a été brulée il y a quelques années… Lorsqu’il a pu s’informer discrètement auprès des gens en uniformes qui souffrent parce qu’ils sont en bas de l’échelle, on lui a signifié le mobile qui se résume à : « Maintenant que nous avons brulé tes livres, tu ne pourras plus aller y copier des choses contre nous »… Ignorance, zèle sans instructions, ordre discret d’empêcher l’intellectuel de parler… On ne saura jamais.

Au lieu que tout ceci ait amené M. Agbobli à garder le silence, c’est alors qu’il avait appris que feu Joseph Ki-Zerbo, le grand historien burkinabé de l’Afrique, avait subi le même sort au Burkina-Faso… « On » était venu brûler sa bibliothèque… L’autodafé africain existe ! Quelle coïncidence ! Un autodafé à l’origine était un acte de foi qui consistait à brûler les livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux. Plus tard notamment lors de l’Inquisition, ce n’était plus les livres que l’on brûlait mais bien celui qui écrivait ou possédait les écrits. Aujourd’hui, les dirigeants mal-élus africains ont adapté le phénomène et utilisent des sicaires pour faire disparaître les livres, les auteurs et ceux qui détiennent des écrits qu’ils considèrent comme dérangeants. L’acte de foi s’est réduit à avoir foi dans la pensée unique du régime au pouvoir ou à faire partie des réseaux clientélistes. L’autocensure fait le reste.

3. Agbobli : le libre penseur qui voulait unifier les Togolais

La disparition tragique et dans des circonstances non élucidées de Dr. Atsutsé Kokouvi Agbobli, ancien ministre, chef de parti politique, historien, journaliste et directeur du journal « Afric Hebdo » pose problème tant pour ceux qui clament haut et fort que la liberté de la presse, la sécurité et la démocratie sont de retour au Togo. Que certains pays occidentaux et quelques institutions feignent de ne pas voir la réalité des problèmes de l’insécurité au Togo, soit ! Mais que les contre-vérités deviennent l’apanage des déclarations officielles rappellent que les régimes qui promeuvent le double-langage et trouvent des appuis à l’international ne peuvent accueillir des esprits libres, des libres penseurs, des démocrates ou des nationalistes intelligents.

Au-delà des versions préliminaires contradictoires de l’autopsie du corps de M. Agbobli, c’est le refus par une partie des autorités togolaises de laisser procéder aux contre-expertises indépendantes qui pose le problème de la nature de la démocratie à la togolaise. En attendant donc que le Gouvernement honore le défunt, la famille, le Togo et redore sa crédibilité internationale par l’acceptation officielle d’une autopsie rétroactive fiable, il est préférable de ne pas verser dans les spéculations ou les affirmations sans preuve qui pleuvent de part et d’autres, tant M. Agbobli était populaire. Il était présent dans l’imaginaire, dans l’esprit et dans les débats des Togolais, des Africains, notamment ceux d’Angola, et même auprès des Occidentaux qui craignaient sa puissance d’analyse et sa capacité à rappeler à l’envahisseur blanc, son rôle dans l’état déplorable des économies africaines et de la pauvreté ambiante. Mais c’est sa capacité à parler, voire à s’opposer aussi à la corruption ambiante et rampante qui semble-t-il pourrait expliquer les tortures atroces qui auraient conduit à sa mort tragique.

La pauvreté alliée à une certaine corruption institutionnalisée fait disparaître les frontières de l’éthique, de la vérité, de l’opposition, du bien et du mal pour ne laisser subsister que le silence des cimetières. Ce silence rend tout le monde complice d’une disparition abjecte et sous supplice . Cela ouvre parmi certains pays occidentaux responsables, une démarcation entre l’aide communautaire et l’aide bilatérale de pays qui ne reconnaîtront la légitimité du régime togolais que lorsque les assassinats du consul allemand en poste au Togo, son chauffeur et son chien auront été éclaircis. En attendant, les assassinats de Togolais libres continuent presque dans l’anonymat d’un silence coupable.

4. Togo : l’impunité du silence

Avec la fragmentation clientéliste entretenue sur le devant de la scène politique, avec une faiblesse traditionnelle de l’Etat quant à la protection des citoyens togolais non-alignés, avec une régulation institutionnelle qui s’organise principalement autour des corruptions de proximité, au point que même les visas pour l’Europe se monnayent autour de 3-4 millions de FCFA à la barbe des Ambassadeurs des pays occidentaux en poste au Togo, l’embargo de l’Union européenne sur le Togo a ouvert les portes de la « débrouillardise ». Cela a contribué à brouiller les repères de l’éthique, des valeurs et de la protection de la vie humaine. L’insécurité au Togo a augmenté et aucun bailleur de fonds ne semble vraiment s’en soucier.

M. Agbobli, celui qui disait tout haut ce que pensent tout bas de nombreux Togolais sans voix, a été la victime de sa foi dans la sincérité du système politique togolais. Il était persuadé qu’il était possible de convertir de nombreux responsables de tous bords à un minimum d’éthique qui autoriserait l’approfondissement de la liberté de penser, d’écrire et de parler. En réalité, plus de 31 % de Togolais et plus de 62 % de Togolaises ne savent pas écrire et lire. Plusieurs pourtant parmi ceux-là ont parfois des postes décisionnels, d’autres se contentent, entraînés dans des réseaux peu recommandables, de rejoindre des structures de violences stratégiques. Ces milices en dérive n’apparaissent que dans les rapports confidentiels des ambassades en poste au Togo. C’est d’ailleurs cela qui explique pourquoi les responsables occidentaux sont parfois plus au courant que la Diaspora de la situation sur le terrain.

Mais paradoxalement, ces responsables politiques ferment les yeux dès lors qu’il n’y a pas de preuves. Il suffit donc d’instrumentaliser des vicaires et de faire disparaître par la peur, l’argent et la désinformation les éléments de preuve pour satisfaire aux conditions non écrites des représentants occidentaux au Togo. Le peuple togolais devrait donc logiquement les considérer aussi comme de véritables complices qui ne veulent pas faire de vagues. Le renforcement du système d’organisation de la justice, fondement de la cohésion sociale d’une société, n’a jamais été une priorité au Togo. Il est préférable de faire appel à un voyant ou un visionnaire pour trouver les coupables d’assassinats au Togo. En fait, les dossiers d’instruction criminelle finissent souvent par n’être qu’une simple feuille de nécropsie, encore faut-il la trouver . Les menaces et les représailles sur les familles togolaises sont telles que la loi du silence, prévalant au sein de la mafia sicilienne, s’est exportée au Togo. Ce sont cette impunité et la violence qui la caractérisent qui sont à la source de la dérégulation sociale et institutionnelle. L’interdépendance togolaise est bien repoussée aux calendres grecques. Le délitement social est en marche en silence. Quelle honte ! Le silence de l’impunité est en train de se métamorphoser en l’impunité du silence. L’impunité est progressivement devenue une réalité systémique au Togo et nourrit l’insécurité.

5. Le « pagne » de la liberté : retrouver la gouvernance des repères éthiques

Il faut une position commune des pays occidentaux pour que l’impunité et la sécurisation des personnes sans voix soient considérées comme une priorité sur l’agenda des discussions des bailleurs de fonds du Togo. La mort d’un Togolais, surtout un intellectuel, est moins importante que le remboursement sans fin du service de la dette ou l’accentuation de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Afin de s’assurer de quelques aides conjoncturelles à partir des justificatifs des pluies diluviennes récentes au Togo, alors que plus personne ne tient à cacher la rupture des barrages non entretenus, le dysfonctionnement actuel du système togolais repose sur la loi du silence. En annonçant lors du congrès de l’UFC à Lomé son choix de s’allier à ce parti pour les élections présidentielles de 2010, M. Agbobli aurait enfreint une règle non écrite qui serait une sorte de droit de préemption régalien sur les petits partis politiques. C’est donc un système qui est en cause et non pas simplement des individus ou des groupes d’individus. Avec un changement bien lent du comportement culturel du peuple togolais notamment la difficile réduction de la délation, de la corruption de proximité, il est facile d’organiser la désinformation à coups de millions d’Euros, ce qui contribue à brouiller les pistes et promouvoir une gouvernance reposant sur la perte des repères éthiques. Se laisser piéger à ce jeu de dupe, c’est vendre à terme la dignité des fils et filles de ce pays. Nous sommes donc tous responsables si la prise de conscience tarde à prendre forme. Seule l’unité des Togolais du dedans et du dehors en association avec les responsables occidentaux épris d’éthique aidera à renverser cette nouvelle déchirure du pagne de la liberté.

En filigrane, c’est une véritable guerre contre les intellectuels non organiques qui se déroule sous nos yeux. Ceux qui ne sont pas des intellectuels du pouvoir ou du parti au pouvoir au sens d’Antonio Gramsci sont mis à l’index quant ils ne sont pas sur des listes noires. Ceux qui se considèrent comme autonomes et indépendants du groupe au pouvoir et peuvent se permettre, à l’instar de M. Agbobli, de rappeler les principes élémentaires de la dignité humaine et de la démocratie sont de facto considérés unilatéralement comme des ennemis intérieurs. Si c’est en cela que ce gentleman est devenu une menace pour les réseaux au pouvoir, alors tous les intellectuels sont menacés dans ce pays.

Les Nations qui souhaitent voir l’avènement de la vérité des urnes confortées par une démocratie non virtuelle doivent informer ceux qui ailleurs commencent à comprendre qu’avec le démocrate Barack Obama ou même le Républicain John McCain, la tolérance zéro sera appliquée aux États défaillants où les crimes restent impunis. En fait, c’est l’aide internationale qui risque de se détourner de ces États-là. Il appartient donc à la Diaspora dans son ensemble à œuvrer pour la fin de l’impunité au Togo, pour l’avènement d’une véritable sécurisation du pays afin d’assurer que les résultats des élections connaissent un début d’application, sinon l’avenir du Togo sur le plan de la crédibilité au plan international, en référence aux conditions actuelles d’insécurité, risque de s’assombrir.

6. Agbobli, l’auteur

Si l’Afrique continue à tuer ses bibliothèques vivantes, elle aura du mal à accéder à la connaissance et verra sa civilisation s’éteindre rapidement, face aux multiples agressions extérieures perpétuées à des fins de dépendance accrue. Après avoir écrit l’un des ouvrages les plus proches de la vérité sur le premier coup d’Etat au Togo en 1963 , après avoir fait paraître un livre sur les visions de Jonas Savimbi qu’il a côtoyé, M. Agbobli en a déduit que face à l’adversité, il est important de rappeler aux Africains la phrase de l’historien grec Thucydide : « il faut choisir : se reposer ou être libre » ; cela a été repris par Périclès sous la forme : « si vous voulez être libre, il faut travailler ». Ces phrases revenaient souvent dans la bouche de M. Agbobli au sujet des Africains et plus particulièrement du pouvoir africain. Il n’était pas pour autant naïf sur l’urgence et la difficulté du chemin à parcourir. C’est ainsi qu’il rappela : « Point de découragement et de renoncement devant les épreuves et les souffrances qui sont considérées comme des difficultés non démobilisatrices mais plutôt des écueils appelés à être surmontés à force d’audace et de courage. Le culte du héros, capable des prouesses de tous genres, est à cet égard révélateur de l’attachement de l’individu à sa grandeur posthume et à la reconnaissance de la nation. Rayonner dans le monde et y voir son nom immortalisé pour toujours pousse les uns et les autres, hommes et femmes, à redoubler d’audace, à prendre des risques parfois téméraires et à s’engager dans des actions qui frisent des aventures dangereuses ».

M. Agbobli est un panafricain convaincu. Il a accepté de participer à un livre collectif qui posait la question de savoir si l’Afrique était-elle incapable de s’unir, de lever l’intangibilité des frontières et d’opter pour un passeport commun . Sa contribution portait sur « La nouvelle question d’Afrique ». Il y rappelait que pour comprendre les difficultés de l’Afrique, il faut garder présent à l’esprit que l’arme des ennemis de l’Afrique reste la « déstabilisation stratégique ». Il s’est alors consacré à promouvoir l’industrialisation et la culture de combat par une conscientisation des populations sous toutes ses formes.

Conclusion : martyr de la démocratie et de l’unité togolaise

Lorsque la promotion de la liberté de penser, de parler, d’écrire et d’informer devient une aventure dangereuse, c’est que l’on a encore à faire à des dirigeants sans conscience historique de leur rôle dans l’histoire universelle. Sans le savoir et avec violence, les commanditaires des sicaires viennent d’inscrire M. Agbobli dans le livre de la vie de la loi universelle. Ils ont peut-être oublié de s’inscrire eux-mêmes. Il ne faudra pas compter sur M. Agbobli pour le faire.

