TEBAWALITO

blog de la fraternité avec la diaspora noire. Ceux a qui cet appel fait echo, venez et matez mon blog

23 mars, 2009

Voici la transcription du discours de Barack Obama, traduit en français par l’AFP [investiture]

Voici la transcription du discours de Barack Obama, traduit en français par l’AFP :

Chers compatriotes

Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l’ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s’accumulent les nuages et que gronde la tempête.

Dans ces moments, l’Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l’habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.

Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d’Américains.

Nul n’ignore que nous sommes au beau milieu d’une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l’irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d’enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n’est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n’en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l’Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.

En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun au conflit et à la discorde.

En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.

Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses – certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes – qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.

Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d’une vie nouvelle.

Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l’Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.

Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh (Vietnam, ndlr).

A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s’en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l’Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l’appartenance à une faction.

C’est la voie que nous poursuivons aujourd’hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu’au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l’an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l’immobilisme, de la protection d’intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l’Amérique.

Où que nous regardions, il y a du travail. L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons – non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.

Cela dit, il y a des gens pour s’interroger sur l’ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n’est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l’imagination sert un objectif commun et que le courage s’allie à la nécessité.

Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c’est que le sol s’est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne – s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

Et ceux d’entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière – c’est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l’indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent – non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd’hui, depuis les plus grandes capitales jusqu’au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr): sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.

Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu’elle ne nous permet pas d’agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu’on en use prudemment; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l’humilité et de la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.

Nous allons commencer à laisser l’Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.

Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.

A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.

Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.

Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d’être indifférents aux souffrances à l’extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.

Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd’hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.

Nous les honorons non seulement parce qu’ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu’ils incarnent l’esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu’eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c’est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.

Quoi qu’un gouvernement puisse et doive faire, c’est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C’est la bonté d’accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d’ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.

C’est le courage d’un pompier prêt à remonter une cage d’escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d’un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l’honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c’est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n’acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu’il n’y a rien de plus satisfaisant pour l’esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.

C’est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.

C’est la signification de notre liberté et de notre credo, c’est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s’est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d’une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L’ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l’issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation (George Washington, nldr) a donné l’ordre que ces mots soits lus:

« Qu’il soit dit au monde du futur, qu’au milieu de l’hiver, quand seul l’espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu ».

O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu’il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l’épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s’arrêter, nous n’avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l’horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l’avons donné aux générations futures. »

 

http://www.lepoint.fr/presidentielle-americaine/regardez-le-discours-d-investiture-de-barack-obama-en-francais/1781/0/308854

« Obama, le retour à la tradition »leJDD.fr

Mercredi 21 Janvier 2009

« Obama, le retour à la tradition« 

Propos recueillis par Christophe ISRAËL
leJDD.fr

 Au lendemain de l’investiture de Barack Obama, Nicole Bacharan revient pour leJDD.fr sur le discours qu’il a prononcé après avoir prêté serment. Liberté, démocratie, marché: le 44e président des Etats-Unis souhaite revenir aux grandes valeurs de l’Amérique, à même selon lui de restaurer sa grandeur. L’émotion passée, il doit relever un défi immense: redresser l’économie.

Comment a été reçu le discours inaugural de Barack Obama?
Le discours était beau bien construit, mais un peu en-deçà de l’apothéose que beaucoup attendaient. Ce n’est pas dans le tempérament de Barack Obama de verser dans l’émotionnel, même si ce qu’il incarne l’est. C’était un discours de crise, dans une période qu’il annonce très dure, et un retour à la tradition américaine, aux grandes valeurs: la Constitution, la liberté, la démocratie, le marché, et un gouvernement qui joue un vrai rôle et ne se désengage pas.

Où est passé le « Change » des slogans électoraux?
Le « Change« , c’est le retour à la tradition, dont George W. Bush s’était énormément écarté. Barack Obama veut tourner la page des années Bush et aller vers « l’espoir« , en réhabilitant l’Amérique des grandes valeurs.

N’aurait-il pas pu aller plus loin, en donnant quelques pistes précises de son action?
Le discours d’investiture sert à définir les grands principes de la présidence, il est destiné à être inscrit dans les livres d’histoire. Ce n’est pas le moment d’annoncer des mesures précises. Il a néanmoins été assez détaillé dans la description des difficultés que vivent les Américains aujourd’hui, sans se placer sur un Olympe. Ce qui lui importe, c’est un gouvernement qui assume ses responsabilités, en dépassant les querelles anciennes. De ce point de vue, le consensus, c’était hier. La véritable bataille législative commence maintenant.

« Il n’y a pas eu de miracle du fait de sa seule apparition« 

Les marchés n’ont pas réagi positivement à la prise de fonctions d’Obama. Pourquoi?
Je ne suis pas économiste, mais visiblement, l’arrivée de Barack Obama ne suffit pas à restaurer une confiance que tant d’indices participent à miner: les chiffres du chômage sont épouvantables, le nombre d’expulsions continue d’augmenter quotidiennement, le crédit est bloqué… Il n’y a pas eu de miracle du fait de sa seule apparition. D’autre part, on a depuis longtemps perdu l’illusion que les marchés agissent de manière rationnelle, au mieux de leurs intérêts. C’est une vaste pagaille, qui ne va pas non plus aider les débuts de cette présidence.

Les préoccupations de la présidence seraient-elles avant tout américaines?
Je pense qu’il a l’intention de mener tout cela de front. Il a choisi une superstar, Hillary Clinton, pour conduire sa diplomatie. Mais il a été élu pour redresser l’économie américaine. C’est ce qu’attendent les Américains, ce sera la priorité des priorités, et ce sur quoi il sera jugé. La maison brûle et même vis-à-vis du reste du monde, il n’y a pas d’influence politico-morale crédible si l’économie nationale reste aussi affaiblie.

