TEBAWALITO

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23 mars, 2009

Ndiaye: « Pas d’Obama sans action positive »LeJDD.fr

Dimanche 02 Novembre 2008

Ndiaye: « Pas d’Obama sans action positive« 

Propos recueillis par Anne-Laure Barret
LeJDD.fr

 

 Historien des Etats-Unis et auteur d’un essai remarqué sur les Noirs de France (La condition noire, essai sur une minorité française, Calmann-Lévy) Pap Ndiaye décrypte l’incroyable popularité du candidat démocrate à la Maison blanche, Barack Obama, en France. Pour lui, il est impensable, à court terme, de voir émerger un « Obama français » tant le système politique hexagonal est sclérosé.

Comment expliquer l’exceptionnelle popularité de Barack Obama en France?
Comme la plupart des Européens et des habitants de la planète, les Français voteraient massivement Obama s’ils en avaient la possibilité. Pourquoi? Premièrement parce que le monde veut tourner la page de l’administration Bush qui a été une faillite politique, économique et morale. Deuxièmement, parce qu’Obama n’est pas n’importe quel candidat. Il soulève des espoirs presque déraisonnables, quelque chose que l’on n’a pas connu depuis Kennedy en 1960. Comme Kennedy, Obama est jeune, différent. Son énergie, son charisme, sa personnalité attirent et intriguent. Les Français issus des minorités s’intéressent encore plus à lui. Ils éprouvent une sorte de fierté à l’idée que l’homme le plus puissant de la planète ne sera pas blanc. Je crois que sa victoire probable va contribuer à affaiblir les stéréotypes. Elle montrera que la réussite est possible pour les Noirs en politique et pas seulement dans le sport ou la musique. Sur la forme, sa campagne, efficace et digne, a montré qu’on pouvait faire de la politique autrement. Son élection pourrait mettre fin à une longue période de brutalité de la vie politique américaine qui a été théorisée et pratiquée par l’équipe Bush.

Pourrait-on voir un « Obama français » candidat à l’élection présidentielle?
Non, c’est impossible pour l’instant. On ne sait pas assez en France qu’aux Etats-Unis il y a 100.000 élus noirs de tous les niveaux, depuis les shérifs et les conseillers municipaux jusqu’au Sénat ou à la Chambre des représentants. Pour les Américains, un président noir c’est très nouveau mais de nombreux hommes politiques le sont. Le mouvement s’est enclenché en 1973 avec l’élection de Tom Bradley à Los Angeles. Toutes les grandes villes américaines ont connu un maire noir. En France, on ne dispose pas d’un tel vivier d’élus parmi lesquels pourrait émerger une figure charismatique comme Barack Obama.

Pourquoi la classe politique française est-elle si majoritairement blanche?
La société française n’est pas plus conservatrice que la société américaine. C’est notre système politique qui est en cause. Le cumul des mandats, interdit aux Etats-Unis, est un frein extraordinaire. Le contraste entre le monde politique français, blanc, masculin, d’un certain âge et la société française dans sa diversité est aveuglant. Comment les hommes politiques français peuvent-ils applaudir le candidat démocrate sans rien faire pour qu’un Obama puisse émerger chez nous?

« Pas d’Obama sans Luther King »

Y a-t-il d’autres moyens pour favoriser l’émergence de talents en France?
Il faudrait que les carrières politiques cessent d’être interminables. Très rares, dans l’histoire américaine, sont les candidats défaits à la présidentielle qui ont pu se représenter une nouvelle fois. Mais tout ne viendra pas d’en haut. Aux Etats-Unis, les groupes minoritaires ont pris la parole à partir des années 1960. Sans Martin Luther King, il n’y aurait pas eu Barack Obama. Il faut que les minorités soient plus visibles en France et qu’elles s’organisent pour exposer leurs difficultés. L’élection d’Obama contribuera à familiariser les gens avec l’idée que les hommes politiques de premier plan ne sont pas forcément blancs. Son exemple peut aider les minorités françaises à formuler leurs revendications.