Un pays qui s’octroie unilatéralement le monopole de la violence illégitime sur les intellectuels, les libres-penseurs, le secteur privé national et les innovateurs ne peut se targuer de contribuer à la prospérité d’un pays et le bien-être de ses habitants. Ce sont les conflits d’intérêts au sein de l’espace politique togolais et les dissidences qui en résultent qui pourraient servir d’explication à cette disparition tragique d’un expert en science politique qui n’est certainement pas un « ennemi intérieur », encore moins un « ennemi de l’intérieur mais bien un ami des Togolais ».

M. Agbobli vient de rejoindre le royaume des ancêtres et des martyrs togolais pour la démocratie et l’unité des Togolais. La justice immanente est reportée à plus tard. Nous sommes tous responsables de cette mort car nous ne l’avons pas compris. Son message, fondé sur l’éveil des consciences, était avant tout un appel à la culture du combat et de l’indépendance du Noir, de l’Africain, du Togolais, …. de tous les Togolais. Le meilleur hommage des Togolais et des Togolaises à cet intellectuel hors pair demeure la construction de l’interdépendance des Togolais dans un espace éthique. Tous les membres d’Afrology Think Tank, le groupe de réflexion, d’action et d’influence, transmettent leurs sincères condoléances à toute la famille proche et éloignée.

Une minute de silence s’impose. Paix à ton âme, martyr de la démocratie et de l’unité togolaise. Le rêve d’une carrière politique pour servir les populations togolaises et le panafricaine vient d’être brisé. Quel gâchis !

Dr. Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du groupe de réflexion, d’action, l’influence « Afrology »

Par Yves Ekoué Amaïzo
Directeur du Think Tank du groupe de réflexion, d’action et d’influence « Afrology » et Afrique Nouvelles Interdépendances
Economiste à l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il s’exprime ici à titre personnel.


Dimanche 14 Septembre 2008 – 15:05

Lu 194 fois

Portail Euro-Africain de libre expression et d’infos en temps réel  

http://www.dabio.net/Maitriser-les-relations-France-Afrique-Vers-un-nouveau-partenariat-intelligent-_a2438.html

7 septembre, 2008

Epsy Campbel : « La Situation Marginale des Afro-Américains est Insoutenable »[grioo.com]

Noirs d’Amérique Latine 

Epsy Campbel : « La Situation Marginale des Afro-Américains est Insoutenable »

L’apport historique et académique des professionnels afrodescendants de la Colombie et d’Amérique Latine s’expose dans le cadre de la Deuxième Rencontre des Professionnels Afro-Colombien et Premier Afroaméricain. À ce jour, la rencontre a réuni plus de 2000 assistants, 16 orateurs internationaux et 22 nationaux ainsi que 18 invités spéciaux.

Epsy Campbel : Epsy Campbell, Leader Afrocostaricaine

Pour connaître en profondeur certaines des expériences réussies de visibilisation des afro-américains, le Bureau de communication et de Presse a rencontré l’Ex Membre du Parlement Afro costaricien Epsy Campbell Barr, une des oratrices de la Conférence, qui a évoqué son passage par le congrès Costaricain ainsi que les défis qu’elle doit relever pour exercer son travail politique malgré les préjugés qu’entraîne le fait qu’elle est une femme.

Quelle est la situation actuelle des afro-américains?

Elle reste une situation inacceptable au 21iéme siècle, une exclusion aux dimensions insoupçonnables : plus de 80% des afrodescendants vivent dans la pauvreté, il y a moins de 100 parlementaires représentant les 50 millions d’afrodescendants, moins de 10 femmes afrodescendantes dans les parlements, plus de 10 millions d’enfants et des jeunes dans les rues exclus en permanence. La situation de marginalisation des afro-américains est réellement insoutenable. C’est pour cela que ce genre d’espaces sont ceux qui nous permettent de tracer un chemin pour l’avenir, réaliser des alliances, mais surtout de comprendre que nous devons prendre le pouvoir politique dans nos pays et faire partie d’un processus transformateur dont nous faisons partie ainsi que d’autres secteurs de la société, pour repenser les sociétés latinoaméricaines du 21ème siècle.

Des alliances avec des organisations internationales comme l’ONU, qui travaillent progressivement à la réduction des problèmes d’exclusion et de vulnérabilité des peuples afrodescendnats ?

Les Nations Unies font peu d’efforts, j’estime toujours qu’ils sont moindres, l’UNICEF a un programme spécifique pour l’enfance et l’adolescence afro-descendantes, il y a le groupe de travail sur les afrodescendants à la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, et il y a un effort de l’UNIFEM (Fonds de développement des Nations Unies pour la femme) pour intégrer le thème des femmes afro-descendantes, mais cela reste très peu. Il y a un effort pour intégrer la perspective ethno raciale dans les objectifs du millénaire et je pense que c’est une avancée ; il n y a pas d’objectifs du millénaire sans les afro descendants. Je pense donc que nous avançons sur cette lancée, mais que le déficit est très grand, la responsabilité est très grande et ce n’est pas le moment de nous sentir victimes, c’est plutôt le moment de nous sentir acteurs.

 dans AMERIQUE DU SUD CARAÏBES

Quels obstacles avez-vous rencontré lorsque vous étiez parlementaire ?

Évidemment, il y a des obstacles mais j’ai toujours décidé d’être en première ligne et mon expérience au parlement costaricains est d’être arrivée à transformer la politique de mon pays, j’ai très vite été déclarée meilleure député du Costa Rica durant deux années consécutives et cela est lié à mon engagement historique pour mes gens, pour les gens de mon pays et pour une nouvelle perspective de la démocratie inclusive, véritablement participative. Il me semble évident qu’on rencontre des obstacles sur le chemin, mais en ces temps de transformation, il faut arrêter de penser aux obstacles et commencer à regarder les opportunités pour avoir la force de ne pas tomber dans les pièges qui se présentent sur votre chemin.

Quel a été votre plus grand défi du fait d’être une parlementaire femme et afro costaricaine ?

Pendant le temps que j’ai été parlementaire et actuellement en tant que présidente du principal parti d’opposition, le défi le plus grand est de toujours bien faire les choses, car lorsque vous êtes une afrodescendante, vous êtes jugé plus durement que lorsque ce n’est pas le cas ; par conséquent, le plus difficile est d’essayer d’avancer judicieusement avec la critique incisive de nombreuses personnes et d’autres qui scient le sol (devant vous), comme on dit chez moi, en faisant tomber des têtes, et vraiment se battre avec cela tout en maintenant l’engagement est quelque chose de vraiment important. Finalement lutter contre les propres ego et les aspirations personnelles, l’agenda de notre peuple est plus important que toute chose et nous ne devons pas abandonner cela. En politique, on trouve de nombreuses opportunités personnelles, mais il faut mettre son propre agenda de coté, le plus important est que nous soyons présents pour transformer et non pour chercher des bénéfices personnels ou individuels.

 dans BLACK LIBERTY

Que pensez vous de l’ethno éducation ?

Mon expérience en relation avec l’ethno éducation est que nous devons effectivement réécrire l’histoire et l’incorporer dans le système éducatif formel. Au cours de mon mandat en tant que député, j’ai impulsé la création de la commission des études afro costaricaines au Ministère de l’Éducation Publique, pour la première fois dans l’histoire, il existe un espace institutionnalisé pour incorporer dans le curriculum scolaire, non seulement pour les afrodescendants mais également pour les étudiants de mon pays, ce que représente la contribution que les afrodescendants ont apporté au Costa Rica et en dehors. Je pense qu’il s’agit là d’un élément fondamental pour la construction d’une démocratie et les droits humains. Les gens ne respectent pas ce qu’ils ne connaissent pas, et tant que les sociétés dans lesquelles nous vivons ne nous connaissent pas, elles ne nous respecteront pas pour ce que nous sommes. Il s’agit donc d’une bannière fondamentale que nous devons approfondir et la Colombie a fait des avancées importantes.

Dans ce sens, nous devons générer plus d’alliances pour apprendre des expériences de certains pays et d’autres, de certaines organisations et le principal est que nous devons approfondir les relations avec le milieu éducatif en ces temps ou l’éducation devient le rempart fondamental pour la construction des nouvelles démocraties. Je crois que les opportunités jouent un rôle fondamental, c’est pour cela que je félicite l’Université de Santiago de Cali qui effectue ce travail de rassemblement des professionnels non seulement de la Colombie mais de l’Amérique pour discuter des sujets de fond, du développement de l’économie, des thèmes liés à l’inclusion sociale pour que cela serve également comme élément fondamental pour les filles et les garçons de Colombie et de toute l’Amérique Latine. Je ne veux plus être une exception, je souhaite qu’il y ait beaucoup de femmes noires comme moi, non seulement au Costa Rica mais dans toute l’Amérique latine, que vienne le temps ou l’on ne me félicitera plus pour ce que je fais, mais que cela devienne commun de voir des femmes et des hommes noirs à tous les postes, même celui de président. À ce moment là on pourra dire qu’on a fait le travail.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.mineducacion.gov.co/cvn/1665/article-119006.html

2 juin, 2008

Obama peut-il changer l’Amérique ?

barackhil3.jpgbarackhil1.jpgbarackhil4.jpgbarackhil31usdemocraticpresidentialcandidatebarackobamaisseenwithhismotherasachildinafamilysnapshot370.jpgbarackhillove.jpgbarackhil2.jpgObama peut-il changer l’Amérique ?

Par notre correspondant, Philippe Coste, mis à jour le 29/05/2008 – publié le 29/05/2008

 

Le sénateur de l’Illinois a de fortes chances de devenir le candidat démocrate, même si Hillary Clinton n’a pas renoncé. Pour l’emporter, face au républicain John McCain, il devra convaincre le pays profond. Et démontrer, au terme d’une des campagnes les plus dures de l’histoire présidentielle, qu’il est l’homme d’un nouveau consensus.

 Comme d’habitude, Barack Obama monte le premier sur le podium. Comme de coutume, son épouse, Michelle, et leurs deux filles, Malia et Sasha, le rejoignent un instant pour saluer le public. Mais ce 18 mai, ils restent figés par l’intensité du spectacle. A perte de vue, la foule immense ondule comme un océan bigarré.

j. young/reuters

NOTRE DOSSIER OBAMA:

. Les conseillers aguerris qui l’entourent
. Repères: Obama en 20 dates
. Obama-McCain: ce qu’ils pensent sur…
. La France aussi vote Obama
. Les réseaux web pro-Obama
. Axel Poniatovski: « Son charisme m’impressionne »
. Le filon Obama dans les librairies

NOTRE CHAT OBAMARetrouvez les réponses d’Olivier Richomme (co-auteur de L’Amérique de Barack Obama en chat sur LEXPRESS.fr, jeudi 29 mai, de 11h à 12h.

Depuis l’aube, 60 000 fans du sénateur de l’Illinois ont franchi, en formant d’interminables files d’attente, les contrôles de sécurité du parc Tom McCall. Environ 20 000 autres, refoulés, faute de place, du plus grand espace vert de Portland et de tout l’Oregon, tentent d’écouter l’idole debout, devant les haut-parleurs, assis dans leur voiture ou à bord de kayaks massés sur la rivière Willamette.

Au même endroit, lors de la dernière campagne pour la présidentielle, John Kerry, candidat du Parti démocrate et porteur de tant d’espoirs, avait attiré deux fois moins de monde, malgré la présence de Leonardo DiCaprio et un concert gratuit de Jon Bon Jovi… Alors, Obama, orfèvre en discours et héros mutant du rêve américain, ne retient pas sa fierté : « Qui aurait cru qu’un Noir de 46 ans, nommé Barack Obama, deviendrait un jour le candidat du Parti démocrate ? » Il semble s’interroger lui-même.

Quatre ans ont filé depuis la genèse du miracle, depuis cet instant de juillet 2004 où 5 000 délégués de la convention démocrate de Boston et des millions d’Américains se sont reconnus dans le visage d’un mince homme noir venu à la tribune plaider pour Kerry, prôner un nouveau consensus et répudier les guerres de culture attisées par les années Bush. Les premiers mots du quasi-inconnu d’alors, élu local de Chicago, racontent son père, berger du Kenya devenu étudiant à Hawaii, et sa mère, une femme blanche du Kansas. Obama parle de ses années en Indonésie, aussi, et de son destin de lauréat de Harvard. « Une histoire, dit-il, qu’aucun autre pays n’aurait pu voir naître. »

Hillary Clinton n’a toujours pas rendu les armes

Aujourd’hui, après dix-sept mois de course épuisante et 33 victoires sur Hillary Clinton, Obama a passé le cap des 1 974 délégués, qui désigneront, lors de la convention démocrate du 25 au 28 août, à Denver (Colorado), le candidat du parti à l’élection présidentielle. Une avance suffisante ? Pas si vite.

Hillary Clinton n’a toujours pas rendu les armes. Juchée sur des tribunes plus modestes dans les kermesses du Kentucky, à 3 000 kilomètres du délire de l’Oregon, elle conteste jusqu’à ce calcul et tente de ses dernières forces d’entailler un mythe naissant, en reprochant à son adversaire de ne pas se prêter à un énième débat télévisé, censé révéler les carences d’Obama.