Comment entend-il conduire sa diplomatie dans ce contexte?
Les principes internationaux sont posés. On n’a pas du tout affaire à une Amérique qui rase les murs, mais qui au contraire entend redevenir le leader du monde. La lutte contre le terrorisme continue, et l’Amérique n’aura pas peur de se défendre si on l’attaque. Il compte pour cela s’appuyer sur les alliances internationales, à travers l’Europe et l’Otan en particulier. Tout cela est très affirmé dans le discours d’Obama.

Il a parlé de l’Irak, de l’Afghanistan, mais n’a pas dit un mot sur le Proche-Orient…
Pas un président américain ne mettrait dans son discours: « Je vais faire la paix au Proche-Orient« . Ce serait du suicide politique. Il a en revanche, pour la première fois dans un discours d’investiture, prononcé le mot « musulman ». Chose nouvelle aussi, il a parlé des Américains comme chrétiens, juifs, musulmans, hindous, athées… Il y a enfin une vraie main tendue aux autres pays, à travers des thèmes comme l’écologie. Une main tendue aussi aux régimes qui cherchent la paix et aux pays pauvres.

Nicole Bacharan, politologue, est spécialiste des Etats-Unis. En 2008, elle a notamment publié Le petit livre des élections américaines et Les Noirs américains, des champs de coton à la Maison blanche, (éditions Panama).

http://www.lejdd.fr/cmc/elections-americaines-2008/200904/obama-le-retour-a-la-tradition_181288.html

Obama, Dieu et l’Amérique noire [leJDD.fr ]

 Lundi 03 Novembre 2008

Obama, Dieu et l’Amérique noire

Par Marianne ENAULT, envoyée spéciale à Washington
leJDD.fr

 Barack Obama ne s’est jamais revendiqué « candidat des noirs ». Certains y ont vu une stratégie destinée à ne pas s’aliéner le reste de l’électorat, d’autres une volonté de privilégier l’union nationale. Les noirs américains, eux, ne se posent pas vraiment la question. Mardi, ils voteront en masse pour le démocrate. Les fidèles de la Union Temple Baptist Church de Washington seront de la partie.

Panneaux, badges et autres t-shirt pro-Obama… la scène ne se déroule pas lors d’un meeting organisé en faveur du candidat démocrate mais un dimanche matin, jour de prière, devant la Union Temple Baptist Church de Washington, l’une des nombreuses Eglises noires protestantes baptistes que compte la capitale fédérale américaine. Officiellement, aux Etats-Unis, les Eglises ne sont pas censées intervenir dans le champ politique, et encore moins soutenir un candidat à la présidentielle, sous peine de voir le gouvernement taxer les dons des fidèles. « Mais en la matière, les Eglises noires sont l’exception qui confirment la règle« , résume pour leJDD.fr Ray Suarez, célèbre présentateur de PBS, la télé publique américaine, et auteur d’un ouvrage sur l’influence de la religion sur la politique aux Etats-Unis.

Pourquoi? Aucune réponse précise à cette question. « Il s’agit d’une règle non écrite (…) Pendant longtemps, l’Eglise fût la seule institution que les noirs américains pouvaient contrôler (…) Depuis, c’est resté un univers à part« , avance le journaliste. Ici, la frontière entre politique et religion est donc ténue, voire inexistante. « Quand vous voulez avoir les voix de la communauté noire de Washington (60% de la population de la ville, contre 12,8% pour le reste du pays, ndlr), mieux vaut être passé par cette église« , commente Bernard Demczuk, vice-président de la George Washington University et spécialiste de l’histoire afro-américaine. Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que Bill Clinton en son temps, et aujourd’hui Barack Obama, ont fait un petit détour par le numéro 1225 de la W Street. Union Temple a même reçu la visite de Nelson Mandela.

« Pourquoi aurait-il besoin de dire qu’il est noir?« 

A deux jours de l’élection, le sermon du révérend Willie F. Wilson est donc quasi-exclusivement consacré au sujet. A Barack Obama, en l’occurrence. L’auditoire est acquis à sa cause: l’église se trouve à Anacostia, dans le « East Side » de Washington, quartier défavorisé, peuplé à plus de 90% de noirs d’origine modeste et bien souvent frappés de plein fouet par la crise économique. Le candidat démocrate fait donc l’unanimité dans cette église où, sur les murs, Jésus a les traits d’un homme noir. « Pourquoi serait-il blanc?« , s’interrogent simplement certains fidèles quand on leur pose la question.

Mais les paroissiens rencontrés ce dimanche n’ont pas envie de réduire cette élection à la question raciale. Plusieurs d’entre eux insistent: « Barack Obama est l’homme universel. » « Il ne regarde pas la couleur mais l’esprit« , résume par exemple Tyron Parker, qui fréquente depuis toujours cette église. « Peu importe qu’on soit noir, blanc ou vert. Il parle avant tout des sujets qui préoccupent la majorité des Américains« , reprend en choeur Pamela Hillsman Johnson, employée au ministère du Logement.

On aurait pu les penser vexés que le démocrate ne se revendique pas « candidat des noirs », comme l’avait fait Jesse Jackson en son temps. Il n’en est rien. « Pourquoi aurait-il besoin de dire qu’il est noir? John McCain dit-il qu’il est blanc? C’est une évidence« , résume adroitement Pamela. La certitude est là: pour de nombreux fidèles de la Union Temple Baptist Church, Barack Obama incarne bien « l’union plus parfaite » qu’il a défendu lors de son discours sur la question raciale prononcé à Philadelphie durant les primaires démocrates. Un leitmotiv chez le candidat: « Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, ni une Amérique latine ou asiatique: il y a les Etats-Unis d’Amérique« , disait-il déjà en 2004 à la Convention démocrate.

