TEBAWALITO

blog de la fraternité avec la diaspora noire. Ceux a qui cet appel fait echo, venez et matez mon blog

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4 août, 2010

Oprah Winfrey, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Danny Glover : « La couleur pourpre » de Steven Spielberg (1985)

 

Oprah Winfrey, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Danny Glover : « La couleur pourpre » de Steven Spielberg (1985)
17/03/2009
 
Oprah Winfrey, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Danny Glover : « La couleur pourpre » de Steven Spielberg (1985) dans AFRIQUE DU SUD APARTHEID transparent
Sorti en 1985, le film « la couleur pourpre » réalisé par Steven Spielberg suscita une controverse au sein de la communauté afro-américaine…
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Par Paul Yange artbasright dans AMERIQUE DU SUD CARAÏBES

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Lorsque parut en 1982 le roman « La couleur pourpre » d’Alice Walker, son énorme succès en fit immédiatement un phénomène. Le livre resta sur la liste des bestsellers du New York Times pendant plus d’an suite à sa sortie en juin 1982. L’auteur remporta le prestigieux prix Pulitzer l’année suivante. Parmi les lecteurs du livre figurait Steven Spielberg qui désira aussitôt en faire une adaptation :

« Quand j’ai entendu parler du sujet de la couleur pourpre pour la première fois, je ne voulais pas le diriger. Mais après avoir commencé à lire le livre, je n’ai pu le déposer ». Avec Quincy Jones qui servi de producteur, il convainquit Alice Walker de faire le film. Ruben Cannon effectua le casting memorable (1). Furent ainsi réunis dans le même film de jeunes acteurs et actrices parmi lesquels plusieurs allaient se faire un nom dans le monde difficile du showbiz hollywoodien :Whoopi Goldberg, Oprah Winfrey, Danny Glover, Margaret Avery, Akosia Busia…

quote_left J’ai risqué beaucoup en autorisant Steven Spielberg à faire le film quote_right

Le film raconte la vie d’une jeune fille pauvre, Celie, et de sa soeur Nettie qui grandissent dans le sud rural des Etats-Unis. A l’adolescence, Celie est donnée en mariage à « Monsieur » (Danny Glover), un mari qui va rapidement se révéler odieux, méchant, brutal, tyrannique, allant jusqu’à séparer les deux sœurs et les empêchant de se revoir. Au fil des années, le drame que vit Celie se poursuivra jusqu’à ce qu’apparaisse Shug Avery, une chanteuse de cabaret dont « Monsieur » est amoureux. Shug Avery de son côté le mène par le bout du nez et encourage Celie à s’affirmer. L’adaptation de « la couleur pourpre » réalisée par Steven Spielberg recevra 11 nominations aux oscars. Etrangement, Spielberg ne sera pas nominé pour le rôle de meilleur réalisateur. Mais, surtout, le film malgré ses 11 nominations, repartira bredouille. C’est l’un des deux seuls films de l’histoire d’Hollywood à avoir reçu autant de nominations sans remporter aucun oscar.

 

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Mais « La couleur pourpre » avait tout de même réalisé une première : trois des actrices du film étaient nominées aux oscars : Whoopi Golderg (meilleure actrice), Margaret Avery (meilleur second rôle), et Oprah Winfrey (meilleur second rôle). C’était la première fois de l’histoire que trois actrices noires étaient nominées dans un seul film, et la seconde fois (la première étant l’année 1972) où trois acteurs noirs étaient en compétition pour un oscar la même année. Whoopi Goldberg, qui était à l’époque une jeune actrice, dira avoir écrit à Alice Walker pour lui dire qu’elle était prête à aller un casting « n’importe où si le livre était adapté au cinéma ». Walker lui répondit qu’elle la connaissait, qu’elle l’avait vu jouer au théâtre à San Francisco et qu’elle avait suggéré son nom pour le rôle. Choix qu’elle ne regretta assurément pas au vu de la performance époustouflante de Whoopi Goldberg dans le rôle de Celie.

quote_left Si j’écris un livre qui plait aux hommes je suis une vendue. Si j’écris un livre qui plait aux blancs, je suis une vendue quote_right

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Oprah Winfrey confiera qu’après avoir lu le livre, elle désirait jouer dans le film. Quincy Jones, qu’elle ne connaissait pas à l’époque, l’avait remarquée lors d’un passage à Chicago. Contactée par la suite pour passer le casting, Oprah Winfrey n’eut pas de nouvelles de la production du film pendant des mois. Mais après une longue attente fut finalement choisie pour interpréter le rôle de Sofia. Elle livra également une performance excellente, faisant vivre Sofia, une femme dotée d’une forte personnalité que la vie dans l’Amérique de la ségrégation raciale avait brisée.

Malgré le tonnerre d’acclamations, le film déchaîna néanmoins les passions au sein de la communauté afro-américaine à l’époque. En effet, un certain nombre de commentateurs et de personnalités virent d’un mauvais œil le fait que ce soit Steven Spielberg, un réalisateur blanc, qui réalise un film racontant la vie de familles noires du sud des Etats-Unis. (Le type de polémique que Spike Lee entretiendra quelques années plus tard). Mais surtout, Alice Walker fut sévèrement critiquée par des chroniqueurs et journalistes noirs qui estimaient que le portrait de la gente masculine noire dans le film était « dégradant ».

quote_left Il est dégradant pour les hommes noirs…Il nous fait ressembler à des gens qui battent leurs femmes et à des violeurs quote_right

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« Monsieur », le mari de Celie était un homme mauvais, mais qui dépendait entièrement de sa femme tout en la maltraitant et en la méprisant. Le père de Monsieur ne valait guère mieux. Le père de Celie et Nattie (en réalité leur beau-père) avait abusé de Celie à qui il avait donné deux enfants dont elle avait été séparé à la naissance. Le fils de « Monsieur » n’a guère de personnalité et se plie aux volontés paternelles.

Qui plus est, une histoire d’amour entre femmes, Nettie et Shug Avery, est plus que suggérée..Le vocabulaire est parfois crû, ce qui a choqué de bonnes âmes peu habituées à un ton aussi direct.Ce sont les femmes qui forment l’épicentre de la famille malgré les difficultés. Si Oprah, Glover, ou Whoopi Goldberg sont devenus des superstars internationales, à l’époque, tout ce petit monde n’était pas aussi connu qu’aujourd’hui.

quote_left Si ce film doit attirer l’attention sur certains problèmes, c’est une bonne chose. je suis fatiguée d’entendre parler des problèmes qu’il cause aux hommes noirs. Parlons des problèmes de violence conjugale, de violence contre les femmes, et des abus sexuels commis à l’égard des enfants à la maison quote_right

Qui plus est, dire d’Alice Walker qu’elle s’était « alliée aux Blancs pour diaboliser les hommes noirs » était plus qu’une arrière-pensée. Cependant, tout cela n’empêcha pas le livre, et le film de connaître un immense succès. Selon un biographe d’Alice Walker, une des raisons pour lesquelles « la couleur pourpre » avait séduit le public était liée au fait que le roman et le film étaient arrivés au bon moment. Depuis la fin de l’ère de la Blaxploitation, il n’y avait pas eu de grands films avec des acteurs noirs, et le public, notamment afro-américain était prêt à recevoir la couleur pourpre.

Malgré la controverse qui s’est évanouie au fil des années, « la couleur pourpre » est devenue un classique à la fois de la littérature et du cinéma américains. Une adaptation sous forme de comédie musicale en a été faite, produite notamment par Oprah Winfrey. La tournée continue aux Etats-Unis et en Amérique du Nord à l’heure actuelle.

Margaret Avery (Shug) et Whoopi Goldberg (Celie)

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 Celie et Nattie séparée (la couleur pourpre)

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http://www.grioo.com/ar,oprah_winfrey_whoopi_goldberg_margaret_avery_danny_glover_la_couleur_pourpre_de_steven_spielberg_1985_,16552.html

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3 août, 2010

Femme Actuelle consacre un hors-série à la beauté noire

cueil > Revue de presse > Femme Actuelle consacre un hors-série à la beauté noire
 
Femme Actuelle consacre un hors-série à la beauté noire

Le magazine féminin Femme Actuelle, dédie un hors-série à la beauté des femmes noires. Une centaine de pages qui balaie tout l’univers de la beauté afro. Tout y est passé au crible: les tendances mode et make-up de l’été, une tonne de conseils pour trouve

 27/05/2010  

 

Femme Actuelle consacre un hors-série à la beauté noire dans AUTRES REPORTAGES pixel_transp

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Comme de nombreux magazines féminins « généralistes » ( par opposition à la presse féminine afro ndrl) ont compris que leurs lectrices noires avaient besoin de réponses spécifiques en ce qui concerne leur beauté. Dans une France qui se diversifie et se métisse, il devient de plus en plus difficile de faire l’impasse sur les différentes composantes ethniques de la société. C’est d’ailleurs l’argument phare de Martine Carroz la rédactrice en chef du Hors-série de Femme Actuelle dans son édito, Pour elle, ce numéro spécial est une réponse aux nombreuses questions des lectrices noires du féminin.Le risque lorsque les généralistes s’intéressent à la beauté noire, c’est qu’ils tombent parfois dans le cliché (liens vers le papier quand Paris Match s’intéressent à la beauté noire) ou encore dans le superficiel les questions sont survolées sans apporter de réelles réponses.
Ce n’est absolument pas le cas de ce hors-série. Les journalistes ont consulté des spécialistes de tous les domaines pour offrir aux lectrices les réponses qu’elles méritent.

Pour conseiller les femmes la rédaction du Hors-série s’inspirent de quatre people aux looks tendances : Rihanna la glam’rock, Beyoncé bombe sexy, Aïssa Maïga délicieusement rétro et Kerry Washington chic et glamour. Une autre people, Sonia Rolland, que l’on connaît bien chez GPE livre ses secrets de beauté.

Côté de la mode, un focus sur trois créateurs qu’on ne présente plus Imane Ayissi dont vous pouvez retrouver les collections dans la rubrique Podiumsde GPE, Sakina M’sa que nous avons interviewée dans la rubrique Showroom et l’incontournable Xüly Bet.

Côté beauté, les tendances de l’été décryptées pour les peaux noire, teint zéro défaut, blush rosé, bouche gourmande, regard intense et magnétique sans oublier le bleu couleur star de la saison.

Le meilleur de ce numéro spécial beauté noire c’est le dossier Soins bourré de bons conseils pour bichonner votre peau, comment se protéger du soleil, prendre soins de ses cheveux et de son corps durant l’été, les méthodes esthétiques adaptées au peaux noires et les problèmes de peaux le plus fréquents. L’éclaircissement y est abordé avec objectivité, le Dr Antoine Petit qui a participé à une campagne de prévention avec la Mairie de Paris et l’association Label Beauté Noire, revient sur les dangers de ces pratiques.
Les cheveux ne sont pas oubliés, les nouvelles techniques de lissage, brésilien ou japonnais, le bon usage du défrisage en kit et surtout 60 idées coiffure pour être au top cet été. Et pour une fois les cheveux naturels et les locks ne sont pas oubliés!

Hors série Mode beauté Femme Actuelle Black Beauty actuellement en kiosque au prix de 4€ (en France)

http://pourelle.grioo.com/r,femme_actuelle_consacre_un_hors-serie_a_la_beaute_noire,10.html

Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse

Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse
Le fait que la prochaine directrice de la section mode soit blanche a mécontenté…
 29/07/2010 Par Redaction Grioo Pour Elle

http://pourelle.grioo.com/ar,le_magazine_afro-americain_essence_declenche_un_mini-controverse,2070.html

 

 Le magazine afro-américain Essence déclenche un mini-controverse dans ACTU GENERALE 14611461 dans AFRIQUE ET DIASPORA

Le magazine Essence a été critiqué par certaines de ses lectrices et certains de ses soutiens pour avoir embauché une directrice de sa section mode blanche. Elliana Placas qui a travaillé pour le magazine d’Oprah Winfrey « O » et pour « Us Weekly » est supposée prendre son poste en septembre.

L’auteur et réalisatrice Michaela Angela Davis qui a été directrice de la section mode d’Essence par le passé a fait savoir via un tweet ce qu’elle pensait de la décision du magazine : « c’est avec le coeur très très lourd que j’ai appris que le magazine Essence avait engagé une directrice blanche pour sa section mode. Ça fait mal… »

Sur facebook, elle a ajouté : « si encore il y a vait un équilibre dans les médias. Si nous n’avions pas en tant que femme noire subi tout ce passé d’injustice et de manque de respect. Si les médias généralistes et grand public avaient plus de femmes noires dans leur staff avant que l’unique magazine dédié à la femme noire ne se « diversifie », ce serait différent.