Hillary Clinton, pour justifier son insistance à poursuivre les primaires jusqu’en juin, a rappelé que Bobby Kennedy avait été assassiné en juin 1968. Son propos a déclenché un nouvel accès de paranoïa parmi les nombreux supporters d’Obama persuadés qu’un drame se prépare. Martin Luther King et les Kennedy, souvent représentés en effigies fantomatiques au-dessus du candidat démocrate sur les pancartes de campagne, ajoutent aux fantasmes de malédiction.

Les arguments d’Hillary tiennent dans ses 17 victoires, remportées dans des Etats importants, comme la Californie, l’Ohio et la fameuse Floride, auprès d’électeurs issus de milieux modestes, décisifs pour la présidentielle. Ses triomphes avec 41 points d’avance, le 13 mai, en Virginie-Occidentale, et de 31 points dans le Kentucky, deux Etats décrits comme l’image même de l’Amérique profonde, devaient confirmer l’aura du patronyme Clinton et sa crédibilité de sauveteuse de l’économie auprès des électeurs les plus modestes.

Le jeune Obama a-t-il l’étoffe d’un commandant en chef?

Barack Obama, dont la mère, décédée en 1995 d’un cancer, serait aujourd’hui à peine plus âgée qu’Hillary, a toujours vu en sa rivale la représentante d’une génération en bout de course. A supposer qu’il ait raison, cela n’explique pas tout. « Il a remporté l’Oregon ? La belle affaire ! C’est un état gauchiste, affirme Pat Buchanan, ancien candidat d’extrême droite républicain reconverti en analyste de plateaux télé. Il semble incapable de convaincre l’électorat populaire de son propre parti, les ruraux et les ouvriers de l’Ohio, du Kentucky ou de l’Indiana. Les démocrates sont divisés par un profond fossé culturel, et, à la tête des républicains, John McCain sera le premier à en profiter. »

Averti de ces critiques, Obama n’a pas hésité, le 20 mai, à négliger sa victoire dans l’Oregon pour aller, à trois heures d’avion, célébrer sa quasi-investiture dans l’Iowa, un fief col bleu au coeur de l’Amérique blanche où il avait, contre toute attente, battu Hillary lors des premières primaires du 3 janvier. De cette fragile tête de pont dans la « vraie » Amérique, il a lancé, arborant une petite bannière étoilée au revers de sa veste, une offensive de charme destinée aux indécis, au peuple humble, patriote et vieux jeu dont la droite promet de défendre les valeurs. Ce soir-là, à Des Moines, il emprunte les accents populistes chers à Hillary pour évoquer la défense du pouvoir d’achat. Les prix de l’essence à la pompe. Les expulsions de victimes des subprimes immobiliers. Et, bien sûr, le cynisme des politiciens et des lobbyistes de Washington.

Obama a reçu l’appui d’un ancien candidat aux primaires, John Edwards, apprécié des syndicats et du monde ouvrier, qui pourrait faire pencher la balance en sa faveur. Quoi que laissent apparaître les foules qui se pressent aux meetings du candidat, cependant, et quel que soit le désaveu général engendré par l’administration Bush, les affres de l’Irak et de la récession, ces présidentielles risquent de se solder une fois de plus par un résultat très serré. Car le système des grands électeurs, scrutin majoritaire par Etat, écrase les nuances du vote populaire. Or les terroirs recèlent des divisions politiques profondément enracinées.

Depuis 1991, et quatre présidentielles, 33 Etats n’ont pas changé une seule fois de bord. Les démocrates, désavantagés par cette cartographie immuable, ne peuvent miser, à la faveur de quelques milliers de voix, que sur le revirement de deux ou trois Etats instables, tels l’Ohio ou la Floride. Ils sont à la merci, une fois de plus, des tactiques populistes républicaines visant à prévenir la dérive des rares vrais centristes. On les entend déjà : le jeune Obama a-t-il l’étoffe et l’expérience d’un commandant en chef d’une nation en guerre ? Obama le lettré, le citoyen du monde est-il en phase avec la véritable Amérique ? Peut-il la diriger et la changer ? Ou n’est-il que le petit prince d’une planète lointaine ? Une planète… noire ?

A l’heure où 20 % des électeurs blancs de Virginie-Occidentale reconnaissent que la race du candidat a déterminé leur vote lors des primaires, on oublierait facilement ce paradoxe : Barack Obama, étiqueté black, a eu toutes les peines du monde à rallier le vote noir. En novembre 2007, sa mine de bon élève ne revenait qu’à un quart de ces électeurs, dont une majorité gardait la nostalgie des années Clinton – Bill, bien sûr, longtemps qualifié de premier président noir de l’histoire américaine. Mais, en janvier, au lendemain du succès d’Obama dans l’Iowa, les sondages s’affolent. Sa nouvelle crédibilité lui vaut un raz de marée en Caroline du Sud : 8 Noirs sur 10 votent pour lui, imités en Alabama, en Géorgie et dans le Mississippi. Le Sud démocrate lui appartient soudain.

Il veut clore la guerre des tranchées des droits civiques

Est-ce un hasard si les premières rumeurs, dès le mois de février, et les premières vidéos, en mars, viennent bouleverser sa campagne ? Elles montrent Jeremiah Wright, célèbre fondateur de la Trinity United Church of Christ de Chicago et mentor d’Obama depuis presque deux décennies, pasteur qui a célébré son mariage et le baptême de ses deux filles, en train de prononcer l’un de ses plus virulents sermons afro-centristes. Tout y passe : « Le 11 septembre est un juste retour de bâton ; maudite soit l’Amérique. » S’ensuit le verbatim de ses propos délirants sur un complot blanc visant à propager le sida dans les ghettos, et ses compliments admiratifs à Louis Farrakhan, le gourou antisémite de l’étrange groupe Nation of Islam.

Obama est resté proche du pasteur, en dépit de son ascension politique, allant jusqu’à emprunter le titre d’un prêche de Wright pour le donner à son livre-programme, L’Audace d’espérer(1). Il nie d’abord, naïvement, avoir jamais assisté à de telles diatribes contre l’Amérique. Puis la révélation a lieu.

j. raedle/getty images/afp

Ses partisans veulent voir en lui le président de l’ultime réconciliation entre les Noirs et les Blancs.

Son discours de Philadelphie, le 18 mars, en réponse à la controverse, figurera dans l’anthologie des plus belles allocutions jamais consacrées au douloureux tabou racial. C’est un monument de franchise délicate, un calme voyage entre deux continents habités d’incompréhensions mutuelles. Barack Obama reconnaît que le dimanche matin, l’heure de la foi, reste l’instant des pires ségrégations américaines, mais renvoie dos à dos les préjugés, les amertumes et les peurs des deux bords ; ceux du révérend indocile comme ceux de sa grand-mère blanche, une femme qui s’est sacrifiée pour lui, mais qui ne le choquait pas moins par sa peur des Noirs et par ses stéréotypes.

S’il pourfend l’injustice et la spoliation du rêve américain des Noirs, Obama veut surtout clore l’éternelle guerre des tranchées des droits civiques. Ses partisans, Noirs et Blancs, voient en lui un président de l’ultime réconciliation. Et reconnaissent dans son cheminement personnel les contours d’une nouvelle Amérique. Mais lui, au fond, qui est-il ?

« La couleur de ma peau est un fait qui est aux prémices de mon identité, dit-il. Mais je ne peux pas en rester à ce constat. » Le sujet demeure pourtant l’une des principales préoccupations de ses fans comme de ses détracteurs : à Chicago, il y a huit ans, quand l’ambitieux élu du sénat de l’Illinois tentait de détrôner un potentat noir, ancien héros des Black Panthers, pour prendre sa place au Congrès, à Washington, ses opposants l’avaient traité d’« Oreo », du nom d’un biscuit brun fourré de vanille blanche. D’un autre côté, Geraldine Ferraro, ex-figure new-yorkaise de la Chambre des représentants et amie d’Hillary Clinton, a osé dire qu’il ne serait pas aussi bien placé dans la course aux primaires s’il était blanc…

Obama n’ignore rien de la fascination encombrante et simpliste que suscite son statut de premier Noir présidentiable. Et il est le premier à reconnaître qu’il est une toile sur laquelle ses partisans dessinent leurs espoirs.

Son témoignage écrit, Les Rêves de mon père, retrace le parcours de ses atermoiements identitaires. A l’époque de sa publication aux Etats-Unis, en 1995, Barack a tout juste 33 ans. Il est alors étudiant et professeur adjoint à l’université de Harvard, l’un des lieux de passage traditionnels de l’élite américaine. Brillant, il est aussi le premier Noir nommé rédacteur en chef de la prestigieuse Harvard Law Review.

Il garde le côté cool de Hawaii, mais son coeur est à Chicago

Son éditeur lui accorde une avance pour écrire une somme sur le problème des races aux Etats-Unis. Il fait mieux. Et raconte le trouble d’un enfant métis, abandonné par son père à l’âge de 2 ans, puis élevé par des grands-parents blancs issus du Kansas et de l’Amérique profonde. Plus que ses allers-retours malaisés entre deux cultures et deux univers, il dépeint sa vie dans un monde à part. Un univers protecteur, certes, mais longtemps vide d’identité.

Le Hawaii de sa jeunesse, patchwork multiculturel, est d’autant plus tolérant avec les Noirs qu’ils sont pratiquement inexistants sur l’île. Les rares expériences de racisme subies par le jeune « Barry » se limitent aux réflexions d’un prof de tennis sur sa peau « qui va déteindre » et aux regards en coin de touristes, sur la plage. Faute de voir son reflet dans une communauté, il cisèle son monde, s’adonne jusqu’à la frénésie au basket, sport black par excellence, sillonne Honolulu à la recherche de musiques des ghettos de New York ou de Los Angeles.

REUTERS/Obama For America/Handout

Obama, dans les bras de sa mère Ann Dunham dans les années 1960.

Pour tout compliquer, sa mère s’est remariée un temps avec un Indonésien, rencontré à l’université de Hawaii. Entre 6 et 10 ans, alors, il vivra à Jakarta, petit Martien déraciné, éduqué le jour en indonésien, dans une école publique de quartier, et le soir par sa mère, une dame blanche du Kansas, qui tente de lui enseigner Martin Luther King et une culture noire méconnue, passeport de son avenir d’adulte. Son père, originaire du Kenya, est un Africain étranger à la saga et aux martyrs des droits civiques. Et lui, Barack Obama, d’où est-il ?

Son accent, dit-il, vient de ses grands-parents maternels. Sa désinvolture féline, son élégance décoincée, cet indéfinissable côté cool désignent l’éternel été de Hawaii. Mais son coeur est à Chicago.

Au début des années 1980, alors qu’il sort d’un premier cycle d’études de sciences politiques à l’université Columbia de New York et occupe un job prometteur dans une compagnie financière de Manhattan, la mort de son père dans un accident de voiture au Kenya pousse au paroxysme sa crise d’identité.

On ne s’étonne pas qu’à la faveur d’une petite annonce d’une association de Chicago il ait tout plaqué, en 1985, afin de défendre les droits des locataires de HLM sinistrés du South Side, l’immense ghetto noir de la capitale du Midwest. Pour le jeune activiste social, enfin plongé dans la véritable culture black, la mégalopole est le lieu de toutes les révélations. Il ne la quittera que pour aller étudier quatre ans à Harvard, avant de revenir s’y enraciner en 1991. Chicago, panier de crabes électoral, sera le lieu de son apprentissage politique et le point de départ d’une ascension fulgurante qui, en cinq ans, propulse le novice à un poste d’élu au parlement de l’Etat de l’Illinois, marchepied de sa future campagne au Sénat, en 2004. Ce sera aussi le berceau d’une nouvelle famille. La sienne.

En 1991, il entame sa carrière juridique par un modeste stage d’été dans un gros cabinet d’avocats de Chicago. Sa supérieure hiérarchique directe est une belle et grande femme noire de son âge, diplômée de Princeton et, comme lui, du saint des saints de Harvard. Une certaine Michelle Robinson.

Sa femme, Michelle, est « le rocher de [sa] vie »

Il faut la voir, aujourd’hui, décocher son fin sourire chaque fois que Barack, sur scène, se tourne vers elle pour présenter celle qu’il appelle « the rock of my life », le rocher de [sa] vie. Michelle Obama en impose tant qu’elle assure se lasser de la mission que lui assigne la campagne : ramener fermement Barack sur terre quand le succès enfle trop son ego. Elle s’en était chargée dès le début : « Lorsqu’il m’a invitée pour la première fois à déjeuner, tout le bureau était en émoi, se souvient-elle. Ma première pensée a été : « Barack, ce nom… Quels parents peuvent infliger cela à un gosse ? Et Hawaii… Comment peut-on avoir grandi à Hawaii ? »»

Aussi brillante soit-elle, la rude citadine du Midwest, fille méritante d’un contremaître, sportive forcenée, a peu d’inclination pour les fioritures exotiques. Barack la séduit pourtant, en l’emmenant, après une séance du dernier film de Spike Lee, écouter un discours qu’il prononce pour mobiliser les Noirs du South Side en faveur de Bill Clinton. Il lui offre une ébullition idéaliste. Elle lui tend sa sereine loyauté.

j. young/reuters

Avec sa femme, Michelle. Elle le ramène fermement sur terre quand le succès enfle trop son ego.