« Un pont » entre les communautés

Ni blanc ni noir, il est celui qui rassemble… ce fameux « pont » entre les communautés. « Obama n’est pas seulement un Africain- américain. Il est universel« , insiste le révérend Willie F. Wilson. A écouter les fidèles de cette Eglise baptiste, on comprend que Barack Obama incarne, à leurs yeux, plus que la victoire du mouvement des Civils Rights ou la concrétisation du rêve de Martin Luther King. Il serait ce candidat post-racial, qui franchit les frontières. Un homme qui donne tout simplement corps au rêve américain qui, entre la crise économique et les bourbiers afghan et irakien s’est perdu en chemin. « Il est parti de rien et il est aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle. Il incarne à lui seul l’histoire de l’Amérique« , résume, les yeux brillants et la voix chargée d’émotion, Erik Gales, jeune paroissien qui lui n’a pas connu la lutte émancipatrice.

Avec Barack Obama, l’Amérique aurait-elle de nouveau le droit d’être fière? Pamela en est sûre. La paroissienne évoque déjà une « élection historique« , et ce, quel que soit le résultat mardi. « L’Amérique devient enfin ce qu’elle revendique: un véritable melting pot, comme il n’en existe qu’aux Etats-Unis, où ceux, présentés comme les ennemis, Iraniens, Afghans ou Irakiens, sont considérés comme des frères et des soeurs« , explique-t-elle. « Si Barack Obama est élu, il s’agit d’un nouveau départ pour l’Amérique« , estime même le révérend de la Union Temple Baptist Church. Les épaules de Barack Obama ploient sous le poids de cet incroyable espoir.
http://www.lejdd.fr/cmc/elections-americaines-2008/200845/obama-dieu-et-l-amerique-noire-_162057.html

Ndiaye: « Pas d’Obama sans action positive »LeJDD.fr

Dimanche 02 Novembre 2008

Ndiaye: « Pas d’Obama sans action positive« 

Propos recueillis par Anne-Laure Barret
LeJDD.fr

 

 Historien des Etats-Unis et auteur d’un essai remarqué sur les Noirs de France (La condition noire, essai sur une minorité française, Calmann-Lévy) Pap Ndiaye décrypte l’incroyable popularité du candidat démocrate à la Maison blanche, Barack Obama, en France. Pour lui, il est impensable, à court terme, de voir émerger un « Obama français » tant le système politique hexagonal est sclérosé.

Comment expliquer l’exceptionnelle popularité de Barack Obama en France?
Comme la plupart des Européens et des habitants de la planète, les Français voteraient massivement Obama s’ils en avaient la possibilité. Pourquoi? Premièrement parce que le monde veut tourner la page de l’administration Bush qui a été une faillite politique, économique et morale. Deuxièmement, parce qu’Obama n’est pas n’importe quel candidat. Il soulève des espoirs presque déraisonnables, quelque chose que l’on n’a pas connu depuis Kennedy en 1960. Comme Kennedy, Obama est jeune, différent. Son énergie, son charisme, sa personnalité attirent et intriguent. Les Français issus des minorités s’intéressent encore plus à lui. Ils éprouvent une sorte de fierté à l’idée que l’homme le plus puissant de la planète ne sera pas blanc. Je crois que sa victoire probable va contribuer à affaiblir les stéréotypes. Elle montrera que la réussite est possible pour les Noirs en politique et pas seulement dans le sport ou la musique. Sur la forme, sa campagne, efficace et digne, a montré qu’on pouvait faire de la politique autrement. Son élection pourrait mettre fin à une longue période de brutalité de la vie politique américaine qui a été théorisée et pratiquée par l’équipe Bush.

Pourrait-on voir un « Obama français » candidat à l’élection présidentielle?
Non, c’est impossible pour l’instant. On ne sait pas assez en France qu’aux Etats-Unis il y a 100.000 élus noirs de tous les niveaux, depuis les shérifs et les conseillers municipaux jusqu’au Sénat ou à la Chambre des représentants. Pour les Américains, un président noir c’est très nouveau mais de nombreux hommes politiques le sont. Le mouvement s’est enclenché en 1973 avec l’élection de Tom Bradley à Los Angeles. Toutes les grandes villes américaines ont connu un maire noir. En France, on ne dispose pas d’un tel vivier d’élus parmi lesquels pourrait émerger une figure charismatique comme Barack Obama.

Pourquoi la classe politique française est-elle si majoritairement blanche?
La société française n’est pas plus conservatrice que la société américaine. C’est notre système politique qui est en cause. Le cumul des mandats, interdit aux Etats-Unis, est un frein extraordinaire. Le contraste entre le monde politique français, blanc, masculin, d’un certain âge et la société française dans sa diversité est aveuglant. Comment les hommes politiques français peuvent-ils applaudir le candidat démocrate sans rien faire pour qu’un Obama puisse émerger chez nous?

« Pas d’Obama sans Luther King »

Y a-t-il d’autres moyens pour favoriser l’émergence de talents en France?
Il faudrait que les carrières politiques cessent d’être interminables. Très rares, dans l’histoire américaine, sont les candidats défaits à la présidentielle qui ont pu se représenter une nouvelle fois. Mais tout ne viendra pas d’en haut. Aux Etats-Unis, les groupes minoritaires ont pris la parole à partir des années 1960. Sans Martin Luther King, il n’y aurait pas eu Barack Obama. Il faut que les minorités soient plus visibles en France et qu’elles s’organisent pour exposer leurs difficultés. L’élection d’Obama contribuera à familiariser les gens avec l’idée que les hommes politiques de premier plan ne sont pas forcément blancs. Son exemple peut aider les minorités françaises à formuler leurs revendications.

Mais les Noirs de France existent-ils vraiment? Ils ne forment pas une vraie communauté comme aux Etats-Unis…
Aux Etats-Unis, on peut parler d’une communauté car les Noirs forment un groupe uni par une expérience historique commune, une culture commune. Les Noirs de France constituent un groupe plus hétérogène, mélange d’Africains et d’Antillais arrivés sur le sol français à partir des années 1960. Pour la France, je préfère parler d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe qui n’a pas en partage une culture mais une expérience sociale. On est noir parce qu’on est considéré comme noir. C’est le regard des autres qui constitue les Noirs de France. Etre noir en France, c’est aussi souvent associé à des expériences humiliantes, comme des contrôles policiers ou des difficultés immenses pour trouver un travail ou un appartement.