Clutch magazine, qui a révélé qu’Essence allait embaucher Elliana Placas, a également réagi à la polémique :

« En tant que publication surnommée officieusement « la petite soeur d’Essence », nous sommes un magazine pour jeunes femmes urbaines centré sur l’actualité, le conseil, la mode, la beauté… on a eu le sentiment que notre mère nous avait amené dans le plus grand centre commercial de l’Etat, puis a tourné le dos et nous y a laissé. Mais nous ne sommes plus les petites filles qui regardaient les yeux grand ouverts le géant qui nous a appris à nous aimer… »

Angela Brut-Murray, rédactrice en chef d’Essence a réagi via un communiqué : « je comprends que la décision ait frappé un point sensible de notre lectorat. Cependant, j’ai choisi Elliana qui collaborait depuis six mois au magazine comme free lance du fait de sa créativité, sa vision, la réponse favorable des lectrices à son travail et son respect pour notre marque et notre public. Nous continuons à nous consacrer à la célébration de la beauté et au style des femmes noirs américaines chez Essence et sur Essence.com ».

16 septembre, 2009

Tintin au Congo nécessite de la pédagogie

Nous, les Noirs de France

13.09.2009

Tintin au Congo nécessite de la pédagogie

J’ai publié dans le Figaro daté d’hier et d’aujourd’hui, une tribune sous la forme d’une lettre ouverte au ministre de la Culture.

La polémique née en France il y a deux ans autour de l’album de bandes dessinées Tintin au Congo, du dessinateur Hergé, rebondit et menace désormais de se déplacer sur le terrain judiciaire.

Nous ne souhaitons pas l’interdiction de Tintin au Congo. Personne ne souhaite mettre Tintin au banc des accusés. Quel enfant n’a pas rêvé de devenir journaliste, détective ou cosmonaute, en lisant les aventures de Tintin ? Quel enfant n’a pas été émerveillé en découvrant On a marché sur la Lune, qui préfigurait, avec quinze ans d’avance, les premiers pas de la conquête spatiale ?

Tintin au Congo est offensant, mais nous sommes convaincus qu’il ne faut pas l’interdire, parce qu’il constitue un témoignage irremplaçable sur le passé de la France et sur les feux, toujours mal éteints, de la colonisation. Il nous appartient, non pas de censurer, mais d’expliquer, de saisir cette occasion pour éclairer, sous un jour nouveau, par une pédagogie nouvelle, des pans entiers de notre histoire.

Tintin au Congo véhicule les stéréotypes racistes de son époque. Hergé l’a lui-même reconnu : « J’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : « Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là ! », etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque »
Dans Tintin au Congo, les Noirs sont représentés comme on les voyait avant la Seconde guerre mondiale. Ils s’expriment comme des imbéciles. Dans cet album, les chiens parlent un meilleur français que les Noirs. Les Noirs élisent un chien pour roi et se prosternent devant sa statue.
Tintin au Congo renvoie à cette période de notre histoire où considérer les Noirs comme des êtres inférieurs, comme de grands enfants incapables, était permis. Où la France célébrait le « bon temps des colonies », en oubliant que ce temps était aussi celui du mépris, de la sujétion et de la mort, pour des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

En 2009, on peut juger que ce racisme à l’imagerie bestiale est celui d’une époque révolue. Mais nous pensons, pour notre part, qu’il n’est jamais très loin. Il suffit de se rendre dans un stade, pendant un match de football, et d’entendre certains supporters pousser des cris d’animaux dès qu’un joueur noir touche le ballon, pour se dire que, près de 80 ans après la publication de Tintin au Congo, beaucoup de progrès restent à faire.

Nous ne voulons pas interdire Tintin au Congo. Même si de nombreux pays envisagent actuellement de le faire et si une bibliothèque, à Brooklyn, aux Etats-Unis, a déjà pris l’initiative de restreindre sa consultation à un public averti. Nous sommes pour la liberté. Mais la liberté ne saurait aller sans responsabilité.

Nous demandons, donc, qu’une explication soit publiée en préface de l’ouvrage, afin que le public, et en particulier le jeune public, puisse comprendre qu’il s’agit là d’une caricature, à replacer dans son contexte historique. Cette préface doit être l’occasion de rappeler que la colonisation a fait partie de notre histoire, et qu’il ne faut pas oublier l’idéologie sur laquelle elle s’appuyait, idéologie qu’illustre Tintin au Congo.

Nous vous demandons, Monsieur le ministre, vous qui avez la charge de la politique culturelle de notre pays, de soutenir cette proposition, afin qu’une solution intelligente, et respectueuse de tous, puisse être trouvée au problème particulier posé par Tintin au Congo.

http://patricklozes.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/09/13/tintin-au-congo-necessite-de-la-pedagogie.html

Commentaires

ainsi, au lieu de lire une histoire, les jeunes lecteurs aurons l’attention tirée vers la différence blancs/noirs et pourrons voir les lobbys en action. Bien joué.

Ecrit par : cracker | 13.09.2009

nouvel obs, Figao, décidément, Monsieur Lozes fait feu de tout bois pour alimenter sa fixation sur Tintin au Congo! Le comité Théodule qu’il a créé ne représentant que lui, il va encore nous bassiner longtemps avec cette fausse polémique pour le faire exister.

Ecrit par : obaoke | 14.09.2009

Je trouve la demarche parfaitement appropriée. Et si le ministere de la Culture a un peu de courage , il en demandera la mise en oeuvre.
Je le fais bien moi, en tant que parent puisque je lis Tintin à mes enfants. L’un n’est pas encore lecteur et tres jeune, donc feuilletant les pages, il n’est pas interpellé par le sens raciste du texte et ne « positionne » pas les personnages comme une transcription du réel. Ce sont juste des personnages.
Par contre , les enfants lecteurs de primaire sont directement interpellés et s’interrogent, sur le texte et sa graphie, sur l’apparente stupidité des personnages noires . ils ne comprennent pas ce qui y est montré.
Et je repond. Et ce n’est pas simple à faire , car la question entraine d’autres questions sur la colonisation et ainsi de suite..
Il n’y a rien de choquant à mettre en tête de livre, non pas un avertissement au lecteur, comme si le danger guettait l’integrité de Tintin ou d’Hergé , mais une petite page bien faite écrite et/ou illustrée pour expliquer qu’un auteur ecrit et dessine dans son époque, avec les aleas des idées de son époque, et que dans le temps et dans l’espace , ce qu’il est pardonnable de dessiner en 1930 releverait de l’incitation au racisme 70 ans plus tard et serait condamnait par la loi.
A part pour ceux qui sont restés coincés sur leur bol de Banania, je ne vois vraiment pas en quoi, ce serait dénaturer l’oeuvre d’Hergé.

(Je rajouterais que d’autre theme de TinTin necessite un accompagnement de contexte ,par exemple sur la chasse et l’extermination des animaux, c’est pas piqué des hannetons ce qu’il faut expliquer sur le pourquoi du safari en 1930 et les jugements des enfants ne sont pas tendres pour les pratiques des hommes de ces années)

Ecrit par : Lecteur | 14.09.2009

Dans le commentaire de Lecteur (?) je rapprocherai : « Et ce n’est pas simple à faire , car la question entraine d’autres questions sur la colonisation et ainsi de suite.. » et « une petite page bien faite écrite et/ou illustrée pour expliquer… »
Comment, en UNE page, expliquer tout ça? J’ai hélas peur que ça ne soit pas possible. Un tel résumé : mais de quoi parlera-t-il ? Et surtout, de quoi ne parlera-t-il pas ??
Si les lecteurs ne sont pas capables de comprendre que Tintin au Congo a 80 ans & qu’on ne peut pas le prendre pour argent comptant, une page ne leur apprendra, j’en ai peur, pas grand chose…
Il y a un problème avec cet album, j’en conviens. Même si je déplore que les lecteurs d’aujourd’hui ne soient pas plus matures, je ne suis pas favorable à autre chose qu’à davantage d’éducation.

Ecrit par : [ALT+R] Fred | 14.09.2009

Vous sous-estimez et sur-estimez les capacités des enfants de primaire tout à la fois.
Ils comprennent trés bien les explications par analogie lorsqu’on leur propose simplement.
Et l’objet n’est pas de faire une introduction à la colonisation dans Tintin mais plutôt de sensibiliser les plus jeunes aux temporalités historiques et donc aux idées d’un temps A par rapport à un temps B.
Quand j’explique qu’il fut un temps où l’on croyait que la terre était plate ou qu’elle était le centre de l’univers ,les enfants sont toujours etonnés et fascinés de comprendre que l’on ne pensait pas avant comme aujourd’hui, fascinés de comprendre qu’eux même en savent plus à 8 ans en 2009 que l’homme adulte du 13é siecle sur la place des planéte . Que des hommes adultes prenaient pour vrai des choses fausses.
( je vous rapelle que l’education en France, c’est l’adulte, le professeur qui sait seul le vrai et l’enfant qui apprent en faisant des erreurs corrigés par l’adulte…. d’où un certain schéma de pensée , loin d’être neutre).

Par contre, lorsqu’on n’ inscrit pas les jeunes lecteurs dans cette notion de temporalité historique , tout est pris pour « argent comptant », et forment un gros sac d’information dont il est bien difficile de tirer des fils coherents par la suite.

Ce qui gêne sur le fond avec une introduction de présentation pour Tintin au Congo, c’est qu’implicitement il ouvre necessairement sur un jugement de valeur de l’enfant sur les hommes des 30es: « les blancs d’europe se croyaient meilleurs que les noirs d’Afrique , en fait ils ne les connaissaient pas et donc ils se trompaient. Donc les adultes , blanc dans la situation qui nous concernent ,peuvent se tromper ».

Vous n’allez tout de même pas me dire que la société française de 2009 n’est pas encore prête à « supporter » de se dire ça à haute et intelligible voix, à la fois que le monde des adultes n’est pas infaillible d’une part et d’autre part, que les idées produites sur l’homme noire n’ont pas été ce que la pensée occidentale à produit de plus pertinent pour l ‘harmonie global du monde.

Ecrit par : lecteur | 15.09.2009

Fred à raison, c’est une histoire d’EDUCATION !!!

Il faut, dés le primaire, que les enfants apprennent à lire (mais aussi à « voir » et à « entendre »… et oui, il y a aussi la télé, le cinéma, la radio, le net, etc…) avec esprit critique.

Par ailleurs, un « commentaire introductif » à « Tintin au Congo », quel qu’il soit, ne saurait être « neutre » et donc serait lui-même un sujet à polémiques. Résumer la colonisation en quelques lignes est totalement impossible. Des universitaires s’affrontent sur ce sujets depuis des années, ce n’est un quidam avec 50 lignes écrites à l’arrachée qui va « trancher ».
Fred a là aussi raison : de quoi parlerait ou ne parlerait cette introduction ?

L’histoire est un sujet sensible.
L’historiographie une chose difficile.

Je vous rappelle pour mémoire, les scandales qu’ont provoqué dans le monde universitaire les écrits d’Olivier Pétré-Grenouilleau (sur le « commerce triangulaire ») ou plus récemment de Sylvain Gougenheim (sur la transmission de la culture grecque sans passage par le monde islamique) On est loin de « Tonton au Congo » ou « Pim Pam Poum »… et le débats sur les écrits de ces deux auteurs sont loin d’être clos.

Je vous rappelle aussi qu’il n’y a pas si longtemps, vous nous avez fait tout un numéro sur « les noirs pendant la Libération de Paris »… Sans vérifier avant qu’il n’y en avait aucun car les américain avaient interdit à Leclerc la présence de noirs dans les équipages de chars.
L’histoire c’est toujours à prendre avec des pincettes et après 50 000 vérifications et recoupement des sources.