Et les clefs d’un monde. « Il ne fait aucun doute que la couleur de peau de Michelle a contribué à l’attirance de Barack pour elle, confie Jerry Kellman, l’activiste qui l’avait embauché en 1985. Il trouvait en Chicago une vraie famille. Dans tous les sens du terme. Une famille noire. »

Obama, en campagne, cible rarement ses discours pour l’électorat black. Le rassembleur, le chantre du consensus américain laisse ce soin à son épouse, qui sait trouver le ton, aborder les thèmes de la discrimination, des violences policières et des inégalités devant la justice. Michelle, « vraie Noire américaine » et excellente oratrice, peut employer le « nous » lorsqu’elle parle au public noir de ce « voile de l’impossible qui pèse sur nous et nos enfants, ce legs d’oppression qui nous nuit à tous ». Mais elle a aussi défrayé la chronique en assurant, avec maladresse, qu’elle était « pour la première fois fière de son pays » en voyant la popularité de Barack auprès des électeurs blancs. Ces propos sont pourtant courants dans les milieux blacks, où des siècles de discriminations ont induit une méfiance envers le consensus national.

Trop spontanée, trop vraie… Michelle Obama n’est pourtant en rien une novice politique. Est-ce son superbe niveau d’études, son appartenance à l’une des dynasties ouvrières noires du South Side ? Michelle Obama, aujourd’hui directrice d’un des plus grands groupes hospitaliers publics de la ville, a été embauchée dès le début des années 1990 à des postes de management importants de la municipalité. Richard Daley, le maire démocrate, souhaitait renouer avec l’électorat black du South Side. Michelle et sa famille contribuent au puissant réseau démocrate. Et la machine Daley, en retour, servira la carrière politique de son époux.

Si elle a lancé son mari, Michelle Obama sait aussi le restreindre et lui faire garder les pieds sur terre, dans l’intimité, lorsque les sondages montent à la tête du candidat. Elle le protège de lui-même, et pas seulement en lui interdisant enfin la cigarette. Rien ne met plus en rage cette femme que l’assaut permanent des admiratrices sur son torride présidentiable de mari. Les poses lascives d’« Obama Girl », une fan sur Internet, ont mis Michelle d’humeur chagrine, et leur pacte est clair depuis ses débuts politiques dans l’Illinois. Une amie du couple résume : « Campagne ou pas, à la première incartade, elle le quitte. Entendons-nous. D’abord elle le tue, puis elle le quitte. »

Obama est fidèle, mais il n’a pas que des qualités. Ses collaborateurs ont consigne de ne lui tendre un document qu’à l’instant précis où il doit le consulter, sous peine de le voir à jamais disparaître dans le désordre volcanique de son bureau. Michelle, pour l’avoir vu terminer dans les affres son deuxième livre, entre ses obligations de sénateur et le début de sa campagne présidentielle, connaît aussi la folie de ses ambitions de travail. Leur vie familiale a tant souffert, en 2004, de sa trépidante course aux sénatoriales qu’elle a exigé, avant d’accepter de le suivre dans la course à la présidentielle, qu’il s’engage à passer un jour entier par semaine à Chicago avec ses filles. Pari tenu.

La droite prend soin de l’appeler « Barack Hussein Obama »

Le couple, assure-t-on dans son entourage, est encore éberlué par son aventure. Mais pourra-t-il résister aux longs mois de campagne qui restent, avant la convention de Denver et l’élection du 4 novembre ? Obama, qui orne son bureau personnel, à Chicago, d’une superbe photo du boxeur Muhammad Ali, gants aux poings, est-il de la race des cogneurs ? L’intellectuel distingué a trop tardé, par exemple, à répondre aux ragots qui prétendaient à tort qu’il était musulman et qu’il avait fréquenté une école coranique extrémiste de Jakarta, à l’âge de 8 ans. L’histoire, toujours propagée sur Internet, comme l’acharnement des talk-shows de droite à le nommer « Barack Hussein Obama », augure d’une des campagnes les plus dures de l’histoire présidentielle.

Soucieux de son image, John McCain laissera sans doute de mystérieuses associations citoyennes se charger des messages les plus fangeux, mais il lancera dès cet été une campagne nationale consacrée aux liens d’Obama avec un promoteur immobilier véreux de Chicago, Tony Rezko. Celui-ci, inculpé pour corruption, a usé du cabinet d’avocats d’Obama, a contribué à sa campagne et lui a fourni une aide pour l’achat d’un terrain jouxtant leur maison de Hyde Park. Le candidat a reconnu son faux pas et remboursé l’argent, mais l’affaire servira à nourrir les soupçons de double jeu.

m. wilson/getty images/afp

Obama doit lutter contre une image « gauche caviar » (ici, avant les primaires en Virginie Occidentale).

David Axelrod, le directeur stratégique d’Obama, ancien activiste social et journaliste du Chicago Tribune, l’un des meilleurs conseillers électoraux d’Amérique, Robert Gibbs, ex-communicateur de John Kerry, et David Plouffe, organisateur acharné des mobilisations locales, à la tête d’une équipe de près de 700 professionnels et bénévoles, ont réussi à déboulonner le piédestal de l’ « inévitable » Hillary Clinton.

Ils ont pourtant rencontré un écueil. Si les jeunes et les milieux éduqués votent en masse pour leur camp, les Latinos, restés nostalgiques de l’ère Clinton, le boudent. Surtout, les électeurs de l’Amérique profonde des petites villes et des zones rurales, dotés en moyenne de revenus inférieurs à 50 000 dollars annuels, restent insensibles à la magie Obama. Côté démocrate, 4 électeurs sur 10 seraient prêts à voter pour McCain si Hillary, héritière du populisme économique de son mari, n’était pas candidate. Que dire alors des républicains modérés, ou des indépendants de milieux modestes ? Obama, parfois dépeint comme un prototype de la gauche caviar et comme un membre de l’élite, logé, grâce à ses 5 millions de dollars de droits d’auteur annuels, dans une superbe maison de Hyde Park, à Chicago, peut-il convaincre l’Amérique profonde ? Le défi est énorme.

Voilà trente ans, en effet, que les républicains tiennent les zones rurales et l’Amérique des petites villes ; ils parviennent à y convaincre la population de voter contre ses intérêts économiques, pour une droite érigée en défenseur de l’ordre et des valeurs simples de la religion et du patriotisme. Obama, lors d’un dîner de levée de fonds en avril, a évoqué l’« amertume » de ces électeurs défavorisés, pour expliquer leur attachement à leur église ou au port d’armes. Aussitôt, l’indignation des « petits Blancs » lui a rappelé que la route était semée d’embûches.

Hillary Clinton, malgré son baroud d’honneur pour les primaires, a donné des garanties de soutien à son rival. Elle ferait campagne pour lui apporter ses électeurs modestes. Mais la perspective d’une vice-présidence Clinton paraît improbable. Elle contredirait l’argumentaire d’Obama sur le « changement » répété pendant les primaires et l’encombrerait d’une figure politique concurrente, voire hostile, à la Maison-Blanche.

Pragmatique, il reste dans les normes centristes

Obama sait qu’il peut convaincre. Réputé à la gauche du Sénat en raison de son refus de la guerre en Irak, de sa défense du droit à l’avortement et de son opposition aux nominations de conservateurs à la Cour suprême, il s’acharne à prouver sa foi dans un consensus américain, un gouvernement qui s’affranchirait des pesanteurs clientélistes et des intérêts financiers qui hantent le Congrès et la présidence. Le mode de financement de sa campagne, une nébuleuse de 1 million et demi de petits donateurs qui lui ont apporté 250 millions de dollars en un an, offre un avant-goût d’un dialogue direct avec la population. Bill Clinton, en arrivant à Washington au nom du renouveau en 1992, avait déjà tenté de court-circuiter les intermédiaires, la presse et les institutions établies pour lancer son offensive de séduction permanente sous les préaux de l’Amérique profonde. S’il est élu, Obama promet de rendre des comptes en permanence sur les décisions de son gouvernement, fût-ce par Internet ou les réseaux associatifs.

Les comparaisons ne s’arrêtent pas là. Clinton, afin de créer le consensus, s’était mué en explicateur en chef. Obama y excelle et tentera de clarifier au mieux ses compromis. Sa défense de l’environnement passe par des partenariats incitant les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Son projet de sécurité sociale est plus mesuré que celui d’Hillary Clinton et exclut l’inscription obligatoire des assurés, misant sur une baisse du prix des cotisations et une lutte contre la hausse des prix des médicaments. Ses conseillers économiques, tels Austan Goolsbee, âgé de 38 ans et issu de l’université de Chicago, ou Jeffrey Liebman, 40 ans, de Harvard, sont des pragmatiques connus pour leur modération en matière fiscale, leur attachement aux accords de libre-échange et leurs bons rapports avec le monde du business. Obama, qui ne promet une augmentation d’impôts qu’aux revenus supérieurs à 250 000 dollars, reste dans les normes centristes.

Mais est-il, comme le répète déjà McCain, un pacifiste bêlant et inexpérimenté, « ignorant les bases des relations internationales » ? Obama a certes créé l’événement en s’engageant à rencontrer, sans conditions préalables, les leaders de pays réputés ennemis des Etats-Unis, comme l’Iran d’Ahmadinejad. Son engagement pour le retrait immédiat des troupes d’Irak, répété depuis 2002, deux ans avant son entrée à la commission des Affaires étrangères du Sénat, est stigmatisé par son adversaire républicain comme une preuve de faiblesse et de défaitisme. Mais Susan Rice, l’une des conseillères d’Obama, reconnaît que « les circonstances pourraient modifier le calendrier des réductions de troupes ». Et le candidat lui-même assure que la menace d’Al-Qaeda en Irak pourrait nécessiter une présence militaire « dans la région ». En dépit des propos de campagne, le réalisme s’impose. S’il entend, après la fermeture de la base de Guantanamo, restaurer l’image des Etats-Unis dans le monde et substituer à l’intransigeance des néoconservateurs un nouveau soft power, plus pragmatique et plus séduisant, il ne rue pas dans les brancards. Son conseiller Zbigniew Brzezinski, peu apprécié du lobby pro-israélien en raison de sa sévérité envers l’Etat hébreu, a été mis à l’écart le temps de la campagne.

Obama, l’humaniste à la main tendue, chantre du consensus, pourrait-il, comme le Clinton de 1992, se heurter aux désillusions de Washington ? L’homme n’a rien d’un novice, et le Chicago de son initiation politique, ses combats d’antichambre et de clientèle ne l’ont pas empêché de rester lui-même, partisan du dialogue et de la pédagogie civique. L’historien Orville Vernon Burton, auteur de The Age of Lincoln (L’Ere de Lincoln), est, lui, toujours marqué par la vision d’un prodige noir nommé Barack Obama annonçant, par un matin glacial de 2007, sa candidature à la présidence, sur les marches mêmes du Capitole de Springfield où le jeune Abraham Lincoln avait déclaré la sienne. « Deux siècles les séparent, mais ils se ressemblent, assure-t-il. Tous deux se sont sortis, malgré les obstacles, de leurs milieux difficiles. Tous deux croient que l’on peut expliquer au commun des mortels les conséquences profondes de ses choix. Ni l’un ni l’autre ne voient en l’Amérique une maison divisée. »

(1) Les livres de Barack Obama ont été traduits et publiés en France aux Presses de la Cité.

Commentaires – (19)

tebawalito – 02/06/2008 03:51:08

j’adore ce dossier, je vous l’emprunte pour mon blog bien sur le lien avec. Merci

Signaler un contenu abusif

Itamar – 01/06/2008 04:44:32

Le seul changement clair que Obama apportera sera une guerre nucléaire au Moyen-Orient, du a sa mollese envers l’Iran de mollahs.

Signaler un contenu abusif

lepoix – 30/05/2008 11:22:32

Ciguri:le fait d’être peremptoire et grossier ne peut jamais servir d’argument.On peut donc regretter que vos parents ne vous aient pas appris la modestie et,accessoirement,à parler un français correct…..