Nicolas Sarkozy, qui a promu au gouvernement Rachida Dati et Rama Yade, deux femmes issues de l’immigration, oeuvre-t-il suffisamment contre les discriminations?
C’est une politique d’affichage mais il n’y a pour l’instant pas grand-chose derrière. La lutte contre les discriminations est trop molle, timide. Trois ans après les émeutes des banlieues, rien n’a changé. Le décalage entre la rhétorique publique de lutte anti-discrimination et le peu d’avancées concrètes m’inquiètent beaucoup.

« Avec Obama notre monde sera meilleur »

Que faudrait-il faire, selon vous, pour les faire reculer?
Premièrement, il faudrait multiplier les procès à l’encontre des employeurs, des agents immobiliers, des propriétaires d’appartements. Deuxièmement, il faudrait mettre en place « l’action positive », ce que les Américains appellent l’ »affirmative action » et qui se déploie là-bas dans les universités, les administrations et pour l’attribution des marchés publics. Obama dit que sans l’affirmative action, il n’aurait jamais pu entrer à Harvard. L’action positive ne vise pas à promouvoir les mauvais étudiants mais à éviter un gâchis des talents. C’est l’expérience qu’a tentée, avec succès, Sciences-Po en ouvrant la porte aux étudiants issus des ZEP et qui est une grande réussite. Sciences-Po c’est formidable, mais quelles sont les grandes écoles qui ont suivi cet exemple?

Pour que l’action positive soit efficace, il faudrait d’abord savoir combien de gens cela pourrait concerner. Or la République bannit les statistiques ethniques…
On a besoin de données socio-économiques afin de mettre en lumière les difficultés vécues par les minorités. Il faut remettre en cause l’idéologie républicaniste qui interdit de réfléchir en utilisant des catégories ethno-raciales. Evidemment, il faut prendre des précautions et préserver l’anonymat. Il s’agit de faire des statistiques et non des fichiers nominatifs.

Obama n’a pas tellement mis en avant son côté noir…
Dans sa campagne, il a évité d’apparaître comme le candidat des Noirs. Il n’a pas fait campagne dans les quartiers pauvres des grandes villes, dans ces ghettos qui vont encore plus mal que nos banlieues. Il ne s’est pas adressé à la frange la plus pauvre de la population noire et latino dont la situation s’est formidablement dégradée ces dernières décennies et notamment avec le démantèlement de l’Etat-providence. Je pense qu’il a voulu éviter d’effaroucher l’électorat blanc modeste et que s’il est élu il fera des choses pour eux. Il y a des éléments dans son programme qui vont en ce sens : la mise en place d’un système d’assurance maladie universelle et la revalorisation des écoles publiques notamment. Il a préféré offrir aux Américains l’image d’un homme qui ne les culpabilisait pas, celle d’un individu aux origines diverses qui a réussi. Il ne leur a pas renvoyé l’histoire douloureuse de l’esclavage et de la ségrégation mais quelque chose de plus positif. Si Obama est élu, ce sera la plus formidable opération de communication jamais menée par les Etats-Unis. D’un pays voué aux gémonies, atteint dans sa crédibilité morale et politique par les années Bush, on passera au pays d’Obama. Il y aura des explosions de joie dans le monde entier, tous les dirigeants internationaux se précipiteront à Washington pour sa prise de fonction en janvier. Sans se réjouir de façon déraisonnable, car Obama sera un président américain qui fera le job sans verser dans un multilatéralisme débridé, je crois qu’avec Obama notre monde -si mal en point- ira mieux.

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Hamé : « La condition des Noirs américains est abominable »

par Eric Mandel

mardi 4 novembre 2008 par Farid

Hamé, le rappeur du groupe La Rumeur, a passé une année aux Etats-Unis où il a étudié le cinéma à la Tisch School Of the Art. Pour leJDD.fr, il revient sur son expérience américaine, évoque les élections, Barack Obama et le système d’intégration à la française. Réflexions croisées sur la condition noire, les minorités et le communautarisme des deux côtés de l’Atlantique…

Vous avez vécu une année de campagne électorale. Impressions ?

Je suis rentré en juin dernier, donc j’ai surtout vécu les prémices avec les primaires. J’ai vécu les rendez-vous des Super Tuesday, c’est écrasant, envahissant, vertigineux, un incroyable spectacle. J’avais l’impression de me retrouver face à une énorme grand-messe. C’est très solennel, et ce n’est pas vécu sur le mode de la dérision, comme on pourrait avoir tendance à le percevoir en France. C’est presque comme un instant de crise, un truc extrêmement grave et inquiétant qui va déterminer une année zéro, en particulier sur cette élection. Dans la sphère universitaire que je fréquentais, les gens étaient démocrates à quasi 100% et à 70-80% pro-Obama. Mais je trouve qu’il y a un surinvestissement sur la figure d’Obama sans doute proportionnel au désir de changement des Américains. Moi, je n’y crois pas une seconde.

Il ne serait pas autant porteur d’un renouveau dans la vie politique américaine ?

Il représente, incarne, cristallise une évolution dans les lignes de fractures au sein de la société américaine. Mais il ne fera pas de miracle, il ne va pas bouleverser la vie des Américains au point où on semble vouloir l’entendre, une sorte de mise à plat de toutes les violences internes à la société US. En tout cas, l’engouement autour de sa personne marque la cristallisation d’un besoin réel de rompre avec la précédente administration, cette politique « fascisante » à l’intérieur et à l’extérieur, ce sont des mots que j’entendais de la part d’étudiants et de professeurs. Donc oui, il y a ce besoin de changer de vision, de politique, d’attitude. Et la figure d’Obama est le réceptacle de tout ça.