Ecrit par : Wang Badan | 15.09.2009

Il n’y a pas de débat à avoir, est-ce qu’on demanderait a un peintre de changer la peinture d’une toile plus de 50 ans après car elle pourrait choquer les gens qui la regardent ou de devoir changer les choses dessus, Tintin au Congo a été écrit ainsi et celà ne doit pas bouger, il faut être con pour ne pas comprendre que les mentalités ont changé sans avoir besoin de modifier un album d’Hergé On sait bien que les colonies c’est finies, l’esclavage aussi, ça marque juste le temps a une époque comme une photo !!! on ne va pas faire du photoshop pour retoucher toutes les photos de la seconde guerre mondiale de peur de choquer, là je trouve que tout celà va super loin pour quelque chose qui justement montre aux futures générations, les mentalités encore présente du siècle dernier, je ne renie pas mes origines car maintenant le monde a changé…Tsss

Ecrit par : gr3Gos | 15.09.2009

Malgré tout ce qui est dit précédemment j’ai quand même un gros reproche à faire à Hergé.
Lui même a reconnu que son livre n’avait été fait dans l’ignorance de qui étaient les africains. Selon l’image de l’époque, c’était de « grands enfants ». Après cela dans les années qui ont suivi Hergé a beaucoup voyagé de par le monde, c’est la raison pour laquelle les autres albums ont leur histoire en étaient plus « proche » de la réalité.
Pourquoi n’a t’il pas refait un album représentant l’Afrique (le Congo par exemple) où l’on voit les africains plus proche de la réalité.
Je sais qu’il a mis un interdit pour que quelqu’un continu les aventures de Tintin, je trouve qu’il a eu raison, par contre je trouverais génial que quelqu’un ose reprendre uniquement cette histoire et redonne de la dignité aux africains.

Ecrit par : ronald nogara | 15.09.2009

Lecteur : « »une petite page bien faite écrite et/ou illustrée pour expliquer… »
Comment, en UNE page, expliquer tout ça?»
Facile : Le texte du billet de Patrick ferait fort bien l’affaire !

Ecrit par : Le Bœuf Qui Pleure | 15.09.2009

C’est vous qui êtes Scandaleux Mr Lozès, Votre retournement de veste m’enchante :)
Quel moment pathétique voyant encore le jour sur votre blog!

Vos propositions sont tout à fait inappropriées et pour rappel Tintin, c’est l’histoire de la Belgique, pas de la France -_’

Ecrit par : Olivier | 15.09.2009

22 juin, 2009

Arabie Saoudite : un imam noir à la Grande Mosquée de La Mecque

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Religion

  Arabie Saoudite : un imam noir à la Grande Mosquée de La Mecque

 16/04/2009

Dans son édition d’hier (samedi 11 avril 2009), le New York Times dresse le portrait de l’Imam Adil Kalbani, le premier homme de couleur à accéder à la très haute fonction d’imam de la Grande Mosquée de La Mecque, au cœur de laquelle se trouve la Ka’aba, vénérée par les Musulmans du monde entier.Selon le New York Times, l’imam Adil Kalbani, fils d’immigrant noir avait fait, il y a deux ans de cela, un rêve prémonitoire dans lequel il devenait l’imam de la Grande Mosquée de la Mecque, mais à son réveil, il s’était empressé d’écarter ce rêve qu’il avait pris pour une incitation satanique à la vanité.

Il était alors loin d’imaginer que peu après, en septembre dernier, il allait être informé par téléphone que le Roi Abdullah l’avait choisi comme imam de la Grande Mosquée de la Mecque, du jamais vu dans l’histoire de la religion musulmane et du monde musulman tout entier : le Roi nommait un homme noir à la plus haute distinction à laquelle puisse accéder un imam. Un exploit ! Une première mondiale !

Ainsi, l’imam Adil Kalbani raconte qu’il a été interloqué quand on lui a annoncé que le Roi Abdullah l’avait choisi pour être le premier homme noir à mener des prières à La Mecque. Deux jours plus tard, sa profonde voix de baryton résonnait à travers les minarets de la Grande Mosquée et était transmise par les chaînes de télévision satellitaires aux centaines de millions de Musulmans dans le monde.

L’Islam n’est pas raciste

Les imams qui officient à la Grande Mosquée de La Mecque sont des célébrités en Arabie Saoudite. Le Cheik Adil est donc devenu une personnalité d’envergure internationale surnommé ‘‘Obama saoudien.’’ “Le roi essaie de convaincre le monde qu’il veut gouverner cette terre comme une nation, sans racisme ni aucune ségrégation,” a dit le Cheik Adil, un robuste barbu de 49 ans qui a été l’imam d’une mosquée de Riyadh pendant 20 ans. “N’importe quel individu qualifié, peu importe sa couleur, peu importe son origine, aura une chance d’être un chef, pour son bien et le bien de son pays”, a dit le Cheikh, faisant ainsi un parallèle entre sa nomination et l’élection de Barack Obama.

Le cheik Adil, comme la plupart des Saoudiens, est prompt à déclarer que le racisme n’est pas le fait de l’Islam, qui, dit-il, prêche l’égalitarisme, arguant que Mahomet lui-même avait des compagnons noirs. “Notre histoire islamique a tant de personnes noires réputées,” a dit l’imam, ajoutant que ce n’était pas le cas en Occident.

Pourtant, l’esclavage a été pratiqué en Arabie Saoudite jusqu’en 1962. Les Noirs y sont encore victimes de discrimination raciale. Mais le Cheikh Adil trouve une explication islamique à ce racisme : “Le prophète nous a dit que les classes sociales demeureront à cause de la nature humaine, celles-ci font partie des pratiques préislamiques qui persistent.”

Un Cendrillon musulman

Le père de Cheikh Adil était venu en Arabie Saoudite au cours des années 1950 et avait obtenu un emploi modeste dans un bureau du gouvernement. La famille avait peu d’argent et après ses études, Adil a été employé par les Compagnies aériennes saoudiennes, tout en assistant aux cours du soir à l’Université du Roi Saoud.

Ce n’est que plus tard qu’il a étudié la religion : laborieuse mémorisation du Coran et étude de la jurisprudence islamique. En 1984, il a réussi l’examen du gouvernement pour devenir imam et a travaillé brièvement à la mosquée de l’aéroport de Riyadh. Quatre ans plus tard, il a gagné une place plus importante à la mosquée King Khalid.

Marié à deux femmes et père de douze enfants, il a mené la vie routinière de la plupart des imams, dirigeant la prière cinq fois par jour à la mosquée et, donnant un sermon chaque vendredi. Il s’attendait à ce que les choses continuent ainsi pour le reste de sa vie. Jusqu’au jour où il reçu le fameux coup de téléphone lui annonçant que le roi l’avait choisi. Deux jours plus tard, il était accueilli par des princes à une grande réception où on l’a fait asseoir à la table du roi Abdullah en compagnie des ministres. Il avoue n’avoir pas osé, ce jour-là, adresser la parole au souverain, mais au moment de quitter la salle, il a remercié le roi et l’a embrassé sur le nez, en gage traditionnel de déférence.

Source : New York Times (10 avril 09)

http://www.maliweb.net/category.php?NID=43187&from=cat&page=8

14 mai, 2009

Diversité : «ce que je soumettrai au Président de la République le 7 mai»

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Interview de Yazid Sabeg, Commissaire à la diversité et à l’égalité des chances La Tribune

Diversité : «ce que je soumettrai au Président de la République le 7 mai»

En exclusivité pour La Tribune, Yazid Sabeg lève le voile sur ses 90 recommandations.

Yazid Sabeg

La Tribune – En ces temps de crise économique, la lutte pour la diversité et l’égalité des chances est-elle vraiment une priorité ?

Yazid Sabeg – Bien sûr que oui. La crise économique aura de lourdes conséquences sociales. Tous les Français en ressentiront ses effets, mais ceux pour lesquels ils seront les plus graves ce sont les plus fragiles, qui font justement l’objet de discriminations. Il ne faut jamais relâcher nos efforts contre les discriminations, surtout en temps de crise, le risque est grand que ressurgissent de vieux démons. N’oublions pas les enseignements de l’histoire. De plus, je suis de ceux qui considèrent que le progrès social est essentiel pour nourrir la reprise économique et l’amplifier.

 - On observe des phénomènes de rejets des immigrés ailleurs en Europe. Aux Pays-Bas, le parti du populiste Geert Wilders est en tête dans les sondages. Pas en France…

 - D’abord, cessons de toujours réintroduire la gestion des flux migratoires au centre des questions de diversité. Les sujets sont liés, mais il y a en France des français qui sont renvoyés à des origines supposées, à raison par exemple de leur couleur de peau, alors qu’ils n’ont migré de nulle part. Il est temps de les traiter comme des français à part entière et cesser de les confondre avec les migrants. Pour ce qui est de l’insertion des migrants et de leurs enfants, l’Europe compte une grande variété de situations historiques, culturelles et sociales. Tout le monde n’apporte pas les mêmes réponses. Ce qui est sûr, c’est qu’en idéologisant ces questions, on crée des tensions de toutes natures. C’est le cas aux Pays Bas. En France, il y a un consensus sur l’exigence de justice et d’égalité, même si beaucoup reste à faire.

 - Regrettez-vous l’absence de traitement au niveau européen des problèmes de discrimination ?

 - Non. Des principes s’imposent qui découlent de la convention européenne des droits de l’homme. Notre législation anti-discriminatoire, très complète, doit beaucoup à l’impulsion des directives communautaires. L’insertion des migrants et la diversité s’imposent également comme des sujets essentiels à Bruxelles. Les pays qui me semblent sur la bonne voie sont le Royaume-Uni et le Portugal par exemple. Les deux pays ont connu tout comme la France une modification de leur peuplement au cours des dernières années. Il y a dans ces pays de vrais débats sur ces questions et les anglais veulent mettre un terme à la simple juxtaposition des communautés. Les minorités y revendiquent l’égalité de traitement. En France nous avançons, mais à un rythme qui n’est à la hauteur ni des enjeux, ni des principes que l’on affiche sans toujours vérifier s’ils sont effectivement appliqués. Notre République proclame plus qu’elle ne fait. C’est tout le sens du changement proposé par le Président dans son discours du 17 décembre 2008.

 - Faut-il pour mesurer la diversité et établir ce que certains appellent des « statistiques ethniques » ? N’est ce pas un coup de canif dans notre modèle républicain qui affirme que tous les Français sont égaux ?

- Le coup de canif à notre modèle, ce sont les discriminations, et non la perspective de meilleurs outils de connaissance. Je récuse la formule de « statistiques ethniques » que je n’ai jamais employée et qui ne correspond pas à ce dont nous avons besoin. Ceux qui l’utilisent font une fixation maladive sur l’ethnicité, alors qu’il y a d’autres dimensions de la diversité, sociale, homme/femme… Parmi toutes ces dimensions la question ethnique est sensible, et je recommande effectivement qu’on puisse mieux l’observer, en garantissant la liberté et la protection de chacun, grâce à l’anonymat et au volontariat, sans recensement et sans « fichiers » bien sûr. C’est une des recommandations – une parmi 90 – que je soumettrai au Président de la République le 7 mai. Il n’y a rien là qui remette en cause le modèle républicain, au contraire. Tous les français sont égaux et il faut s’assurer qu’ils soient effectivement traités également. Je suis convaincu que la diversité est un indicateur utile – ce n’est pas le seul – pour le vérifier. Ces enquêtes seront un instrument de preuve des discriminations indirectes pour les plaignants, qui sont aujourd’hui démunis. Elles permettront de constater nos avancées et nos échecs, de faire porter nos efforts là où sont les besoins. Nous ne pouvons plus nous priver d’un outil de mesure mieux adapté à la réalité du corps social, et j’ai demandé à des personnalités qualifiées de nous dire comment procéder.

 - La Haute autorité de lutte contre les discriminations (HALDE) vient de demander la levée de toutes les conditions de nationalité pour les emplois réservés des trois fonctions publiques et de certains secteurs de la défense. Au total 7 millions d’emplois sont concernés. La soutenez-vous ?

 - La condition de nationalité a été établie pour des raisons précises. Elle ne peut être réduite à une simple discrimination. Elle ne peut être balayée d’un revers de la main. Je ne trouve rien de choquant aux conditions de nationalité pour ce qui relève directement ou indirectement de prérogatives de puissance publique, de souveraineté, de sécurité. Il faut sûrement en toiletter la liste, lorsque le critère de nationalité est manifestement injustifié ou abusif, mais on ne peut pas démanteler tout le dispositif. Enfin et surtout, cette question récurrente ne doit pas servir de rideau de fumée pour occulter nos retards sur les vrais sujets. Je ne voudrais pas qu’au moment où au sommet de l’Etat on se saisit enfin de la difficile question des discriminations, notamment celles qui résultent de la diversité du peuple français, on restreigne le sujet à l’éternelle figure de l’étranger, ce serait trop commode.

 - Cette position est-elle un exemple des divergences entre vous et Louis Schweitzer, le président de la HALDE ?