Signaler un contenu abusif

Madly – 29/05/2008 21:02:38

Si , les Américains se trompent une fois de plus, en élisant un républicain, ce sera, tant pis pour eux ! à trois reprises ils ont votés busch et, aujourd’hui les américains vont bientôt ressemblés à un pays en voie de développement la cause ? Et bien les peuples de la planète LES DETESTENT et, même après s’être emparés du pétrole d’IRAK ils sont en reccession, c’est que quelque part « GOD SAVE AMERICA » ça marche pas toujours ! même les bombes qu’ils ont balancés durant 10 ans sur l’IRAK ne les sauera pas, de plus à trop vouloir se prendrent pour DIEU en semant la terreur, et bien le vrai DIEU saît qui il doit croire et, sa vengeance le prouve, via les ouragans, les tornades, les sub-primes l’argent, l’argent toujours l’argent etc…etc… à trop croire que l’amérique est DIEU est bien DIEU les rappelent à l’ordre et cela me réjouie. MADLY

Signaler un contenu abusif

Madly – 29/05/2008 20:47:20

VIVE l’Amérique sous l’ère OBAMA

Signaler un contenu abusif

baasbush – 29/05/2008 16:26:18

« Obama peut-il changer l’Amérique ? » Le fait qu’Obama soit l’un des deux candidats aux présidentielles US démontre que les américains ont déjà changé. C’est donc les républicains et notamment les Bush qui ont changé les USA ! Cela devrait être normalement confirmé en Novembre…

Signaler un contenu abusif

Actarus – 29/05/2008 15:30:06

@Ciguri Obama va gagner comme Al Gore et Kerry ?

Signaler un contenu abusif

Ciguri – 29/05/2008 13:53:25

Ben ouais, Lepoix, je lis la presse américaine. Et je ne sais pas ce qui disent Libé, le monde ou Charlie Hebdo, mais elle, ce qu’elle dit, la presse américaine, et les sondages américaines, c’est qu’aujourd’hui, Obama gagnerait la présidentielle. Et que Bush, avec l’Irak et ses casseroles, va pas aider McCain a changer ça. Si c’est ça que tu trouves bobo, c’est que tu as un bien curieux rapport avec la réalité. Accessoirement, avant de parler d’un sujet, ça aussi c’est peut-être bobo, mais mes parents m’ont appris qu’on se renseigne.

Signaler un contenu abusif

passiondavenir – 29/05/2008 12:52:30

L article fait vraiment bien le point, a quelques jours des decisions fondamentales pour le choix du candidat democrate. Obama incarne un reve : celui de la purification. Engluee dans une guerre sale, dans une crise economique, generee par huit annees de ploutocratie et de laissez aller, l Amerique eclairee veut croire au Changement pour se regenerer. Question : l Amerique qui ne voit rien, n entend rien, ne dit rien entrera t elle dans le Consensus

Signaler un contenu abusif

lepoix – 29/05/2008 11:56:07

Mr Ciguri:si la presse américaine que vous lisez,bien entendu dans le texte,ressemble à Libé,Charlihebdo,Le Monde et autre franchouillardise du même acabit,ça n’est pas étonnant de vous voir prendre vos désirs pour des réalités mais, attention, »à force de vouloir prendre votre vessie pour une lanterne,vous allez vous brûler »(Pierre Dac).

Signaler un contenu abusif

nnama – 29/05/2008 11:27:59

je suis ravi de ce long article mais il y avait pas moyen de le laisser car chaque ligne contient des informations necessaires, bref je soutien BARACK OBAMA mais je sais bien qu’il est humain il peut pas aussi avoir toutes les capacités seul sinon il serait Dieu, que Clinton se retire de la course pour ne pas etaler les cotés faibles pour le favorit qui risquerait de faire perdre les democrates la chance de changer la politique de BUsh ou bien de Republicains qui est mauvaise pour le moment. vive OBAMA le vrai est le seul meritant de trois

Signaler un contenu abusif

Ciguri – 29/05/2008 11:08:08

Merci Lepoix pour cette analyse géo-stratégique de haute tenue: qu’est-ce qu’on ferait sans vous ! PS : vous lisez la presse américaine (pardon, vous posez la question, c’est insultant : à un connaisseur comme vous de la politique américaine) ? C’est étonnant comme ce qui s’y écrit, en ce moment, ressemble à ce que vous appelez la « bienpensance bobo-caviardo-soixanthuitarde »…

Signaler un contenu abusif

lepoix – 29/05/2008 11:03:07

Obama ne pourra jamais rien changer à l’Amérique puisqu’il n’a pas la moindre chance d’être élu. N’en déplaise à la bienpensance bobo-caviardo-soixanthuitarde qui prévaut dans les média français.

Signaler un contenu abusif

nono – 28/05/2008 21:43:03

obama

Signaler un contenu abusif

leopard038 – 28/05/2008 21:10:07

Bonsoir, le monde a tout simplement besoin de se rassurer; qu’il s’appel OBAMA ou autrement, qu’il soit noir, métisse, blanc… Un HOMME politique reste un HOMME politique. Une fois au pouvoir ; que le président Américain s’appel OBAMA (métisse) ou qu’elle s’appelle CLINTON (une femme) ils amélioreront peut être l’existence de celles et de ceux qu’ils représentent au vue de leur personnes. Les HOMMES ont tout simplement besoin d’évoluer à tous les niveaux. A ce moment là on ne fera plus attention d’un noir-Président, d’un blanc-Président, d’une femme-Président etc. Ce qui nous intéresse en finalité c’est qu’ils soient compétents et surtout éclairés. Cela manque crucialement aux politiques. Il faut unir les compétences, avancer volontairement et courageusement pour faire en sorte que les mures qui existent dans les têtes sautent définitivement. Que les têtes soient noir, métisse, blanc… A mon sens cela se fait déjà. Il faut tout simplement continuer. Nous sommes dans la bonne direction.

Signaler un contenu abusif

plombier – 28/05/2008 19:53:58

Lorsque je serai président… nous appuierons le droit de la Colombie d’attaquer les terroristes qui cherchent un sanctuaire dans d’autres pays et nous ferons en sorte d’élucider tout appui que d’autres voisins donnent aux FARC. Ce comportement doit être soumis à la condamnation internationale, à l’isolement régional et, si nécessaire, à de fortes sanctions. On ne peut pas le tolérer ». Au moment où il est en voie de s’imposer à la sénatrice Hillary Clinton pour briguer le 4 novembre la présidence des Etats-Unis sous la bannière du Parti démocrate, ces mots prononcés le 23 mai à Miami par le sénateur Barack Obama lors d’un discours sur l’Amérique latine expriment avec une fermeté inégalée jusqu’alors son appui à la Colombie et sa condamnation des pays, en particulier le Venezuela et l’Equateur, qui soutiennent la guérilla marxiste colombienne des FARC. Barack Obama a par ailleurs estimé que le président vénézuélien Hugo Chavez représente un gouvernement antidémocratique offrant les mêmes fausses promesses idéologiques que celles qui ont échoué dans le passé.

Signaler un contenu abusif

mbuta zabantu – 28/05/2008 19:40:51

Superbe. Franchement depuis hier je me délecte des excellents articles sur Mr President. cela veut-il signifier que le match est fini? Il n’y a même plus à parier sur sa victoire en Novembre2008, j’estime. C’est dans la poche! Après ce brillant exposé, je conseille au Mr Président de se mettre à présent au travail pour l’assaut final car l’adversaire a déjà pris la mesure de ce qu’il attend. Je parie que tous les coups seront permis. C’est donc à un combat de catch en style Alaska que nous aurons droit. Sa chance est la magie des mots: qu’il s’y exerce davantage.C’est une arme fatale contre l’adversiare. Qu’il s’en serve abondamment mais avec contrôle maximal, càd sans trop descendre l’adversaire qui est aussi dignement présidentiable.

Signaler un contenu abusif

lumumba – 28/05/2008 18:45:19

Chapeau! un des meilleurs articles que j’ai eu à lire sur les primaires US. IL est long mais on ne se lasse pas de continuer la lecture. Bien sûr que je suis fan d’Obama mais je trouve qu’il est assez moins partisan

Signaler un contenu abusif

jon – 28/05/2008 18:15:28

via president OBAMA,

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/obama-peut-il-changer-l-amerique_504754.html

28 mai, 2008

Barack Obama : de l’Afrique en Amérique

barackdanssafailleafricaineobama2caf48.jpgbarackletripdeafricains.jpgbarackvanityfair25d9d31.jpgbaracknewsweek.jpg

Accueil du site > Revue > Idées du monde > Barack Obama : de l’Afrique en Amérique

Etats-Unis

Barack Obama : de l’Afrique en Amérique

par Sylvie Laurent [18-04-2008]

mots-clés : identité | Afrique | Etats-Unis

 

Par ses origines, Barack Obama incarne le rêve de retrouvailles tant espérées entre l’Afrique et l’Amérique noire. Mais le mythe se heurte à la réalité : la supposée fraternité entre les « Africains-américains » et leur continent d’origine repose sur bien des malentendus. Après le portrait historique de John McCain, Sylvie Laurent propose une lecture de l’africanité d’Obama.

Lire aussi :

- John McCain, l’itinéraire sinueux d’un patriote, par Sylvie Laurent [19-03-2008]

Barack Obama connaît les subtilités du débat sur la race et les limites du discours sur l’identité noire. Il sait, depuis qu’il a découvert l’Afrique, terre de son père, que la « négritude », conscience et culture qui uniraient les Noirs d’Amérique et d’Afrique, peut n’être qu’une posture dans les ghettos de Chicago. De retour de ses voyages au Kenya, qui lui révélèrent sa part d’africanité, il constata, amer : « Les Noirs américains ont toujours eu une relation ambiguë à l’Afrique. Aujourd’hui nous portons des vêtements Kente, célébrons le Kwanza et collons des posters de Nelson Mandela sur nos murs. Et quand nous voyageons en Afrique et découvrons que tout n’est pas beau et brillant, nous en revenons souvent profondément déçus » [1].

Obama l’Africain

Obama, qui tente de ne pas se laisser enfermer dans l’image-ghetto du « candidat racial », n’entend pas lever l’ambiguïté mais au contraire, en tirer le meilleur parti. Il rappelle sans cesse que ses racines sont d’un ailleurs lointain. Cela explique la commercialisation il y a quelques mois d’un DVD apologétique intitulé « Senator Obama goes to Africa » (2007) dans lequel on voit l’enfant du pays revenir sous les hourras au Kenya mais aussi traverser plusieurs pays dans lesquels il s’adresse « à ses frères ». Sa sœur Auma, kenyane, raconte à la caméra le cheminement du jeune Barack et la manière dont leur père tenta en vain de tenir à bout de bras une famille élargie à s’y perdre. Barack Obama, filmé ensuite à la chaire de l’université de Nairobi, confie à un auditoire conquis qu’il pense à ce père qui l’a fait ce qu’il est. Il fait même de la famille Obama, délitée, une métaphore de l’Afrique entière dont les ambitions immenses dans les années soixante ne se sont pas réalisées : la Nouvelle Afrique est en suspens. L’une comme l’autre furent pour Hussein Obama une « déception » [2]. Barack, son improbable héritier, renoue avec l’espoir. Le documentaire met en scène le périple du sénateur. Entouré de sa famille africaine, il apparaît comme Ulysse rentrant à Itaque et seule une nourrice attentive doit le reconnaître ; c’est à grand-mère Sarah Hussein Onyango Obama, une de ses plus grandes supportrices, qu’échoit ce rôle. Cette étape ritualisée de la « reconnaissance » annonce le point d’orgue du film : le retour du fils prodigue dans le petit village de Kismu, dans lequel son père fut berger. Les enfants y chantent et les femmes dansent à la gloire du candidat sous les bannières « Welcome home ».

Il était rentré une première fois en 1987, voyage initiatique raconté dans son autobiographie Dreams of my Father, lors duquel il découvrit véritablement sa parenté africaine, immortalisée par une photographie de famille, dont il manque l’âme et le trait d’union. Le grand absent est en effet Hussein, le père, dont Barack Obama tient tant à se réclamer lorsqu’il est en Afrique. Obama partage sans doute une expérience personnelle sincère lorsqu’il étreint devant la caméra les membres de sa famille et évoque sa fibre africaine, concluant sa visite par un « I love you guys and Uriti uru [good bye] ». Mais il sait mettre à profit ces symboles d’africanité. Ainsi, lorsqu’il visite le bidonville de Kibera, le plus grand du continent, il joue d’un intertexte avec les harangues qu’il a pu tenir dans les ghettos de Chicago, assurant qu’il travaillera personnellement avec le gouvernement pour améliorer leur sort. Mais il ajoute quelque chose qu’il n’aurait jamais dit dans le South Side : « vous êtes tous mes frères et mes sœurs ». Obama l’Africain d’Amérique est « rentré » et il veut que l’on sache qu’il est d’ici. Son message relève d’un double langage subtil.