On oppose souvent le modèle d’intégration américain au système français…

Il s’agit de deux systèmes basés sur des mythes différents. En France, c’est le mythe d’une nation une et indivisible, un modèle très centralisateur, bref jacobin. Avec une sorte de méfiance et de suspicion par rapport à l’altérité et à l’hétérogénéité. On a toujours ce besoin de vouloir faire entrer dans le même moule des choses complètement différentes, quitte à les éradiquer, les nier. Aux Etats-Unis, il n’y a pas cette dimension d’une intégration par l’individu. L’intégration se fait à partir de sa communauté. Et surtout à partir du fric. Ce qui a changé pour les Noirs, c’est qu’en trente ans, il y a eu une formidable diversification sociale et une infime frange de la communauté noire a pu accomplir une ascension sociale fulgurante. A tel point qu’aujourd’hui, parmi les plus grandes fortunes américaines, on trouve des Noirs américains. Une partie de la communauté noire a prouvé qu’elle pouvait aux affaires être plus efficace que ses congénères noirs.

Et en France ?

En France, démographiquement, ça n’existe pas. Aux Etats-Unis, le poids économique que ces Noirs représentent se traduit ensuite dans la visibilité politique et la présence d’un candidat noir à la présidence. C’est une répercussion normale. En France, ce n’est pas le cas, le fameux « plafond de verre » n’a pas encore explosé. Je ne sais pas si ça va avoir lieu, je ne sais pas s’il faut lutter dans ce sens, se livrer à l’exercice du lobbying. Je n’en sais rien. Certains semblent le penser, il existe des tentatives en ce sens… Mais c’est un aveu cuisant d’échec et d’hypocrisie révélée de ce système d’intégration au mérite, comme on le conçoit en France… Ce système a échoué. Mais la condition globale des Noirs américains, elle est juste abominable. J’ai pu le constater à Brooklyn, Staten Island, il existe une sous-humanité où les Noirs sont sur-représentés. Il suffit de se référer à la réalité du système pénitentiaire américain où les afro-américains représentent 80% de la population carcérale.

Un candidat noir aux USA, cela ne risque-t-il pas d’aiguiser les revendications communautaires en France ?

C’est déjà le cas, sur le thème : « pourquoi ce qui se passe là-bas ne pourra jamais se produire ici ? » Une question qui n’aurait pas pu être posée il y a deux ans. Par ricochet, on en revient à nous et le problème de la surreprésentation des minorités au bas de l’échelle, aux étages inférieurs. Du coup, ça interroge notre système de manière structurelle, vu qu’appartenance raciale et sociale bien souvent se superposent. Est-ce qu’on n’a pas loupé un train ? Y-aurait-il en France une question raciale qu’il s’agirait d’appréhender avec la même crudité qu’aux Etats-Unis ? D’autant que le système US a toujours servi de repoussoir pour justifier et vanter les mérites du système à la française, ou la conception que l’on se fait de l’altérité et de l’égalité. Ce vernis, il est en train de se craqueler. Donc oui, la candidature d’Obama, c’est un levier incroyable dans la tête des gens et des minorités… Donc est-ce que les « Beurgeoisies » et les « Blackgeoisies » locales vont être cooptées par les mêmes qui il y a quelques années fermaient les portes ? Je n’en sais franchement rien.

Et les nominations de Rachida Dati, Fadela Amara, Rama Yade ?

C’est une manière assez habile de déplacer le débat, on leur souffle leurs textes. Ce sont des figures qu’on monte en exemple mais pour mieux refermer et verrouiller les portes. Je ne trouve pas ça très ambitieux comme politique d’ouverture. Les problèmes sont collectifs et sociaux, y répondre par des promotions individuelles, c’est déplacer le problème. Il ne s’agit pas de nommer un arabe ou un noir à des postes régaliens pour avoir dans le même temps une politique à destination des populations dont ils sont issus extrêmement rétrogrades, mener une politique complètement infamante en matière d’immigration, avec un renforcement toujours croissant du maillage répressif au sein des quartiers… On donne le change en faisant la promotion de quelques figures qui vont allègrement relayer un discours qu’ils n’ont pas produit, mais le problème est entier et il s’est même aggravé depuis les émeutes de 2005.

Et vous comptez retourner aux Etats-Unis ?

Oui l’année prochaine, je m’y suis créé des opportunités, on m’en propose d’autres, j’y retourne. Je n’ai pas une vision monolithique des Etats-Unis. C’est le pays par excellence du contraste et de l’anachronisme où une chose et son contraire peuvent se côtoyer. Ce qui est fascinant dans la vie américaine, c’est la multiplicité des niches… Dans le domaine de la création, des choses sublimes se font à partir de capitaux, de structures de production privées… L’Amérique, c’est un système fédéral, complètement décentralisé, multipolaire. Le culte de l’initiative individuelle qui produit beaucoup de désastres mais offre aussi de belles opportunités. Il y a des angles morts, ce que j’appelle des niches, et dans ces niches se créent des expériences artistiques d’une audace et d’une inventivité incroyables. Je suis très curieux de tout ça. J’ai encore le sentiment que les Etats-Unis restent un eldorado pour les gens qui se voient refuser des opportunités là où ils se trouvent. Un pays de tous les possibles, conformément à son mythe fondateur.

Source : http://www.lejdd.fr/cmc/elections-americaines-2008/200844/hame-la-condition-des-noirs-americains-est-abominable_161834.html

22 mars, 2009

L’élection d’Obama à l’origine d’une flambée de racisme aux Etats-Unis ?[ afrik.com]

 

 SociétéEtats-Unis - PolitiqueRacisme

L’élection d’Obama à l’origine d’une flambée de racisme aux Etats-Unis ?
Des observateurs signalent une hausse des actes racistes contre la communauté afro-américaine Depuis l’élection à la Maison Blanche de Barack Obama, les Etats-Unis connaissent une vague d’incidents racistes. Insultes, menaces, intimidations et parfois même des agressions qui se multiplient à l’encontre de la communauté afro-américaine. Les mouvements racistes tels que le Ku Klux Klan recrutent de plus en plus. Les Etats-Unis assisteraient-ils à une résurgence de la « négrophobie » alors qu’ils viennent d’élire un noir à la fonction suprême ?



mercredi 19 novembre 2008, par Anissa Herrou


Des « centaines » d’incidents racistes ont été enregistrés par la police américaine depuis le 4 novembre. C’est ce qu’affirme Mark Potok, directeur de l’Intelligence Project au Southern Poverty Law Center, une organisation basée en Alabama qui recense les crimes de haine.

