TEBAWALITO

blog de la fraternité avec la diaspora noire. Ceux a qui cet appel fait echo, venez et matez mon blog

29 mai, 2008

MISOGYNIE? La bourde !!!! HILARY

28 mai 2008

Misogynie?

 

Il y a eu les ratages de début de campagne, la malchance du calendrier des primaires, son vote pour la guerre en Irak, son image institutionnelle  et passéiste, et avant tout, l’impact incomparable de son rival Barack Obama ; mais Hillary Clinton est en droit, comme elle le fait, d’incriminer aussi un sexisme latent et banalisé comme l’un des facteurs de sa défaite.

 La presse a laissé passer, sans en faire grand cas, trop d’insultes à son égard (Je me souviens encore du « how do we beat the bitch ?» d’un partisan à un meeting de McCain, ou de ces deux abrutis du New Hampshire- il paraît que c’était un canular- brandissant une pancarte sur laquelle était inscrit : « repasse ma chemise ».

Plus généralement, j’ai trop entendu de commentateurs, et d’électeurs lambdas, décrier ses ambitions, répéter qu’elle « serait prête à tout pour être élue ». Se poseraient-ils la même question si le candidat était un homme ? La réponse est non.

 Le fait d’être une politicienne acharnée à sa réussite, la moindre des choses dans une campagne aussi importante, apparaît comme une tare morale, un acte d’une laideur indigne de sa féminité. Un homme politique, dans les même circonstances, serait déclaré « redoutable », sans scrupules, mais gènèralement respecté pour sa force et pour ses convictions.

 De plus, le statut de femme d’Hillary importe moins, du point de vue du symbole, que la perspective de voir un homme noir entrer à la Maison Blanche. Celà pourrait être un sujet de débat.

 Plusieurs conversations avec des électeurs hommes Américains, et quelques unes avec des électrices de moins de trente ans, (moins au fait des luttes féministes anciennes) m’ont confirmé que selon une perception répandue, les femmes disposeraient déjà du pouvoir, ou d’un accès aux plus hautes fonctions égal à celui des hommes.  

Cette illusion provient du battage causé par l’ascension politique des femmes américaines pendant les années 80 et surtout 90. Elle a eu lieu, mais elle est révolue, et une régression est même en cours.
Une récente étude de la Brookings Institution , établie à partir d’un échantillon de plusieurs milliers d’ avocates, activistes, enseignantes ou femmes d’affaire, professions  typiquement préalables à l’entrée en politique, confirme qu’elles sont considérablement moins élues que les hommes pour une raison essentielle : elles se présentent plus rarement aux élections.

Soit parce que leurs partis ne les cooptent pas, soit parce qu’elles craignent de ne pouvoir assumer parallèlement leurs « obligations familiales », soit parce qu’elles se jugent elles mêmes d’un niveau insuffisant.

Lorsqu’elles sont élues, leur taux de réélection est comparable à celui des hommes. Il doit donc y avoir un problème à l’entrée…

Je vous conseille de jeter un œil à leur tableau (Page 3)montrant le nombre de femmes élues dans les parlements de différents pays. Le Rwanda est en première place. Les Etats-Unis sont 84emes. Je ne vois pas la France dans la liste, qui, hormis l’Amérique, ne mentionne précisément que les 20 parlements les plus féministes. 

http://blogs.lexpress.fr/nycoste/

Hillary joue Obama en viager


• La bourdeHillary ClintonHillary Clinton, en campagne dans le Dakota du Sud, explique les raisons de son acharnement sa persistance à rester dans la course à l’investiture démocrate. Alors que tout laisse à penser que Barack Obama est le grand vainqueur, l’un de ses principaux arguments consiste à dire que jusqu’en juin, tout peut arriver. Comme en 1992 lorsque son mari, Bill Clinton, remporte les primaires en Californie. Comme en 1968 lorsque Robert F. Kennedy est assassiné en Californie… ►Trop tard, sa langue a fourché, les médias se sont emparés de l’histoire. Ils craignent un lapsus révélateur : Hillary souhaiterait-elle secrètement la mort d’Obama ?
► »Evoquer le spectre de l’assassinat d’un rival, même de façon non intentionnelle, c’est rendre réelle une chose vraiment terrible. C’est presque une façon de prendre ses rêves pour une réalité« . Voilà ce que conclut le Washington Post de la bourde d’Hillary Clinton.

VIDEO 1 (00’31 ») Interview d’Hillary Clinton par une radio du Dakota du Sud


« Again, i’ve been around long enough, you know, my husband did not wrap up the nomination in 1992 until he won the california primary somewhere in the middle of june, right ? We all remember Bobby Kennedy was assassinated in june in California, you now, i just don’t understand it, you know, there’s a lot of spéculation about why it is« .



• Les explicationsDes mots qui ont choqué l’Amérique encore endeuillée de cette tragédie qui poursuit la dynastie Kennedy. Hillary Clinton a du revenir sur ses propos et tenter de les expliquer.

« I was discussing the democratic primary history, and in the course of that discussion, I mentionned the campaign that both my husband and senator Kennedy, wedged the California in June in 1992 and 1968. And I was referencing those to make the point that they had had the nomination primary contest to go in to June. That’s the story of the facts. My referencing to the kennedy family was anyway offencing« .

> « J’invoquais l’histoire du parti démocrate (…). J’ai mentionné la campagne de mon mari et celle de Bob Kennedy qui ont tous deux remporté les primaires de Californie au mois de juin. (…) Ce sont les faits. (…) En aucun cas mes propos ne se voulaient offensants. »

VIDEO 2 (02’00 ») Reportage d’Associated Press (AP) sur la bourde d’Hillary et ses significations.

Pour se dédouaner, Hillary déclare qu’elle ne comprend pas une réaction si violente à ses propos. Elle cite l’intervention publique de Mike Huckabee, le gouverneur de l’Arkansas, au sujet de Barack Obama : « C’était Barack Obama, il est tombé de sa chaise. Quelqu’un a pointé une arme sur lui, et il est tombé par terre« .

Hillary Clinton obtient le rare soutien médiatique de Mort Zuckerman, éditeur du New York Daily News et ami de la famille Clinton. Une lettre explicative a été publiée dans les colonnes du journal : « Almost immediatly, some took my comments entierly out context and interpreted them to mean something completely different, and completely inthinkable« . (A peine les mots sortis de ma bouche, on les a interprétés, hors contexte, en leur donnant une signification radicalement différente et complètement impensable).• Attentat contre Obama ?

Barack ObamaBarack Obama, quant à lui, a préféré ne pas blâmer sa rivale. Samedi, en campagne à Porto Rico, il a simplement déclaré avoir « appris que quand on fait une campagne depuis de longs mois (…), on devient parfois négligent dans les déclarations que l’on fait, et je crois que c’est ce qui s’est passé en l’occurrence« . (>Le Figaro du 26/05/08)

► L’hypothèse de l’assassinat de Barack Obama pendant la campagne ne date pas de la bourde d’Hillary. L’idée fait son chemin depuis le début de la course à l’investiture… L’éventualité d’un Noir à la tête des États-Unis n’est pas pour plaire à tout le monde et fait craindre un attentat contre le candidat démocrate. Un sondage Washington Post -ABC news, publié en mars, le confirme : six Américains sur dix disent craindre que quelqu’un tente de blesser Barack Obama.Compte tenu des événements du passé et des risques actuels pesant sur celui qui pourrait être le premier président noir des États-Unis, Barack Obama est placé sous la surveillance permanente des services secrets depuis plus d’un an. Un statut que possède également Hillary Clinton, mais pour ses qualités d’ancienne première dame des États-Unis…et non de candidate à la présidence.

http://desourcesure.com/politiqueaffaires/2008/05/hillary_la_boulette.php

La bourde : Hillary joue Obama en viager

La bourdeHillary ClintonHillary Clinton, en campagne dans le Dakota du Sud, explique les raisons de son acharnement sa persistance à rester dans la course à l’investiture démocrate. Alors que tout laisse à penser que Barack Obama est le grand vainqueur, l’un de ses principaux arguments consiste à dire que jusqu’en juin, tout peut arriver. Comme en 1992 lorsque son mari, Bill Clinton, remporte les primaires en Californie. Comme en 1968 lorsque Robert F. Kennedy est assassiné en Californie… ►Trop tard, sa langue a fourché, les médias se sont emparés de l’histoire. Ils craignent un lapsus révélateur : Hillary souhaiterait-elle secrètement la mort d’Obama ?
► »Evoquer le spectre de l’assassinat d’un rival, même de façon non intentionnelle, c’est rendre réelle une chose vraiment terrible. C’est presque une façon de prendre ses rêves pour une réalité« . Voilà ce que conclut le Washington Post de la bourde d’Hillary Clinton.

VIDEO 1 (00’31 ») Interview d’Hillary Clinton par une radio du Dakota du Sud


« Again, i’ve been around long enough, you know, my husband did not wrap up the nomination in 1992 until he won the california primary somewhere in the middle of june, right ? We all remember Bobby Kennedy was assassinated in june in California, you now, i just don’t understand it, you know, there’s a lot of spéculation about why it is« .

http://www.dailymotion.com/video/x5j9al

• Les explicationsDes mots qui ont choqué l’Amérique encore endeuillée de cette tragédie qui poursuit la dynastie Kennedy. Hillary Clinton a du revenir sur ses propos et tenter de les expliquer.

« I was discussing the democratic primary history, and in the course of that discussion, I mentionned the campaign that both my husband and senator Kennedy, wedged the California in June in 1992 and 1968. And I was referencing those to make the point that they had had the nomination primary contest to go in to June. That’s the story of the facts. My referencing to the kennedy family was anyway offencing« .

> « J’invoquais l’histoire du parti démocrate (…). J’ai mentionné la campagne de mon mari et celle de Bob Kennedy qui ont tous deux remporté les primaires de Californie au mois de juin. (…) Ce sont les faits. (…) En aucun cas mes propos ne se voulaient offensants. »

VIDEO 2 (02’00 ») Reportage d’Associated Press (AP) sur la bourde d’Hillary et ses significations.

Pour se dédouaner, Hillary déclare qu’elle ne comprend pas une réaction si violente à ses propos. Elle cite l’intervention publique de Mike Huckabee, le gouverneur de l’Arkansas, au sujet de Barack Obama : « C’était Barack Obama, il est tombé de sa chaise. Quelqu’un a pointé une arme sur lui, et il est tombé par terre« .

Hillary Clinton obtient le rare soutien médiatique de Mort Zuckerman, éditeur du New York Daily News et ami de la famille Clinton. Une lettre explicative a été publiée dans les colonnes du journal : « Almost immediatly, some took my comments entierly out context and interpreted them to mean something completely different, and completely inthinkable« . (A peine les mots sortis de ma bouche, on les a interprétés, hors contexte, en leur donnant une signification radicalement différente et complètement impensable).• Attentat contre Obama ?

Barack ObamaBarack Obama, quant à lui, a préféré ne pas blâmer sa rivale. Samedi, en campagne à Porto Rico, il a simplement déclaré avoir « appris que quand on fait une campagne depuis de longs mois (…), on devient parfois négligent dans les déclarations que l’on fait, et je crois que c’est ce qui s’est passé en l’occurrence« . (>Le Figaro du 26/05/08)

► L’hypothèse de l’assassinat de Barack Obama pendant la campagne ne date pas de la bourde d’Hillary. L’idée fait son chemin depuis le début de la course à l’investiture… L’éventualité d’un Noir à la tête des États-Unis n’est pas pour plaire à tout le monde et fait craindre un attentat contre le candidat démocrate. Un sondage Washington Post -ABC news, publié en mars, le confirme : six Américains sur dix disent craindre que quelqu’un tente de blesser Barack Obama. Compte tenu des événements du passé et des risques actuels pesant sur celui qui pourrait être le premier président noir des États-Unis, Barack Obama est placé sous la surveillance permanente des services secrets depuis plus d’un an. Un statut que possède également Hillary Clinton, mais pour ses qualités d’ancienne première dame des États-Unis…et non de candidate à la présidence.• L’ombre de Bob et de JFK...

Le 5 juin, les États-Unis commémoreront le 40ème anniversaire de l’assassinat de Robert Kennedy, le candidat démocrate à la Maison blanche en 1968. Lors de son discours de victoire aux primaires de Californie, RFK est abattu dans la salle de meeting de l’Ambassador Hotel.

VIDEO 3 (01’45 ») 5 juin 1968. Ambassador Hôtel. Robert Francis Kennedy est abattu par Shiran Shiran.

Image de prévisualisation YouTube

Une histoire qui passionne tant les Américains, que le drame de Bobby Kennedy a été porté sur le grand écran en 2006. Un parterre de stars (Demi Moore, Sharon Stone, Elijha Wood, Lindsay Lohan, Anthony Hopkins, Ashton Kutcher…) pour expliquer un des drames de la famille Kennedy.

VIDEO 4 (02’21 ») L’adaptation cinématographique du jour de l’assassinat de Robert Francis Kennedy. Bobby, d’Emilio Estevez.



►C’est à cet épisode tragique qu’Hillary Clinton a fait référence, vendredi 23 mai. Une façon pour elle de justifier sa volonté de rester dans la course à l’investiture, car jusqu’au bout, tout peut arriver. Tout, y compris un tollé médiatique…

►Mme Clinton n’a sûrement pas peser le sens de ses mots. Elle ne souhaite sûrement pas la mort de son rival. Mais c’est une maladresse de plus qui renforce Obama…

►Alors que parfois la réalité rattrape la fiction, des scénaristes ont inversé la vapeur et ont tourné l’assassinat imaginaire de l’actuel président des États-Unis.


VIDEO 5 (03’32 ») Fiction imaginant l’assassinat, à Chicago, du président américain G.W. Bush.

http://www.dailymotion.com/video/x47blw
• Et la dynastie Kennedy ?

Ted KennedyDans le camp Kennedy les avis sont partagés. Les positions aussi.

Chez les « pro-Hillary », on distingue Robert Kennedy, le fils aîné de Robert F. Kennedy, et ses deux sœurs. Robert junior a déclaré à la presse qu’ « il est clair, d’après le contexte, qu’elle invoquait une circonstance politique familière afin d’appuyer sa décision de rester dans la course en juin (…) Je crois que les gens auraient tort de s’offusquer« . (>Le Figaro du 26/05/08).
A l’inverse, Caroline (fille de JFK) et Ted Kennedy soutiennent ardemment Barack Obama. La première a déclaré au New York Times dans une tribune intitulée « A President like my father« ,que « la campagne du jeune sénateur nourrit un enthousiasme lui rappelant celui suscité par son père John« .

VIDEO 6 (02’12 ») « Ted Kennedy endorses Barack Obama » (Ted Kennedy approuve Barack Obama).
Ted Kennedy apporte officiellement son soutien à Barack Obama. « JFK avait dit ‘The world is changin’ (le monde change), ‘so it is with Barack Obama‘ (il en est de même avec Barack Obama). ‘He has left a sparkle of hope…‘ « (il a laissé une lueur d’espoir).


Ted Kennedy aurait aimé apporter un soutien sans faille à Barack Obama, comme il l’avait fait pour John Kerry en 2004. Mais atteint d’une tumeur au cerveau, le patriarche du clan Kennedy a du mettre ses convictions politiques au placard…le temps de récupérer de son opération chirurgicale. Barack Obama n’a même pas conquis le Massachussetts, État où Ted Kennedy est élu depuis 25 ans…

Un ticket démocrate ?


logo démocratesDes rumeurs courent dans l’entourage de Bill Clinton, d’une vice-présidence Hillary Clinton, dont la candidate pourrait se contenter en attendant mieux. D’après l’ancien président américain, si Barack Obama décidait de s’allier à Mme Clinton, le duo démocrate serait « pratiquement imbattable » (> Le Figaro du 23/05/08).
Mais après la « gaffe Kennedy », une alliance Hillary-Obama semble quasiment impossible. Le Dr Irene Finel-Honigman, proche d’Hillary, nie de telles intentions : « La vice présidence serait nullement dans son intérêt. Le ticket dit de rêve est un ticket cauchemar : un Noir et une femme à la fois, c’est trop pour une certaine Amérique« (>Le Figaro du 26/05/08).
La course aux colistiers potentiels est lancée dans les deux camps (démocrate, républicain). Barack Obama a confié cette tâche à Jim Johnson, qui avait déjà tenu le même rôle pour John Kerry. John et Cindy Mc Cain se chargent personnellement de cette tâche. Alors Hillary, ira, ou ira pas ?
JULIE SAULNIER / DSS

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http://desourcesure.com/politiqueaffaires/2008/05/hillary_la_boulette.php

John Kerry soutient Barack Obama [lefigaro.fr/international]

John Kerry soutient
Barack Obama

L.D. (lefigaro.fr) avec AFP
10/01/2008 | Mise à jour : 17:40 |
Commentaires  John Kerry soutient Barack Obama [lefigaro.fr/international] dans ACTU GENERALE bulle_comment 20

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Barack Obama et John Kerry, lors de l'investiture de ce dernier, le 29 juillet 2004.
Barack Obama et John Kerry, lors de l’investiture de ce dernier, le 29 juillet 2004. Crédits photo : AP

Le candidat malheureux face à George Bush en 2004 a choisi le rival d’Hillary Clinton. Reste à savoir si cela portera chance à ce dernier.