Il envoie tout d’abord un message implicite aux Noirs américains en ravivant le rêve pan-africain qui devait réunir les fils exilés de l’Afrique au continent-mère. Lorsqu’il va en Afrique avec sa femme en 1995 ou en 2007 pour aller voir sa grand-mère demeurée dans son village de Nyangoma-Kogelo, il rappelle le lien de parenté entre les Noirs d’Amérique et l’Afrique, et se présente comme l’un des leurs. Un tel signifying [3] n’est pas inutile alors que nombre d’Africains-américains lui ont reproché de ne pas être « assez noir », c’est-à-dire de ne pas posséder cet élément essentiel de l’identité afro-américaine : la mémoire de l’esclavage. Dans le même temps, cette « africanisation » d’Obama est un formidable appel du pied à l’électorat blanc. Un Barack africain est bien plus acceptable qu’un Obama issu du ghetto. Dans le sillage de nouvelles vagues d’immigration venues d’Afrique, une sympathie et un respect particuliers se sont en effet fait jour pour ces immigrés dont on loue les vertus et l’éthique, celles-là même qui font – dans l’esprit de l’Amérique moyenne blanche – tant défaut aux Noirs américains. Il y a certes une réalité derrière cette vision bien commode : 40 % des Africains qui émigrent aux Etats-Unis ont un diplôme universitaire et leur revenu moyen, une fois installés, est supérieur de 30 % à celui des Afro-américains [4]. Obama apparaît donc comme l’« autre Noir », non pas celui qui réclame des réparations pour l’esclavage et la ségrégation mais comme l’Africain éduqué et travailleur, comme on en rencontre de plus en plus dans le pays. Candidat « purple » [5], plus proche de l’immigré que du Noir, il serait rassurant pour des Blancs qui ne craignent rien tant que leurs propres descendants d’Africains [6].

Une Afrique d’Épinal

Cette dialectique raciale est ancienne. Obama tente d’y prendre subtilement sa place, s’inscrivant dans la longue histoire des relations passionnées et jonchées de malentendus entre ceux qui ne s’appellent que depuis peu « Africains-américains » [7] (dont certains veulent encore croire qu’ils sont une diaspora africaine) et une Afrique qui ne sait plus quoi penser de ces noirs déculturés. L’église de Barack Obama, la Trinity United Church of Christ de l’encombrant pasteur Jeremiah Wright se dit ainsi « afrocentriste » [8] et l’on distingue, lors des prêches, nombre de fidèles en « kente », l’habit traditionnel Ashanti [9]. On rit en Afrique de ces Américains portant ces dashikis colorés qui les distinguent immédiatement et les désignent comme touristes. Dans les rues des grandes métropoles américaines, les « vrais » Africains reconnaissent instantanément ces militants déguisés du « Black Power », qui se disent « Afrikans » avec le « K » de Kemet [10] ou « Nubians » [11] pour signifier leur indéfectible africanité et leur retour aux glorieuses racines [12]. Ce « recours à l’Afrique » leur permet à bien des égards de garder leur distance à l’égard de leur propre américanité [13]. Mais le souhait d’une recomposition de la famille noire originelle apparaît illusoire, les Africains se sentant parfois plus proches des Blancs ou des autres minorités que de ces frères lointains.

Godfrey Mwakikagile, auteur africain vivant aux Etats-Unis et partisan d’un nouveau panafricanisme, présente dans son ouvrage Relations Between Africans and African Americans- Misconceptions, Myths and Realities [14] les épisodes clés de la passion qui lie jusqu’à aujourd’hui les Noirs d’Amérique et l’Afrique. La représentation de l’Afrique en Amérique et l’expérience de l’Amérique par les nouveaux venus africains se confondent pour exprimer un insondable malentendu transatlantique. Les stéréotypes nourris par les uns comme par les autres sont déchiffrés et il en fait remonter la genèse à l’âge d’or de l’Europe impériale. Les Américains de toutes races sont en effet avant tout nourris d’une doxa européenne.

La grande plume africaine, Chinua Achebe, offrit une étude célèbre de la représentation de l’Afrique dans Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad [15]. Le romancier nigérian, qui fustigea pour la même raison l’œuvre d’Hemingway, souligne la façon dont l’Afrique y est dessinée comme l’antithèse de la civilisation européenne, la bestialité la plus primitive guidant l’homme perdu sur le fleuve Congo vers les premiers âges de l’humanité. La laideur grotesque et la barbarie terrifiante du continent sombre et de ses cannibales sont à l’origine de la fascination d’un monde occidental qui s’y purge et s’y éprouve : « … the thought of their humanity — like yours… Ugly. » [16]. Européens comme Américains ont fondamentalement conservé une part de ce stéréotype qu’il s’agisse de sa face tragique (l’Afrique est un espace sanglant de violence et de tribalisme) ou de sa face comique (cette vaste terre de jeu est occupée par des animaux colorés et par de bons sauvages arriérés, accueillant les touristes et leurs devises à bras ouverts).

La culture populaire comme la recherche universitaire sont au cœur de cette grande méprise mutuelle, née du chassé-croisé historique, psychologique et idéologique entre deux mondes noirs. Le cinéma américain le plus récent a ainsi fait une bonne place à l’Afrique dans sa production. Hotel Rwanda, Blood Diamond ou The Last King of Scotland sont, dans des styles très différents, conformes en un point : qu’il s’agisse d’un épisode héroïque du génocide rwandais, du financement de la guerre civile en Sierra Léone par la contrebande de diamants ou des états d’âmes d’un jeune occidental au contact du dictateur ougandais Idi Amin Dada, l’Afrique est un lieu de violence et de chaos. Préexistait à cette idée une vision romantique de l’Afrique, telle que le mélodrame de Sydney Pollack, Out of Africa, l’a mise en scène en 1985. Toute évocation de Nelson Mandela aux États-Unis (ou dans une moindre mesure de Desmond Tutu) suscite de la même façon un enthousiasme un peu naïf, l’icône sud-africaine étant, s’y l’on s’y penche, bien loin de l’idéal de non violence façon Luther King auquel on l’associe à tort. Finalement, l’image d’Epinal de l’Afrique qui semble s’imposer aujourd’hui outre-Atlantique est un savant mélange de ces visions tragique et romantique. Terre de mission, l’Afrique est devenue le grand éden des philanthropes américains qui découvrent un peuple, une terre et surtout une cause [17].

La cause africaine

En témoigne le numéro de juillet 2007 de la revue Vanity Fair, intitulé « The Africa Issue : Politics & Power », qui fut consacré au renouveau de l’espoir en Afrique. Y figuraient en bonne place les missionnaires modernes partis y chercher la rédemption [18].

La particularité de ce numéro fut la réalisation de vingt couvertures différentes, chacune constituée d’une photographie d’Annie Leibowitz et mettant en scène une parole circulant de bouche à oreille entre chacune des personnalités photographiées (Voir le slideshow de ces couvertures sur le site de Vanity Fair : http://www.vanityfair.com/…). L’acteur Don Cheadle s’adresse à Barack Obama [19], qui chuchote à l’oreille de Mohammed Ali qui se tourne vers Rania de Jordanie et ainsi de suite. Le ton de ce numéro est donné par la photographe, qui entend rendre hommage « à des personnalités qui œuvrent pour améliorer le sort de l’Afrique, la rendre autonome et éradiquer le SIDA de son territoire ». Or, une seule personnalité sur 21 est africaine. On suggère donc que le destin de l’Afrique est entre les mains des bienfaiteurs américains.

Les personnalités formant les maillons de cette chaîne humanitaire mobilisée pour sauver l’Afrique incluent, outre Obama et Ali, Condoleeza Rice, Djimoun Hounsou, Maya Angelou, Chris Rock, Oprah Winfrey, Jay Z, Alicia Keys et Iman. La moitié de ces figures modernes de l’« africaphilie » sont donc des Africains-américains ou, pour deux d’entre eux, des Africains installés aux États-Unis (Iman d’origine somalienne et Hounsou, malien). Cette surreprésentation n’est évidement pas surprenante : elle est l’un des ultimes épisodes de cette relation tourmentée entre les Noirs américains et le continent matrice. Comme les Africains aiment à le rappeler, si certains Afro-américains se considèrent comme nos frères, ils se perçoivent comme des grands frères ! Le malentendu éternel qui transforme les cousins d’Amérique en moralistes arrogants est longuement décrit par Mwakikagile qui rappelle que les missionnaires noirs venus « civiliser » l’Afrique au XIXe siècle étaient considérés comme des néo-coloniaux comme les autres. Pire encore, les esclaves américains libérés rêvant d’une Jérusalem noire qui fondèrent le Libéria en 1822 ont, pour réaliser leur utopie, exproprié les autochtones africains et formé une élite « américano-libérienne » qui priva les tribus indigènes de leur souveraineté jusqu’en 1980 [20]. Pourtant, c’est gorgés de bons sentiments et d’une sincère fraternité que certains Afro-américains s’investissent en Afrique. Ainsi, la célébrissime et richissime Oprah Winfrey a financé la création d’une académie de jeunes filles au sud de Johannesburg « destinée à former l’élite africaine de demain ». En janvier 2008, l’école fut inaugurée en présence de Nelson Mandela et… de trois stars noires américaines (Spike Lee, Sydney Poitier et Tina Turner). Son rêve d’un Tuskegee [21] pour pauvres sud-africaines fut hélas maculé quelques mois plus tard par l’annonce de maltraitances sexuelles commises dans l’école par une surveillante nommée Tiny Virginia Makopo.

La quête des racines

L’histoire de la recherche en maternité des Noirs américains est aussi ancienne que leur déracinement. Dès les premiers siècles de l’esclavage transatlantique, certains esclaves ont cherché à « rentrer » en Afrique. En 1703, Ayuba Suleiman Diallo, marchand d’esclaves dans la région du fleuve Sénégal est capturé par un négrier européen qui l’exile de l’autre coté de l’Atlantique où il devient esclave dans la colonie du Maryland. Après avoir tenté de s’échapper, il parvient à faire parvenir un courrier à Londres où des bienfaiteurs, sensibles à l’argument de son ascendance aristocratique, le firent libérer et recueillirent ses mémoires. Il fut la coqueluche du tout Londres avant de parvenir à rentrer en Afrique et de retrouver les siens. Cette incroyable aventure préfigure la longue épopée de Noirs américains qui continuent à se penser Africains et qui veulent rentrer. Ce rêve du retour est présenté par James Campbell dans Middle Passages : African-American Journeys to Africa (1787-2005) [22] qui vient de paraître aux Etats-Unis [23].

Jusqu’à Obama, l’odyssée de la minorité noire américaine est parsemée de tentatives pour recréer le lien organique avec l’Afrique. Professeur à NYU, Saidiya Hartman raconte ainsi dans son ouvrage Lose Your Mother : a Journey along the Atlantic Slave Route [24] son second voyage au Ghana, en 1992, réalisé grâce à un programme d’échange Fulbright. Ce voyage, des dizaines de milliers d’Africains-américains l’ont accompli depuis l’indépendance du pays en 1957 [25]. Le fondateur de la nation, Kwame N’Krumah, qui fit ses études aux Etats-Unis, parvint mieux qu’aucun autre à donner corps au rêve panafricain. Franz Fanon théorise quelques années plus tard cette profonde gémellité entre les Africains victimes de l’oppression coloniale et les Noirs qui subissent la ségrégation [26]. Martin Luther King dédia en 1957 un de ses plus grands discours, « The Birth of a New Nation », au jeune pays frère et parla de son chef comme de son alter ego africain. Libérés des Anglais comme le peuple élu d’Egypte, les Ghanéens annoncent la victoire des Noirs ségrégués. Par une incroyable coïncidence historique, il se trouva en effet qu’au moment où la loi sur les droits civiques des Noirs américains fut votée (1964), près de trente pays africains gagnèrent leur indépendance, un vaste mouvement de libération initié par le Ghana. Le révérend King l’a pourtant clairement dit, les Afro-américains ne sont pas des Africains. Ils sont néanmoins des frères et des modèles et King invite les Afro-américains à partir pour l’Afrique afin d’aider le jeune pays à se construire. Il fut entendu et, à l’exemple du grand W. E. B. Dubois, une communauté américaine idéaliste entama sa transhumance vers le Ghana. Dubois fut l’un des pères du panafricanisme américain, qui tint son premier Congrès officiel en 1919 à Paris. Une internationale « transcontinentale » du peuple noir devait les libérer de toutes les oppressions. Le rêve, un peu fané, retrouva un peu de vigueur avec le mirage ghanéen.

La grande illusion

Nombreux sont alors ceux qui, comme Saidiya Hartman, reçurent la gifle terrible de la désillusion. Les Noirs américains sont confrontés à leur altérité, à l’hostilité des Africains et à l’amertume de ceux de leurs compatriotes qui sont restés mais qui sont devenus cyniques. Kwame Anthony Appiah, lui-même fils d’un Ghanéen devenu professeur à Harvard, livre sa propre expérience dans un beau papier de la New York Review of Books consacré à la présentation d’ouvrages récents dont ceux de Campbell et d’Hartman [27]. Sa conclusion est qu’on ne peut pas échapper au malentendu et à la désillusion. Oui, les Américains découvrent que les Africains ont participé à la traite et ils réalisent que la couleur de leur peau ne vaut pas grand-chose face à l’immensité océanique qui les sépare culturellement. Le ressentiment et l’incompréhension président à ces rencontres que l’on espérait être des retrouvailles. Hartman, comme tous ces pèlerins, rêvait d’empire Ashanti et de royaumes glorieux, et il doit non seulement admettre qu’elle n’a aucun lien avec cette Afrique fantasmée mais, pire encore, que ce mythe n’a jamais existé que dans son esprit rêveur. Appiah illustre les ravages de ce mirage par l’histoire de ce mercenaire « ghanéen » nommé Lee, propageant la peur et la violence au nom de l’idéal révolutionnaire africain, qui se révéla être un Afro-américain perdu dans sa folie panafricaine.