- Il n’y a aucune divergence. Sur de nombreux points, j’observe que Louis Schweitzer s’est plutôt rapproché de mes positions. Nous sommes tous deux du même côté de la ligne du combat de la lutte contre les discriminations.

 - Le successeur de Louis Schweitzer devrait-il être issu d’une minorité ?

 - Ce n’est pas une obligation. Toutefois je pense qu’on comprend mieux les discriminations lorsqu’on les a soi-même subies.

 - Est-ce que cette promotion de la diversité passe par une réforme de notre système éducatif ?

 - C’est la priorité. Il faut rendre notre école plus qualifiante pour favoriser l’accès des jeunes au premier emploi. Aujourd’hui, 700.000 jeunes quittent tous les ans l’école, plus de 100.000 d’entre eux sont sans qualification. Plus de 17% de la jeunesse française quittent le système éducatif sans diplôme. Quel gâchis ! Après trente ans de plans divers et variés, nous savons que les réponses ponctuelles ne marchent pas. Nous devons opter pour des mesures globales et structurelles : porter la durée de la scolarité ou de la formation de 16 à 18 ans, diversifier les voies d’accès aux formations d’élite, en revalorisant par exemple les filières technologiques, valoriser l’excellence au-delà des seuls critères académiques en étant multi-sélectif, compléter le système éducatif par un vaste programme en faveur des alternants..

 - Mais les ZEP (NDR : Zone d’éducation prioritaire, qui donne plus de moyens aux écoles participantes et où les enseignants sont volontaires), ça marche… Au moins pour maintenir le niveau alors que le chômage augmente …

- Vous l’avez dit : les ZEP maintiennent le niveau. Mais il ne s’agit pas seulement de le maintenir, if faut donner un avenir aux jeunes, à tous les jeunes des « quartiers », pas seulement les enfants de migrants. Les ZEP, c’est bien, mais elles manquent de moyens d’exception pour corriger les inégalités. Il faut donner plus, notamment à travers la réaffectation et le redéploiement des budgets et des liens entre les établissements prioritaires et ceux des centres villes.

 - Concrètement que proposez-vous ?

- Dans mes recommandations au Président de la République, je propose de restructurer l’offre scolaire, notamment en revalorisant des lycées techniques nombreux dans les quartiers pour qu’ils aient le même statut que les lycées d’enseignement général pour l’accès à l’enseignement supérieur, afin de proposer des filières de la réussite à tous les jeunes. Dans la même idée, il est souhaitable que les bacheliers STI (sciences et techniques industrielles, un bac technologique) ou STT (sciences et techniques tertiaires, autre bac technologique) puissent enfin vraiment accéder aux IUT, où les places sont occupées en quasi totalité par les bacheliers S. La dyslexie, qui fait des ravages dans les quartiers prioritaires, doit être repérée très tôt, dès le primaire, et je propose de créer des postes d’orthophonistes en nombre pour corriger les troubles du langage et accompagner les élèves de 6e et 5è. Enfin, il faudrait organiser la mobilité des jeunes au collège pour brasser les populations.

 - C’est le fameux « busing » à l’américaine …

 - Effectivement. Emmener chaque jour des élèves des « quartiers » étudier dans des établissements scolaires de centre ville a donné des résultats encourageants. Dans ce cadre, je propose de spécialiser les collèges. Certains auraient des classes de 6e et de 5e, d’autres de 4e et de 3e. La plupart des recteurs sont prêts à tenter l’expérience. Par ailleurs, chaque établissement scolaire devrait pouvoir créer une association soutenue financièrement par l’état, les collectivités territoriales, par une ou plusieurs entreprises et les habitants d’un quartier afin de proposer des voyages, des stages… Les grandes écoles et universités doivent s’associer à des établissements de banlieue qui peuvent ainsi devenir des lieux d’instruction de haut niveau. Nous pouvons tout changer avec de telles initiatives.

 - Et pour l’accès à l’emploi, que proposez-vous ?

 - Je n’ai qu’un mot en tête : l’alternance. C’est par un enseignement comportant des séquences équilibrées à l’école et en entreprise que les jeunes pourront s’insérer correctement et durablement dans la vie professionnelle. Ma proposition est que les entreprises soient tenues d’employer en alternance un nombre d’étudiants correspondant à 5% de leur effectif social.

- Mais comment motiver les jeunes quand le modèle du dealer dans les banlieues avec sa voiture de luxe peut sembler plus séduisant qu’un poste de salarié mal payé et précaire ?

 - Il faut arrêter les poncifs. Ce « modèle » ne fait pas rêver les jeunes. Les jeunes veulent un statut qui les insère dans la société avec un salaire et une formation. Ils sont prêts à s’engager si on leur donne autre chose que des jobs au rabais, et sont fatigués des mesures palliatives. Il faut tordre le coup aux idées reçues et aux préjugés véhiculés notamment par les médias, comme le communautarisme…

 - Vous ne craignez pas les dérives communautaristes ?

 - Arrêtons avec les formules toutes faites ! Qu’est-ce que le communautarisme ? C’est la revendication de droits spécifiques par des communautés organisées. Vous l’observez en France ? Moi pas. Il n’y a pas de demandes de ce type. Le vrai risque c’est celui de l’ « ethnicisation » des rapports sociaux, lorsque le regard des autres dit : celui là est différent, quand le « noir », « l’arabe » ou le « jaune » sont catalogués, rattachés à certains lieux, comportements ou fonctions… et présentés comme fauteurs de troubles.

 - Comment y remédier ?

 - Il faut amplifier la lutte anti-ghetto. La France a laissé s’ériger des frontières intérieures, sociales, territoriales et bientôt ethniques. Si on n’y prend pas garde, cela aboutira à une forme de guerre civile, comme l’on connue les Etats-Unis, dans les années 60. On ne mesure pas assez ce risque. Rappelez-vous comment les Etats-Unis s’en sont sortis : entre le moment où les athlètes noirs américains ont brandi le poing ganté de noir sur le podium des Jeux Olympiques de 1968 à Mexico, ce qui avait fait scandale, et le moment où les sprinteuses noires des Etats-Unis se sont drapées dans la bannière étoilée aux JO de Séoul en 1988, entre ces deux images, il y a eu l’ « affirmative action », une action politique volontariste de plus de vingt ans en faveur de l’équité. Nous devons faire de même en France, mener une vraie politique d’égalité réelle pour tous, pas seulement pour les banlieues, pour tous les jeunes.

 - Une telle politique nécessité de gros moyens alors que la France entre en récession…

 - J’ai déjà évoqué la nécessité d’un redéploiement. Prenez l’éducation nationale. C’est un très gros budget avec de nombreux fonctionnaires. Or, je constate qu’à l’école primaire et dans le secondaire, où se joue une partie essentielle de l’avenir des enfants, nous dépensons des milliards d’euros, bien plus que dans d’autres pays, tout en affichant des taux élevés d’échec scolaire voire d’analphabétisme. On peut certainement s’y prendre plus efficacement.

 - Allez-vous en convaincre Nicolas Sarkozy ?

 - Il sait bien que les Français sont attentifs sur ces questions. Comme ministre, il a connu les crises de 1986-87, de 1993-94, de 2005-2006. Le Président de la République mesure parfaitement ce qui est en train de se passer dans notre pays, il est même selon moi le premier Président à avoir pris réellement conscience de cette situation et a avoir décidé de ne plus l’éluder. Moi, je ne suis qu’un micro rayon du système.

 - Vous parlez de mesures à prendre par la puissance publique mais qu’attendez-vous des entreprises dans ce paysage ?

 - Il faut qu’elles relayent les initiatives décidées par le Président de la République et le gouvernement. Nous allons connaître une opportunité historique. A partir de 2010, ce sera le papy krach avec des départs massifs à la retraite, à condition de ne pas retarder ce processus. Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail devront être suffisamment formés. Les besoins sont immenses et très variés, de l’ingénieur à la fonction hospitalière. C’est un vrai défi pour notre système de formation, tout le monde, Etat, entreprises, collectivités territoriales, vont devoir agir de concert et rapidement. Il va falloir relever le niveau de qualification de nos élèves car nous sommes encore loin de l’objectif européen de 50% d’une génération diplômée du supérieur. Parallèlement, les entreprises vont devoir redoubler d’efforts en termes de formation. Elles se développent surtout à l’étranger – ce qui pose d’ailleurs la question de l’attractivité et de la compétitivité de notre pays – mais elles ont aussi des besoins en France, en milliers de postes, auxquels il faudra répondre. La solution ne pourra être le recours illusoire à l’immigration. Il faudra identifier et promouvoir les talents où qu’ils soient, hors des schémas classiques de recrutement et de cooptation.

 - Les entreprises vont-elles jouer le jeu ?

 - On est en droit de s’attendre à ce que l’égalité de traitement y soit exemplaire. Si ce n’est pas le cas, il existe des dispositifs légaux et des tribunaux pour réprimer les discriminations. Plutôt au civil qu’au pénal d’ailleurs selon moi, pour des raisons d’efficacité et d’aménagement de la charge de la preuve, de sanctions financières, pour la publicité consécutive à la décision de justice. Ceci dit, on ne règlera pas les problèmes sociaux inhérents aux discriminations par la répression. Ce sont les processus de recrutement et de promotion qu’il faut réviser. Des entreprises françaises et leurs dirigeants ont déjà manifesté la volonté de changer les choses, elles ont aussi besoin d’outils et de soutien. Chacun doit comprendre l’intérêt d’intégrer des profils différents à tous les niveaux de l’entreprise, pour dynamiser les équipes, mais aussi attirer les talents où qu’ils soient : être plus inclusif, c’est aussi être plus attractif. Certains pays y sont parvenus, je pense au Canada.

 - Allez-vous reprendre les 21 propositions faites récemment en ce sens par Claude Bébéar, l’ancien patron d’Axa et révélées par latribune.fr ?

 - Certaines sont reprises dans mon programme, notamment pour l’égalité de traitement au sein des entreprises, et pas seulement par le CV anonyme. Mais dans un autre registre il faut aussi apprendre très tôt à tous les jeunes français que notre pays s’est construit grâce sa diversité, leur raconter l’histoire complète, leur dire que nos ancêtres n’étaient pas seulement des Gaulois.

Propos recueillis par Pascal Junghans, Pierre Kupferman et Olivier Provost

Lien permanent vers cet article :
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Vos réactions

  • babthebabs a écrit le 10/05/2009 à 20:17 :

    • Je ne savais pas que mon arrière grand-père s’était battu pour ça dans les tranchées, même chose pour mon grand père qui a rejoint De Gaulle en 40 en Angleterre, en tous cas ils doivent se retourner dans leur tombe. Ce modèle, multiculturel et multiethnique, nous est imposé depuis 40 ans seulement ( POUR LA PLUS GRANDE FORTUNE DES PATRONS QUI ONT PU EXPLOITER DE LA MAIN D’OEUVRE IMMIGREE A BAS COUT, ET C’EST TOUJOURS LA MEME CHOSE AUJOURD’HUI ). Jamais on ne nous a demandé notre avis, à nous le petit peuple qui récoltons les pots cassés de cette politique suicidaire, engagée par des politiques qui se fichent pas mal du pays, mais ne pensent qu’a s’installer au pouvoir.Ce multiculturalisme, on ne l’a pas demandé, on nous l’a imposé et on continue à nous l’imposer depuis. Nos origines, que connait-il de nos origines Mr Sabeg? elles sont indo européennes ou caucasiennes, certainement pas noire ou arabe. On veut modifier notre pensée en installant le doute dans l’esprit des gens, en allant jusqu’à nous faire renier nos origines européennes et chrétiennes ( et c’est un athée qui vous parle ), à nous renier nous même. Comment ne pas s’affoler de la construction de toutes ces mosquées dans notre pays depuis 20 ans, est ce cela nos origines ? Qu’attendez vous pour vous réveiller ? Allez voir un peu ce qu’en pensent les minorités chrétiennes en pays musulmans. Et puis d’ailleurs, par quel miracle ce système fonctionne-t-il en Grande Bretagne ? Où a-t-il vu cela Mr Sabeg ?