« Retournez en Afrique »

Voitures maculées de croix gammées et de slogans racistes comme « retournez en Afrique » en Californie, mannequins noirs pendus à des arbres dans le Maine, élèves chantant « tuez Obama » dans l’Idaho, les exemples se suivent et malheureusement se ressemblent. « Depuis les dernières semaines de la campagne, nous avons assisté à un réel et important retour de bâton (chez des Blancs), et je pense que cela empire », a déclaré Mark Potok. Selon lui, ce « retour de bâton » serait dû à une coïncidence de facteurs. L’augmentation de l’immigration non blanche, la hausse du chômage, « ajoutez à cela l’idée d’un Noir à la Maison Blanche et vous vous retrouvez avec un important nombre de Blancs qui ont l’impression d’avoir tout perdu, et que le pays construit par leurs ancêtres leur a été dérobé. » La forte hausse des ventes d’armes à feu depuis le 4 novembre est révélatrice. Elle traduit le sentiment d’insécurité grandissant chez une partie de la population qui pourrait partiellement être expliqué par la crainte d’une prise de pouvoir de la communauté noire.

Vidéo : Barack Obama vu depuis l’Ohio pendant la campagne présidentielle

Retrouvez d’autres vidéos sur Afrik TV

Aucun chiffre ne permet pour l’instant de saisir le phénomène raciste qui traverse insidieusement les Etats-Unis depuis l’élection de Barack Obama, mais les faits inquiètent. Brian Levin, professeur à l’université californienne à San Bernardino, près de Los Angeles, confirme ce penchant raciste en évoquant la fascination grandissante des mouvements et groupuscules racistes aux Etats-Unis. Il a constaté une forte hausse de la fréquentation des sites internet racistes appelant à la haine et professant la suprématie de la race blanche. Le site « nationaliste blanc », Stormfront, a par exemple enregistré une panne sur son serveur au soir du 4 novembre en raison d’une trop grande affluence.

« Tuez-le ! »

Cette haine pour Obama, et les noirs plus largement, s’était manifestée une première fois lors d’un meeting de l’ex-candidate républicaine à la vice-présidence, Sarah Palin. Dimanche 26 octobre, alors qu’elle prononçait un discours devant 3 000 personnes à Clearwater en Floride, des supporters, évoquant Obama, avaient lancé « terroriste », « traitre », « arabe », pour finir par « Tuez-le ! ». En dehors des menaces pesant sur la sécurité du futur président, ces propos illustrent la récupération des origines musulmanes du président Obama à des fins racistes et haineuses.

Cependant, pour Brian Levin, ce racisme n’est pas sans précédent. C’est paradoxalement quand des progrès sont réalisés en matière de droits civiques ou de démocratie que ces comportements de repli ressurgissent. Le professeur spécialisé dans l’étude du racisme et de l’extrémisme rappelle, à propos, que le Ku Klux Klan a percé comme mouvement important juste après l’abolition de l’esclavage.

Les noirs sont-ils plus en danger aujourd’hui aux Etats-Unis depuis l’élection du nouveau président ? Les mois à venir nous diront si le risque est réel ou si ces événements n’étaient que des faits isolés. La garde rapprochée d’Obama est, quant à elle, constamment aux aguets.

http://www.afrik.com/article15723.html

Michelle Obama, l’élégance d’une première dame [TF1/plurielles.fr]

Michelle Obama, l’élégance d’une première dame

Tout le milieu de la mode attendait avec impatience de voir le choix de tenues que ferait Michelle Obama pour la journée d’investiture. La première dame n’a pas déçu par sa classe et son originalité.

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Si certains avaient parié sur du rouge ou du noir, voire du bleu, pour la tenue de Michelle Obama pour l’investiture de son mari de président, ils se sont bien trompés. C’est en habit de lumière que la première dame des Etats-Unis a décidé d’apparaître. Un habit couleur espoir qui a retenue l’attention du monde de la mode.
 
Michelle Obama et Barack Obama dans les rues de WashingtonAinsi, pour la première partie de la journée, c’est-à-dire, la cérémonie d’investiture proprement dite, Michelle Obama a fait le choix d’une robe de brocart or pâle signé de la designer Isabel Toledo. Pas de grands noms de la mode donc pour cette robe, comme Karl Lagerfeld ou Christian Lacroix qui s’étaient pourtant prêtés au jeu en dessinant quelques modèles destinés à Michelle Obama. Michelle Obama a porté son choix sur une créatrice américaine d’origine cubaine, Isabel Toledo. C’est elle qui a imaginé cette robe fourreau, et ce manteau de brocard assorti. Et ce n’est pas la première fois que Michelle Obama portait des tenues de la créatrice. Durant, la campagne, elle s’était déjà affichée avec d’autres créations de la designer.
 
Toutefois, cette première tenue ne semble pas avoir fait l’unanimité parmi les Américains. Ils n’ont pas été séduits par l’originalité de la première dame semble-t-il, selon un sondage du New York Times
 
Michelle Obama et Barack Obama amoureuxPar contre, la robe de bal de Michelle Obama ne semble pas avoir créé de controverse. La robe de Michelle Obama était en effet somptueuse, digne des plus grandes princesses. C’est presque en princesse d’ailleurs qu’elle s’est avancée vers son mari ébloui, Barack Obama, qui n’a pas manqué de partager son enchantement. La robe en question est signée par le créateur new yorkais d’origine Taïwanaise, Jason Wu. 
 