Mais les Noirs de France existent-ils vraiment? Ils ne forment pas une vraie communauté comme aux Etats-Unis…
Aux Etats-Unis, on peut parler d’une communauté car les Noirs forment un groupe uni par une expérience historique commune, une culture commune. Les Noirs de France constituent un groupe plus hétérogène, mélange d’Africains et d’Antillais arrivés sur le sol français à partir des années 1960. Pour la France, je préfère parler d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe qui n’a pas en partage une culture mais une expérience sociale. On est noir parce qu’on est considéré comme noir. C’est le regard des autres qui constitue les Noirs de France. Etre noir en France, c’est aussi souvent associé à des expériences humiliantes, comme des contrôles policiers ou des difficultés immenses pour trouver un travail ou un appartement.

Nicolas Sarkozy, qui a promu au gouvernement Rachida Dati et Rama Yade, deux femmes issues de l’immigration, oeuvre-t-il suffisamment contre les discriminations?
C’est une politique d’affichage mais il n’y a pour l’instant pas grand-chose derrière. La lutte contre les discriminations est trop molle, timide. Trois ans après les émeutes des banlieues, rien n’a changé. Le décalage entre la rhétorique publique de lutte anti-discrimination et le peu d’avancées concrètes m’inquiètent beaucoup.

« Avec Obama notre monde sera meilleur »

Que faudrait-il faire, selon vous, pour les faire reculer?
Premièrement, il faudrait multiplier les procès à l’encontre des employeurs, des agents immobiliers, des propriétaires d’appartements. Deuxièmement, il faudrait mettre en place « l’action positive », ce que les Américains appellent l’ »affirmative action » et qui se déploie là-bas dans les universités, les administrations et pour l’attribution des marchés publics. Obama dit que sans l’affirmative action, il n’aurait jamais pu entrer à Harvard. L’action positive ne vise pas à promouvoir les mauvais étudiants mais à éviter un gâchis des talents. C’est l’expérience qu’a tentée, avec succès, Sciences-Po en ouvrant la porte aux étudiants issus des ZEP et qui est une grande réussite. Sciences-Po c’est formidable, mais quelles sont les grandes écoles qui ont suivi cet exemple?

Pour que l’action positive soit efficace, il faudrait d’abord savoir combien de gens cela pourrait concerner. Or la République bannit les statistiques ethniques…
On a besoin de données socio-économiques afin de mettre en lumière les difficultés vécues par les minorités. Il faut remettre en cause l’idéologie républicaniste qui interdit de réfléchir en utilisant des catégories ethno-raciales. Evidemment, il faut prendre des précautions et préserver l’anonymat. Il s’agit de faire des statistiques et non des fichiers nominatifs.

Obama n’a pas tellement mis en avant son côté noir…
Dans sa campagne, il a évité d’apparaître comme le candidat des Noirs. Il n’a pas fait campagne dans les quartiers pauvres des grandes villes, dans ces ghettos qui vont encore plus mal que nos banlieues. Il ne s’est pas adressé à la frange la plus pauvre de la population noire et latino dont la situation s’est formidablement dégradée ces dernières décennies et notamment avec le démantèlement de l’Etat-providence. Je pense qu’il a voulu éviter d’effaroucher l’électorat blanc modeste et que s’il est élu il fera des choses pour eux. Il y a des éléments dans son programme qui vont en ce sens : la mise en place d’un système d’assurance maladie universelle et la revalorisation des écoles publiques notamment. Il a préféré offrir aux Américains l’image d’un homme qui ne les culpabilisait pas, celle d’un individu aux origines diverses qui a réussi. Il ne leur a pas renvoyé l’histoire douloureuse de l’esclavage et de la ségrégation mais quelque chose de plus positif. Si Obama est élu, ce sera la plus formidable opération de communication jamais menée par les Etats-Unis. D’un pays voué aux gémonies, atteint dans sa crédibilité morale et politique par les années Bush, on passera au pays d’Obama. Il y aura des explosions de joie dans le monde entier, tous les dirigeants internationaux se précipiteront à Washington pour sa prise de fonction en janvier. Sans se réjouir de façon déraisonnable, car Obama sera un président américain qui fera le job sans verser dans un multilatéralisme débridé, je crois qu’avec Obama notre monde -si mal en point- ira mieux.