         

  • Nadia a écrit le 30/04/2009 à 20:15 :

    • M. Sabeg a raison sur bien des points, mais il en est un qui choque terrrriblement, c’est quand il prend le Royaume-Uni en exemple: NON merci nous ne voulons pas de policière voilée, et de tribunaux appliquant la charia dans nos banlieues. Mes amies maghrébines sont épouvantées à cette idée. Ceci dit, M. Sabeg est un homme intelligent et sait de quoi il parle. Faisons lui confiance

         

  • Internet interné a écrit le 29/04/2009 à 17:27 :

    • Encore un type qui sort de nul part, pas élu par le peuple, qui va nous apprendre NOTRE histoire, la façon dont on doit penser, ce qu’on a le droit de dire ou pas, qui nous explique encore une fois, que le bon français de base n’est qu’un raciste. « Les pays qui me semblent sur la bonne voie sont le Royaume-Uni et le Portugal par exemple.  » Voila l’objectif est affiché, demain comme au royaume-uni, au nom des valeurs de tolérance et de respect, on aura des tribunaux islamique pour régler les affaires civiles, on enverra des gamins de 10 ans devant les tribunaux pour avoir insulté son camarde de classe de « Ben Laden », on interdira l’entrée sur le territoire national de personnes comme Geert Wilders au nom des valeurs de liberté d’expression et de tolérance. « - Mais comment motiver les jeunes quand le modèle du dealer dans les banlieues avec sa voiture de luxe peut sembler plus séduisant qu’un poste de salarié mal payé et précaire ? – Il faut arrêter les poncifs. Ce « modèle » ne fait pas rêver les jeunes.  » C’est vrai, c’est pas du tout à la mode. Est ce que Yazid est payé avec mes impots? Oui?

         

  • banco pas illcio a écrit le 29/04/2009 à 17:25 :

    • Et la discrimination vis a vis des femmes, la plus simple à mon avis à corriger, pourquoi personne ne s’y attèle avec autant de vigueur??? Et si on commençais par l’egalite des salaires??? En 3 mois c’est réglé!!

         

  • Marie a écrit le 29/04/2009 à 15:31 :

    • Monsieur Sabeg reecrit l’Histoire maintenant… « Nos ancetres n’etaient pas seulement des Gaulois »: c’est-a-dire? Que la France etait aussi peuplee de Noirs, d’Arabes et d’Asiatiques au Moyen-Age ou au 18e par exemple?! Il nous prend vraiment pour des idiots! La realite, c’est qu’avant les vagues d’immigration massives a partir des annees 1950, la France etait un pays a tres grande majorite blanche depuis toujours. On essaie maintenant de bourrer le mou des Francais avec la « diversite », le « multiculturalisme » alors meme que de nombreux immigres ne veulent pas s’integrer, que le communautarisme fait rage et que notre pays est incapable (ou ne veut pas) enrayer une immigration bien trop importante.

         

  • vicomte a écrit le 28/04/2009 à 11:04 :

    • on entend toujours les mêmes litanies concernant l’immigration: priorité à l’éducation, égalité des chances etc…La lâcheté des gouvernements européens devant ce que l’immigration a de plus préjudiciable pour les sociétés occidentales est absolument déplorable. Les personnes issues de l’immigration qui d’une manière quelconque mettent en danger la sécurité des français et nuisent ala paix sociale de notre pays devraient être systématiquement déchus de la nationalité et réexpédiés dans leur pays d’origine pour purger leur peine quelle que soit la « génération francisée » à laquelle ils appartiennent. Au lieu de gloser sur la sacro-sainte égalité et le droit nos politiciens feraient mieux de mettre en avant le concept de Devoir.D’autre-part l’immigration devrait strictement être limitée à la CEE puisque contrairement à ce que veulent faire croire la poignée de beaux parleurs qui nous dirigent, ce n’est pas le nombre d’habitants qui fait la qui fait la force d’un pays mais la qualité de ceux-là.

21 avril, 2009

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier« Maman en chef »

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Gamma

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

« Maman en chef »

Michelle et ses deux filles Sasha (7 ans) et Malia (10 ans).

 

 

Le Figaro

Michelle, une First Lady atypique au caractère d’acier

Cendrillon brillante, la nouvelle première dame est naturellement une star. L’ombre ne peut l’effrayer.

Paru le 20.01.2009 , par François Hauter

(1/3)

Avec son menton volontaire et son sourire rayonnant, elle arrive de Chicago. Chicago, c’est le muscle de l’Amérique, l’endroit où toutes les richesses des grandes plaines convergent et se négocient, la ville où les hommes de caractère se forgent des destins exceptionnels, en prenant des risques, et en imaginant des solutions auxquelles les autres Américains ne songeraient même pas. Les hommes et les femmes de cette ville ne sont ni des visionnaires, ni des rêveurs. Ils sont des bâtisseurs. Michelle Obama, 44 ans, née Robinson, est donc une femme de Chicago, et avec son mari, c’est cette force concentrée qui prend le pouvoir à Washington.

Les élites noires de la capitale fédérale, tellement sophistiquées et raffinées que l’on en a parfois un peu honte pour les manières des Blancs, vont devoir s’adapter à « Michelle » (prononcez « Miiicheeel », comme dans la chanson des Beatles), « le roc de ma famille », explique Barack Obama.

Comptez deux « Michelle » à partir d’aujourd’hui. La First Lady d’abord, dont chaque geste, chaque tenue vestimentaire ou la moindre remarque sera interminablement commentée, d’autant qu’elle sera la première femme noire à occuper ce rôle de « reine des mères d’Amérique ». Les Américains chargent traditionnellement leurs présidents de tant d’espoirs, ils les idéalisent si fort au début de leurs mandats, que leurs épouses sont elles aussi hissées au firmament des millions de housewives (femmes au foyer) du pays.

 Tous les en kiosque

 http://madame.lefigaro.fr/celebrites/en-kiosque/1816-michelle-une-first-lady-atypique-au-caractere-d-acier/2

PAP NDIAYE, Professeur A L’ECOLE DES HAUTES ETUDES EN SCIENCES SOCIALES de PARIS : « L’Europe se rend un mauvais service en durcissant ses politiques migratoires »

http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=46040

PAP NDIAYE, Professeur A L’ECOLE DES HAUTES ETUDES EN SCIENCES SOCIALES de PARIS : « L’Europe se rend un mauvais service en durcissant ses politiques migratoires »

 

Le mois de février étant consacré aux Etats-Unis à la communauté noire, les universités américaines ont organisé une multitude d’activités. Dans ce cadre, le professeur français d’origine sénégalaise, Pap Ndiaye, était le 12 février dernier à l’Université d’Etat de New York, à Albany, pour animer une conférence sur le thème « Blacks and Blackness in Contemporary France ». En marge de cette conférence, il nous a accordé un entretien exclusif, dans lequel il a fait l’état des lieux de la condition des Noirs en France, en comparaison avec celle des Africains-Américains.

Comment se présente actuellement la situation des Noirs de manière globale en France ?

Mon sentiment est que les populations noires en France sont l’objet de formes de discrimination, particulièrement dans des secteurs comme le monde du travail, mais aussi dans la politique et dans d’autres domaines de la vie sociale, des formes sociales qu’il est important d’étudier pour se mobiliser contre elles et élaborer des politiques publiques qui les fassent reculer. De ce point de vue, il est important de distinguer le racisme de la discrimination. Ce sont deux choses différentes. Le racisme c’est l’insulte raciste, la violence raciste, qui heureusement reste rare en France et qui d’ailleurs touche peut-être plus les Nord-Africains que les Noirs d’Afrique ou des Caraïbes. C’est moins cela qui est en jeu aujourd’hui, que les questions de discrimination, c’est-à-dire des phénomènes beaucoup plus souterrains, beaucoup plus hypocrites à certains égards par lesquels, quand on est Noir et qu’on a pourtant un bon diplôme, on a plus de mal à trouver un travail que quand on est Blanc avec les diplômes équivalents et que les carrières professionnelles ne sont pas non plus exactement les mêmes. Donc la question assez centrale aujourd’hui, est plus la question de la discrimination que celle de la lutte antiraciste, même si celle-ci demeure quand même importante.

Qu’est-ce qui fait que les discriminations restent toujours actuelles en France, alors que les populations étrangères, notamment maghrébines et noires, vivent en France depuis des années ?

Le fait qu’il y ait une population d’origine africaine ou nord-africaine installée depuis assez longtemps en France, surtout depuis les années soixante dans sa grande masse, ne suffit pas en lui-même à faire disparaître et reculer les discriminations. Autrement dit, les discriminations sont un phénomène ancré depuis longtemps dans la société française, mais il faut bien reconnaître qu’il a fallu attendre la fin des années 90, pour s’en préoccuper de manière forte. Autrement dit, pendant très longtemps les discriminations étaient un peu niées, mises sous le tapis par contraste avec d’autres pays où la question des discriminations est venue sur le devant de la scène de façon beaucoup plus précoce. Par exemple, dans les années 70 aux Etats-Unis. En France, on s’en soucie depuis assez peu. C’est sans doute à cause de la lutte antiraciste avec ces mobilisations, le combat contre le Front national, qui occupaient tant les esprits dans les années 80. Donc, on est très en retard par rapport à d’autres pays sur la question de la lutte contre les discriminations, sur la question de la discrimination positive. Sur toutes ces questions-là, la France fait aujourd’hui un peu de rattrapage.

Le gouvernement a-t-il un rôle à jouer dans la lutte contre ces discriminations ?

L’action politique est fondamentale. Et il y a des exemples dans beaucoup d’autres pays qui montrent que l’action politique est nécessaire. Que peuvent faire le monde politique, le gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat et l’instance judiciaire ? La justice peut par exemple agir, en étant beaucoup plus active pour condamner les comportements discriminatoires. Aujourd’hui, force est de reconnaître que les comportements discriminatoires sont très peu condamnés par la justice qui ne s’y intéresse pas tellement, qui n’est pas tellement formée à ce sujet. Bref, il y a très peu de procès là-dessus.

Il y a également d’autres actions que l’Etat peut mener du côté exécutif et législatif, par exemple des actions qu’on appellera les actions de promotion de la diversité, d’« affirmative action », en reformant le système de l’Enseignement supérieur de manière à ce qu’il soit un tout petit peu moins injuste pour les minorités en général, en faisant de telle sorte qu’à l’embauche il y ait des procédures qui permettent d’améliorer un peu la situation. Par conséquent, la politique a son rôle à jouer. Ce n’est pas exclusif. D’autres domaines, par exemple le monde des affaires et le monde économique ont aussi un rôle très important à jouer.

Parlant des embauches, on avait évoqué en France l’instauration du curriculum vitae anonyme. Où est-ce qu’on en est ?

La loi de mars 2006 pour l’égalité

des chances prévoyait l’institution du curriculum vitae anonyme dans les embauches, mais les décrets d’application n’ont jamais été signés, ce qui fait qu’il n’est pas toujours adopté, sauf exception par les entreprises volontaires. L’exemple le plus connu est celui de l’assureur Axa qui a introduit le curriculum vitae anonyme en France. On a un bilan de la manière dont il est pratiqué dans des pays comme la Grande-Bretagne et dans une certaine mesure en France. Ce bilan est positif. Il consiste à éliminer des signes qui pourraient servir d’appuis à un comportement discriminatoire. Cette étape consiste à faire disparaître les photos, les noms, les adresses et à ne laisser que le parcours professionnel et académique. Vous allez me demander ce qui se passe quand il y a un entretien. C’est vrai que quand on a un entretien, on se présente avec sa tête, sa couleur, son nom, etc. Sauf qu’on sait que les comportements discriminatoires à l’embauche sont ceux qui consistent, dès le début, à éliminer des curriculum vitae, à les mettre à la corbeille. C’est l’étape la plus violente pour les candidats issus des minorités visibles. Lorsqu’ils parviennent à franchir cette première étape, par exemple par le biais du curriculum vitae anonyme, ils ont leur entretien, ils peuvent se défendre, se présenter et de surcroît la personne qui mène l’entretien doit justifier ensuite pourquoi, elle a pris ou n’a pas pris telle ou telle personne. Donc on est dans les procédures qui peuvent être examinées, qu’on peut discuter, alors que la première étape qui n’est pas souvent franchie consiste tout simplement à mettre à la poubelle discrètement les candidatures. Le curriculum vitae anonyme ne résout pas tout, mais permet de franchir la première étape qui est la plus difficile et les résultats qu’on a actuellement sont bons en la matière. C’est quelque chose qui me semble positif et regrettable au fond que ces dispositions-là, n’aient toujours pas été appliquées.

A votre avis, ces dispositions seront-elles appliquées de manière formelle par le gouvernement ?