Souvent en effet, les Noirs d’Amérique croyaient à la possibilité de se retrouver en Afrique comme « chez eux », accusant les Blancs d’avoir toujours tout fait pour éviter une telle réunion. C’est notamment l’argument délivré par Malcom X lorsqu’il se rend lui-même à Accra en 1964. Il commence par accepter le nom yoruba que ses hôtes lui ont attribué, Omowale, avant d’accuser : « lorsqu’on examine les choses de près, on a aucune peine à entrevoir un gigantesque plan, destiné à empêcher la jonction des Africains d’Afrique et des Africains d’Amérique… L’unité entre Africains de l’Occident et Africains de la mère patrie modifiera le cours de l’histoire » [28]. Il présidera pour réaliser ce grand dessein l’« Organization of Afro-American Unity » et tentera d’assurer, et peut-être même de convaincre ses amis africains que les Noirs américains se soucient vraiment de l’Afrique. « You are nothing but Africans » est son injonction identitaire. Il est alors le tenant d’une vision essentialiste et radicale de l’identité noire [29] qui inspira toute une mouvance dure des Afro-centristes.

L’africanité contestée

Ces derniers [30] ont aujourd’hui deux ennemis dans le monde académique : Henri Louis Gates et Kwame Anthony Appiah, deux amis depuis leur rencontre à Oxford lorsqu’ils étaient les étudiants – les disciples, même – de Wole Soyinka (prix Nobel de littérature en 1983). Appiah ressemble un peu à Obama. C’est en effet de l’union d’un père ghanéen et d’une Anglaise blanche que Kwame Anthony est le fruit (chacun de ses prénoms est bien sûr une part de son identité et il lui fallut mettre l’un avant l’autre). Comme le jeune Barack, il s’interroge sur son africanité dans un ouvrage tenant de la biographie et de la réflexion philosophique : In My Father’s House : Africa in the Philosophy of Culture [31]. Il est aujourd’hui favorable à une lecture critique du continent fantasmé et à une déconstruction du mythe : l’Afrique a prêté la main au commerce des esclaves, a pratiqué l’esclavage sur son sol et se refuse à le reconnaître. Dans un article du New York Times, il raconte l’héritage toujours prégnant de cette culture esclavagiste sur sa propre famille [32], aujourd’hui encore au Ghana. Dans la New York Review of Books, il décrit sans fards le mirage africain auquel lui aussi a parfois succombé. Après avoir raconté les aventures du soldat Lee, il conclut : « Vous pouvez ajouter Lee à la liste des Africains-américains trahis par leur rêve africain. ». Appiah ne croit ni en la « race » ni en une « négritude » essentialiste rassemblant par delà les continents des gens n’ayant en commun que leur couleur de peau. L’afro-centrisme est donc pour lui une aporie mais elle n’interdit pas aux Noirs d’Amérique de penser leurs origines africaines.

Ce n’est pas une quête des origines mais véritablement une enquête judiciaire que son ami Skip Gates propose justement aux Afro-américains depuis quelques années. A l’aide d’un site intitulé « African DNA », d’un livre [33] et surtout par la médiatisation de trois volets télévisés de son expérience, Henri Louis Gates utilise le code génétique des Noirs américains comme fil d’Ariane pouvant les ramener à l’Afrique. Son but est presque de « prouver » la filiation. Selon lui, si l’héritage culturel africain est une part indéniable de l’identité de l’Afro-américain, l’ADN lui donne une consistance en permettant d’identifier la zone géographique et éventuellement la tribu dont on est issu. Chaque Noir peut ainsi envoyer un petit prélèvement de muqueuse buccale à « African dna » et connaître sa terre originelle, localiser ses lointains cousins. Gates promet en substance « des racines dans une pipette » [34]. Le dernier volet télévisuel de son entreprise diffusé en février 2008, « African-American Lives 2 », montre comme les précédents une série de stars afro-américaines sur la trace de leurs origines et donc de leur identité. Morgan Freeman, Chris Rock, Tina Turner, Don Cheadle ou Maya Angelou sont secondés dans leur quête par des généticiens mais aussi par des généalogistes. En effet, si la promesse de la révélation d’une parenté africaine jusqu’alors inconnue motive bien souvent une telle démarche, ce n’est pas ce qui apparaît sous la lumière du microscope.

Gates offre en effet avant tout à ses invités des récits de grands-parents ou d’arrières grands-parents, héros du quotidien dans une Amérique raciste, qui parvinrent à fonder une école ou à traverser le pays pour retrouver un être aimé. Les informations révélées sont d’autant plus éloignées en réalité de l’Afrique qu’elles révèlent brutalement la part « blanche » de l’hérédité des Noirs américains. Le grand paradoxe et la grande désillusion surviennent alors : les cobayes s’attendent à être promus Luo, Ashanti ou Zulu, et on leur révèle qu’au moins un de leur grands-parents est un Blanc. Lors du premier épisode, Henri Louis Gates apprend, sidéré, que la moitié de son capital génétique est « européen » c’est-à-dire blanc. Les Afro-américains sont donc bien plus des métisses que des Africains. Et lorsque l’enquête parvient à atteindre l’Afrique, la « Mother Africa » révélée n’est pas celle que l’on avait fantasmée. Ainsi, le deuxième épisode, consacrée à Oprah Winfrey [35] révéla l’arbre généalogique américain de la présentatrice mais parvint aussi à identifier son « origine africaine ». Orah Winfrey affirmait être « Zulu », s’être toujours sentie « Zulu ». Elle apprend qu’elle est en réalité d’une ethnie libérienne et on le sent, cette révélation cruelle la laisse déçue.

L’Amérique démythifiée

L’Afrique, lorsqu’elle cesse d’être un mythe lointain est donc la source d’une grande désillusion et témoigne d’un grand malentendu pour les Noirs américains. Mais l’inverse est également vrai. Lorsqu’il est au Kenya, une amie de son père révèle à Barack le chiasme qui brisa l’unité symbolique : « les jeunes Américains ont une vision romantique de l’Afrique alors que, pour ton père comme pour moi, c’était l’inverse, nous espérions trouver toutes les réponses en Amérique. » [36]. Or, les centaines de milliers d’Africains qui migrent aux États-Unis (leur croissance démographique est la plus forte parmi de toutes les minorités de New York) découvrent non seulement le racisme d’une société majoritairement blanche mais également l’hostilité des Afro-américains. Cette dernière trouve sa source à la fois dans le registre classique des stéréotypes liés à « l’arriération » de l’Afrique (discours né dans la bouche des Blancs mais qu’ils ont intégré) mais aussi dans le ressentiment et la mémoire douloureuse de l’esclavage. « Vous nous avez vendus ! » est le reproche que certains Noirs américains expriment à demi-mot. Ne pas avoir été déporté et réduit en esclavage aux Amériques excluraient de facto les Africains de la communauté noire.

Le malentendu, terrible, est magistralement mis en scène dans le film de Rachid Bouchareb, Little Senegal (2001). Un vieil homme quitte le Sénégal pour retrouver un de ses descendants vivant de l’autre coté de l’Atlantique. Il doit faire face à la défiance de ces derniers et à la haine des Afro-américains envers ces immigrés qu’ils méprisent : « macaque », « sale Africain, remonte dans ton arbre ! » sont les insultes entendues dans le film mais dont témoignent par ailleurs nombre d’Africains que Mwakikagile a rencontrés. La ligne de couleur n’est plus seulement entre Noirs et Blancs mais entre Noirs et immigrés noirs. Certains Afro-américains ne veulent pas être confondus avec ceux dont ils aiment pourtant se dire les frères. Ils aiment davantage l’Afrique que les Africains.

C’est ce que suggère l’association étudiante d’Harvard qui, en se nommant « The Descendants », vise à se distinguer des autres Noirs présents sur le campus. Ils leur reprochent, comme nombre d’étudiants noirs américains dans le pays, de profiter indûment de la politique d’« Affirmative Action » qui devrait, selon eux, leur être réservée. Ils n’ignorent pas qu’un Noir, quel qu’il soit, subit le racisme et la discrimination, comme l’illustra tragiquement l’assassinat d’Amadou Diallo [37] en 1999 par la police new-yorkaise qui, par cette bavure, sembla lier le sort des immigrés africains à celui des Afro-américains. Mais en réalité, dans les ghettos du Bronx comme sur le campus de Cambridge, une même amertume s’exprime : les Africains seraient des privilégiés qui ne connaîtraient pas les difficultés des Afro-américains pour accéder à ce qui semble l’apanage des Blancs : l’éducation supérieure et les emplois qualifiés. Les Africains, qui ne représentent que 3% des Noirs aux États-Unis constituent il est vrai 25% des étudiants noirs des universités publiques et plus de 40% de ceux de la prestigieuse Ivy League. La maîtrise de la langue anglaise, l’injonction familiale à réussir [38], la qualité de l’enseignement qu’ils ont reçu en Afrique et la vénération pour l’éducation (au nom de laquelle ils se sont, comme Hussein Obama, exilés) facilitent incontestablement leur intégration.

Mais on laisse aussi entendre que les Africains seraient plus dociles, davantage prompts à se soumettre aux exigences arrogantes des Blancs [39]. L’un des Africains interviewé par Mwakikagile raconte les brimades que les Afro-américains lui font subir, l’obligeant à chanter « à voix haute » l’hymne immortalisé par James Brown « I’m black and I’m proud ». Or justement, ces Africains ne veulent pas se dire « Noirs » et être ainsi identifié à l’underclass des Noirs américains. Ils leur rendent bien souvent le mépris dont ils sont victimes en les qualifiant (entre Nigérians notamment [40]) d’« akata », mot d’origine yoruba qui signifie bête, brute, et qui suggère par extension leur absence d’éducation et de décence. Les Noirs d’Amérique moquent leur accent et leur mauvais anglais ? Ils affirment eux pratiquer un anglais « kingsien » de la plus pure facture là où les autres parleraient un charabia d’anglais dit ebonics. On les dit dociles ? Ils rappellent qu’eux ne vivent pas dans un monde régi par des Blancs qui ont dénaturé l’homme noir. Ils sont, eux, les civilisés qui élèvent leurs enfants dans le respect des anciens et du savoir. Les femmes africaines ne veulent pas s’unir avec des hommes afro-américains qu’elles perçoivent comme des machos autoritaires et des pères irresponsables. S’ils se sentent proches d’autres Noirs, c’est bien d’avantage des immigrés caribéens dont ils partagent leur semble-t-il davantage de valeurs communes [41]. Les deux communautés expriment avec agressivité parfois un sentiment d’altérité qui apparaît comme le déni d’une familiarité que le temps et la distance ont voilée.

De Barry à Barack

Dans la littérature contemporaine, un nom signifie pourtant cette conscience irréductible, malgré le déracinement et l’américanisation forcée, d’une identité africaine des Noirs d’Amérique : Kunta Kinte. Personnage central du roman Roots d’Alex Haley, qui donna lieu dans les années 1970 à une série télévisée dont l’impact fut considérable chez les Noirs américains mais aussi chez de nombreux Africains. Capturé en Afrique où il est un membre valeureux de l’ethnie Mandika, devenu esclave dans les colonies américaines, Kunta Kinte doit renoncer à son nom africain afin que les propriétaires d’esclaves lui imposent dans un baptême de sang, le prénom humiliant de « Toby ». En refusant longtemps, malgré les coups de fouets, de perdre son nom et donc son âme, Kunta Kinte est devenu une icône et un symbole de la résistance des Noirs à l’oppression blanche.

Avec le temps, il est même devenu l’objet de la dérision des Afro-américains les plus sarcastiques comme le comédien Richard Pryor, qui raillait dans un de ses sketchs le martyre grotesque d’un Noir qui s’entête à se dire africain. En ce début d’avril 2008, le magazine Newsweek, dans un numéro intitulé « When ‘Barry’ Became Barack », relate l’histoire d’un jeune garçon qui décida vers vingt ans que son surnom américain « Barry » était une imposture et qu’il redeviendrait lui-même en retrouvant son nom africain, Barack. Obama-Kinte est donc parvenu à imposer sa légende et, avant de parvenir à unir Blancs et Noirs derrière sa candidature, à rassembler les Afro-américains entre eux et aussi à réconcilier, pour un temps, les Noirs des deux cotés de l’Atlantique.