John Kerry, 64 ans, avait remporté les primaires démocrates américaines en 2004, mais le clan républicain, avec George W. Bush, était resté à la Maison-Blanche. Il apporte jeudi son soutien à Barack Obama, candidat à l’investiture démocrate.

Un soutien qui n’est pas forcément de bon augure. Il y a quatre ans, le soutien du candidat malheureux de la présidentielle de 2000, Al Gore, n’avait pas porté chance à Howard Dean, qui briguait alors l’investiture démocrate.

Barack Obama, 46 ans, est avec l’ex-première dame Hillary Clinton en tête d’un sondage national sur l’investiture démocrate. Il a gagné la première étape de la course la semaine dernière en Iowa, mais s’est fait battre au New Hampshire mardi.

Un candidat démocrate en moins

 

Le gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson s’est quant à lui retiré jeudi de la course à l’investiture démocrate. Arrivé en quatrième position des caucus de l’Iowa et des primaires du New Hampshire, il a recueilli respectivement 2% et moins de 5% des votes.Son équipe de campagne a refusé de commenter cette décision.

Un des rares candidats à parler couramment espagnol, Bill Richardson est un ancien membre du Congrès, secrétaire à l’Energie de Bill Clinton et ambassadeur aux Nations unies. Lors de sa campagne, il a mis en avant son expérience en tant que diplomate indépendant et promis notamment de retirer les troupes américaines d’Irak. Mais il n’a jamais réussi à lancer une dynamique autour de sa candidature.

      http://www.lefigaro.fr/international/2008/01/10/01003-20080110ARTFIG00532-john-kerry-soutient-barack-obama-.php

 

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Réactions de 1 à 10

22/01/2008 08:30

pitchso : NOTRE PETITE VISION FRANCAISE

Je ne suis pas d’accord avec ce soi-disant baiser dce la mort de John Kerry à Obama.

On retourne dans nos salles habitudes, vous savez celle qui consiste à détruire les perdants et à encenser les vainqueurs, mais uniquement quand on connait le résultat… Cette vision qui pousse les sportifs à ne pas faire le match de trop car sinon ils seront bannis de la société (Forget, Virenque, Dessailly (très critiqué sur la fin) et j’en passe…

Bref, je ne crois pas qu’aux Etats Unis, un mec qui est perdu de justesse contre Bush soit obligatoirement considéré comme un looser…

Et puis, en plusje ne comprends pas ce raisonnement car dans les faits, en France, nos 2 précédents présidents n’ont-ils pas connu eux aussi plusieurs revers avant d’être élu président?

14/01/2008 22:08

hafid : le bon sens

les amis de john kerry son mes amis . c’est comme il a dit lui.le plan economique de monsieur Obama est le bon .2009 est l’année ou tout basculer sur se sens. l’avenir ne veux ni feu,ni sang ,ni guerre.

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12/01/2008 19:08

Rogman30 : Obama ou un autre….

Qui peut dire la différence entre un candidat démocrate et un candidat républicain ?

Dans tous les cas ils sont là pour que rien ne change et représentent des forces conservatrices classiques .

La vie politique américaine est entre les mains d’une oligarchie de posssédants, de riches et en particulier d’hommes d’affaires et de pétroliers . La masse de l’élecorat n’ aucune illusion à ce sujet et le montre en s’abstenent massivement.

12/01/2008 17:34

denunciadorus : la continuite ou le renouveau

d un cote clinton qui fera ce que tout le monde a fait et de l autre obama qui va apporter un vent nouveau sur l amerique ( du moins on espere ) et par dela automatiquement un vent nouveau sur l echiquier mondial , on ne peut qu esperer une  » royale  » defaite pour hillary a grosses larmes .

 

12/01/2008 10:26

Julianwei : Obama n’est pas tout à fait noir !

cf sa biographie

il l’est à moitié de par son père Kenyan

et son autre moitié de par sa mère est blanche avec quelques racines native american cherokee et irlandaises

sa mère descend du Président des Etats Confédérés (« sudistes ») contre l’abolition de l’esclavage

Barrack Obama a à la fois un large électorat blanc et un large électorat noir

c’est l’actuel John Fitzgerald Kennedy

son élection serait une Révolution pour les USA car c’est un candidat de la diversité et de la richesse de la Nation Américaine au sens propre du concept

quand à sa défaite dans le New Hampshire, il n’y a que des américains pour croire que la séquence émotion d’Hillary (ultra WASP) n’était pas de la manipulation d’opinion

c’est vite oublier qu’Hillary les a foutu dans la merde en soutenant la guerre en Irak et qu’elle s’est fait corrompre par les lobbies pharmaceutiques (même si elle ressort l’idée de couverture maladie universelle qu’elle a volé à des penseurs du Parti Démocrate)

11/01/2008 21:14

K’ : Femme ou Noir

La véritable question qui va se poser n’est pas de savoir si Kerry est un bon soutient pour Obama, ou non – après tout en avait-il réellement besoin ?

Effectivement les Américains n’ont pas la même mentalité que les Européens, mais les « premières historiques » font le même effet à tous le monde : Aussi craintes qu’exitantes.

Il est effectivement fort probable que la présidence va se décider entre Obama et Clinton : Un noir ou une Femme.

Vers quel coté l’Amérique va-t-elle pencher ?

Sera-ce le coté raciste ou mysogine qui l’emportera sur l’autre ?

Affaire à suivre … et de pret !

11/01/2008 18:42

ManForTruth : Ah les francais…comme vs etes droles petites gens!!!

Si au moins vous vous informiez avant de faire vos analyses a la noix! Si vous teniez compte de ce que l’Amerique ce n’est pas l’Europe, les USA c’est une toute autre mentalite, vous sauriez au moins que Kerry est un soutien de poids pcq il apporte pas seulement l’experience a Obama mais aussi un reseau fort et surtout bcp d’argent!! Oui une election se gagne avec bcp d’argent aux USA.

Sans oublier que soutenir Obama c’est surtout un camouflet retentissant a Clinton…et enfin pr ceux qui tirent des conclusions rapides, Obama ce n’est pas Howard Dean.

Vous ferriez mieux de vous habituer a l’idee qu’un noir puisse diriger les USA. C’est pas en France qu’on verrait ca par exple!

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11/01/2008 15:24

SENECA : Peu importe le candidat

Les américains sont coupables collectivement de crimes contre l’humanité: l’Irak. Comment peut-on se passionner pour l’élection d’un homme d’Etat qui de toute façon, peu ou prou, continuera la politique de ces devanciers, politique égoïste qui consiste à permettre à une société totalement décadente de bouffer et de remplir le réservoirs de ses grosses bagnoles, et de laisser s’épanouir ses invertis.

11/01/2008 02:25

the big : destin

il faut y croire « OBAMA »

11/01/2008 00:18

Falcon : Obama et Kerry

Bonjour le conformisme…On lit un article et on plonge dedans! Kerry n’est absolument pas un oiseau de mauvais augure. Il a peut-être perdu en 2004 et alors? S’il soutient Obama, c’est surtout pour l’amitié qui lie les deux hommes. La différence avec 2004, c’est que le candidat sortant ne peut plus se représenter. Et les démocrates ont vraiment le vent en poupe, vu la gestion catastrophique de Bush et le fait que les républicains n’ont aucune figure convaincante à proposer, hormis théoriquement Giuliani, mais les derniers sondages semblent confirmer son naufrage.

Résultat des courses, un démocrate gagnera certainement en Novembre, Obama ou Hillary, et je penche vers une victoire d’Obama, car je crois vraiment que la victoire de Mme Clinton au New Hamshire est juste un petit sursaut qui ne changera pas la lourde tendance qui se dessine.

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f_gau_flash_off dans BLACK USA LA LIBERTEprécédent Page 1 sur 2 Suivantf_dro_flash_on dans DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE L'HOMME

Réactions de 1 à

10/01/2008 23:33

Minuteman : Peut-être…

C’est vrai qu’on a fait mieux comme soutien que celui de John Kerry.

Mais peut-être, chers amis, que nous nous trompons. Et si le soutien de Kerry n’était pas pénalisant pour Obama ? Enfin c’est ce que je souhaite.

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popreac_alerter dans METISSAGE /melange/multiculturel

10/01/2008 22:50

Sudiste francophile : Vous vous trompez Krapotkin

Il y a certains qui veulent toujours croire que la defaite de Kerry en 2004 et celle de Gore en 2000 etaient a cause des « dirty tricks » des genies du mal du parti republicain. Mais c’est bete cette idee. C’est vrai qu’il y a des republicains mechants, mais Kerry a echoue a cause de ses propres fautes et faiblesses qui etaient nombreuses. Obama est un candidat tellement attirant aux yeux de beaucoup d’Americains, et c’est pour cette raison qu’il doit s’eloigner Kerry autant que possible. Il n’a pas besoin de son aide, et il ne veut pas que l’on commence a le regarder en Kerry II. C’est ca le baiser de la mort.

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popreac_alerter dans NOIR OU BLACK MAIS ILLUSTRE

10/01/2008 22:26

John : Un cretin pour soutenir un noir

Le couple ne va pas faire tabac dans le sud profond (sauf en Caroline du Sud, en Louisianne et au Missisipi qui comptent une large population de noirs).

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popreac_alerter dans USA ELECTIONS ET POLITIQUE ET AUTRES SUJETS

10/01/2008 22:16

alteorun : et voilà , la défaite d’obama a sonné !

lorsqu’on a comme soutien le monsieur qui a perdu face à Bush et vraiment fait écrasé par Bush , ce n’est absolument pas un honneur que d’être soutenu par un looser et les américains n’aiment pas trop çà , les loosers ! Hilary je crois que la voie est libre pour vous … même si çà va dans ce sens , je pense que les Républicains resteront au pouvoir car les Démocrates c’est un peu comme le PS en France , impossible de faire alliance. Obama = bonjour défaite

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10/01/2008 21:03

Krapotkin : Split dans le parti Democrat orthodox?

Le parti Democrat orthodox etait dans sa majority pro Hillary. Avec Kerry il me semble que certain chefs de files penchent vers Obama, lequel prone le changement et plus ou moins la fin de l’Empire!!!

Il ne faut pas oublier que la re-election de Bush en 2004, n’a ete gagne que grace aux machines electroniques electorales truquees!

On parle de retourner au bulletin de vote papier, de plus en plus!

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10/01/2008 20:12

Sandrine : CITOYEN LAMBDA

J’essaye pas mal de suivre la politique américaine parce que ça me concerne, disons directement (libanaise)

Pouvez vous me dire ou vous avez des infos un peu plus poussées – type syndicats et lois Obama ?

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10/01/2008 19:30

Sudiste francophile : Quelqu’un a eviter

Chez nous (aux EUA) on a l’habitude d’employer une certaine expression pour exprimer ce que vient de passer — the kiss of death (le baiser de la mort). John Kerry aurait du gagner il y a quatre ans, mais il a completement echoue. Ce grand perdant est devenu ridicule, et n’apporte absolument rien a Barack Obama. Anker a raison. Pauvre Obama.

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10/01/2008 19:23

CitoyenLambda : Kerry, Le SEIU et les culinary Workers avec Obama. Ca bouge !

sur la forme on est en droit de s’interroger sur le fond ce n’est pas si bete sachant que la stratégie d’Hillary clinton est de faire croire qu’Obama n’a pas d’experience (alors que tout observateur attentif de la politique americaine sait qu’obama a été à la base d’un nombre de textes et de lois impressionnant au regard de son age) hors kerry a une experience inconstesté. Cela plus le ralliement inattendu des deux puissants syndicats SEIU et Culinary Workers a Obama prouvent que décidemment quelque chose est en train de se passer aux Etats Unis.

10/01/2008 18:15

Anker : UNE ERREUR D’OBAMA DE L’ACCEPTER

« Reste à savoir si cela portera chance à ce dernier » – oui, c’est ça la question. John Kerry est une personne honnête, mais malheureusement il reflête l’image d’un perdant.

10/01/2008 18:08

Thibaud : Pauvre Obama

Je n’ai pas une grande sympathie pour lui, mais tout de même il ne méritait pas ça. Être soutenu par John Kerry… Les élections sont perdues pour lui.

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Jeunesse d’Afrique d’Amerique du sud et de l’Europe [etrangerencontre]

 

http://www.dailymotion.com/video/x494o6

http://www.etrangerencontre.org/blog/

Ghana : Le « trip » africain des Noirs américains

ghana.jpgArchives

Ghana

Le « trip » africain des Noirs américains

Sabine Cessou, à Accra -  01/03/2004  - L’Expansion 

Avec 10 000 entrées par an, les Afro-Américains forment la plus importante colonie de touristes au Ghana. Plus d’un millier d’entre eux ont choisi de s’installer dans ce pays d’Afrique de l’Ouest de 20 millions d’habitants, coincé entre la Côte d’Ivoire et le Togo. Ancienne colonie britannique, le Ghana est le pays d’Afrique le plus visité par les Noirs américains, devant l’Afrique du Sud et le Kenya.

Outre qu’on y parle anglais, la plage, les cocotiers, le soleil toute l’année et le coût de la vie peu élevé jouent aussi. « La culture ghanéenne, qui a su préserver ses traditions, nous attire surtout pour son authenticité », commente Victoria Cooper, consultante installée en Afrique depuis plus de vingt ans, présidente de l’Association des Afro-Américains du Ghana.

Avec ses anciens forts parsemés le long de la côte, le Ghana offre surtout un retour aux sources chargé d’émotions aux descendants des esclaves noirs. Construits entre les XVe et XVIIIe siècles, ces édifices témoignent de l’ampleur prise par le commerce du « bois d’ébène ». Trois de ces châteaux, Saint Jago, Cape Coast et Elmina, ont été inscrits par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. « Au même titre que la Grande Muraille de Chine, la statue de la Liberté et la tour Eiffel », s’empressent de souligner les brochures de promotion touristique du Ghana.

Les autorités ont tout fait pour favoriser un engouement qui n’est pas récent. William Edward Burghardt (« WEB ») Du Bois, l’un des plus grands penseurs noirs des Etats-Unis, a choisi de s’installer en 1962 au Ghana, où il est mort et enterré. Lancé en 1994 par le révérend américain Leon Sullivan, un défenseur de l’avancement des Noirs, un sommet « africain/afro-américain », organisé chaque année au Ghana, a ranimé la flamme.

Le Ghana fait rêver à Chicago

Lors d’une visite officielle aux Etats-Unis, en 1999, le président ghanéen, Jerry Rawlings, a été jusqu’à promettre la double nationalité aux immigrants américains. L’annonce, qui ne s’est pas concrétisée, a néanmoins attiré une nouvelle vague de candidats au départ. John Kufuor, le successeur de Jerry Rawlings, a évoqué en 2001 une loi permettant à tout membre de la diaspora noire de résider et de travailler « sans restriction » au Ghana. Ce geste a été fêté outre-Atlantique, par les défenseurs d’un « droit au retour » en Afrique. Même si, dans les faits, rien n’a changé : les Américains doivent obtenir des visas et des permis de séjour pour s’installer.

Parmi eux figurent des universitaires, des retraités, des infirmières, quelques rastas et des hommes d’affaires. Regimanuel Gray, l’un d’entre eux, a particulièrement bien réussi dans l’immobilier. Créée en 1991, la société qui porte son nom emploie 220 personnes à la construction de lotissements à Accra et Tema. La clientèle est en partie américaine, mais surtout ghanéenne. Car le Ghana ne fait pas rêver seulement à Detroit ou Chicago. Sur les 3 millions de Ghanéens installés aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie, beaucoup reviennent au pays natal pour passer les vacances et investir dans la pierre.