Dans son smoking noir, assorti d’un nœud papillon blanc, Barack Obama a invité sa femme à danser, les yeux dans les yeux, amoureux et heureux. Un très beau couple vient de faire son entrée à la Maison Blanche.

Découvrez également les bijoux portés par la première dame le jour de l’investiture.

Aurore DUBOIS-SEAC’H – le 21/01/2009 – 17h19

 http://www.plurielles.fr/mode/mode-stars/michelle-obama-l-elegance-d-une-premiere-dame-4233430-402.html

L’origine africaine de Cléopâtre : la preuve par le squelette

L’origine africaine de Cléopâtre : la preuve par le squelette

Cléopâtre, au pouvoir en Egypte de 51 à 30 avant J.-C., est généralement considérée comme ayant des origines européennes et non africaines.

REUTERS/© Ho New / Reuters

Cléopâtre, au pouvoir en Egypte de 51 à 30 avant J.-C., est généralement considérée comme ayant des origines européennes et non africaines.

L‘incarnation de Cléopâtre par Liz Taylor dans le film de Joseph Mankiewicz vient d’en prendre un coup. La reine d’Egypte Cléopâtre VII, souvent surnommée « la Grecque » du fait de son appartenance à la dynastie ptolémaïque d’origine macédonienne, avait en réalité du sang africain, affirme la BBC dans un documentaire intitulé Cléopâtre : portrait d’une meurtrière, qui sera diffusé le 23 mars.

Cléopâtre, née vers 69 avant notre ère, appartenait à la dynastie macédonienne des Lagides, issue du général Ptolémée, devenu, lors du partage de l’empire d’Alexandre le Grand, roi de l’Egypte qui a vu s’épanouir la civilisation hellénistique sur les bords du Nil. La reine, au pouvoir en Egypte de 51 à 30, était donc jusque-là considérée comme ayant des origines européennes.

Selon la BBC, des analyses ont prouvé que des restes humains retrouvés dans une tombe en Turquie étaient ceux d’une sœur de Cléopâtre, la princesse Arsinoé IV, assassinée sur les ordres de la reine d’Egypte. Une étude de son crâne a montré qu’Arsinoé possédait des caractéristiques africaines, ce qui tendrait à démontrer que Cléopâtre avait également des origines africaines. « Le fait qu’Arsinoé avait une mère africaine est réellement sensationnel et jette une nouvelle lumière sur la famille de Cléopâtre », s’est félicité Hilke Thuer, de l’Académie des sciences autrichienne, qui a conduit l’équipe de chercheurs.

USA : Les Noirs américains se tournent vers l’Afrique.

isaiahw.jpgUSA : Les Noirs américains se tournent vers l’Afrique.

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L’acteur Isaiah Washington pose avec le président de Sierra Leone après avoir obtenu la nationalité sierra-léonaise

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Grâce au développement de la généalogie génétique, de plus en plus d’Africain-Américains renouent avec la terre de leurs ancêtres et demandent une double nationalité.

 

Quand il était enfant, Isaiah Washington n’avait des Africains que l’image que lui en donnait la télévision, celle d’ »indigènes en pagne avec un os dans le nez« . [1]

Aujourd’hui âgé de 45 ans, cet acteur noir américain raconte que sa mère ne lui parlait jamais de l’Afrique, que l’école ne lui a pas enseigné grand-chose à propos du continent de ses ancêtres. Quant aux informations, elles décrivaient un lieu où régnaient la misère, la maladie, la corruption et la guerre. Depuis peu, cependant, il est si fier de l’Afrique qu’il est devenu citoyen de la Sierra Leone.

Il a désormais la double nationalité sierra-léonaise et américaine. Il a été nommé chef d’un village, a créé une fondation pour venir en aide au pays et versé près de 1 million de dollars pour y construire une école, restaurer un hôpital et préserver le site d’une forteresse esclavagiste britannique sur l’île de Bunce.

Isaiah Washington a effectué un long parcours pour passer d’une ignorance absolue à une passion enthousiaste pour le continent africain. Le processus s’est accéléré après un test d’ADN qui, en 2005, lui a permis de découvrir ses liens avec le peuple mende, qui vit en Sierra Leone. Aujourd’hui, dit-il, les descendants d’esclaves comme lui peuvent revenir dans leur pays et l’aider à prospérer. « Si nous parvenons à utiliser nos moyens intellectuels et financiers, inverser la fuite des cerveaux et aider à rebâtir ces pays, nous réussirons à donner un sens à notre héritage« , affirme-t-il.

D’autres Noirs américains tendent la main à l’Afrique. Ils y sont incités par des tests d’ADN, qui résolvent les énigmes de leurs origines. Poussés par ces découvertes, ils s’efforcent de s’y rendre régulièrement, d’y établir des œuvres philanthropiques, d’y nouer des partenariats professionnels et d’obtenir la double nationalité. [2]

Cette tendance devrait se confirmer sous la présidence de Barack Obama. Le retour très médiatisé du président américain dans son village ancestral au Kenya, en 2006, a été diffusé dans le monde entier, ce qui, d’après les commentateurs noirs, a amené beaucoup de gens à vouloir retrouver leurs racines. [3]

L’acteur Isaiah Washington pose avec le président de Sierra Leone après avoir obtenu la nationalité sierra-léonaise

Depuis que l’animatrice Oprah Winfrey et d’autres célébrités se sont soumis à un test d’ADN dans le cadre d’un documentaire de la chaîne de télévision PBS, les Noirs américains font de plus en plus appel à la science pour retrouver leurs origines. Une curiosité qui suscite une floraison de laboratoires spécialisés. African Ancestry Inc., une société de Washington, a testé l’ADN de 15 000 personnes et l’a comparé avec sa base de données, qui comprend 25 000 lignées génétiques africaines, souligne sa présidente, Gina M. Paige. Parmi les clients du laboratoire, on compte Oprah Winfrey, le réalisateur Spike Lee, le musicien Quincy Jones, l’actrice Whoopi Goldberg et l’acteur Morgan Freeman.