Il faudrait qu’il signe les décrets d’application. C’est une question de volonté politique pour obliger les entreprises à adopter le curriculum vitae anonyme en leur sein. Cela veut dire aussi que dans chaque entreprise, il y aura une petite cellule qui se chargera d’anonymiser aussi, parce que tout le monde n’est pas au fait de la manière dont on envoie un curriculum vitae anonyme. Par exemple quand un curriculum vitae est reçu, les personnes chargées de le traiter vont enlever la photo, le nom, tout normaliser, afin de faire disparaître toute espèce de points d’appui à la discrimination. Et ensuite la cellule qui s’occupe de la question, va vérifier si l’entretien et ses résultats sont conformes à ce qu’on peut attendre d’un objectif qui est celui de diversité.

Parlant de la discrimination positive, quels points importants pourriez-vous prendre chez les Canadiens et Américains qui ont une longue expérience dans ce domaine ?

Pour que la France avance sur ce sujet, il faudrait d’abord qu’il y ait un débat honnête sur l’« affirmative action ». Moi je dis plutôt actions positives que discriminations positives, parce que le terme est traduit déjà de manière malheureuse, que dès le départ il est lesté d’une connotation négative, qui fait déjà dire que ce n’est pas bon. Il faudrait d’abord l’examiner honnêtement et en particulier regarder les aspects positifs de l’action positive aux Etats-Unis, alors qu’en France elle est souvent caricaturée de telle manière qu’on dit ensuite qu’on n’en veut pas. Ce n’est pas bien. Par exemple, en France on va dire que l’action positive est synonyme de politique de quotas, ce qui n’est pas absolument vrai, vu que les politiques de quotas n’existent plus aux Etats-Unis depuis 1978. C’est la diversité qui est le mot à l’ordre du jour depuis cette date. Bref, il convient d’abord d’avoir un débat honnête sur ces questions, de regarder les expériences étrangères, certes des Etats-Unis, mais aussi celles d’autres pays comme le Canada, la Grande-Bretagne, l’Inde, l’Afrique du Sud. Il y a beaucoup d’expériences d’actions positives de par le monde. Il n’y a pas raison de se centrer seulement sur les Etats-Unis, même si c’est sur ce pays qu’on a plus de données.

Quelles actions concrètes peut-on faire en France comme actions positives ?

On peut faire des politiques qui visent à encourager fortement la diversité dans les lieux où elle n’a pas cours. Par exemple, aux Etats-Unis l’action positive couvre trois domaines : l’entrée dans les universités, l’attribution des marchés publics, le recrutement dans la Fonction publique. On peut déjà faire de telle sorte que l’entrée dans les universités, surtout dans les filières sélectives comme les classes préparatoires, les grandes écoles, soit profondément réformée, par exemple sur le modèle des Sciences Po. C’est-à-dire on considère que le concours est en lui-même tellement discriminatoire que l’on imagine une voie qui soit un moyen de contournement. Cela a bien réussi du côté des Sciences Po. Pour ce qui est des marchés publics comme aux Etats-Unis, on peut aussi décréter que l’Etat ne passera des marchés avec des entreprises que si ces dernières se conforment à un cahier des charges de la diversité, pas simplement un cahier des charges qui tient compte de l’environnement et d’autres choses. Mais que l’entreprise montre qu’il y a de la diversité en son sein, pas seulement pour les balayeurs et ceux qui font le ménage dans les bureaux. Ce serait trop facile à remplir comme condition. Mais la diversité dans les échelons moyens et supérieurs de l’entreprise, là où il n’y a que des hommes blancs. Pareil pour la Fonction publique. A ce niveau, puisque c’est l’Etat qui décide, on peut très bien faire de telle sorte que la diversité soit favorisée dans les échelons où il y a peu de femmes et de non-Blancs. C’est une question de volonté politique.

Evoquant les actions positives, comment interprétez-vous le fait que le président Sarkozy ait nommé quelques femmes d’origine africaine à des postes de haute visibilité dans le gouvernement ?

En soi, c’est une bonne chose dans la mesure où cela a pour effets de familiariser les Français avec l’idée que, quand on est Noir et qu’on passe à la télévision, on n’est pas simplement un champion de sports, ou bien une vedette de chanson, mais qu’on peut être aussi un homme ou une femme politique avec des responsabilités importantes. Néanmoins, il y a lieu d’être un peu critique après plusieurs mois de gestion du pouvoir, étant donné que cette politique de nomination n’a pas été suivie, ni dans les appareils politiques par des candidats aux différentes élections qui se sont déroulé ces derniers temps. Cela est d’autant vrai que les élections en démocratie sont plus importantes que la nomination, elles donnent plus de légitimité. D’ailleurs, on constate actuellement qu’il y a quelques ministres qui sont en difficulté, parce qu’ils n’ont pas de légitimité. Ces ministres sont entièrement dans la main du président. C’est un peu l’effet du prince. C’est le cas de Mesdames Yade et Dati. On sent bien que leur carrière ne tient qu’à la volonté présidentielle. Et d’autre part, depuis leur nomination, on ne peut pas dire qu’il y ait une politique ambitieuse de réduction des discriminations qui se soit lancée. Autrement dit, leur nomination apparaît un peu quand même comme une politique d’affichage. Le terme utilisé aux Etats-Unis pour parler de cela est le « token politics ». Cela veut dire qu’on nomme les gens pour donner l’illusion de la diversité, alors qu’on ne fait rien. Par exemple, l’administration Bush avait nommé des personnalités noires à des postes importants. C’est le cas des personnes comme Condoleezza Rice ou Colin Powell. Pourtant cette administration a été particulièrement hostile aux minorités visibles et aux Africains-Américains pendant huit ans. Force est de le reconnaître. Dans le cas français, il y a des craintes de « token politics ».

Parlant des immigrés vivant en France et particulièrement des immigrés africains, quel est l’état de leur situation actuellement ?

Vous avez raison de distinguer les immigrés africains des autres. D’une certaine façon, les immigrés africains sont ceux dont on veut le moins. En quelque sorte, il y a une hiérarchie dans le monde des immigrés. Il y a ceux dont on veut bien, ceux qui sont même applaudis, ceux qu’on essaie de faire venir, par exemple les immigrés très formés qui viendraient d’Europe, d’Amérique du Nord, même d’Inde, le fameux ingénieur indien qui fait rêver tout le monde. Ensuite, il y a les immigrés dont on veut moyennement, à savoir ceux qui viennent d’Asie, ou d’Europe et du Moyen-Orient. Et puis, tout en bas il y a les immigrés dont on ne veut pas du tout, ce sont plutôt les Nord-Africains et les Subsahariens Africains. On voit bien qu’un certain nombre de mesures prises ces derniers temps par le gouvernement actuel, sont des dispositions qui visent directement les immigrés africains et pas ceux d’autres régions du monde.

Justement, au nombre de ces dispositions, on peut évoquer les tests ADN que le gouvernement voudrait imposer aux candidats à l’immigration devant rejoindre leurs proches en France dans le cadre du regroupement familial. Quelle est votre lecture de cette disposition ?

A l’évidence, ces tests ont été faits pour viser les immigrés africains puisqu’un sénateur a expliqué que, les états civils d’un certain nombre de pays africains étaient trop flous et qu’ils ne permettaient pas de vérifier les filiations. Donc, les immigrés qui sont dans la ligne de mire du gouvernement sont ceux d’Afrique et dont le gouvernement n’en veut pas d’une manière générale. C’est assez clair, le gouvernement français a affirmé son opposition contre le droit international à l’immigration de réunion familiale (une décision qui vise directement les migrants africains) et contre ses propres intérêts parce que si on veut faire venir les migrants de travail qualifiés, il faut aussi leur donner l’impression que leurs familles seront bien accueillies. C’est ridicule de penser indépendamment la migration de travail de la migration familiale, d’une manière générale. En plus, j’ai l’impression, qu’au-delà du cas français, à l’échelle de l’Europe, c’est une politique assez fermée, conservatrice, qui s’est mise en place, où la France joue d’ailleurs un rôle d’impulsion, avec le ministre Brice Hortefeux qui s’est démené pour que l’Europe durcisse ses politiques. Une Europe qui tend à se barricader derrière des barrières aussi hautes que possible, en particulier dans les pays qui sont en contact avec la migration africaine, à savoir l’Espagne et les pays du Sud de l’Europe et même la Turquie et la Grèce. On vit actuellement des temps assez durs, avec de surcroît pour les immigrants installés en France, le danger permanent d’être arrêtés et expulsés dans des conditions lamentables. Il y a aussi les cas des enfants qui peuvent être arrêtés à la sortie de l’école, sous prétexte qu’ils sont nés de parents illégaux, sans parler des contrôles d’identité permanents et les rafles.

Le nouveau ministre de l’Immigration en France, Eric Besson, vient de relancer le débat sur les tests ADN. Qu’en dites-vous ?

Cela participe d’un durcissement et d’une stigmatisation de l’immigration africaine, en reprenant les vieux stéréotypes sur des filiations qui ne seraient pas établies, étant donné que pour eux, tous ces Africains on ne sait jamais qui est le fils, le père de quelqu’un et qu’il faut donc le prouver par le sang. Ce qui est une folie, parce qu’on sait bien que la famille n’est pas seulement faite de liens biologiques, mais de liens sociaux. Bien entendu, on peut très bien élever des enfants qui ne sont pas ses propres enfants. On peut être père biologique et mal élever ses enfants et même s’en débarrasser. Donc le lien me paraît vraiment tout à fait lamentable. Encore une fois, cela participe d’une stigmatisation de l’Afrique et des Africains en général. Quand l’idée du test ADN a été lancée, il y a eu une forte mobilisation en France pour faire reculer le gouvernement. Je trouve donc tout à fait inquiétant que le ministre Besson ramène le débat.

(A SUIVRE)

Propos recueillis à New York par Anoumou AMEKUDJI

25 novembre, 2008

Livre :  »femmes remarquables aux XIX è siècle » : le cas de Joséphine de Beauharnais

Livre :  »femmes remarquables aux XIX è siècle » : le cas de Joséphine de Beauharnais
24/11/2008
 

 

Livre : ''femmes remarquables aux XIX è siècle
Dans son livre  »femmes remarquables au XIXè siècle, Liesel Schiffer évoque le portrait de plusieurs femmes qui ont marqué ce siècle. Elle a répondu à nos questions concernant la cas particulier de Joséphine de Beauharnais, béké originaire de la Martinique et qui fut l’épouse de l’empereur des français, Napoléon Bonaparte
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Par Paul Yange

 

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Bonjour Liesel Schiffer. Vous êtes l’auteur de « femmes remarquables aux XIXème siècle », un livre dans lequel vous dressez des portraits de femmes qui ont marqué cette époque, de Joséphine de Beauharnais à Germaine de Staël. Comment les avez-vous choisi ?

Le XIXème me paraît une période fascinante parce vraiment le moment du passage entre l’ancien monde et la modernité. Joséphine de Beauharnais et Germaine de Staël sont des femmes de l’Ancien Régime jetées dans la Révolution puis le monde neuf qui en est né. Charlotte Brontë est représentative du milieu du siècle, héritier du romantisme. Ce romantisme est alors vécu intellectuellement par les femmes, à travers la littérature et la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes; la créature vierge et précieuse que l’homme doit conquérir tel un preux chevalier.

Dans leur vie réelle, au contraire, après la trop brève parenthèse de liberté que furent les Lumières et le début de la Révolution, les femmes voient la chape de plomb du puritanisme religieux et social leur retomber sur les épaules dès le milieu du siècle, sous la Restauration puis le Second empire. La reine Victoria et Caroline Otero, nées en plein XIXème siècle, disparaissent, la première en 1901 et la seconde en 1965 mais sa carrière s’est éteinte dès la Première guerre mondiale, dans une période déjà beaucoup plus proche du monde d’aujourd’hui.

quote_left L’influence politique de Joséphine sur Napoléon était nulle quote_right

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transparent transparent Joséphine de Beauharnais, Impératrice des Français, en costume impérial. (détail du grand portrait officiel) transparent transparent  
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Pour en revenir au cas particulier de Marie-Joseph Rose Tascher de la Pagerie plus connue sous le nom Joséphine de Beauharnais, pouvez-vous nous la présenter ?

Joséphine est en effet née Tascher de la Pagerie, descendante de Pierre Belain d’Esnambuc, l’aristocrate normand qui a accosté sur l’île de la Martinique au nom du roi de France au XVIIème siècle. En 1623, Belain d’Esnambuc “peuple” l’île avec une partie de son équipage et une quarantaine d’esclaves. Son second, monsieur de l’Olive, procède de même avec la Guadeloupe. Aujourd’hui, à Paris, dans le XVIIIème arrondissement, au métro Marx Dormoy, le marché couvert porte encore le nom de ce dernier, le marché de l’Olive. Ce grand bâtiment, actuellement en rénovation, est jouxté par les rues de la Martinique et de la Guadeloupe.