 

http://www.lexpansion.com/economie/le-trip-africain-des-noirs-americains_21929.html

Les soldats perdus des seventies

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Procès

Les soldats perdus des seventies

par Philippe Coste, mis à jour le 25/06/2002 – publié le 27/06/2002

 

Dans ces années-là, pour venir à bout de l’ «insecte fasciste qui se nourrit du peuple», une poignée de jeunes gens middle class créaient l’Armée symbionaise de libération. Leurs exploits sanglants effrayèrent tant l’Amérique qu’elle ne leur a pas pardonné. Rattrapés par le passé, ils risquent la perpétuité

De la légende il ne restait plus grand-chose – le souvenir de leurs balles fourrées au cyanure et de leurs noms de guerre puérils: Maréchal Cinque, General Teko, «sister» Yolanda et Gelina. Une photo célèbre, aussi, montrant le mince profil de «Tania» – Patty Hearst, l’héritière kidnappée passée dans le camp de ses ravisseurs gauchistes et campée, mitraillette à la main, devant le cobra à sept têtes de la Symbionese Liberation Army (SLA). Ce ramassis baroque, acharné à écraser l’«insecte fasciste qui se nourrit du peuple», avait tué et braqué, intrigué la planète et affolé le pays, avant de connaître sa petite apocalypse. Ceux qui n’étaient pas morts carbonisés dans leur planque, lors de l’assaut de la police, en mai 1974, avaient cru trouver leur rédemption dans l’oubli, après la prison ou la fuite. Les voici pourtant soudain, surgis de nulle part, presque tous revenus devant les juges pour répondre à nouveau d’un délire vieux de trente ans.

Sara Jane a été la toute première. Lorsqu’on l’a cueillie, en juin 1999, elle attendait tranquillement au feu rouge dans une rue arborée de Saint Paul (Minnesota). Des semaines de filatures et d’écoutes téléphoniques avaient permis au FBI de mieux cerner les agissements de cette citoyenne modèle, mère de trois filles, épouse d’un médecin adoré des urgences de l’hôpital local. Le lundi, Sara Jane Olson faisait la lecture aux aveugles dans les studios d’une radio caritative du Minnesota, et ce mercredi matin, à 8 h 26, elle allait, juste après le départ des deux plus jeunes pour l’école, donner un cours d’anglais bénévole dans un foyer d’immigrants. Les grands lierres de sa maison de style Tudor, son minivan dernier modèle étaient certes banals dans son quartier bourgeois-bohème de Saint Paul, mais Sara Jane savait se distinguer par des dons éclectiques: ses collections de céramiques décoratives faisaient, à chaque Noël, l’admiration du quartier. Ses petits fours légendaires honoraient les cocktails de levée de fonds des élus de gauche locaux, et son interprétation d’amateur de Macbeth au théâtre municipal lui avait valu une photo dans le Pioneer Press.

La police, elle, s’intéressait plus à ses talents de jeunesse, notamment aux deux bombes de 2 kilos de plastic serti de clous de charpentier que Sara Jane Olson, connue alors sous son vrai nom, Kathleen Soliah, avait placées sous des voitures de la police de Los Angeles en août 1975. Avant de disparaître, corps et âme, pendant près d’un quart de siècle.

Le lendemain de l’arrestation, sur tous les écrans, son visage se prêtait au cliché des flash-back. Un fondu enchaîné arrachant le masque de quinquagénaire souriante et permanentée pour laisser apparaître la pasionaria terroriste d’hier, juchée poing levé sur une tribune du Ho Chi Min Square, à Berkeley (Californie). Les images d’archives grenées parachevaient le trip nostalgie: les jupes indiennes aux manifs contre la guerre du Vietnam, le parfum de chanvre et d’insurrection des sit-in anti-Nixon, le rock et le sexe libéré, mais aussi la sourde violence des Black Panthers, les attentats de la Weather Underground, et l’ultragauchisme dévoyé des givrés de la fameuse SLA. L’Amérique des baby-boomers de gauche revoyait sa folle jeunesse avec une gêne attendrie. Sans imaginer que l’autre Amérique, celle des valeurs, de George Bush et de la lutte contre le crime et le terrorisme, ferait de ce voyage dans le temps une croisade vengeresse.

Un temps remise en liberté contre une caution de 1 million de dollars amassée grâce à une collecte monstre à Minneapolis, Kathleen Soliah, alias Sara Jane, espérait faire valoir ses vingt-quatre ans de réinsertion exemplaire lors de son procès, prévu pour l’automne 2001. Après les attentats du 11 septembre, elle prend peur, persuadée qu’aucun jury ne montrera de mansuétude envers une terroriste. Elle plaide coupable, et écope de vingt ans de prison en octobre 2001. Ce n’est qu’un début. Dans les trois jours, le FBI la transfère en avion vers une nouvelle prison, à Sacramento, dans le nord de la Californie, pour qu’elle réponde, avec ses anciens complices, d’un autre crime commis à la même époque: le meurtre de Myrna Opsahl, mère de quatre enfants, abattue lors de l’ «expropriation révolutionnaire» d’une banque de Carmichael, dans la banlieue de Sacramento, en avril 1975.

«L’autodestruction ne me tente plus»

La première séance du tribunal, le 27 janvier dernier, a pris des airs d’émouvante réunion de famille. A la table des prévenus, Bill et Emily Harris, Bonny and Clyde de la cause gauchiste, accusaient leurs 55 ans. Bill, alias General Teko, guerrier acharné de la SLA, faisait savoir par son avocat qu’une détention préventive aggraverait son arthrite. Les chics petites lunettes à double foyer d’Emily (sister Yolanda) dissimulaient mal une lueur furieuse dans son regard. Leur fringant comparse Michael Bortin, ramené enchaîné de Portland (Oregon), arborait une allure de Géo Trouvetout échevelé. Ne manquait à l’appel que James Kilgore – ex-petit copain de Kathleen Soliah, toujours en cavale – pour parfaire le dernier carré des vétérans.

«Soliah avait trouvé la planque parfaite, ironise Michael Latin, le procureur responsable de son arrestation. Elle vivait au grand jour et s’était forgé un passé véritable qui ne laissait prise à aucun soupçon.» Après quelques années de clandestinité, elle avait resurgi dans une école culinaire du Maryland en 1979. Son nouveau diplôme, acquis sous un faux nom, lui servit de sauf-conduit jusque dans le Minnesota, où, dans le bar qui l’employait en 1980, elle avait rencontré son futur époux, étudiant en médecine et musicien le soir. L’avait-elle mis dans la confidence? Savait-il seulement que le prénom de leur fille aînée, Emily, recelait un hommage à une vieille amie de guérilla?

Les anciens frères d’armes de Kathleen Soliah, eux, n’avaient plus de secrets depuis longtemps. Bill et Emily Harris avaient passé six ans en prison pour avoir organisé l’enlèvement de Patricia Hearst et s’étaient séparés quelque temps après leur libération, en 1983. Bill, remarié avec une avocate, était devenu… détective privé à Oakland, près de San Francisco. Lorsque les policiers, le 16 janvier, ont barré la route à son minivan flambant neuf, il conduisait gentiment ses deux garçons à leur match de foot hebdomadaire. Emily, devenue consultante informatique grâce à une formation reçue en prison, avait refait sa vie avec une femme, dans une banlieue résidentielle de Los Angeles. Les agents l’ont menottée, le même mercredi, au retour de son jogging, sur le gazon léché de sa demeure néomadrilène. Quant à Michael Bortin, patron d’une petite entreprise de pose de planchers à Portland, il préparait, ce matin-là, les petits déjeuners de sa femme et de ses deux enfants lorsqu’un coup de fil des policiers lui a annoncé que sa maison était encerclée: «Sortez lentement, les mains sur la tête.»

Etaient-ils surpris? Confusément, ils le savaient: l’arrestation de Sara Jane, en juin 1999, augurait mal de leur retraite paisible. Bill Harris avait même déjà pris les devants, en confiant à la presse ses étranges méditations d’ancien guerrier: «Ai-je accompli quelque chose à cette époque? Oui, l’ignominie», admit-il. Sans, pour autant, se sentir coupable: «Juste embarrassé. Nous étions une bande d’amateurs, et je voudrais que tout le monde nous oublie.» Leurs actes et leur échec les tourmentent, sans, loin de là, les pousser à renier la cause. «Un combattant qui gagne peut devenir un George Washington, un père de la nation, ironise Harris. Echouer, c’est rejoindre la poubelle de l’Histoire.» Emily aussi espérait, plutôt que d’exprimer du remords devant un tribunal, conclure sa guérilla par un débat courtois et humaniste semblable à celui des «commissions de réconciliation» réunissant victimes et tortionnaires de l’apartheid sud-africain. «Entre 1966 et 1975, l’espoir semblait avoir disparu, confie-t-elle. Avec la guerre du Vietnam, l’assassinat des Kennedy et de Luther King, nous vivions une ère de peur et de menaces, et nous pensions qu’une révolution était inévitable. Vers 1972-1973, nous avons compris que le monde ne changerait pas de lui-même.» La SLA avait cru prendre l’Histoire en main. Lorsqu’on lui demande si elle veut encore la révolution, Emily, alias sister Yolanda, répond seulement qu’elle «ne [veut] plus la faire». Le temps a passé, c’est tout, et Bill Harris lui-même doute moins de son idéal que de ses motivations de quinquagénaire: «J’ai changé, oui, parce que j’ai vieilli, parce que l’autodestruction ne me tente plus et parce que j’ai une peur bleue de la prison.»

Leur épopée avait commencé en août 1971, lorsque Emily et Bill, rejetons de familles cossues de Chicago et de l’Oklahoma, lassés des soirées LSD du campus de l’université de l’Indiana, avaient rallié la très cool université californienne de Berkeley avec leurs compagnons de défonce: Gary, objecteur de conscience un rien planant, et sa copine Angela Atwood, fille d’un ponte du syndicat des Teamsters (routiers). A Berkeley, lors d’un de ses cours d’art dramatique, Angela avait rencontré Kathleen Soliah, fille modèle d’un enseignant de Palmdale (Californie). Ensemble, elles travaillaient le soir dans un restaurant branché de San Francisco, où les tenues trop légères imposées par la direction aux serveuses les avaient outrées, si bien qu’elles avaient tenté d’implanter un «syndicat antisexiste».

L’épilogue sanglant de la SLA

Le gauchisme de Berkeley se serait limité à cela, un flower power mâtiné de Cause du peuple, un réseau de copinage et de fumettes bavardes dans les communautés du campus, si bon nombre d’étudiants n’étaient allés pendant les week-ends, en tant qu’éducateurs bénévoles, raffermir leur conscience dans les prisons de la région. Les détenus, pour la plupart noirs, fascinaient les jeunes Blancs de la middle class, au point de devenir parfois leurs mentors, par leur «pure identité prolétarienne», leur faconde nourrie de Marx et de Régis Debray mal digérés et leur révolte ouverte contre le système. L’organisation Venceremos, une association gauchisante d’aide carcérale, avait trouvé son héros en Donald DeFreeze, un cambrioleur multirécidiviste mué, derrière les barreaux, en ténor révolutionnaire de la Black Cultural Association de sa prison de Vacaville. Lorsqu’il s’évade, en 1973, personne, et surtout pas ses anciennes compagnes, n’accepte de lui donner asile. Il lui suffit pourtant de rejoindre Berkeley la révolutionnaire pour vite trouver un refuge dans l’appartement communautaire d’Angela Atwood.

La SLA commence ainsi, par les veillées politiques et délirantes d’un excité prolétarien noir avec des jeunes Blancs ébaubis. Par un sigle, aussi, le serpent à sept têtes, inspiré de la spiritualité orientale ou, plus vraisemblablement, d’une pochette d’un disque de Jimi Hendrix. Mais la plaisanterie tourne à l’horreur lorsque DeFreeze, rebaptisé de son nom pseudo-africain Cinque Mtume, assigne à ses fidèles les plus fanatiques son premier ordre d’ «exécution populaire». Le 6 novembre 1973, Marcus Foster, le premier Noir élu recteur des écoles d’Oakland, est criblé de balles au cyanure, en pleine rue, par trois membres du groupe. Foster a eu le malheur, quelques semaines plus tôt, de proposer un système de carte d’identité pour les élèves du secondaire, afin d’interdire aux dealers l’accès des cours de récréation. Il est coupable d’ «encartage fasciste» et massacré comme tel. Le meurtre apporte à la SLA une notoriété nationale, et, dès sa naissance, une identité de paria dans la nébuleuse gauchiste californienne.

Qu’importe. Le groupe prépare un second coup d’éclat. Historique, celui-là. Emily Harris, employée à mi-temps dans les services administratifs de l’université, a eu accès au fichier des étudiants et dégoté l’adresse de Patty Hearst, fille du légendaire magnat de la presse Randolph Hearst. Le 4 février 1974, un commando mené par DeFreeze et Bill Harris sonne à sa porte… La suite nourrit encore une épopée cruelle et pitoyable, bien qu’elle ait été alors l’objet d’un véritable culte. Patricia Hearst, emprisonnée pendant plus d’un mois les yeux bandés dans une penderie, fait l’objet d’une rançon: 4 millions de dollars exigés du père Hearst, qu’il doit se charger de distribuer, sous forme de nourriture gratuite, aux «pauvres» des ghettos d’Oakland. La distribution tourne à l’émeute, mais elle offre encore à la SLA la primeur des news. Mi-avril 1974, l’affaire vire au délire médiatique lorsque Patricia Hearst, visiblement retournée contre l’oppression bourgeoise, est filmée par une caméra de surveillance en train de braquer la Hibernia Bank de San Francisco avec ses nouveaux camarades révolutionnaires.

L’aventure s’achève un mois plus tard à Los Angeles. Le groupe, entièrement blanc à l’exception de «Cinque», est repéré facilement dans sa planque du ghetto noir de Compton, et vite encerclé par des centaines de policiers. La bataille dure une après-midi entière, devant toutes les caméras du pays. On retrouvera 3 000 douilles sur place, et six cadavres dans la maison calcinée par les grenades incendiaires, dont ceux de Donald DeFreeze et d’Angela Atwood. Patricia Hearst et les Harris ont eu la vie sauve grâce à leur amateurisme: ils étaient à 20 kilomètres de là, occupés à faucher des… chaussettes dans un magasin de sport. Un vigile les a repérés et Patty Hearst a protégé leur fuite au gros calibre… Terrés dans un motel, ils regardent à la télévision l’épilogue sanglant de la SLA.

Le trio se réfugie à San Francisco, où Kathy Soliah, simple sympathisante du mouvement et proche de la défunte Angela Atwood, se charge de les cacher. Kathy, enragée par la mort de son amie, prend la parole à un meeting de Berkeley commémorant le massacre de Compton. «Il a fallu 500 porcs [flics] pour les assassiner! hurle-t-elle. Qu’ils sachent que nous sommes avec eux. Nous serons avec eux.» Des mois plus tard, elle posera ses bombes, heureusement défectueuses. En attendant, au printemps 1975, le groupe est à nouveau réuni à Sacramento. Kathy Soliah, Bill et Emily Harris, James Kilgore veulent démontrer la renaissance de la SLA par le braquage d’une banque. A l’aube, le 21 avril, ils fourbissent leur arsenal, hésitent à emporter un fusil d’assaut à la détente trop sensible. Au même moment, dans une maison coquette des abords de la ville, un garçon de 15 ans se plaint à sa mère de n’avoir pas trouvé un stylo en état de marche dans la maison pour terminer ses devoirs. Sa mère, Myrna Opsahl, lui promet d’acheter des fournitures le jour même. D’ailleurs, cette pieuse adventiste du septième jour doit aller en ville pour porter la quête de l’église à la banque. Jon, en retard, part pour l’école en oubliant de l’embrasser. Il ne la reverra pas.

Le quadragénaire athlétique qui vous ouvre aujourd’hui sa porte, dans un lointain lotissement de Riverside, dans la vallée de Los Angeles, ne laisse entrevoir aucune amertume. Jon Opsahl, médecin prospère, comme son épouse, et père de trois jeunes enfants, nie même avoir espéré une vengeance. Il reconnaît seulement s’être lassé, ces vingt-huit dernières années, d’entendre la mort de sa mère «décrite comme une bavure regrettable d’une époque troublée». Les circonstances du drame ont même été relatées précisément en 1982, dans le livre à succès de Patricia Hearst, sans la moindre conséquence: Myrna Opsahl est entrée dans la banque à 9 h 6 en même temps que les braqueurs, dont l’un, sans doute Bill Harris, lui a même tenu la porte. Ils ont alors sorti leurs pétoires. Myrna a peut-être tardé à déposer sa caisse de monnaie sur le comptoir. Un fusil braqué sur elle, sans doute par Emily Harris, a tiré par accident. Elle s’est vidée de son sang sur le sol tandis que les agresseurs, affairés à ramasser 15 000 dollars dans les tiroirs, l’enjambaient à plusieurs reprises.