Bruce Jackson, codirecteur de l’African American DNA Roots Project, à l’université du Massachusetts, est submergé de demandes, à tel point qu’il n’en acceptera plus aucune nouvelle avant deux ans. Mais il soutient que la banque de données mondiale des profils génétiques africains n’est pas assez développée pour permettre de retrouver avec exactitude le pays d’origine. Rick Kittles, directeur scientifique d’African Ancestry et professeur de médecine à l’université de Chicago, réplique en assurant que la base de données de son entreprise est assez importante pour garantir la précision des tests.

Grâce à ces derniers, certains Noirs américains explorent un nouveau chemin pour nouer un lien avec le continent : la double nationalité. Anthony Archer, âgé de 43 ans, qui enseigne les sciences politiques à l’université d’Etat de Californie, tente de convaincre les pays d’Afrique d’élargir leur citoyenneté aux Noirs américains. Natif de Detroit, il a commencé à vouloir renouer avec l’Afrique quand son institutrice juive lui a parlé de son propre peuple, de sa quête pour retrouver sa terre, et lui a fait découvrir les écrits de Malcolm X. Pendant des années, il a passé ses week-ends à fouiller dans les archives généalogiques.

Puis il a effectué un test d’ADN au printemps 2008 et a appris qu’il avait des liens avec les Tikars, les Haoussas et les Foulanis du Cameroun. Le savoir a changé radicalement sa vie. Anthony Archer a écrit une lettre au président du Cameroun afin d’obtenir la double nationalité. Il explique que le pays n’a pas encore envisagé la question pour les Noirs américains. Selon lui et d’autres partisans du principe, la double nationalité permettrait de panser des blessures durables. Dotés de deux passeports, les Africains-Américains auraient davantage de droits dans leur pays ancestral, pourraient y acheter des biens immobiliers, y créer des entreprises et s’y déplacer librement.

« Les Noirs américains sont les Africains les plus riches du monde« , lance-t-il. « L’Afrique pourrait profiter de nos ressources, et nous d’elle pour retrouver notre identité. » Avec Gregory Simpkins, vice-président de la Fondation Leon H. Sullivan, qui cherche à jeter des ponts entre les Etats-Unis et l’Afrique, Anthony Archer défend l’idée d’un accord sur la double nationalité avec le Bénin, le Ghana, la Tanzanie et d’autres Etats. Dans un rapport adressé aux dirigeants africains lors d’un sommet en Tanzanie en 2008, Anthony Archer les a exhortés à accorder la double nationalité aux Africains-Américains dans le cas où des liens ancestraux peuvent être établis par le biais de tests d’ADN.

Le Ghana est le seul pays d’Afrique à proposer sans ambiguïté la citoyenneté aux Africains-Américains, explique-t-il. Le Liberia, fondé par des esclaves américains affranchis, proposait la double nationalité aux Noirs américains, mais il a adopté, en 1986, une nouvelle Constitution qui est moins claire sur la question. En Sierra Leone, les décisions sont prises au cas par cas par une commission présidentielle.

Reste que, jusqu’à présent, Isaiah Washington est l’un des rares Noirs américains à avoir obtenu la citoyenneté d’un Etat africain. Ernest Bai Koroma, le président de la Sierra Leone, la lui a attribuée à l’automne 2008 grâce à son test d’ADN et à cause de sa célébrité, commente Bockari Kortu Stevens, ambassadeur sierra-léonais aux Etats-Unis. Son pays, qui sort de dix ans d’une terrible guerre civile, avait besoin de quelqu’un de connu comme Isaiah Washington pour améliorer son image, explique-t-il.

La diaspora africaine a tendu la main au continent dès le début du XIXe siècle. A l’époque, Marcus Garvey, originaire de Jamaïque, avait préconisé un mouvement de « retour à l’Afrique ». Des esclaves américains libérés avaient alors établi une colonie au Liberia. Le mouvement de la conscience noire, dans les années 1960, a également suscité un regain d’intérêt pour les racines africaines, rappelle Earl Ofari Hutchinson, chroniqueur africain-américain de Los Angeles.

D’après lui, outre Obama et la popularité des tests d’ADN, cette nouvelle vague d’intérêt s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’accroissement des moyens financiers de la population noire américaine et la stabilité politique de pays d’Afrique comme le Liberia.

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Ces dernières années, Oprah Winfrey a fait construire une école en Afrique du Sud. La star du rap Shawn « Jay-Z » Carter a lancé un projet prévoyant l’installation de mille pompes à eau sur tout le continent. Robert L. Johnson, fondateur de Black Entertainment Television, finance la construction d’un site de villégiature quatre étoiles en bord de mer au Liberia, pour un montant de 12 millions de dollars. Il a aussi mis en place un fonds de capital-investissement pour aider les entrepreneurs libériens. [4]

Aiguillonné par son test, Isaiah Washington s’est rendu en Sierra Leone pour la première fois en 2006. L’acteur en est convaincu, « l’ADN a de la mémoire », et cet appel à rentrer au pays et à aider les siens a toujours été inscrit dans ses gènes.

« Je suis qui je suis, conclut l’acteur. Cela n’efface en rien l’amour que je voue aux Etats-Unis, mais ma vraie famille, c’est la Sierra Leone. »

Par Teresa Watanabe

Source : Los Angeles Times

 

 

Références bibliographiques:

[1] Stratégie leucodermique classique pour détourner la diaspora africaine du continent. Pendant ce temps, tous les buzinessmen leucordermes bavent en toute tranquillité sur nos richesses naturelles.

[2] Depuis 2003, l’Union Africaine a officiellement introduit la diaspora africaine au sein de son Institution comme 6ème région d’Afrique.

[3] Ce phénomène doit être encouragé aux Antilles. A ce titre, Africamaat va prendre contact avec les centres de recherches d’ADN aux USA.

[4] Ces réalisations ne seront jamais médiatisées par la télévision française qui veut isoler l’Afrique de sa diaspora.

 

 

  

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