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http://www.lejdd.fr/cmc/elections-americaines-2008/200844/ndiaye-pas-d-obama-sans-action-positive_161850.html

 

Hamé : « La condition des Noirs américains est abominable »

par Eric Mandel

mardi 4 novembre 2008 par Farid

Hamé, le rappeur du groupe La Rumeur, a passé une année aux Etats-Unis où il a étudié le cinéma à la Tisch School Of the Art. Pour leJDD.fr, il revient sur son expérience américaine, évoque les élections, Barack Obama et le système d’intégration à la française. Réflexions croisées sur la condition noire, les minorités et le communautarisme des deux côtés de l’Atlantique…

Vous avez vécu une année de campagne électorale. Impressions ?

Je suis rentré en juin dernier, donc j’ai surtout vécu les prémices avec les primaires. J’ai vécu les rendez-vous des Super Tuesday, c’est écrasant, envahissant, vertigineux, un incroyable spectacle. J’avais l’impression de me retrouver face à une énorme grand-messe. C’est très solennel, et ce n’est pas vécu sur le mode de la dérision, comme on pourrait avoir tendance à le percevoir en France. C’est presque comme un instant de crise, un truc extrêmement grave et inquiétant qui va déterminer une année zéro, en particulier sur cette élection. Dans la sphère universitaire que je fréquentais, les gens étaient démocrates à quasi 100% et à 70-80% pro-Obama. Mais je trouve qu’il y a un surinvestissement sur la figure d’Obama sans doute proportionnel au désir de changement des Américains. Moi, je n’y crois pas une seconde.

Il ne serait pas autant porteur d’un renouveau dans la vie politique américaine ?

Il représente, incarne, cristallise une évolution dans les lignes de fractures au sein de la société américaine. Mais il ne fera pas de miracle, il ne va pas bouleverser la vie des Américains au point où on semble vouloir l’entendre, une sorte de mise à plat de toutes les violences internes à la société US. En tout cas, l’engouement autour de sa personne marque la cristallisation d’un besoin réel de rompre avec la précédente administration, cette politique « fascisante » à l’intérieur et à l’extérieur, ce sont des mots que j’entendais de la part d’étudiants et de professeurs. Donc oui, il y a ce besoin de changer de vision, de politique, d’attitude. Et la figure d’Obama est le réceptacle de tout ça.

On oppose souvent le modèle d’intégration américain au système français…

Il s’agit de deux systèmes basés sur des mythes différents. En France, c’est le mythe d’une nation une et indivisible, un modèle très centralisateur, bref jacobin. Avec une sorte de méfiance et de suspicion par rapport à l’altérité et à l’hétérogénéité. On a toujours ce besoin de vouloir faire entrer dans le même moule des choses complètement différentes, quitte à les éradiquer, les nier. Aux Etats-Unis, il n’y a pas cette dimension d’une intégration par l’individu. L’intégration se fait à partir de sa communauté. Et surtout à partir du fric. Ce qui a changé pour les Noirs, c’est qu’en trente ans, il y a eu une formidable diversification sociale et une infime frange de la communauté noire a pu accomplir une ascension sociale fulgurante. A tel point qu’aujourd’hui, parmi les plus grandes fortunes américaines, on trouve des Noirs américains. Une partie de la communauté noire a prouvé qu’elle pouvait aux affaires être plus efficace que ses congénères noirs.

Et en France ?