Patricia Hearst, devenue alors la Tania de la SLA, a reconnu avoir participé au hold-up, en tant que chauffeur d’une des voitures. Sa famille, vers 1978, a discrètement indemnisé les Opsahl de quelque 200 000 dollars, et Patricia elle-même, en sortant de prison, a cru pouvoir soulager sa conscience dans une autobiographie où elle se dépeint, ligne après ligne, en victime de la peur et d’un lavage de cerveau, et décrit ses compagnons d’armes, y compris un ou plusieurs possibles amants, comme un ramassis infâme, n’oubliant pas de rapporter les propos d’Emily à l’annonce de la mort de Myrna Opsahl: «Oh! de toute façon, c’était une de ces salopes de bourgeoises. Son mari était médecin.» Vrai. Trygve Opsahl, chirurgien aux urgences de Carmichael, a constaté lui-même, ce matin-là, dans le hall d’accueil, la mort de son épouse.

«Il y a une ironie dans cette histoire, sourit Jon. Tous ont vécu des existences très proches de celle qu’aurait dû vivre ma mère. A commencer par Kathy Soliah, épouse de médecin, mère de famille nombreuse, appréciée dans son église et dans son quartier…» En 1996, Jon ignorait qu’un inspecteur de la police de Los Angeles s’était vu chargé de rouvrir l’enquête sur la SLA. Le mince dossier avait été déposé sur le bureau de David Reyes par son supérieur, fils d’un des dirigeants de la police au moment de la fusillade de Compton. Après deux ans et demi de molle recherche, les policiers ont convaincu les producteurs d’America’s Most Wanted, une émission spécialisée dans la recherche de fugitifs, de consacrer une soirée anniversaire à l’anéantissement de la Symbionese Liberation Army. La photo de Kathy Soliah est montrée à l’écran. Dans les deux semaines, elle est dénoncée. «Leurs crimes étaient restés trop longtemps impunis, assure Marcella Leach, présidente de l’association Justice pour les victimes d’homicide. Nous avons fait de Myrna un emblème de campagne.»

Dans les années 1970, les sanctions contre les survivants de la SLA avaient été incohérentes sinon légères. James Kilgore avait passé seize mois au total derrière les barreaux après s’être livré à la police. Bill et Emily Harris, malgré les soupçons qui pesaient sur leur palmarès, n’avaient purgé que six ans, et seulement pour l’enlèvement de Patty Hearst. Cette dernière, par une bizarrerie judiciaire, aurait pu croupir en prison plus longtemps que ses ravisseurs, pour un premier hold-up de San Francisco, si Jimmy Carter n’avait commué sa peine en 1979. En janvier 2001, la veille de son départ de la Maison-Blanche, Bill Clinton a signé sa grâce définitive.

Pourtant, l’ère de l’indulgence et de la réconciliation s’achevait. En trois décennies, le souvenir des actions révolutionnaires des années 1970 s’est mué en tabou honteux pour une gauche américaine, et californienne, chaque jour plus décriée par la nouvelle vague conservatrice. Le pays changeait, et relisait les propos d’Emily sur sa victime, cette «salope de bourgeoise», avec des tremblements de rage. La phobie du crime, quel qu’il soit, conduisait l’électorat californien à voter par référendum des lois infligeant la perpétuité à des récidivistes de délits mineurs. La sévérité se muait en argument électoral magique et purificateur.

«Justice contre les tueurs»

L ors d’un congrès des «familles de victimes de meurtre», tenu en novembre 2000 à Sacramento, Marcella Leach a tendu à la procureure Jan Scully une carte postale éditée par son association, montrant le visage souriant de Myrna et exigeant «justice contre les tueurs». Très vite, signées par des centaines de citoyens en colère, les cartes se sont entassées sur son bureau à chaque arrivée de courrier. Un signe clair pour Scully: sa réélection était en jeu. Les assauts de zèle de procureurs concurrents, bien décidés à traîner les terroristes en justice, ont achevé de la convaincre. De plus, de nouvelles preuves étaient le dossier. Des analyses au spectrographe de masse et des tests métallurgiques révèlent que la douille laissée dans la banque appartenait à la boîte de munitions retrouvée dans une planque de Bill et Emily Harris. Une empreinte de la paume de la main de Kathy Soliah a été repérée dans un garage contenant l’une des voitures du braquage. Le nœud se resserre. Vingt-cinq ans de réinsertion admirable des vieux soldats de la SLA pourraient s’achever en prison à perpétuité.

«Cet acharnement est étrange, proteste Susan Jordan, l’une des avocates de Kathy Soliah. Ces expertises métallurgiques et ces témoins existaient depuis des années. Mais la justice ne pensait pas avoir d’arguments assez solides pour obtenir des condamnations. Ce qui a changé, c’est quoi? Le fait qu’après le 11 septembre toute accusation de crime ?politique? pèse le double de son poids normal.» Le procureur Michael Latin, bourreau de Kathy Soliah, n’y voit, lui, que justice: «Pourquoi récompenser d’une quelconque indulgence ceux qui choisissent de fuir?» Bill et Emily Harris, ainsi que Michael Bortin, croyaient avoir échappé à leurs démons. Les voilà bientôt contraints, un quart de siècle plus tard, de revivre, seconde par seconde, le drame du 21 avril 1975. Il ne leur manquait qu’un crève-cœur: Patty Hearst a décidé de témoigner contre eux à leur prochain procès. L’Amérique s’est vraiment retournée; elle, non plus, ne peut rien oublier.

 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/histoire/les-soldats-perdus-des-seventies_498642.html

28 mai, 2008

yo ! révolution rap/L’histoire. Les groupes. Le mouvement

http://www.davduf.net/article.php3?id_article=49&artpage=3-25

davduf.net

 yo ! révolution rap

 Racines

L’histoire. Les groupes. Le mouvement.

 

Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

Sommaire

 OLD SCHOOL

  • KOOL DJ HERC

En 1967, Clive Campbell (alias Kool DJ Herc) quitte sa Jamaïque natale où il officiait comme DJ à Kingston et s’installe à New York tout en continuant à toaster. Mais au début des 70’s, il abandonne le Reggae au profit du Funk, celui-ci commençant à connaître un sérieux succès. Kool DJ Herc est l’instigateur dans le Bronx vers 1975 des premières Block Parties, rencontres plus ou moins sauvages de DJ’s, l’électricité venant plus souvent d’un lampadaire ou d’un générateur publics que d’une facture dûment payée. Il est l’un des premiers, si ce n’est le premier, à mélanger deux disques pour créer une rythmique nouvelle tandis que DJ Grand Wizard Theodore invente le scratch et le cut – ou du moins est-il supposé le faire en compagnie de Lil Rodney Cee (21). Les deux rappers de Kool DJ Herc s’appellent Coke La Rock et Clark Kent, aujourd’hui oubliés de tous. En déclarant en 1982 que « nous ne connaîtrons jamais les meilleurs du Rap. A l’époque, le Rap était vraiment dur, à l’image de son public » (28), Grandmaster Flash sous-entendait que ceux-ci n’avaient rien enregistré…

L’effervescence est à son comble : des clubs commencent à s’ouvrir au Rap (Roxy, Disco Fever, Morehouse, Black Door, Dixie, Executive Playhouse, etc.), les street parties se multiplient, les graffiteurs se livrent à une concurrence acharnée, cette musique enfante des danses, des labels s’apprêtent à se lancer. C’est la naissance de la Culture Hip Hop (la trouvaille du terme est variablement attribuée à Lovebug Starski, Kool DJ Herc ou encore à DJ Hollywood). Blessé à la main droite après une rixe au couteau, Kool est contraint d’abandonner ses platines et disparaîtra du circuit sans laisser de traces vinyliques, mais en ayant le temps d’assister au premier raz-de-marée du Rap avec le Sugarhill Gang.

  • SUGARHILL GANG

Le single Rapper’s Delight sort le 16 septembre 1979. En quelques semaines, le refrain « I say the hip hop/The hip beat to the hip hip hop/You don’t stop rocking to the bam bam boogie/Ah just the boogie to the rhythm of the boogie to be/Now what you hear is not a test/I’m rapping to the beat » envahit les pistes de danse. Trois MC’s, Wonder Mike, Grandmaster et Master G, se passent le micro, sur une ligne de basse empruntée à Chic, des claquements de mains, aucun message mais beaucoup de joie et de groove. On ne peut faire plus neuf, fresh disait-on à l’époque, et c’est l’explosion mondiale (les ventes atteignent les deux millions d’exemplaires). Le label est tenu par Sylvia Robinson (ancienne obscure chanteuse de R&B des 60’s, auteur de Love’s Strange pour Bo Diddley). On ne saura jamais si c’est le nom du groupe (Sugarhill Gang) qui donna son nom au label (Sugarhill Rds) ou l’inverse. Mais tout laisse à penser que Sylvia Robinson avait flairé le gros coup. Elle a le mérite d’avoir été la première à croire au Rap (quoique King Tim III de Fatback Band soit antérieur à Rapper’s Delight de quelques semaines). Après la sortie de Rapper’s Delight, le Rap devint l’objectif de bien des maisons de disques qui voyaient en lui un juteux remplaçant du Disco. Sauf que le Mouvement était là, tenace et pugnace, et avait des choses à dire. Tout le contraire du Disco.

  • KURTIS BLOW & QUELQUES AUTRES

Nombreux sont les groupes de New York (le Rap ne s’est alors implanté nulle part ailleurs) qui vont – enfin – pouvoir sortir des disques. Kurtis Blow (du Bronx, via Harlem), qui a commencé en 77 accompagné de Run et de DMC (futurs… Run DMC !), se fait remarquer en 1979 par Mercury (ce qui fait de lui le premier rapper signé par une major) et enregistre très vite Christmas Rappin’ (400 000 ventes) puis The Breaks (200 000 de mieux). Dès le départ, il a mis l’accent sur le social, a pas mal fait progresser les trafiquotages en studio et a même invité Bob Dylan sur Kindom Blow (1986). A souligner qu’il est toujours en activité et continue à enregistrer pour Mercury avec huit albums à son actif.

Davy-D (David Reeves), DJ de Kurtis Blow à ses débuts, est – selon la légende – celui qui a initié Russell Simmons (cofondateur du label Def Jam et manager de Run DMC) au Rap. Rien que pour ça, Davy D mérite amplement sa place ici. De plus, il met ses multiples talents de producteur, auteur/compositeur, musicien et rapper au service de bien des gens (Fat Boys, Run DMC, etc). Au printemps 84, il se décide à enregistrer le maxi One For The Treble et sort en 87 un album excellent, mais critiqué, Davy’s Ride (avec l’étonnant Have You Seen Davy D ?).

Spoonie G, LA Sunshine et Kool Moe Dee se rencontrent à l’école en 1979 (ils n’ont alors que 17 ans chacun), forment les Treacherous Three et enregistrent Feel The Heartbeat pour Enjoy l’année suivante. Mais Spoonie G décide de se lancer dans une carrière solo qui sera heureuse avec ses deux premiers maxis (l’un sur Sugarhill, l’autre sur Tuff City) et ses deux Lp’s The Godfather Of Rap et New & Old Jams.
Les Treacherous 3 continuent sans lui avec l’arrivée de Special K mais ne tiennent pas très longtemps. Une brève reformation à quatre (avec Spoonie G) a lieu et c’est à nouveau la séparation. Spoonie G, Special K et LA Sunshine ont vite sombré dans l’anonymat tandis que Kool Moe Dee poursuit une carrière solo couronnée de succès.

Citons encore The Sequence (trio féminin accompagné d’ex-Sugarhill Gang), Grandmixer DST (tube mondial en 82 avec Grandmixer – Cuts It Up), Grandmaster Flower, Blowfly (Miami, le premier Rapper porno : à croire que la Floride est propice à ce genre d’exercice, cf. 2 Live Crew), Fearless 4, Cold Crush Brothers (Fresh, Wild, Fly & Bold avec Ez AD, Almighty KG, JDL et Grandmaster Caz qui poursuivra une carrière parallèle avec le thème principal du film Wild Style en 83 et enregistrera Casanova’s Rap sous le nom de Casanova Fly en 87 pour le compte de Tuff City Rds), Crash Crew, Fab 5 Freddy (connu pour Une Sale Histoire, en français dans le texte), Phase II, Funky 4 + 1, Busy Bee, Fantastic Freaks, Undefeated 3 (avec Funkmaster Wizard Wiz & Kool Supreme), Choice MC’s (avec Fresh Gordon), Freddie B & The Mighty Mike Masters ou les Jazzy 5 MC’s parmi lequels évolue DJ Red Alert.

Ce dernier nom reviendra si souvent dans ce livre qu’il est bon de préciser que celui-ci débuta le DJing à l’âge de 14 ans. Quand il rencontre en 1978 Afrika Bambaataa, Red Alert vient de monter les Jazzy 5 avec son cousin Jazzy Jay (cf. plus loin), avant d’aller animer Zulu Beat sur WHBI (radio new-yorkaise) puis sur Kiss FM en 82 où il tient toujours son émission les vendredis et samedis soir (des cassettes pirates se vendent jusqu’à Londres et trois Lp’s de live radio show vinyliques sont diponibles chez Next Plateau Rds : de véritables leçons de DJing !). Il a récemment travaillé avec BDP, A Tribe Called Quest), Jungle Brothers ou l’Anglaise Monie Love. Son avis est parmi les plus écoutés. Sans parler de son doigté.
Quant à Jazzy Jay, il est le DJ sur Def Jam/Cold Chillin’ In The Spot avec un inattendu MC : Russell Rush (c-à-d Russell Simmons) en face B et continue à graviter dans le Rap (son nom apparaîtra lui aussi très souvent dans ce livre).

  • GRANDMASTER FLASH & THE FURIOUS 5

  • Les cinq furieux

Et voici LE nom de la Old School (qui ne s’appelle pas encore ainsi) : Joseph Saddler, alias Grandmaster Flash. Originaire des Barbades antillaises, diplômé d’électronique (ça a de l’importance quand on est DJ…), Grandmaster fait ses débuts dans le Bronx avec le MC Cowboy. Rapidement, ils rencontrent Melle Mel (qui est un homme malgré son surnom) et son frère Kid Creole (sans relation avec l’autre) bientôt remplacé par Scorpio. Ils commencent à se faire un nom. En 77, MR Ness les rejoint et peu après, c’est au tour de Raheim (le cinquième MC) de grossir les rangs du groupe. Les Furious Lovers, bientôt Furious 5, sont nés (ils sont sûrs de leur succès grâce à l’impact de leur nom : « le plus terrible de la ville » (28)). En 79, Le succès de Rapper’s Delight provoque en eux l’envie d’enregistrer. Ce qu’ils font avec deux singles : We Rap More Mellow sous le nom de Younger Generation sur Brass Rds et Superrappin’ sur Enjoy Rds.

En 80, ils signent sur Sugarhill et enregistrent Freedom qui obtient un succès honorable. Ils tournent aux U.S.A. puis sortent en 81 The Birthday Party. Dès cette époque, des musiciens de studio (dont des membres de Sugarhill Gang) participent aux enregistrements. Les Furious 5 rappent vite et bien. Le Beat est tout ce qu’il y a de plus simple et de plus efficace. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, leurs premiers Raps ne sont pas du tout politisés ou concernés mais plutôt du genre « Let’s-party-and-tell-our-zodiac-signs ». Russell Simmons nous explique pourquoi : « la première génération du Rap venait de Harlem, du Bronx, de la rue, quoi. C’est pourquoi Grandmaster Flash et les autres n’avaient pas besoin d’agir street ou gangsta, ils l’étaient. Ils recherchaient quelque chose de plus drôle, de plus excitant. Ceux qui sont venus après avaient des origines différentes. Ils avaient une autre vision de ce que le Rap pouvait devenir, tout simplement parce que la rue n’était pas leur seul univers » (117).