Lire aussi :

- John McCain, l’itinéraire sinueux d’un patriote, par Sylvie Laurent [19-03-2008]

par Sylvie Laurent [18-04-2008]

Aller plus loin

- The Red Phone in Black and White
By Orlando Patterson – New York Times

- ’It’s Bono, on Line One’
Slideshow de ces couvertures sur le site de Vanity Fair

- History of the Ashanti People

- An Image of Africa : Racism in Conrad’s Heart of Darkness. Chinua Achebe.

- SHOOTING IN THE BRONX : THE IMMIGRANTS ; Killing Heightens the Unease Felt by Africans in New York
By Amy Waldman – New York Times

- When Barry Became Barack (diaporama) – Newsweek

- African DNA : http://www.africandna.com

- I’m black and I’m proud James Brown

- The Conciliator. Where is Barack Obama coming from ?
by Larissa MacFarquhar (The New Yorker)

- The Audacity of Hope, discours d’Obama à la convention démocrate de 2004 (vidéo)

- Elections américaines 2008 (dossier de laviedesidees.fr).

Notes

[1] Crisis, Octobre 1995.

[2] Il faut rappeler qu’Hussein Obama abandonna sa femme enceinte pour s’unir avec la mère de Barack Obama à Hawaï, nouvelle famille qu’il abandonna à son tour pour refaire sa vie en Afrique. Il tenta néanmoins d’être le chef de famille charismatique qui rassemble tous les Obama.

[3] Concept mis au point par Henri Louis Gates visant à nommer l’intertexte implicite des discours africains américains, chaque phrase étant un langage codé insaisissable par les Blancs, réinterprétant toute une généalogie de textes qui lui ont préexisté.

[4] On estimait déjà il y a 10 ans que leur revenu moyen s’élevait à 30, 907 $ contre 19, 533 pour les Afro-américains. Cité par Mwakikagile, p. 184.

[5] C’est-à-dire à mi-chemin entre les Démocrates et les Républicains.

[6] Certains ont ainsi accusé les détracteurs d’Obama de jouer sur la peur de la classe moyenne face à ses Noirs. L’universitaire Orlando Patterson soutient ainsi dans les colonnes du New York Times que le fameux clip des démocrates, « 3 o’clock in the morning », n’est qu’une adaptation de la scénographie du Ku Klux Klan, associant le Noir à une bête dangereuse. : http://www.nytimes.com/…

[7] Le terme commence à être utilisé dans les années 60, en particulier par les nationalistes noirs. Dans les années 80, Jesse Jackson proposa qu’il devienne le terme officiel pour désigner la communauté noire. Si les Blancs l’utilisent comme seule appellation « politiquement correcte », la plupart des Noirs se disent simplement « Noirs ».

[8] http://www.tucc.org/about.htm

[9] Pour en savoir plus sur cette tribu de l’Ouest africain, voir http://www.ashanti.com.au/pb/wp_8078438f.html

[10] Nom, qui signifierait « terre noire », donné par les Egyptiens de l’Antiquité à leur terre. Il fut repris par les Afrocentristes qui font de l’Égypte leur civilisation première et nomment donc la nation afro-noire « Kemet ».

[11] Le royaume nubien, situé au sud de l’Égypte antique et dans le nord actuel du Soudan nourrit le mythe d’une nation noire toute puissante et jouit d’un grand prestige chez les Afrocentristes.

[12] Ce phénomène touche aussi certains Africains qui se sentent « contaminés » par la culture occidentale. Ainsi, le propre frère de Barack Obama, Roy – dont le père fut très influencé par son expérience américaine -, se rebaptisa Abongo, devint un militant de la sauvegarde de la culture Luo et se convertît à un Islam strict.

[13] Voir Konate Kangbai, La Place et l’utilisation de l’Afrique dans le processus identitaire des Noirs américains : discours interpretative et négociation, Thèse de doctorat de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 2002.

[14] New Africa Press, Dar el Salam Tanzania, 2007.

[15] « An image of Africa : Racism in Conrad’s Heart of Darkness » ; Massachusetts Review 18 (1977) et reproduit dans Heart of Darkness, An Authoritative Text, Background and Sources, Criticism. 3rd ed. Ed. Robert Kimbrough London : W. W Norton and Co., 1988. Disponible sur : http://social.chass.ncsu.edu/…

[16] Conrad, Joseph. Heart of Darkness. Ed. Paul B. Armstrong. 4th ed. New York : W. W. Norton, 2006, p. 36.

[17] En 1985, une première vague d’engouement pour l’Afrique s’était matérialisée par la chanson « We are the World » écrite par les chanteurs Mickael Jackson et Lionel Richie produit par Quincy Jones, d’après une chanson écrite par Bob Geldof. Destiné à lutter contre la famine en Éthiopie, ce titre fut vendu à plus de 7 millions d’exemplaires et l’album USA for Africa : We Are The World à près de 3 millions. Initiative inspirée, elle demeure modeste face au renouveau « charitariste » qui s’empara d’une frange de l’élite culturelle américaine vingt ans plus tard. Le même Bob Geldof, secondé par le chanteur Bono (qui participa d’ailleurs lui aussi à « We are the World ») et les époux Gates marquèrent le début des années 2000 par l’extraordinaire publicité qu’ils donnèrent à l’action humanitaire à destination du Tiers-Monde et de l’Afrique en particulier. En 2007, Bob Geldof félicita même officiellement George Bush pour son action en Afrique.

[18] On y trouve l’économiste Jeffrey Sachs, l’homme d’affaire Warren Buffet, l’ancien président Bill Clinton ou la chanteuse devenue documentariste Madonna.

[19] Ce dernier déclare « I can still remember my first trip to Africa, two decades ago, when my sister’s Volkswagen Beetle broke down. When I went back recently we had better transportation. But there was another difference. While that first trip was about discovering my past, my recent trip was about Africa’s future. And it filled me with hope—because while significant obstacles remain, I believe we have the chance to build more equitable and just societies so that all people have the chance to control their own destinies  ». Voir supra.

[20] Voir http://www.pbs.org/wgbh/globalconnections/liberia/essays/history/ L’élection d’Ellen Johnson Sirleaf en 2005 mit à nouveau le Libéria sur le devant de la scène internationale.

[21] Fondée en 1880 par Booker T. Washington, l’université de Tuskegee dans l’Alabama fut le seul collège destiné et dirigés pour et par des Noirs. Son but était, par l’éducation, d’émanciper les Africains-américains, tout juste libérés de l’esclavage.

[22] Penguin, New York, 2006.

[23] Voir le compte rendu de La revue des livres et des idées. Janvier-Février 2008, p. 3.

[24] Farrar, Strauss and Giroux, New York, 2007.

[25] Encore aujourd’hui, on estime que 10 000 touristes américains s’y rendent chaque année.

[26] Il fut pour autant critique de l’illusion constituée selon lui par la “négritude”, en particulier dans Peau noire, masque blanc.

[27] “What Was Africa to Them ?” 27 septembre 2007. Traduit en français dans La Revue internationale des Livres et des Idées, cité plus haut.

[28] Cité dans Malcom X, le pouvoir noir, La Découverte, 2008, p.100.

[29] Cette position l’éloigne de la vision libérale et ouverte d’un DuBois ou d’un King et l’inscrit au contraire dans la filiation de Marcus Garvey. Ce nationaliste d’origine jamaicaine fixa pour but aux Afro-américains dans les années 20 de provoquer la rédemption de l’Afrique en retournant s’y installer et en la purgeant de toute présence blanche. On parle parfois de « garveyisme ».

[30] L’un des chefs de file de ce courant dans le monde académique est Molefi Kete Asante, professeur à Temple University mais on peut aussi citer Kiton.

[31] Oxford University Press, 1992.

[32] “A Slow Emancipation”, NYT, 18 mars 2007.

[33] Finding Oprah’s Roots :Finding Your Own ; Crown ; New York, 2007.

[34] Felicia R. Lee, « Famous Black lives Through DNA’s Prism », NYT, 5 février 2008.

[35] Finding Oprah’s Roots, PBS.

[36] Dreams from My Father-A Story of Race and Inheritance, Three Rivers Press, New York, 1995, p. 432.

[37] Cet immigré ghanéen reçu plus de 17 balles dans le corps alors qu’il n’était ni armé ni menaçant. Les réactions furent vives dans la diaspora ouest-africaine du Bronx et l’on commença à distinguer parmi les Noirs. Voir http://query.nytimes.com/…

[38] Dans Les belles choses que portent le ciel, le romancier Jinaw Mengestu fait dire à son héros : « Lorsque mon oncle Berhane m’avait demandé pourquoi j’avais choisi d’ouvrir une petite épicerie dans un quartier noir pauvre alors que rien dans ma vie ne m’avait préparé à ce genre de chose …je ne lui avais jamais dit….Il nourrissait les plus grandes ambitions pour moi, lorsque j’étais arrivé d’Éthiopie. « Tu verras, me disait-il toujours de sa voix douce et éloquente, tu seras ingénieur ou bien médecin…Les larmes lui montaient parfois aux yeux quand il parlait de l’avenir qui, croyait-il, ne pouvait qu’être plein de choses meilleurs et plus belles… J’étais pauvre, noir et portais l’anonymat qui allait avec ça comme un bouclier contre toutes les premières ambitions de l’immigrant, qui m’avaient depuis longtemps déserté, si tant est que je les ai un jour ressenties. De fait, je n’étais pas venu en Amérique pour trouver une vie meilleure. J’étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d’une ancienne vie fermement attachée à mon dos. »

[39] Leslie Goff, « Coming to America », BBC Focus on Africa, Janvier-mars 2008.

[40] Les Nigérians, qui forment l’une des principales diasporas africaines aux États-Unis sont l’avant-garde de la réflexion sur la place des Africains en Amérique. La romancière Chimamanda Ngozi Adichie, présentée comme la nouvelle Achebe, donna avec deux nouvelles (« You in America » et « My Mother, the Crazy African ») une voix aux Africains exilés. Etudiante à Yale, elle appartient à ses Africains de la Ivy League que jalousent les Noirs américains. Voir « From the motherland ; eight Africans and their contributions to the world », Ebony, April 2008.

[41] Le chanteur africain Akon qui est devenu une star du hip-hop aux États-Unis l’illustre dans la chanson interprétée en duo avec l’Haitien Wyclef Jean « Sweetest Girl-Dollar Bills » dont l’album s’intitule « Memoirs of an immigrant ».

 http://www.laviedesidees.fr/Barack-Obama-de-l-Afrique-en.html

 

21 mai, 2008

Le CRAN fait « Bastille comble » à l’occasion des cérémonies de l’abolition de l’esclavage

bastillecran.jpg:: France

Le CRAN fait « Bastille comble » à l’occasion des cérémonies de l’abolition de l’esclavage

Linternationalmagazine.com , publié le 14/05/2008

Initiée par le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), plusieurs organisations associatives noires de France (Armada, Collectif égalité, emia…) ont dénoncé samedi la persistance de « préjugés », 160 ans après l’abolition de l’esclavage. Une manifestation organisée en partenariat avec plusieurs médias (Africa N°1, Afrik.com, Espace FM, France Ô, Générations, Grioo.com, L’humanité, Ligue de l’enseignement, Noir au féninin.com, Nouvelle Cour, Radio Nova, TBWA Corporate non profit, Trace TV, Tropiques FM, UNSA, Yvan Hinnemann Conseils…).

80.000 personnes selon le CRAN, un millier de personnes selon certaines organisations, ont participé à cette manifestation.

Pour le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) Patrick Lozès, cette marche avait pour but de « commémorer l’abolition de l’esclavage mais aussi pour dénoncer ce qui se passe aujourd’hui », « il ne faut pas attendre 160 ans pour s’occuper des gens qui souffrent aujourd’hui ». « On attend que les autorités prennent en compte les discriminations en matière de logement, d’emploi et de loisirs », a-t-il ajouté.

Les manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles était écrit : « non aux discriminations » ou « discriminé jusqu’à quand ? ».

Pendant ce temps une autre marche était organisée par un Collectif des fils et filles d’Africains déportés (Coffad). Plusieurs autres manifestations – défilés, hommages à Aimé Césaire – se sont déroulées en France. Ce fut le cas notamment à Bordeaux (sud-ouest), qui fut un des principaux ports négriers, en présence de Michaëlle Jean, gouverneur général du Canada, mais aussi descendante d’esclaves haïtiens.

Alors qu’elle participait à une cérémonie dans le Doubs (est), la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, Rama Yade, originaire du Sénégal, a de son côté jugé que « l’esclavage fut une abomination, une meurtrissure au coeur de l’histoire des hommes ».

 

http://www.linternationalmagazine.com/article4101.html

12
 

dartagnan |
D A T A F O R U M |
Génération Citoyenne |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | machinesabois
| 1954-1962 : "Hed Thnin !"
| Elayam.3 ا...