En France, démographiquement, ça n’existe pas. Aux Etats-Unis, le poids économique que ces Noirs représentent se traduit ensuite dans la visibilité politique et la présence d’un candidat noir à la présidence. C’est une répercussion normale. En France, ce n’est pas le cas, le fameux « plafond de verre » n’a pas encore explosé. Je ne sais pas si ça va avoir lieu, je ne sais pas s’il faut lutter dans ce sens, se livrer à l’exercice du lobbying. Je n’en sais rien. Certains semblent le penser, il existe des tentatives en ce sens… Mais c’est un aveu cuisant d’échec et d’hypocrisie révélée de ce système d’intégration au mérite, comme on le conçoit en France… Ce système a échoué. Mais la condition globale des Noirs américains, elle est juste abominable. J’ai pu le constater à Brooklyn, Staten Island, il existe une sous-humanité où les Noirs sont sur-représentés. Il suffit de se référer à la réalité du système pénitentiaire américain où les afro-américains représentent 80% de la population carcérale.

Un candidat noir aux USA, cela ne risque-t-il pas d’aiguiser les revendications communautaires en France ?

C’est déjà le cas, sur le thème : « pourquoi ce qui se passe là-bas ne pourra jamais se produire ici ? » Une question qui n’aurait pas pu être posée il y a deux ans. Par ricochet, on en revient à nous et le problème de la surreprésentation des minorités au bas de l’échelle, aux étages inférieurs. Du coup, ça interroge notre système de manière structurelle, vu qu’appartenance raciale et sociale bien souvent se superposent. Est-ce qu’on n’a pas loupé un train ? Y-aurait-il en France une question raciale qu’il s’agirait d’appréhender avec la même crudité qu’aux Etats-Unis ? D’autant que le système US a toujours servi de repoussoir pour justifier et vanter les mérites du système à la française, ou la conception que l’on se fait de l’altérité et de l’égalité. Ce vernis, il est en train de se craqueler. Donc oui, la candidature d’Obama, c’est un levier incroyable dans la tête des gens et des minorités… Donc est-ce que les « Beurgeoisies » et les « Blackgeoisies » locales vont être cooptées par les mêmes qui il y a quelques années fermaient les portes ? Je n’en sais franchement rien.

Et les nominations de Rachida Dati, Fadela Amara, Rama Yade ?

C’est une manière assez habile de déplacer le débat, on leur souffle leurs textes. Ce sont des figures qu’on monte en exemple mais pour mieux refermer et verrouiller les portes. Je ne trouve pas ça très ambitieux comme politique d’ouverture. Les problèmes sont collectifs et sociaux, y répondre par des promotions individuelles, c’est déplacer le problème. Il ne s’agit pas de nommer un arabe ou un noir à des postes régaliens pour avoir dans le même temps une politique à destination des populations dont ils sont issus extrêmement rétrogrades, mener une politique complètement infamante en matière d’immigration, avec un renforcement toujours croissant du maillage répressif au sein des quartiers… On donne le change en faisant la promotion de quelques figures qui vont allègrement relayer un discours qu’ils n’ont pas produit, mais le problème est entier et il s’est même aggravé depuis les émeutes de 2005.

Et vous comptez retourner aux Etats-Unis ?

Oui l’année prochaine, je m’y suis créé des opportunités, on m’en propose d’autres, j’y retourne. Je n’ai pas une vision monolithique des Etats-Unis. C’est le pays par excellence du contraste et de l’anachronisme où une chose et son contraire peuvent se côtoyer. Ce qui est fascinant dans la vie américaine, c’est la multiplicité des niches… Dans le domaine de la création, des choses sublimes se font à partir de capitaux, de structures de production privées… L’Amérique, c’est un système fédéral, complètement décentralisé, multipolaire. Le culte de l’initiative individuelle qui produit beaucoup de désastres mais offre aussi de belles opportunités. Il y a des angles morts, ce que j’appelle des niches, et dans ces niches se créent des expériences artistiques d’une audace et d’une inventivité incroyables. Je suis très curieux de tout ça. J’ai encore le sentiment que les Etats-Unis restent un eldorado pour les gens qui se voient refuser des opportunités là où ils se trouvent. Un pays de tous les possibles, conformément à son mythe fondateur.

Source : http://www.lejdd.fr/cmc/elections-americaines-2008/200844/hame-la-condition-des-noirs-americains-est-abominable_161834.html

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