  • The Message

Début 82, c’est le single Showdown qui sort, suivit six mois plus tard par The Message (écrit en deux heures) qui produit le même choc que Rapper’s Delight : « J’ai une éducation de clodo/une inflation à deux chiffres/je ne peux pas prendre le train pour aller bosser/y’a une grève des transports (…) Des rats dans le salon/des cafards dans la cuisine/Des junkies dans le jardin avec des battes de base-ball (…) Ne me pousse pas/Parce que je suis au bord du gouffre/C’est comme une jungle/Parfois, je me demande comment je fais pour ne pas sombrer ».
Les thèmes sont nombreux : la télé, les filles perdues, l’école, l’appât du gain et de l’argent facile, la drogue, Dieu, la prison, etc. Toute la vie du ghetto défile dans nos oreilles. « Avec le Message, le Rap se trouve une vocation ; il ne parle plus, il dit. Il se donne une mission, qui le rattache dès lors à un demi-siècle d’idéologie afro-américaine » (21).

Le Rap franchit une grande étape ce jour-là. S’il n’est pas une mode, mais bien un mouvement, il le doit en partie à ce Message. Des vocations vont naître, et Sylvia Robinson touche le gros lot une seconde fois. Peu de temps après, Sugarhill Rds regroupe tous ces singles (excepté le premier) dans l’album The Message. En effet, contrairement aux groupes d’aujourd’hui qui tiennent véritablement la distance sur un album entier, les rappers d’alors sortaient singles sur singles (ou maxis sur maxis) car le Rap n’était pas encore considéré comme un genre à part entière. Mais ce n’est plus qu’une question de temps : le Rap va s’enrichir avec des producteurs comme celui des Furious 5, le célébrissime Marley Marl (Marlon Williams, de son vrai nom, travaille actuellement sur WBLS à New York. Il continue à être un des producteurs les plus en vue et a même sorti un single He Cuts So Fresh en tant que MC & DJ en 1987 sur MCA, puis un Lp : In Control Vol.1).

  • The Message II & la séparation

En 1983, l’album Greatest Messages contient Freedom, Flash to The Beat (avec une Human Beat Box, la première enregistrée ?), Survival-Message II, New York, New York. A la même époque, Grandmaster Flash & The Furious 5 mettent en boîte White Lines-Don’t Don’t Do It qui a la particularité d’être anti-coke et de lancer en intro : « bass ! », gimmick qui persiste aujourd’hui chez une majorité de rappers (ex : Public Enemy) pour le plus grand plaisir de nos oreilles fragiles.
83 est une année riche en événements Raps : Double Dee & Steinski introduisent le sampling dans Lessons 1, 2 & 3, Keith Leblanc (après avoir participé au premier Lp de Grandmaster Flash) rend hommage à Malcolm X avec No Sell Out et Run DMC inventent le Hardcore Rap (It’s Like That).

A la suite du Lp Greatest Messages, le groupe se scinde en deux après une bataille d’avocats pour la propriété du nom : la plupart des Furious 5 restent avec Grandmaster Flash et signent avec Elektra. Melle Mel, le meilleur des cinq MC’s, continue sur Sugarhill sous le nom de Grandmaster Melle Mel & The Furious 5 (deux Lp’s en 84 et 85).

Les autres enregistrent en 1985 l’album They Said It Couldn’t Be Done avec une version de The Joint Is Jumping (Fats Waller), Rock The House (une imitation de Run DMC), deux titres Soul et Sign Of The Times qui rappelle White Lines. The Source (Lp de 86) montre que Grandmaster Flash reste un grand DJ avec Fastest Man Alive, Street Scene, Style (version de Peter Gunn), Freelance (quasi live). Ba-Dop-Boom-Bang (1987) est très riche en sons funky (on y entend des variations de We Will Rock You de Queen, etc.) et les thèmes sont variés : Big Black Caddy (voitures), House That Rocked (parties), Get Yours (autoconfiance)…

  • Aujourd’hui

En 88, les deux Grandmasters (Flash et Melle Mel) se réunissent à nouveau et sortent On The Strength sur Elektra la même année. On y trouve une reprise de Magic Carpet Ride de John Kay (ex-Steppenwolf) mais le disque passe inaperçu, trop hors contexte. Dernièrement, Grandmaster Flash a produit l’album Masterpiece de Just Ice (1990, Fresh Rds) et le maxi On We Go de Doom. Plus de dix ans après ses débuts, Grandmaster Flash est toujours là. Tant mieux.

 

  •  Yo Révolution Rap (PDF – 1.1 Mo)

    L’intégralité du livre sans les illustrations. Toute reproduction commerciale fortement interdite.


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Rubrique: sous-culture

En librairie

émeutes 2005, CPE, etc.Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

 

Chants religieux, insultes & Poésie

A peine les premiers Noirs eurent-ils foulé le sol américain, qu’on leur interdit de jouer de leurs tambours, d’où la prépondérance du chant dans la musique noire U.S. (ex : Jazz shouters, Blues, etc.) et même avant : Gospel, chants religieux ou encore les sermons de certains pasteurs noirs comme les preachers, les pentecôtistes ou baptistes du début du XXè siècle, en droite ligne de certains rites ancestraux, comme le culte du Vodun (Afrique de l’Ouest). Une illustration parfaite de l’influence des chants religieux sur la musique noire-américaine nous est donnée par James Brown dans le film The Blues Brothers.

Les prémices du Rap se font réellement sentir avec les Dirty Dozens. Il s’agit d’un jeu d’insultes, rapides et rimées, qui vient des premiers ghettos noirs américains : « toute la jurologie développée par cette tradition a été revendiquée comme langage noir par les Black Panthers. Pour eux, le mot est une expression de refus, de provocation. Si le mot est sale pour le Blanc, il est propre pour le Noir » (21). Le principe des Dozens se retrouve sous forme de boasting songs (chansons vantardes) chez quelques Bluesmen des 50’s (et même bien avant) comme Willie Dixon ou chez des Rockers comme Bo Diddley (Hey Bo Diddley, Story Of Bo Diddley) qui expriment un besoin de s’affirmer et de s’imposer (notion qu’on retrouve chez les taggers). On peut ajouter des R&B Singers comme Luther Ingram ou Spekled Red. Une autocongratulation qu’on observe aussi chez Mohammed Ali (« I’m the king, I’m the greatest ») ; ce qui fait dire à Nelson George (journaliste noir américain et cofondateur du Stop The Violence Movement : « peut-être que la vantardise, les frères l’ont dans le sang » (22).

Les comiques des 50’s/60’s comme Pigmeat Markham, le Jive Talk (l’argot noir) introduit dans la Soul Music au milieu des années 60, les interventions parlées de Barry White entre ses chansons, les poètes Beatnicks de la fin des 50’s/début des 60’s qui lisaient leurs textes sur fond de Jazz, imités dans les années 70 par les poètes noirs Gil Scott Heron ou Nikkie Giovanni avec du Jazz/Funk, apportent tous leur pierre à l’édifice du Rap.

  • La Jamaïque

Mais ce sont surtout les DJ’s qui vont donner au Rap sa véritable forme, autant pour le traitement de la voix que pour la technique musicale. Les DJ’s noirs des 50’s du sud des U.S.A. sont généralement désignés comme les premiers à avoir parlé en rythme avec la musique qu’ils diffusaient. Une pratique qu’adoptera – rarement il est vrai – le plus célèbre DJ blanc des 50’s, Alan Freed (et son « Rock & Roll Moondog Show », New York). Très vite, les radios de Floride exportent le style vers la Jamaïque où des animateurs radio s’en inspirent pour inventer le Toast : « une origine de ces nouvelles pratiques de DJ’s, c’est l’expérience de la rue et des marchés populaires où des vendeurs ambulants proposaient les disques nouveaux de Reggae en utilisant la base instrumentale de ce genre musical pour improviser des discours publicitaires – ce qui devait les conduire à se transformer progressivement en des sortes de conteurs urbains et populaires qui donnaient à leurs interventions généralement improvisées, rimées et rythmées, un caractère de plus en plus systématique, jusqu’à en faire un art populaire autonome qui a reçu alors plusieurs appellations dont celle de Toast… » (23). Ces camelots mettent au point tout un dispositif avec des disques diffusés au ralenti, des chambres d’écho, etc.
Vraisemblablement, c’est aux U.S.A. que fait son apparition le selector (table de mixage simplifiée qui permet de passer d’un disque à l’autre). Quand la parole intervient, elle prend le nom de Talk-Over (parler par dessus… la sono !) puis de Toast, de DJ Style et plus récemment de Raggamuffin’ (mélange de Rap et de Reggae). Le Rap venant du Toasting, il est normal qu’il y ait un rapprochement – par le Raggamuffin’ – avec le Reggae : les deux parlent le langage de la rue d’où ils sont originaires et enracinés. Pourtant, Kool Herc, l’homme qui amènera le Toasting à New York dans les 60’s, est catégorique : « entre le Rap et le Reggae, il n’y a aucun rapport. On ne peut implanter le son jamaïcain dans le Bronx, personne ne l’aurait accepté. Aux origines du Rap sont James Brown et le disque Hustler’s Convention des Last Poets » (24).

  • Soul Music, Funk & Disco

Il est clair que sans la Soul Music, le Rythm & Blues et le Funk (le vrai, suis-je tenté de préciser), le Rap ne serait pas là. La filiation est tellement directe qu’elle crève les tympans. Les maîtres des genres sont connus : James Brown, Marvin Gaye, Wilson Pickett, Otis Redding, Aretha Franklin, George Clinton (et ses Parliament/Funkadelic dont certains membres furent formés par le Soul Brother N°1 : James Brown lui-même), Isaac Hayes (It’s Rap date de 1970 !), Sly & The Family Stone, etc. Sa noirceur (« Le Funk naît de l’approfondissement et de la systématisation de la démarche de James Brown. C’est-à-dire qu’il s’agit, au rebours de la Soul du Sud, qui fraternise avec Rock et Country, d’une quête de la spécificité noire » , [25]), son beat, sa basse prépondérante, sa force dansante, son humour, sa fierté noire (grosso modo, la Soul débarque avec l’avènement de la lutte en faveur des droits civiques et sombre après la mort de Luther King), le Rap les puise chez ces gens-là.

Il faut bien admettre que le Disco a grandement servi – malgré lui – le Rap à ses débuts : la ligne de basse de Rapper’s Delight (le gigantesque et premier tube Rap de 1979) n’est-elle pas entièrement piquée à une version étendue de Good Times de Chic ? Mais dans les 70’s finissantes, le Disco et le « syndrome Lionel Ritchie » (comme l’appelle Daddy-O, membre de Stetsasonic et producteur prestigieux) ont enlevé à la musique noire sa substance sociale. Par « syndrome Lionel Ritchie », Daddy-O désigne la « musique populaire », soit-disant adulte (le Funk étant « réservé » aux teenagers), qui ne parle que d’amour pour passer sur les radios Pop. Il explique :« ils ont perdu les tripes, donc ils ont abandonné la lutte. Je veux dire, c’est la différence entre Soul Power et Gravity pour James Brown ou entre Rock Steady et Freeway Of Love pour Aretha Franklin » (30). Le Rap prendra un malin plaisir à bouleverser tout cela.

  • The Last Poets

On sait finalement assez peu de choses sur ce quatuor d’Harlem (trois poètes-chanteurs-parleurs révoltés : Abiodun Oyewole, Alafia Pudim, Omar Ben Hassen, et un percussionniste : Nilaja). Leur premier album (The Last Poets) paraît en 1970 sur Douglas Rds : le dos de pochette nous montre les Last Poets jouant dans la rue, comme un avant-goût des street parties du Rap. Sur le disque, ils prônent l’Orgueil Noir (Run Nigger, Wake Up Niggers...) en mettant en musique les slogans du Black Power (When The Revolution Comes). L’argot et les jurons sont employés allègrement ; la prise de conscience est totale, l’Afrocentrisme et l’Islam sont au premier rang. Même des chansons antidrogue sont présentes : Niggers Are Scared Of Revolution (les Noirs se shootent au lieu de prendre les armes). Le Rap est littéralement en train de s’esquisser. Tout en continuant leurs spoken words (comme le dira Bill Stephney, le découvreur de Public Enemy : « ce que font les rappers aujourd’hui est purement musical comme leur façon d’arranger les mots sur des rythmes particuliers. Si tu enlèves la musique d’un Rap, tu peux encore danser sur le phrasé du rapper. Ça, tu ne peux pas le faire avec les Last Poets » [165]), les Last Poets mettront du Jazz puis du Funk dans leurs disques.
En tout, sept albums (The Last Poets, This Is Madness, Chastisement, Right On, The Revolution Will Not Be Televised [un texte de Gil Scott Heron], Jazzoetry et Delight Of The Garden) qui, malgré leur cachet indéniablement underground, constituent aujourd’hui encore une des influences majeures du Rap.

  • Rock & Rap

Quant au débat auquel se livrent les B-Boys et les rockers, à savoir si le Rap a un rapport avec le Rock, je réponds oui. Les deux sont – s’ils savent rester radicaux – durs, agressifs, bruyants, et terrorisent l’ordre établi :« le Rap remplit les fonctions que pouvait remplir le Rock. Public Enemy est dans une certaine mesure un pur groupe de Rock & Roll, puisqu’il y a innovation dans la musique, provocation dans l’accoutrement ou le discours… Aujourd’hui, Public Enemy est l’équivalent de ce que pouvaient être les Clash ou les Sex Pistols en 77. Une musique qu’on n’avait jamais entendue avant. Et si un môme de 15 ans écoute du Rap, même si son père n’a que 35 ou 40 ans, il risque de trouver ça odieux ! Dans ce sens-là aussi, le Rap remplit les fonctions du Rock » (26). Les deux connaissent la même censure, le même racisme : « le Rock & Roll rabaisse l’homme blanc au niveau du nègre… » déclarait le Conseil des citoyens blancs d’Alabama en 1955. Un groupe comme Run DMC n’a jamais caché ses influences Rocks, Cold Crush n’est-il pas l’auteur de Punk Rock Rap (début 80’s), MC Shan n’a-t-il pas repris l’hymne Garage par excellence (Born To Be Wild) ou Mantronix (Sex, Drugs & R&R), les riffs de Rock ou de Hard Rock n’emplissent-ils pas une grande partie de la production Rap actuelle, Jello Biafra (ex-leader du Hardcore Band californien les Dead Kennedys) n’apparaît-il pas sur le dernier Lp d’Ice-T et n’est-il pas remercié sur la pochette du troisième album de Public Enemy ?

Le Rock lui-même doit beaucoup au Rap : Blondie (Rapture, 1980), Clash avec Futura 2000 (Escapades Of…, 1982), Malcolm Mc Laren (ex-manager des Sex Pistols avec Buffalo Gals, 1982), et actuellement nombreux sont les groupes Rock comme Urban Dance Squad, Mano Negra, Red Hot Chili Peppers, Livin’ Colour ou B.A.D qui s’en réclament. Le prochain Lp de Fishbone ne sera-t-il pas produit par le Bomb Squad (équipe de production de Public Enemy) ?

Entendons-nous, le Rap n’est pas une nouvelle forme de Rock (bien qu’il lui donne le même coup de vieux que le Rock lui-même donnait au Doo Wap ou à Sinatra en 55), il aime d’ailleurs à s’en démarquer (voir comment Public Enemy vitupère Presley dans Fight The Power ou Schooly-D et ses I Don’t Like R&R, No More R&R), mais il peut procurer les mêmes émotions car sa violence et sa frustration sont identiques à celles du Rock. Et comme le dit si bien Hank Shocklee, un des producteurs de Public Enemy : « le Rock & Roll, ce n’est pas une guitare qui te gueule dessus. C’est une attitude, une façon de penser » (27).

  • Télévision

Jon Pareles, journaliste au New York Times, a une conception du Rap moderne (celui de 86/91) toute à fait intéressante.« C’est une musique formée par l’instrument le plus persuasif de la culture américaine : la télévision commerciale. Dans sa structure et dans son contenu, le Rap est la musique de l’ère de la télévision et la première musique qui s’adapte aux rythmes rapides et fractionnés, aux juxtapositions et à l’autopromotion incessantes propres à la télé » (32). Pour lui, le sampling est l’équivalent des bandes annonces, des pubs, des rappels des épisodes précédents, des flashs découpés et répétés à longueur de journée sur les télés U.S. Le côté télégraphique, non-sens, assemblage-collage de sujets au fil des rimes, lui rappelle le zapping. Toutes les marques citées dans les chansons sont autant de publicités télévisuelles. Et quand Chuck D (leader de Public Enemy) voit dans le Rap une sorte de câble musical pour la jeunesse américaine (et mondiale), quand De La Soul ou MC Lyte imitent les jeux télé ou quand D.O.C incluent de fausses pubs entre leurs chansons, les dires de Jon Pareles sont confirmés. Il va même plus loin en affirmant que le Rap reflète les images les plus courantes de la télé : anti-homosexualité, misogynie, comique, obscénité, cruauté, politique. Et de conclure : « cela ne veut pas dire que le Rap n’est pas ancré profondément dans la culture noire ; les réseaux de télé n’ont pas inventé le Rap, ce sont les DJ’s des ghettos qui l’ont fait » (32).