En 1779, Joséphine épouse en premières noces Alexandre de Beauharnais, fils de François de Beauharnais, gouverneur et lieutenant général des îles de la Martinique et de la Guadeloupe. La future impératrice des Français est donc une vraie béké et toute la première partie de sa vie s’est déroulée dans ce milieu des aristocrates planteurs des Antilles. Joséphine garde de son île natale le goût de la nature qu’elle tentera de reconstituer à la Malmaison et c’est aux Trois Ilets, la propriété de ses parents, qu’elle vient se réfugier, en 1788, après sa séparation d’avec Alexandre. La personnalité de Joséphine ne m’attirait pas spécialement avant de travailler à sa biographie. J’avais l’impression, erronée, d’une femme de la haute société devenue impératrice par son mariage au fil d’une vie assez tranquille.

quote_left La Révolution a donné à cette femme une vie à la fois plus dure et certainement plus intéressante que si elle avait vécu sa banale destinée d’aristocrate quote_right

En fait, la destinée de Joséphine est chaotique, étonnante, faite de rebondissements constants et paradoxalement moderne. Mariée à un inconnu comme c’était le cas dans la plupart des unions arrangées de l’époque, confrontée à la cyclothymie de son époux qui la jette à la rue, puis engagée contre sa volonté dans les tourments de la Révolution qui la laissent veuve et quasiment sans ressources, Joséphine doit assumer seule sa destinée, ce qui est rare pour une femme de sa condition. Elle y prend goût d’ailleurs, en vrai “célibattante” et hésite fortement à accepter la proposition de Bonaparte lorsque celui-ci lui offre le mariage. Et même après les fastes de la période impériale, Joséphine, contrainte de divorcer par Napoléon, se retrouve à nouveau seule, bien que financièrement à l’abri du besoin.

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La Révolution a donné à cette femme une vie à la fois plus dure et certainement plus intéressante que si elle avait vécu sa banale destinée d’aristocrate des Antilles dans sa plantation ou même à la cour de Versailles. Très tôt, dès l’apparition des conflits surgissant avec son premier mari, elle réagit comme une femme divorcée d’aujourd’hui : quand il lui fait subir cette forme de “répudiation” sous le faux prétexte qu’elle le trompe, courageusement, Joséphine dépose plainte contre Alexandre auprès d’un commissaire du Châtelet et obtient de son conjoint une pension, lui accordant, en échange, un droit de visite pour leurs deux enfants. Puis après, pendant la Révolution, du jour au lendemain après la décapitation de son époux qui la laisse officiellement veuve, elle se retrouve sans autres ressources qu’elle-même… même si bien sûr, une dame de sa condition ne pouvant songer à travailler sans déchoir, elle fait bien vite appel à sa mère à qui elle demande des subsides de la plantation des Trois Ilets.

Joséphine est une créole, une béké originaire de la Martinique, mais n’a pas de « sang noir »…

Oui, j’insiste sur ce point car il y a une sorte de fantasme au sujet des Créoles qui sont parfois confondus avec des métisses antillais. Cette appellation, “Créole”, je le rappelle, désigne les “personnes d’ascendance européenne née dans les anciennes colonies européennes de plantation”. Et si, bien sûr, les békés, ces aristocrates des Antilles, ont eu bien des aventures sexuelles avec leurs esclaves et domestiques, c’était toujours dans le même sens : les hommes blancs avec des femmes noires et jamais l’inverse, l’ostracisme social et le racisme de la société coloniale rendant impossible une liaison entre une femme blanche, encore moins de la haute société, et un homme noir. Et si d’aventure un événement de ce genre se produisait et que la femme ait pu être enceinte, j’imagine que plutôt qu’afficher un tel “scandale”, on aurait fait autoritairement avorter la mère, en dépit de l’interdiction religieuse, ou éloigné le bébé métisse, trop visible symbole de la “faute” de ladite “pécheresse”.

quote_left rappeler les origines créoles de Joséphine sera pour ses adversaires un moyen de l’assimiler à une « femme de mauvaise vie » quote_right

Et la punition du géniteur devait être à la hauteur du “scandale”, elle aussi. N’étant pas une spécialiste de l’histoire des Antilles, j’en ignore le détail. S’il était certainement bien vu, comme un signe de bonne santé, de paillardise et de domination sociale, de la part d’un homme blanc, d’avoir des relations sexuelles avec une Noire, le contraire était interdit aux femmes blanches et bien évidemment aux hommes noirs, considérés comme “indignes” de telles partenaires tellement “supérieures” à leur propre condition. En cela, les colonies étaient vraiment une sorte de caricature de la société d’Ancien Régime, ajoutant à l’ostracisme social, un ostracisme racial, accompagné, forcément, de misogynie.

D’ailleurs, l’argument sera souvent utilisé par les ennemis de Joséphine : rappeler ses origines créoles, c’est l’assimiler à la notion de « femme de mauvaise vie », de femme légère et futile parce qu’elle vient des îles et qu’elle a été élevée “au milieu” des Noirs. Noirs qui sont eux-mêmes stigmatisés de la même manière : futiles et très sexués. Un peu comme Joséphine Baker, son homonyme d’une autre époque, qui n’est pourtant pas antillaise mais qui était aussi exposée au stéréotype du “bel oiseau des îles”. Joséphine de Beauharnais était certes une femme légère, non parce qu’elle venait de Martinique, mais parce que c’était dans son caractère et que la rudesse des conditions de sa vie de jeune adulte l’avait sans doute poussée à une forme de philosophie hédoniste.

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Selon Joséphine elle-même, une diseuse de bonne aventure lui a prédit qu’elle « se marierait, ne serait point heureuse en mariage, serait reine de France, et même plus que reine. » Cette prédiction est-elle un mythe ou la réalité ?

Joséphine, comme Napoléon d’ailleurs et une partie des Bonaparte, était fort superstitieuse. Il est probable que lors de sa jeunesse insulaire, elle se soit amusée à consulter une voyante. Les voyantes sont souvent de bonnes psychologues et il n’est évidemment pas dans leur intérêt ni dans celle de leurs clients d’annoncer des catastrophes. Celle qui a peut-être rencontré Joséphine, face à cette jeune fille de la bonne société, ne risquait pas grand-chose à annoncer un mariage sans amour, à cette époque des unions arrangées entre jeunes gens qui se connaissaient si peu.

“Plus que reine” peut s’interpréter de mille façons : reine dans le cœur de son amant, reine de son logis, etc. L’histoire a merveilleusement servi la légende de l’impératrice créole prédestinée et peut-être aussi a-t-elle permis à cette femme bousculée par la vie d’y puiser une force morale. Joséphine avait une personnalité à la fois légère intellectuellement et forte psychologiquement. Nullement croyante, elle est resté attachée aux valeurs sociales de son milieu. C’est pourquoi, par exemple, elle a été ravie du Concordat, ce retour de la société française post-révolutionnaire dans l’Eglise, et regrettait le caractère uniquement civil de son union avec Bonaparte.

Comment échappe-t-elle à la mort pendant la révolution alors qu’elle est parallèlement devenue veuve ?

Décapité le 23 juillet 1793, Alexandre de Beauharnais laisse en effet Joséphine seule dans cette épouvantable et sanguinaire parenthèse de la Révolution : la Terreur de Robespierre. Les versions au sujet de l’élargissement de Joséphine diffèrent : un médecin polonais, le docteur Markoski, prétendait lui avoir rédigé un certificat médical de complaisance, un fonctionnaire affirma avoir trempé les pages du dossier de Joséphine pour les rendre illisibles. Quand elle sort de la prison des Carmes, une semaine après l’exécution de Robespierre, l’atmosphère politique est à la libération des ennemis de “l’Incorruptible”, dont la jeune femme a sans doute bénéficié.

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Comment rencontre t-elle Bonaparte, le futur Napoléon qui sera son second mari ?

D’une manière assez amusante puisque c’est le fils de Joséphine, Eugène, qui, choqué par l’interdiction d’avoir une arme chez soi instaurée par Barras après l’insurrection manquée des Royalistes du 5 octobre 1795, a le culot de se rendre chez le général Bonaparte. L’adolescent veut demander au chef de l’armée de l’Intérieur l’autorisation de pouvoir garder le sabre d’officier de son père, feu Alexandre de Beauharnais. Bonaparte, issu d’une famille nombreuse dont il assume en partie la charge auprès de sa mère veuve, est touché par la piété filiale du garçon de 14 ans.

Son propre frère cadet, Louis, a 17 ans et le même enthousiasme. Non seulement, l’officier laisse l’arme de son père à son jeune visiteur, mais il écoute ses projets de carrière militaire, car Alexandre rêve d’aventures et de galons… La sympathie quasi fraternelle entre le fils de Joséphine et son second mari comptera beaucoup dans l’attachement de la jeune femme pour Napoléon. Quand Alexandre rentre radieux de son expédition chez le général, sa mère envoie un billet de remerciement à Bonaparte, qui dès sa première visite chez la veuve créole, tombe sous le charme.

Quels sont ses rapports avec le futur empereur ? Est-ce qu’elle influence ses décisions politiques par exemple ? Elle est en particulier réputée avoir conseillé à Napoléon de rétablir l’esclavage en 1802. Qu’en est-il exactement ?

Voilà une légende tenace due aux seules origines de Joséphine. Certes, contrairement à l’intellectuelle Germaine de Staël, autre personnage de mon livre qui elle défendit, par exemple, la cause de Toussaint Louverture contre Bonaparte, Joséphine n’a aucune idée particulière, pas de réel point de vue, au sujet de l’esclavage. Je le répète, ce n’est pas une intellectuelle et lorsque l’on voit dans le contexte de l’époque à quel point la notion de racisme était accréditée par tout le système social et combien, par exemple, Condorcet et son club des Amis des Noirs paraissaient originaux et isolés, il est facile de comprendre que Joséphine, loin d’être une révolutionnaire, n’a jamais songé à remettre en cause le système de l’esclavage qui a fait la fortune de ses ancêtres.

Née dans le monde des békés d’Ancien Régime et peu portée à la réflexion, elle a certainement, comme grand nombre de ses congénères, considéré l’inégalité sociale et raciale comme normale, “naturelle et juste”. En revanche, son “bon fond”, son caractère généreux, l’ont fait intervenir en de multiples circonstances pour aider les gens de tous horizons (y compris ceux qui l’avaient fait emprisonner). Dès qu’elle a eu du pouvoir, Joséphine l’a utilisé pour aider les autres. Mais cette attitude altruiste, spontanée chez la jeune femme, restait, dans la réalité concrète, confinée dans le strict cadre du paternalisme et de la charité. Dans le même esprit, une fois à Paris, Joséphine ne manquait pas d’indiquer dans les lettres à sa mère de “dire bonjour aux Nègres de la plantation”. Observée avec un regard contemporain, la remarque semble humiliante et dominatrice pour les intéressés, mais envisagée avec le recul historique, dans le contexte, elle est au contraire sympathique et pleine d’empathie.

quote_left contrairement à l’intellectuelle Germaine de Staël qui défendit la cause de Toussaint Louverture, Joséphine n’a pas de réel point de vue sur l’esclavage quote_right

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Quant à l’influence politique de Joséphine sur l’empereur Napoléon, elle était nulle. Bonaparte fut très amoureux de la belle Créole (qu’il appelait “Tête de Créole” quand elle l’exaspérait par ses innombrables dépenses) mais en vrai misogyne, et tous ses écrits en témoignent, jamais il n’aurait accordé à une femme le moindre crédit intellectuel ou politique. Il n’y a qu’à voir les sarcasmes dont il afflige Germaine de Staël, qu’il renvoie à la maternité dès qu’elle tente d’aborder avec lui un sujet “sérieux” et donc non féminin. La seule fois où Joséphine, par charité et fascination pour la monarchie (dans son enfance son père l’enthousiasmait par les récits de ses aventures de page à la cour de Versailles), tente d’empêcher le Premier Consul de faire exécuter le duc d’Enghien.