Forum

 

davduf.net

petite maison de david dufresne, documentariste.

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L’histoire. Les groupes. Le mouvement.

yo ! révolution rap

Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

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 OLD SCHOOL

  • KOOL DJ HERC

En 1967, Clive Campbell (alias Kool DJ Herc) quitte sa Jamaïque natale où il officiait comme DJ à Kingston et s’installe à New York tout en continuant à toaster. Mais au début des 70’s, il abandonne le Reggae au profit du Funk, celui-ci commençant à connaître un sérieux succès. Kool DJ Herc est l’instigateur dans le Bronx vers 1975 des premières Block Parties, rencontres plus ou moins sauvages de DJ’s, l’électricité venant plus souvent d’un lampadaire ou d’un générateur publics que d’une facture dûment payée. Il est l’un des premiers, si ce n’est le premier, à mélanger deux disques pour créer une rythmique nouvelle tandis que DJ Grand Wizard Theodore invente le scratch et le cut – ou du moins est-il supposé le faire en compagnie de Lil Rodney Cee (21). Les deux rappers de Kool DJ Herc s’appellent Coke La Rock et Clark Kent, aujourd’hui oubliés de tous. En déclarant en 1982 que « nous ne connaîtrons jamais les meilleurs du Rap. A l’époque, le Rap était vraiment dur, à l’image de son public » (28), Grandmaster Flash sous-entendait que ceux-ci n’avaient rien enregistré…

L’effervescence est à son comble : des clubs commencent à s’ouvrir au Rap (Roxy, Disco Fever, Morehouse, Black Door, Dixie, Executive Playhouse, etc.), les street parties se multiplient, les graffiteurs se livrent à une concurrence acharnée, cette musique enfante des danses, des labels s’apprêtent à se lancer. C’est la naissance de la Culture Hip Hop (la trouvaille du terme est variablement attribuée à Lovebug Starski, Kool DJ Herc ou encore à DJ Hollywood). Blessé à la main droite après une rixe au couteau, Kool est contraint d’abandonner ses platines et disparaîtra du circuit sans laisser de traces vinyliques, mais en ayant le temps d’assister au premier raz-de-marée du Rap avec le Sugarhill Gang.

  • SUGARHILL GANG

Le single Rapper’s Delight sort le 16 septembre 1979. En quelques semaines, le refrain « I say the hip hop/The hip beat to the hip hip hop/You don’t stop rocking to the bam bam boogie/Ah just the boogie to the rhythm of the boogie to be/Now what you hear is not a test/I’m rapping to the beat » envahit les pistes de danse. Trois MC’s, Wonder Mike, Grandmaster et Master G, se passent le micro, sur une ligne de basse empruntée à Chic, des claquements de mains, aucun message mais beaucoup de joie et de groove. On ne peut faire plus neuf, fresh disait-on à l’époque, et c’est l’explosion mondiale (les ventes atteignent les deux millions d’exemplaires). Le label est tenu par Sylvia Robinson (ancienne obscure chanteuse de R&B des 60’s, auteur de Love’s Strange pour Bo Diddley). On ne saura jamais si c’est le nom du groupe (Sugarhill Gang) qui donna son nom au label (Sugarhill Rds) ou l’inverse. Mais tout laisse à penser que Sylvia Robinson avait flairé le gros coup. Elle a le mérite d’avoir été la première à croire au Rap (quoique King Tim III de Fatback Band soit antérieur à Rapper’s Delight de quelques semaines). Après la sortie de Rapper’s Delight, le Rap devint l’objectif de bien des maisons de disques qui voyaient en lui un juteux remplaçant du Disco. Sauf que le Mouvement était là, tenace et pugnace, et avait des choses à dire. Tout le contraire du Disco.

  • KURTIS BLOW & QUELQUES AUTRES

Nombreux sont les groupes de New York (le Rap ne s’est alors implanté nulle part ailleurs) qui vont – enfin – pouvoir sortir des disques. Kurtis Blow (du Bronx, via Harlem), qui a commencé en 77 accompagné de Run et de DMC (futurs… Run DMC !), se fait remarquer en 1979 par Mercury (ce qui fait de lui le premier rapper signé par une major) et enregistre très vite Christmas Rappin’ (400 000 ventes) puis The Breaks (200 000 de mieux). Dès le départ, il a mis l’accent sur le social, a pas mal fait progresser les trafiquotages en studio et a même invité Bob Dylan sur Kindom Blow (1986). A souligner qu’il est toujours en activité et continue à enregistrer pour Mercury avec huit albums à son actif.

Davy-D (David Reeves), DJ de Kurtis Blow à ses débuts, est – selon la légende – celui qui a initié Russell Simmons (cofondateur du label Def Jam et manager de Run DMC) au Rap. Rien que pour ça, Davy D mérite amplement sa place ici. De plus, il met ses multiples talents de producteur, auteur/compositeur, musicien et rapper au service de bien des gens (Fat Boys, Run DMC, etc). Au printemps 84, il se décide à enregistrer le maxi One For The Treble et sort en 87 un album excellent, mais critiqué, Davy’s Ride (avec l’étonnant Have You Seen Davy D ?).

Spoonie G, LA Sunshine et Kool Moe Dee se rencontrent à l’école en 1979 (ils n’ont alors que 17 ans chacun), forment les Treacherous Three et enregistrent Feel The Heartbeat pour Enjoy l’année suivante. Mais Spoonie G décide de se lancer dans une carrière solo qui sera heureuse avec ses deux premiers maxis (l’un sur Sugarhill, l’autre sur Tuff City) et ses deux Lp’s The Godfather Of Rap et New & Old Jams.
Les Treacherous 3 continuent sans lui avec l’arrivée de Special K mais ne tiennent pas très longtemps. Une brève reformation à quatre (avec Spoonie G) a lieu et c’est à nouveau la séparation. Spoonie G, Special K et LA Sunshine ont vite sombré dans l’anonymat tandis que Kool Moe Dee poursuit une carrière solo couronnée de succès.

Citons encore The Sequence (trio féminin accompagné d’ex-Sugarhill Gang), Grandmixer DST (tube mondial en 82 avec Grandmixer – Cuts It Up), Grandmaster Flower, Blowfly (Miami, le premier Rapper porno : à croire que la Floride est propice à ce genre d’exercice, cf. 2 Live Crew), Fearless 4, Cold Crush Brothers (Fresh, Wild, Fly & Bold avec Ez AD, Almighty KG, JDL et Grandmaster Caz qui poursuivra une carrière parallèle avec le thème principal du film Wild Style en 83 et enregistrera Casanova’s Rap sous le nom de Casanova Fly en 87 pour le compte de Tuff City Rds), Crash Crew, Fab 5 Freddy (connu pour Une Sale Histoire, en français dans le texte), Phase II, Funky 4 + 1, Busy Bee, Fantastic Freaks, Undefeated 3 (avec Funkmaster Wizard Wiz & Kool Supreme), Choice MC’s (avec Fresh Gordon), Freddie B & The Mighty Mike Masters ou les Jazzy 5 MC’s parmi lequels évolue DJ Red Alert.

Ce dernier nom reviendra si souvent dans ce livre qu’il est bon de préciser que celui-ci débuta le DJing à l’âge de 14 ans. Quand il rencontre en 1978 Afrika Bambaataa, Red Alert vient de monter les Jazzy 5 avec son cousin Jazzy Jay (cf. plus loin), avant d’aller animer Zulu Beat sur WHBI (radio new-yorkaise) puis sur Kiss FM en 82 où il tient toujours son émission les vendredis et samedis soir (des cassettes pirates se vendent jusqu’à Londres et trois Lp’s de live radio show vinyliques sont diponibles chez Next Plateau Rds : de véritables leçons de DJing !). Il a récemment travaillé avec BDP, A Tribe Called Quest), Jungle Brothers ou l’Anglaise Monie Love. Son avis est parmi les plus écoutés. Sans parler de son doigté.
Quant à Jazzy Jay, il est le DJ sur Def Jam/Cold Chillin’ In The Spot avec un inattendu MC : Russell Rush (c-à-d Russell Simmons) en face B et continue à graviter dans le Rap (son nom apparaîtra lui aussi très souvent dans ce livre).

  • GRANDMASTER FLASH & THE FURIOUS 5

  • Les cinq furieux

Et voici LE nom de la Old School (qui ne s’appelle pas encore ainsi) : Joseph Saddler, alias Grandmaster Flash. Originaire des Barbades antillaises, diplômé d’électronique (ça a de l’importance quand on est DJ…), Grandmaster fait ses débuts dans le Bronx avec le MC Cowboy. Rapidement, ils rencontrent Melle Mel (qui est un homme malgré son surnom) et son frère Kid Creole (sans relation avec l’autre) bientôt remplacé par Scorpio. Ils commencent à se faire un nom. En 77, MR Ness les rejoint et peu après, c’est au tour de Raheim (le cinquième MC) de grossir les rangs du groupe. Les Furious Lovers, bientôt Furious 5, sont nés (ils sont sûrs de leur succès grâce à l’impact de leur nom : « le plus terrible de la ville » (28)). En 79, Le succès de Rapper’s Delight provoque en eux l’envie d’enregistrer. Ce qu’ils font avec deux singles : We Rap More Mellow sous le nom de Younger Generation sur Brass Rds et Superrappin’ sur Enjoy Rds.

En 80, ils signent sur Sugarhill et enregistrent Freedom qui obtient un succès honorable. Ils tournent aux U.S.A. puis sortent en 81 The Birthday Party. Dès cette époque, des musiciens de studio (dont des membres de Sugarhill Gang) participent aux enregistrements. Les Furious 5 rappent vite et bien. Le Beat est tout ce qu’il y a de plus simple et de plus efficace. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, leurs premiers Raps ne sont pas du tout politisés ou concernés mais plutôt du genre « Let’s-party-and-tell-our-zodiac-signs ». Russell Simmons nous explique pourquoi : « la première génération du Rap venait de Harlem, du Bronx, de la rue, quoi. C’est pourquoi Grandmaster Flash et les autres n’avaient pas besoin d’agir street ou gangsta, ils l’étaient. Ils recherchaient quelque chose de plus drôle, de plus excitant. Ceux qui sont venus après avaient des origines différentes. Ils avaient une autre vision de ce que le Rap pouvait devenir, tout simplement parce que la rue n’était pas leur seul univers » (117).

  • The Message

Début 82, c’est le single Showdown qui sort, suivit six mois plus tard par The Message (écrit en deux heures) qui produit le même choc que Rapper’s Delight : « J’ai une éducation de clodo/une inflation à deux chiffres/je ne peux pas prendre le train pour aller bosser/y’a une grève des transports (…) Des rats dans le salon/des cafards dans la cuisine/Des junkies dans le jardin avec des battes de base-ball (…) Ne me pousse pas/Parce que je suis au bord du gouffre/C’est comme une jungle/Parfois, je me demande comment je fais pour ne pas sombrer ».
Les thèmes sont nombreux : la télé, les filles perdues, l’école, l’appât du gain et de l’argent facile, la drogue, Dieu, la prison, etc. Toute la vie du ghetto défile dans nos oreilles. « Avec le Message, le Rap se trouve une vocation ; il ne parle plus, il dit. Il se donne une mission, qui le rattache dès lors à un demi-siècle d’idéologie afro-américaine » (21).

Le Rap franchit une grande étape ce jour-là. S’il n’est pas une mode, mais bien un mouvement, il le doit en partie à ce Message. Des vocations vont naître, et Sylvia Robinson touche le gros lot une seconde fois. Peu de temps après, Sugarhill Rds regroupe tous ces singles (excepté le premier) dans l’album The Message. En effet, contrairement aux groupes d’aujourd’hui qui tiennent véritablement la distance sur un album entier, les rappers d’alors sortaient singles sur singles (ou maxis sur maxis) car le Rap n’était pas encore considéré comme un genre à part entière. Mais ce n’est plus qu’une question de temps : le Rap va s’enrichir avec des producteurs comme celui des Furious 5, le célébrissime Marley Marl (Marlon Williams, de son vrai nom, travaille actuellement sur WBLS à New York. Il continue à être un des producteurs les plus en vue et a même sorti un single He Cuts So Fresh en tant que MC & DJ en 1987 sur MCA, puis un Lp : In Control Vol.1).

  • The Message II & la séparation

En 1983, l’album Greatest Messages contient Freedom, Flash to The Beat (avec une Human Beat Box, la première enregistrée ?), Survival-Message II, New York, New York. A la même époque, Grandmaster Flash & The Furious 5 mettent en boîte White Lines-Don’t Don’t Do It qui a la particularité d’être anti-coke et de lancer en intro : « bass ! », gimmick qui persiste aujourd’hui chez une majorité de rappers (ex : Public Enemy) pour le plus grand plaisir de nos oreilles fragiles.
83 est une année riche en événements Raps : Double Dee & Steinski introduisent le sampling dans Lessons 1, 2 & 3, Keith Leblanc (après avoir participé au premier Lp de Grandmaster Flash) rend hommage à Malcolm X avec No Sell Out et Run DMC inventent le Hardcore Rap (It’s Like That).

A la suite du Lp Greatest Messages, le groupe se scinde en deux après une bataille d’avocats pour la propriété du nom : la plupart des Furious 5 restent avec Grandmaster Flash et signent avec Elektra. Melle Mel, le meilleur des cinq MC’s, continue sur Sugarhill sous le nom de Grandmaster Melle Mel & The Furious 5 (deux Lp’s en 84 et 85).

Les autres enregistrent en 1985 l’album They Said It Couldn’t Be Done avec une version de The Joint Is Jumping (Fats Waller), Rock The House (une imitation de Run DMC), deux titres Soul et Sign Of The Times qui rappelle White Lines. The Source (Lp de 86) montre que Grandmaster Flash reste un grand DJ avec Fastest Man Alive, Street Scene, Style (version de Peter Gunn), Freelance (quasi live). Ba-Dop-Boom-Bang (1987) est très riche en sons funky (on y entend des variations de We Will Rock You de Queen, etc.) et les thèmes sont variés : Big Black Caddy (voitures), House That Rocked (parties), Get Yours (autoconfiance)…

  • Aujourd’hui

En 88, les deux Grandmasters (Flash et Melle Mel) se réunissent à nouveau et sortent On The Strength sur Elektra la même année. On y trouve une reprise de Magic Carpet Ride de John Kay (ex-Steppenwolf) mais le disque passe inaperçu, trop hors contexte. Dernièrement, Grandmaster Flash a produit l’album Masterpiece de Just Ice (1990, Fresh Rds) et le maxi On We Go de Doom. Plus de dix ans après ses débuts, Grandmaster Flash est toujours là. Tant mieux.

 

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Crédits. Photos libres de droit. Texte : © Ramsay et l’auteur. Toute reproduction commerciale interdite.

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Un (vieux) livre sur le Hip Hop. : Un (vieux) livre sur le Hip Hop

L’histoire. Les groupes. Le mouvement.

Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

Sommaire

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 Avertissement :

Aucune retouche texte n’a été effectuée. Le livre est donc dans son « jus », tel que publié à l’origine, hormis les thèmes (Rap & cinéma, Rap & médias, Rap et politique, etc.) et les interviews (Iam, Get Busy, etc), ici relégués en fin de texte.

Seules les illustrations n’ont pas été reproduites, pour des questions de droit.

Le lecteur avisé pourra mesurer combien le Rap a, depuis, évolué. Et combien, parfois, je me suis totalement trompé.

Bonne lecture à tous.

 Crédits

Ont activement participé à ce livre :
Isabelle Bézard (Queen Isa First : traductions), Texaco & Sear (docs, notes, conseils, amitié et rédaction de la partie française), Cool-T (partie graffitis), Yannick Bourg (« Rap & Vidéo »), Corinne Schmitt.

Ce livre est dédié à :
Ma Mère & Féfé, mes sœurs Marie-Eve & Margaux, mes grands-parents, El Poupa, Mona-La-Marcheuse, Corinne « Pretty Baby » Schmitt, Bertrand Toty (1st scratcher, cousin, smurf early 80’s), Jean Claude Bertrand (l’inestimable), Bjorn Cornaz (Stop The Madness !, Fantastik 60’s brother), Shakin’ Louie Louie (The One & Lonely), Texaco & Sear (assureurs de première), Ava Spac, tous les groupes de Rock & Roll qui ont bercé mon enfance, violenté mon adolescence et que j’ai lâchement « abandonné » lors de mon effroyable entrée dans l’« âge adulte » et à tous ceux qui font que la Révolution Rap est en marche.

Ce livre est particulièrement dédié à :
Yannick Bourg (mon alter ego, jeune chien fou de toute psycho music),

Remerciements à :
Bruno Gaston (et ses éclaircissements nocturnes), Pascal Rapido, Geneviève Fabre (corrections sur l’historique des Noirs américains), Christophe Taverne, Olivier Cornillac, Nicolas Richard, Mino (le génial), Radio Poitiers Ouest, MCL Poitiers 84-86, Olivier Cachin (MC Of Media), Ronan O., Roberto Gagliardi (news italiennes), Philippe Bernard (fameux filmeur), Jean-Marie (IZB), Sear & Texaco (Get Busy), Candy (Zulu Nation), Madj (Radio Beur), Georges Lapassade (le furieux), Stéphane Leroy & Frank Spengler (pour croire en ce livre), les trois Révolutionnaires Rock : Kid Bravo (Mega Reefer Scratch est en route, stay cool & good !), Marsu (The Great One), Phil Baïa (Jesus) ; KK, Cathy & Eric Débris (le Rennais), les Shifters (pour avoir supporté ma casquette et mes « Yo ! » durant une quarantaine de concerts), tous les journalistes, biographes, rédacteurs et fanzineux à qui j’ai emprunté leur prose…

Remerciements à tous les labels & producteurs qui nous ont soutenus (photos, docs, disques, bios, etc.) :
Alain Castagnola (IAM), Philippe Joyeux & Bruno (20th Century Fox), Hervé Deplasse (CBS puis EMI), Elios Sanchez & Catherine Meadeb (Wotre Music/Justine/Fnac Musique), Maya (BMG), Antoine Garnier, Marie-Jeanne Baquet & Sandrine (Virgin), Beni & Cathy (Labelle Noire), Olivier Bas & Isidore (Island), Rose-Hélène Deplasse & Patricia (Epic), Nathalie Delvigne (CBS), Isabelle Mauvais & Gaëlle & Miriam & Serge (Musidisc), WEA pour n’avoir rien fait.

Remerciements éternels à :
Above The Law, Afrika Bambaataa, Asher D & Daddy Freddy, Beastie Boys, Bomb Squad, Boogie Down Productions, B.R.O.T.H.E.R, Davy D, Digital Underground, Divine Styler, Donald-D, Doctor DRE, Dust Bros, Eric B & Rakim, Kid Frost, Geto Boys, Grand Masterflash & Furious 5, Gunshot, Hijack, Iam, Ice Cube, Ice-T, Intelligent Hoodlum, Jungle Bros, K9 Posse, Kool DJ Herc, Kool Moe Dee, Last Poets, LL Cool J, DJ Mark 45 King, Marley Marl, Mega Reefer Scratch, N.W.A., Public Enemy, Queen Latifah, DJ Red Alert, Run DMC, Slick Rick, Rick Rubin, Scott La Rock, Russel Simmons, Stereo MC’s, Sugarhill Band, Supreme NTM, Stetsasonic, Third Bass, Tuff Crew, Two Live Crew, etc.

A tous :
« ARRÊTONS LA VIOLENCE » CAR « NOUS SOMMES TOUS DANS LE MEME GANG ». PEACE !

 Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

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 Fuck

« Comme aux premiers jours du Rap, chaque gosse a ses platines. Maintenant, chaque gamin du block a sa démo » (Run DMC, 1990).

« Que ce soit fort ! La clarté n’est pas nécessaire, il faut simplement que ça rugisse. Quatre vingts pour cent des inconditionnels du Rap l’écoutent à fond la caisse » (Chuck-D, Public Enemy).

« Puisque les médias vous font toujours dire l’inverse de ce qu’on dit, il faudrait avoir le courage de dire l’inverse de ce que l’on pense » (Jean Baudrillard in Cool Memories, Galilée, 1990, U.S.A/France).

Quincy Jones a raison : « maintenant, s’il y en a qui veulent descendre le Rap, ils vont devoir me descendre, moi. Je ne sais pas s’il y en a beaucoup qui peuvent se permettre ça » (218). Le Rap connaît aujourd’hui un nouvel essor flamboyant. Une véritable renaissance. De ses débuts (78/80), il a conservé la puissance rythmique et la loquacité (to rap = bavarder. Certains y voient la contraction de « rapide » ou de « repartee » selon Georges Lapassade et Philippe Rousselot (21)). Mais il y a ajouté des sons, des trouvailles, des arrangements (tant grâce au nouveau matériel technique apparu dans les années 80 qu’à la créativité des rappeurs et des ingénieurs du son) : de Run DMC à Public Enemy en passant par De La Soul, Hijack, N.W.A. et KRS One, le Rap n’est plus uniforme. Il revêt toutes les styles musicaux (ou presque).

Oui, le Mouvement est en marche. Il serait d’ailleurs grossier de trop cataloguer les groupes : les rappeurs, s’ils se livrent à une concurrence acharnée, sont tous plus ou moins solidaires les uns des autres. « En 85, lors de l’anniversaire de mon fils (…), j’ai appelé Russel Simmons de Def Jam, en lui demandant s’il lui serait possible d’inviter tous les rappers qu’il connaissait. Whodini, Kurtis Blow, LL Cool J, les Beastie Boys, Run DMC, tout le monde, quoi ! Et ça m’a rappelé mes propres débuts à New York, quand j’ai découvert Charlie Parker, Dizzy Gillepsie, Mingus, Bud Powell, Thelonious Monk, qui jouaient tous ensemble et dans le même esprit. Le parallèle était complet : les radios refusaient de les diffuser, les bourgeois s’offusquaient » (219)… L’esprit dont parle Quincy Jones se perçoit dans les chassés-croisés de rappeurs qui en produisent d’autres, les participations aux enregistrements, les remerciements sur les pochettes ou, mieux, les citations à l’intérieur même des chansons. Le principe du Crew ou Posse est aussi un des facteurs de cette unité de la scène Hip Hop et de son évolution perpétuelle (un disque en pousse un autre aux oubliettes tous les deux mois) : ces équipes sont des bandes mouvantes dans lesquelles on trouve généralement un ou deux leaders et une ribambelle de DJ’s, MC’s, arrangeurs, producteurs, auteurs, compositeurs. Ce qui, généralement, produit un brassage d’idées et d’inventivité surprenant. Sans compter que les membres des Posse se mélangent volontiers les uns aux autres : l’enfer des maisons de disques pour les crédits et un véritable bouillonnement musical. Finie la rigidité du Groupe, dans le sens Rock ’n’ Roll du terme.
Mais gardons-nous de toute hypothèse. Que deviendra le Rap dans un an ou deux ? Une mode dépassée ? Ou régnera-t-il en maître sur l’industrie du disque ? René Belletto remarquait à propos du cinéma – et cela est tout aussi valable pour le Rap – que« quand un genre est fort, quand il arrive à son sommet, il porte déjà en lui sa propre destruction et sa propre parodie (…). C’est à partir du moment où un genre est foutu que le succès commercial se répand » (220). Les majors américaines, lentes, très lentes, à s’intéresser au Rap (et à y croire) ont fait ces derniers mois une véritable razzia sur les labels indépendants inondant les bacs de disques souvent médiocres. Plus près de nous, l’heure de la récupération a tout autant sonné : d’Alain Chamfort à Yvette Horner, de Jack Lang (« cette culture, j’y crois ! » plaisante-il à l’automne 90 dans VSD) aux majors aux abois (vieilles maquettes remixées à la va-vite, signatures tous azimuts, opérations sur toute la France), tout le monde veut participer à la fête. A ce tarif-là, Benny B (rapper-belge-aseptisé-sans-peur-du-ridicule) risque un jour de se retrouver le garant du vrai Rap. Danger. Don’t Believe The Hype.

Ce livre a pour but de retracer l’histoire du Hip Hop (et ses histoires), de ses origines à aujourd’hui, afin de mieux comprendre le pourquoi et le comment de l’impact et de l’apport phénoménaux du Rap. Tant d’un point de vue musical que sociologique. Car, ne l’oublions pas, le Rap parle, dit, exprime, s’exprime, dénonce, attaque, aime. Si Musique Vivante (et Vivifiante) signifie quelque chose, alors le Rap en est une illustration parfaite. Ce livre a été écrit avec respect et admiration pour cette musique tout en essayant de rester critique (la critique n’empêche pas l’amour). Yo ! Revolution Rap est un instantané. Le Rap est en pleine explosion et nous surprend chaque semaine. Impossible de tout savoir et encore plus d’anticiper sur son avenir. Le Rap vit. Peu de musiques peuvent s’en vanter. Quant aux nombreuses citations, il faut les prendre comme autant de samples (à ceci près que nous ne les avons pas transformées comme de véritables samplers modifient les sons ou les rythmes). Privilégier les déclarations des rappers eux-mêmes nous semblait plus important que notre propre avis.
Have Fun.

Un (vieux) livre sur le Hip Hop.

« Yo ! Révolution Rap » est le titre de mon premier livre, aujourd’hui épuisé. Publié en mars 1991 par les Editions Ramsay, « Yo ! Révolution Rap » a également été traduit en Allemand. Totalement introuvable depuis 1993-1994, le voici en consultation libre.

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 Racines

  • Chants religieux, insultes & Poésie

    A peine les premiers Noirs eurent-ils foulé le sol américain, qu’on leur interdit de jouer de leurs tambours, d’où la prépondérance du chant dans la musique noire U.S. (ex : Jazz shouters, Blues, etc.) et même avant : Gospel, chants religieux ou encore les sermons de certains pasteurs noirs comme les preachers, les pentecôtistes ou baptistes du début du XXè siècle, en droite ligne de certains rites ancestraux, comme le culte du Vodun (Afrique de l’Ouest). Une illustration parfaite de l’influence des chants religieux sur la musique noire-américaine nous est donnée par James Brown dans le film The Blues Brothers.

    Les prémices du Rap se font réellement sentir avec les Dirty Dozens. Il s’agit d’un jeu d’insultes, rapides et rimées, qui vient des premiers ghettos noirs américains : « toute la jurologie développée par cette tradition a été revendiquée comme langage noir par les Black Panthers. Pour eux, le mot est une expression de refus, de provocation. Si le mot est sale pour le Blanc, il est propre pour le Noir » (21). Le principe des Dozens se retrouve sous forme de boasting songs (chansons vantardes) chez quelques Bluesmen des 50’s (et même bien avant) comme Willie Dixon ou chez des Rockers comme Bo Diddley (Hey Bo Diddley, Story Of Bo Diddley) qui expriment un besoin de s’affirmer et de s’imposer (notion qu’on retrouve chez les taggers). On peut ajouter des R&B Singers comme Luther Ingram ou Spekled Red. Une autocongratulation qu’on observe aussi chez Mohammed Ali (« I’m the king, I’m the greatest ») ; ce qui fait dire à Nelson George (journaliste noir américain et cofondateur du Stop The Violence Movement : « peut-être que la vantardise, les frères l’ont dans le sang » (22).

    Les comiques des 50’s/60’s comme Pigmeat Markham, le Jive Talk (l’argot noir) introduit dans la Soul Music au milieu des années 60, les interventions parlées de Barry White entre ses chansons, les poètes Beatnicks de la fin des 50’s/début des 60’s qui lisaient leurs textes sur fond de Jazz, imités dans les années 70 par les poètes noirs Gil Scott Heron ou Nikkie Giovanni avec du Jazz/Funk, apportent tous leur pierre à l’édifice du Rap.

  • La Jamaïque

Mais ce sont surtout les DJ’s qui vont donner au Rap sa véritable forme, autant pour le traitement de la voix que pour la technique musicale. Les DJ’s noirs des 50’s du sud des U.S.A. sont généralement désignés comme les premiers à avoir parlé en rythme avec la musique qu’ils diffusaient. Une pratique qu’adoptera – rarement il est vrai – le plus célèbre DJ blanc des 50’s, Alan Freed (et son « Rock & Roll Moondog Show », New York). Très vite, les radios de Floride exportent le style vers la Jamaïque où des animateurs radio s’en inspirent pour inventer le Toast : « une origine de ces nouvelles pratiques de DJ’s, c’est l’expérience de la rue et des marchés populaires où des vendeurs ambulants proposaient les disques nouveaux de Reggae en utilisant la base instrumentale de ce genre musical pour improviser des discours publicitaires – ce qui devait les conduire à se transformer progressivement en des sortes de conteurs urbains et populaires qui donnaient à leurs interventions généralement improvisées, rimées et rythmées, un caractère de plus en plus systématique, jusqu’à en faire un art populaire autonome qui a reçu alors plusieurs appellations dont celle de Toast… » (23). Ces camelots mettent au point tout un dispositif avec des disques diffusés au ralenti, des chambres d’écho, etc.
Vraisemblablement, c’est aux U.S.A. que fait son apparition le selector (table de mixage simplifiée qui permet de passer d’un disque à l’autre). Quand la parole intervient, elle prend le nom de Talk-Over (parler par dessus… la sono !) puis de Toast, de DJ Style et plus récemment de Raggamuffin’ (mélange de Rap et de Reggae). Le Rap venant du Toasting, il est normal qu’il y ait un rapprochement – par le Raggamuffin’ – avec le Reggae : les deux parlent le langage de la rue d’où ils sont originaires et enracinés. Pourtant, Kool Herc, l’homme qui amènera le Toasting à New York dans les 60’s, est catégorique : « entre le Rap et le Reggae, il n’y a aucun rapport. On ne peut implanter le son jamaïcain dans le Bronx, personne ne l’aurait accepté. Aux origines du Rap sont James Brown et le disque Hustler’s Convention des Last Poets » (24).

  • Soul Music, Funk & Disco

Il est clair que sans la Soul Music, le Rythm & Blues et le Funk (le vrai, suis-je tenté de préciser), le Rap ne serait pas là. La filiation est tellement directe qu’elle crève les tympans. Les maîtres des genres sont connus : James Brown, Marvin Gaye, Wilson Pickett, Otis Redding, Aretha Franklin, George Clinton (et ses Parliament/Funkadelic dont certains membres furent formés par le Soul Brother N°1 : James Brown lui-même), Isaac Hayes (It’s Rap date de 1970 !), Sly & The Family Stone, etc. Sa noirceur (« Le Funk naît de l’approfondissement et de la systématisation de la démarche de James Brown. C’est-à-dire qu’il s’agit, au rebours de la Soul du Sud, qui fraternise avec Rock et Country, d’une quête de la spécificité noire » , [25]), son beat, sa basse prépondérante, sa force dansante, son humour, sa fierté noire (grosso modo, la Soul débarque avec l’avènement de la lutte en faveur des droits civiques et sombre après la mort de Luther King), le Rap les puise chez ces gens-là.

Il faut bien admettre que le Disco a grandement servi – malgré lui – le Rap à ses débuts : la ligne de basse de Rapper’s Delight (le gigantesque et premier tube Rap de 1979) n’est-elle pas entièrement piquée à une version étendue de Good Times de Chic ? Mais dans les 70’s finissantes, le Disco et le « syndrome Lionel Ritchie » (comme l’appelle Daddy-O, membre de Stetsasonic et producteur prestigieux) ont enlevé à la musique noire sa substance sociale. Par « syndrome Lionel Ritchie », Daddy-O désigne la « musique populaire », soit-disant adulte (le Funk étant « réservé » aux teenagers), qui ne parle que d’amour pour passer sur les radios Pop. Il explique :« ils ont perdu les tripes, donc ils ont abandonné la lutte. Je veux dire, c’est la différence entre Soul Power et Gravity pour James Brown ou entre Rock Steady et Freeway Of Love pour Aretha Franklin » (30). Le Rap prendra un malin plaisir à bouleverser tout cela.