Joséphine pleure et argumente en vain, récoltant un “Tu n’es qu’une enfant !” de son mari. Le duc d’Enghien est fusillé dans les fossés du château de Vincennes Napoléon n’écoute même pas les dernières protestations de Joséphine qui lui dit qu’il a fait là une mauvaise action. Le rétablissement de l’esclavage est certainement une mesure prise par Napoléon seul, comme la plupart de ses décisions, parce qu’il considérait que cela servait économiquement sa politique et celle de la France et certainement pas le fait d’un hypothétique souhait familial de Joséphine, très éloignée de toute préoccupation de cet ordre.

quote_left Joséphine ne peut absolument pas être tenue pour responsable du rétablissement de l’esclavage aux Antilles quote_right

En Martinique en tout cas, vous soulignez que sa statue a été décapitée…

Oui, cela m’a étonnée quand je suis allée à Fort-de-France de voir la statue ainsi, avec de la peinture rouge pour figurer le sang de la décapitation. Je comprends fort bien que l’impératrice, par ses origines sociales, soit considérée comme un symbole du colonialisme et de l’esclavagisme. En revanche, elle ne peut absolument pas, comme je le détaille ci-dessus, être tenue pour responsable du rétablissement de l’esclavage aux Antilles. Donc soit dans le premier cas, on trouve malvenu que sa statue soit érigée sur la grand place de la grande ville de l’île et on retire le monument. Soit on répare un monument témoin d’une native qui a tenu plus que joué, et bien malgré elle, un rôle figuratif dans l’histoire de France. Mais je songe, en écrivant ces lignes, que le maintien de la statue en l’état peut signifier aussi la souffrance et les ambiguïtés des populations noires de ces anciennes colonies devenues territoires français d’outre-mer. C’est, bien sûr, aux Antillais d’aujourd’hui, de toutes origines, de donner la réponse…

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Quelle image faut-il selon vous garder de Joséphine ?

Je reprends paresseusement la conclusion du chapitre que je lui consacre dans mon livre :

“Quel étonnant parcours fut celui de Joséphine, cette béké dont la vie aurait pu se dérouler tranquillement à regarder pousser ses enfants sous les palmiers, entre les bals du gouverneur et les grandes fêtes de la Royale. Mais un mari névrosé et les horreurs de la Terreur ont transformé la classique petite aristocrate en femme autonome, décidée à mener la barque de sa vie comme elle l’entendait, tout en manifestant à autrui un intérêt constant et une réelle générosité. L’amour passionné d’un Corse à vocation impériale parachevant l’œuvre, Joséphine est devenue ce personnage couronné à la si reconnaissable silhouette de mousseline blanche vêtue à l’antique, indissociable de mots tels que Bonaparte, Malmaison ou Austerlitz !”

Femmes remarquables aux XIXème siècle, Liesel Schiffer, éditions Vuibert

http://www.grioo.com/ar,livre_femmes_remarquables_aux_xix_e_siecle_le_cas_de_josephine_de_beauharnais,15740.html

14 novembre, 2008

Miriam Makeba, voix d’or de l’Afrique, est morte[UNE GRANDE FEMME S’EN EST ALLEE / MIRIAME MAKEBA

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Miriam Makeba, voix d’or de l’Afrique, est morte

Miriam Makeba, voix légendaire du continent africain et mondialement connue comme « Mama Africa », est morte dans la nuit du dimanche 9 au lundi 10 novembre, à 76 ans, près de Naples, en Italie. L’artiste a été victime d’une crise cardiaque, juste après être sortie de scène, à la suite d’un concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano, auteur de Gomorra, menacé de mort par la Mafia.Miriam Makeba, voix d'or de l'Afrique, est morte[UNE GRANDE FEMME S'EN EST ALLEE / MIRIAME MAKEBA dans ACTU GENERALE 

Nécrologie Miriam Makeba, chanteuse

Devenue un des symboles de la lutte contre l’apartheid, la chanteuse sud-africaine, née à Johannesburg le 4 mars 1932, n’aura de cesse de plaider dans ses chansons pour l’amour, la paix et la tolérance. Son titre phare « Pata, Pata » a fait le tour de la planète.

De son vrai prénom Zenzi (diminutif d’Uzenzile), Miriam Makeba avait vu le destin de son pays basculer en 1947 avec l’arrivée au pouvoir des nationalistes afrikaners. A 27 ans, elle quitte l’Afrique du Sud pour les besoins de sa carrière, sans savoir qu’elle va être bannie de son pays pour ses prises de position contre la ségrégation.

Son exil durera trente et un ans et la fera vivre un peu partout dans le monde, de l’Europe aux Etats-Unis. La chanteuse connaît un immense succès, même si son mariage en 1969 avec le leader des Black Panthers Stokely Carmichael – dont elle se séparera en 1973 – n’est pas du goût des autorités américaines et la pousse à émigrer en Guinée. Après la mort de sa fille unique en 1985, elle retourne vivre en Europe. En 1990, Nelson Mandela avait réussi à la convaincre de revenir en Afrique du Sud. Miriam Makeba était devenue commandeur des Arts et des Lettres en 1985 et avait obtenu la nationalité française en 1990.

 

Miriam Makeba, chanteuse

Voix, corps, énergie du continent africain, la chanteuse et militante Miriam Makeba est morte en Italie, à l’âge de 76 ans, quasiment à l’issue d’un concert à Castel Volturno, dans la nuit du 9 au 10 novembre.

Née le 4 mars 1932 à Johannesburg (Afrique du Sud), celle qu’on appelait Mama Afrika incarne la lutte anti-apartheid, la lutte pour les droits civiques, la lutte pour les femmes, la lutte tout court. Ultime preuve : sur le plateau de Castel Volturno, commune au sud de Naples, elle participait à un concert de soutien à l’écrivain Roberto Saviano, auteur de Gomorra.

Vedette programmée à la fin de ce récital antimafia, Miriam Makeba avait comme d’habitude généreusement accepté de venir, avec sept de ses musiciens. Soixante-seize ans, donc, corps épanoui, force intacte, symbole intimidant. Le public se fait insistant dans sa demande de rappel. Soudain, une voix demande au micro s’il y a un médecin dans le public. Evanouie, allongée en coulisses, Miriam Makeba meurt peu après son admission à la clinique Pineta Grande, des suites d’une crise cardiaque.

Dans ce que l’on considère comme un repaire de la Camorra, six immigrés africains et un italien ont été abattus dans le seul mois de septembre. Mille personnes assistaient au concert.

Miriam « Makeba » – le nom complet de la chanteuse occuperait une dizaine de lignes ! – est née d’une mère wazi et d’un père, comme Nelson Mandela, xhosa. Par son engagement et le caractère affirmé de sa présence, elle incarne un formidable paradoxe. Pas trace d’une entrée dans les récents dictionnaires du jazz, et pourtant on la voit aux côtés de Dizzy Gillespie (1991). Ou encore au programme de tous les festivals de jazz, dont celui du Cap en 2006.

Peut-être du côté des encyclopédies du rhythm’n'blues et de la soul, alors ? Juste une ligne, à propos de sa fille Judy White, pour le titre Girls Can’t Do What the Guys Do, de Betty Wright (1968), dans la bible du genre (Sebastian Danchin, Fayard, 2002). Notons tout de même un paragraphe dans l’historique Encyclopedia of Jazz de Leonard Feather (Bonanza, 1960).

Introuvable, inclassable, marginalement au centre, Miriam Makeba est cependant sur toutes les lèvres depuis son tonique Pata Pata, écrit en 1956, enregistré plus tard, et triomphal en 1968. Pata Pata, dont Sylvie Vartan a produit un héroïque simulacre : Tape Tape.

A l’âge de 8 ans, Miriam Makeba chante dans une chorale d’enfants qui se produit à Pretoria pour un concert de charité. Elle circule de ville en ville, avec un groupe d’amateurs avant de se joindre, à 20 ans, au Black Manhattan Brothers, groupe vocal à succès dont elle devient la vedette (1952). Depuis cinq ans, l’Afrique du Sud est aux mains des nationalistes afrikaners.

En 1957, elle quitte le pays sans savoir qu’elle va en être bannie, en raison de ses prises de position anti-apartheid et de son combat contre tous les racismes. Elle est engagée dans la revue King Kong (histoire d’un boxeur) sur Broadway, et apparaît dans le film Come Back Africa, de Lionel Rogosin, en 1957. En 1959, le film est récompensé par le Festival de Venise. On la retrouve dans une émission de variétés de la BBC. En novembre de la même année, elle rejoint à New York le spectacle de Steve Allen, un des poulains d’Harry Belafonte. Tournée du pays et des clubs ; Leonard Feather note en 1960 : « Elle chante en anglais et en dialecte xhosa avec un immense charme, et beaucoup de feeling jazz. » Premier mariage : le chanteur Sonny Pillay.

 

Chanter la vérité

 

En 1963, l’un de ses discours violents, prononcé à l’Unesco, à vocation pourtant pacifiste, lui vaut d’être déchue de sa citoyenneté en Afrique du Sud. Commence une période de trente et un ans d’exil et de combats, semés de retentissants succès. Le régime afrikaner ne la ménage pas et lui refuse un visa pour simplement assister aux obsèques de sa mère.

En 1966, elle reçoit un Grammy Award pour An Evening With Harry Belafonte and Miriam Makeba. Sa rencontre avec Belafonte est décisive. Né le 1er mars 1927 à Harlem, de parents caribéens (Martinique et Jamaïque), le brillant chanteur et comédien incarne les mêmes valeurs et partage le même sens de l’action que Miriam Makeba. Résolument engagé dans la lutte pour les droits civiques, consultant culturel nommé par Kennedy, il accepte en 1987 le poste d’ambassadeur de l’Unicef.

Au croisement des racines, de l’universel et de l’engagement, s’élabore dans les marges et au centre de toutes les musiques noires ce qui sera commercialisé sous la forme de « world music ». A cette élaboration non programmée doivent être associés deux noms : Miriam Makeba et Harry Belafonte.

Belafonte vit dans le proche entourage de Martin Luther King. Miriam Makeba, elle, se sépare d’Hugh Makesela, trompettiste sud-africain encore en activité, pour épouser un des leaders des Black Panthers, Stokely Carmichael, en 1969. Sans doute étaient-ils, Belafonte et elle, au courant des rencontres secrètes de Martin Luther King et Malcolm X, accords dont le danger n’échappe pas au pouvoir. On sait la suite. Tous deux sont assassinés et les leaders des Black Panthers exécutés un à un.

Pata Pata devient une sorte d’hymne aussi bizarre et joyeux que mondial, tandis que son interprète redevient l’éternelle indésirable. Les poursuites recommencent. Miriam Makeba s’exile en Guinée, pays dont elle prend la nationalité. D’un autre côté, ce retour en Afrique est vécu comme un symbole puissant autant qu’une promesse pour le continent. Elle circule, s’installe en Europe, obtient – elle qui était réputée « citoyenne du monde » – un titre de citoyenneté honoraire dans dix pays, dont la France.

En 1985, le ministre de la culture, Jack Lang, lui remet les insignes de chevalier des Arts et des lettres. La mort de sa fille et la précarité de sa vie d’alors lui valent une sévère dépression. En 1987, avec Graceland, aux côtés de Paul Simon, nouveau succès planétaire.

Elle obtient la nationalité française en 1990. Tout a changé en Afrique du Sud. Nelson Mandela invite Belafonte et la convainc de rentrer au pays. Dans le film de Darrell James Roodt Sarafina !, en 1992, elle interprète une mère, Angelina. Suit une impressionnante série d’honneurs et de titres honorifiques : « Femme du siècle », pour le Bedford Stuyversant Comunity de New York, Polar Music Prize (2002), discours aux Nations unies.

Ses triomphes, ses fatigues, ses troublantes alternances de succès et de douleurs, cette involontaire voix universelle de l’Afrique qu’elle avait fini par porter dans le monde, ont un sens qui touche à l’essentiel. D’autant qu’elle n’a jamais fait parade de son combat ni mystère de son talent : « Je n’ai jamais chanté la politique, seulement la vérité… »

 

Francis Marmande

LembaLemba
12.11.08 | 01h44
Dans sa biographie (années70) on lit qu’elle devait s’habiller en soubrette pour chanter en Afrique du sud. Qu’elle a du se marier pour voyager sans encombre en Europe. Le séjour en guinée et l’accueil de présidents dictateurs elle en est revenue… mais pourquoi l’omerta sur elle? Nul part on ne souligne qu’elle aussi a chanté lors de l’anniversaire de JFK. Qui s’en souvient? C’est une grande dame qui a vécu ses combats avec sincérité et on les lui a fait payer.

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2008/11/11/miriam-makeba-chanteuse_1117295_3382.html

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