  • The Last Poets

On sait finalement assez peu de choses sur ce quatuor d’Harlem (trois poètes-chanteurs-parleurs révoltés : Abiodun Oyewole, Alafia Pudim, Omar Ben Hassen, et un percussionniste : Nilaja). Leur premier album (The Last Poets) paraît en 1970 sur Douglas Rds : le dos de pochette nous montre les Last Poets jouant dans la rue, comme un avant-goût des street parties du Rap. Sur le disque, ils prônent l’Orgueil Noir (Run Nigger, Wake Up Niggers...) en mettant en musique les slogans du Black Power (When The Revolution Comes). L’argot et les jurons sont employés allègrement ; la prise de conscience est totale, l’Afrocentrisme et l’Islam sont au premier rang. Même des chansons antidrogue sont présentes : Niggers Are Scared Of Revolution (les Noirs se shootent au lieu de prendre les armes). Le Rap est littéralement en train de s’esquisser. Tout en continuant leurs spoken words (comme le dira Bill Stephney, le découvreur de Public Enemy : « ce que font les rappers aujourd’hui est purement musical comme leur façon d’arranger les mots sur des rythmes particuliers. Si tu enlèves la musique d’un Rap, tu peux encore danser sur le phrasé du rapper. Ça, tu ne peux pas le faire avec les Last Poets » [165]), les Last Poets mettront du Jazz puis du Funk dans leurs disques.
En tout, sept albums (The Last Poets, This Is Madness, Chastisement, Right On, The Revolution Will Not Be Televised [un texte de Gil Scott Heron], Jazzoetry et Delight Of The Garden) qui, malgré leur cachet indéniablement underground, constituent aujourd’hui encore une des influences majeures du Rap.

  • Rock & Rap

Quant au débat auquel se livrent les B-Boys et les rockers, à savoir si le Rap a un rapport avec le Rock, je réponds oui. Les deux sont – s’ils savent rester radicaux – durs, agressifs, bruyants, et terrorisent l’ordre établi :« le Rap remplit les fonctions que pouvait remplir le Rock. Public Enemy est dans une certaine mesure un pur groupe de Rock & Roll, puisqu’il y a innovation dans la musique, provocation dans l’accoutrement ou le discours… Aujourd’hui, Public Enemy est l’équivalent de ce que pouvaient être les Clash ou les Sex Pistols en 77. Une musique qu’on n’avait jamais entendue avant. Et si un môme de 15 ans écoute du Rap, même si son père n’a que 35 ou 40 ans, il risque de trouver ça odieux ! Dans ce sens-là aussi, le Rap remplit les fonctions du Rock » (26). Les deux connaissent la même censure, le même racisme : « le Rock & Roll rabaisse l’homme blanc au niveau du nègre… » déclarait le Conseil des citoyens blancs d’Alabama en 1955. Un groupe comme Run DMC n’a jamais caché ses influences Rocks, Cold Crush n’est-il pas l’auteur de Punk Rock Rap (début 80’s), MC Shan n’a-t-il pas repris l’hymne Garage par excellence (Born To Be Wild) ou Mantronix (Sex, Drugs & R&R), les riffs de Rock ou de Hard Rock n’emplissent-ils pas une grande partie de la production Rap actuelle, Jello Biafra (ex-leader du Hardcore Band californien les Dead Kennedys) n’apparaît-il pas sur le dernier Lp d’Ice-T et n’est-il pas remercié sur la pochette du troisième album de Public Enemy ?

Le Rock lui-même doit beaucoup au Rap : Blondie (Rapture, 1980), Clash avec Futura 2000 (Escapades Of…, 1982), Malcolm Mc Laren (ex-manager des Sex Pistols avec Buffalo Gals, 1982), et actuellement nombreux sont les groupes Rock comme Urban Dance Squad, Mano Negra, Red Hot Chili Peppers, Livin’ Colour ou B.A.D qui s’en réclament. Le prochain Lp de Fishbone ne sera-t-il pas produit par le Bomb Squad (équipe de production de Public Enemy) ?

Entendons-nous, le Rap n’est pas une nouvelle forme de Rock (bien qu’il lui donne le même coup de vieux que le Rock lui-même donnait au Doo Wap ou à Sinatra en 55), il aime d’ailleurs à s’en démarquer (voir comment Public Enemy vitupère Presley dans Fight The Power ou Schooly-D et ses I Don’t Like R&R, No More R&R), mais il peut procurer les mêmes émotions car sa violence et sa frustration sont identiques à celles du Rock. Et comme le dit si bien Hank Shocklee, un des producteurs de Public Enemy : « le Rock & Roll, ce n’est pas une guitare qui te gueule dessus. C’est une attitude, une façon de penser » (27).

  • Télévision

Jon Pareles, journaliste au New York Times, a une conception du Rap moderne (celui de 86/91) toute à fait intéressante.« C’est une musique formée par l’instrument le plus persuasif de la culture américaine : la télévision commerciale. Dans sa structure et dans son contenu, le Rap est la musique de l’ère de la télévision et la première musique qui s’adapte aux rythmes rapides et fractionnés, aux juxtapositions et à l’autopromotion incessantes propres à la télé » (32). Pour lui, le sampling est l’équivalent des bandes annonces, des pubs, des rappels des épisodes précédents, des flashs découpés et répétés à longueur de journée sur les télés U.S. Le côté télégraphique, non-sens, assemblage-collage de sujets au fil des rimes, lui rappelle le zapping. Toutes les marques citées dans les chansons sont autant de publicités télévisuelles. Et quand Chuck D (leader de Public Enemy) voit dans le Rap une sorte de câble musical pour la jeunesse américaine (et mondiale), quand De La Soul ou MC Lyte imitent les jeux télé ou quand D.O.C incluent de fausses pubs entre leurs chansons, les dires de Jon Pareles sont confirmés. Il va même plus loin en affirmant que le Rap reflète les images les plus courantes de la télé : anti-homosexualité, misogynie, comique, obscénité, cruauté, politique. Et de conclure : « cela ne veut pas dire que le Rap n’est pas ancré profondément dans la culture noire ; les réseaux de télé n’ont pas inventé le Rap, ce sont les DJ’s des ghettos qui l’ont fait » (32).

 

Crédits. Photos libres de droit. Texte : © Ramsay et l’auteur. Toute reproduction commerciale interdite.

Barack Obama : de l’Afrique en Amérique

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Etats-Unis

Barack Obama : de l’Afrique en Amérique

par Sylvie Laurent [18-04-2008]

mots-clés : identité | Afrique | Etats-Unis

 

Par ses origines, Barack Obama incarne le rêve de retrouvailles tant espérées entre l’Afrique et l’Amérique noire. Mais le mythe se heurte à la réalité : la supposée fraternité entre les « Africains-américains » et leur continent d’origine repose sur bien des malentendus. Après le portrait historique de John McCain, Sylvie Laurent propose une lecture de l’africanité d’Obama.

Lire aussi :

- John McCain, l’itinéraire sinueux d’un patriote, par Sylvie Laurent [19-03-2008]

Barack Obama connaît les subtilités du débat sur la race et les limites du discours sur l’identité noire. Il sait, depuis qu’il a découvert l’Afrique, terre de son père, que la « négritude », conscience et culture qui uniraient les Noirs d’Amérique et d’Afrique, peut n’être qu’une posture dans les ghettos de Chicago. De retour de ses voyages au Kenya, qui lui révélèrent sa part d’africanité, il constata, amer : « Les Noirs américains ont toujours eu une relation ambiguë à l’Afrique. Aujourd’hui nous portons des vêtements Kente, célébrons le Kwanza et collons des posters de Nelson Mandela sur nos murs. Et quand nous voyageons en Afrique et découvrons que tout n’est pas beau et brillant, nous en revenons souvent profondément déçus » [1].

Obama l’Africain

Obama, qui tente de ne pas se laisser enfermer dans l’image-ghetto du « candidat racial », n’entend pas lever l’ambiguïté mais au contraire, en tirer le meilleur parti. Il rappelle sans cesse que ses racines sont d’un ailleurs lointain. Cela explique la commercialisation il y a quelques mois d’un DVD apologétique intitulé « Senator Obama goes to Africa » (2007) dans lequel on voit l’enfant du pays revenir sous les hourras au Kenya mais aussi traverser plusieurs pays dans lesquels il s’adresse « à ses frères ». Sa sœur Auma, kenyane, raconte à la caméra le cheminement du jeune Barack et la manière dont leur père tenta en vain de tenir à bout de bras une famille élargie à s’y perdre. Barack Obama, filmé ensuite à la chaire de l’université de Nairobi, confie à un auditoire conquis qu’il pense à ce père qui l’a fait ce qu’il est. Il fait même de la famille Obama, délitée, une métaphore de l’Afrique entière dont les ambitions immenses dans les années soixante ne se sont pas réalisées : la Nouvelle Afrique est en suspens. L’une comme l’autre furent pour Hussein Obama une « déception » [2]. Barack, son improbable héritier, renoue avec l’espoir. Le documentaire met en scène le périple du sénateur. Entouré de sa famille africaine, il apparaît comme Ulysse rentrant à Itaque et seule une nourrice attentive doit le reconnaître ; c’est à grand-mère Sarah Hussein Onyango Obama, une de ses plus grandes supportrices, qu’échoit ce rôle. Cette étape ritualisée de la « reconnaissance » annonce le point d’orgue du film : le retour du fils prodigue dans le petit village de Kismu, dans lequel son père fut berger. Les enfants y chantent et les femmes dansent à la gloire du candidat sous les bannières « Welcome home ».

Il était rentré une première fois en 1987, voyage initiatique raconté dans son autobiographie Dreams of my Father, lors duquel il découvrit véritablement sa parenté africaine, immortalisée par une photographie de famille, dont il manque l’âme et le trait d’union. Le grand absent est en effet Hussein, le père, dont Barack Obama tient tant à se réclamer lorsqu’il est en Afrique. Obama partage sans doute une expérience personnelle sincère lorsqu’il étreint devant la caméra les membres de sa famille et évoque sa fibre africaine, concluant sa visite par un « I love you guys and Uriti uru [good bye] ». Mais il sait mettre à profit ces symboles d’africanité. Ainsi, lorsqu’il visite le bidonville de Kibera, le plus grand du continent, il joue d’un intertexte avec les harangues qu’il a pu tenir dans les ghettos de Chicago, assurant qu’il travaillera personnellement avec le gouvernement pour améliorer leur sort. Mais il ajoute quelque chose qu’il n’aurait jamais dit dans le South Side : « vous êtes tous mes frères et mes sœurs ». Obama l’Africain d’Amérique est « rentré » et il veut que l’on sache qu’il est d’ici. Son message relève d’un double langage subtil.

Il envoie tout d’abord un message implicite aux Noirs américains en ravivant le rêve pan-africain qui devait réunir les fils exilés de l’Afrique au continent-mère. Lorsqu’il va en Afrique avec sa femme en 1995 ou en 2007 pour aller voir sa grand-mère demeurée dans son village de Nyangoma-Kogelo, il rappelle le lien de parenté entre les Noirs d’Amérique et l’Afrique, et se présente comme l’un des leurs. Un tel signifying [3] n’est pas inutile alors que nombre d’Africains-américains lui ont reproché de ne pas être « assez noir », c’est-à-dire de ne pas posséder cet élément essentiel de l’identité afro-américaine : la mémoire de l’esclavage. Dans le même temps, cette « africanisation » d’Obama est un formidable appel du pied à l’électorat blanc. Un Barack africain est bien plus acceptable qu’un Obama issu du ghetto. Dans le sillage de nouvelles vagues d’immigration venues d’Afrique, une sympathie et un respect particuliers se sont en effet fait jour pour ces immigrés dont on loue les vertus et l’éthique, celles-là même qui font – dans l’esprit de l’Amérique moyenne blanche – tant défaut aux Noirs américains. Il y a certes une réalité derrière cette vision bien commode : 40 % des Africains qui émigrent aux Etats-Unis ont un diplôme universitaire et leur revenu moyen, une fois installés, est supérieur de 30 % à celui des Afro-américains [4]. Obama apparaît donc comme l’« autre Noir », non pas celui qui réclame des réparations pour l’esclavage et la ségrégation mais comme l’Africain éduqué et travailleur, comme on en rencontre de plus en plus dans le pays. Candidat « purple » [5], plus proche de l’immigré que du Noir, il serait rassurant pour des Blancs qui ne craignent rien tant que leurs propres descendants d’Africains [6].

Une Afrique d’Épinal

Cette dialectique raciale est ancienne. Obama tente d’y prendre subtilement sa place, s’inscrivant dans la longue histoire des relations passionnées et jonchées de malentendus entre ceux qui ne s’appellent que depuis peu « Africains-américains » [7] (dont certains veulent encore croire qu’ils sont une diaspora africaine) et une Afrique qui ne sait plus quoi penser de ces noirs déculturés. L’église de Barack Obama, la Trinity United Church of Christ de l’encombrant pasteur Jeremiah Wright se dit ainsi « afrocentriste » [8] et l’on distingue, lors des prêches, nombre de fidèles en « kente », l’habit traditionnel Ashanti [9]. On rit en Afrique de ces Américains portant ces dashikis colorés qui les distinguent immédiatement et les désignent comme touristes. Dans les rues des grandes métropoles américaines, les « vrais » Africains reconnaissent instantanément ces militants déguisés du « Black Power », qui se disent « Afrikans » avec le « K » de Kemet [10] ou « Nubians » [11] pour signifier leur indéfectible africanité et leur retour aux glorieuses racines [12]. Ce « recours à l’Afrique » leur permet à bien des égards de garder leur distance à l’égard de leur propre américanité [13]. Mais le souhait d’une recomposition de la famille noire originelle apparaît illusoire, les Africains se sentant parfois plus proches des Blancs ou des autres minorités que de ces frères lointains.

Godfrey Mwakikagile, auteur africain vivant aux Etats-Unis et partisan d’un nouveau panafricanisme, présente dans son ouvrage Relations Between Africans and African Americans- Misconceptions, Myths and Realities [14] les épisodes clés de la passion qui lie jusqu’à aujourd’hui les Noirs d’Amérique et l’Afrique. La représentation de l’Afrique en Amérique et l’expérience de l’Amérique par les nouveaux venus africains se confondent pour exprimer un insondable malentendu transatlantique. Les stéréotypes nourris par les uns comme par les autres sont déchiffrés et il en fait remonter la genèse à l’âge d’or de l’Europe impériale. Les Américains de toutes races sont en effet avant tout nourris d’une doxa européenne.

La grande plume africaine, Chinua Achebe, offrit une étude célèbre de la représentation de l’Afrique dans Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad [15]. Le romancier nigérian, qui fustigea pour la même raison l’œuvre d’Hemingway, souligne la façon dont l’Afrique y est dessinée comme l’antithèse de la civilisation européenne, la bestialité la plus primitive guidant l’homme perdu sur le fleuve Congo vers les premiers âges de l’humanité. La laideur grotesque et la barbarie terrifiante du continent sombre et de ses cannibales sont à l’origine de la fascination d’un monde occidental qui s’y purge et s’y éprouve : « … the thought of their humanity — like yours… Ugly. » [16]. Européens comme Américains ont fondamentalement conservé une part de ce stéréotype qu’il s’agisse de sa face tragique (l’Afrique est un espace sanglant de violence et de tribalisme) ou de sa face comique (cette vaste terre de jeu est occupée par des animaux colorés et par de bons sauvages arriérés, accueillant les touristes et leurs devises à bras ouverts).

La culture populaire comme la recherche universitaire sont au cœur de cette grande méprise mutuelle, née du chassé-croisé historique, psychologique et idéologique entre deux mondes noirs. Le cinéma américain le plus récent a ainsi fait une bonne place à l’Afrique dans sa production. Hotel Rwanda, Blood Diamond ou The Last King of Scotland sont, dans des styles très différents, conformes en un point : qu’il s’agisse d’un épisode héroïque du génocide rwandais, du financement de la guerre civile en Sierra Léone par la contrebande de diamants ou des états d’âmes d’un jeune occidental au contact du dictateur ougandais Idi Amin Dada, l’Afrique est un lieu de violence et de chaos. Préexistait à cette idée une vision romantique de l’Afrique, telle que le mélodrame de Sydney Pollack, Out of Africa, l’a mise en scène en 1985. Toute évocation de Nelson Mandela aux États-Unis (ou dans une moindre mesure de Desmond Tutu) suscite de la même façon un enthousiasme un peu naïf, l’icône sud-africaine étant, s’y l’on s’y penche, bien loin de l’idéal de non violence façon Luther King auquel on l’associe à tort. Finalement, l’image d’Epinal de l’Afrique qui semble s’imposer aujourd’hui outre-Atlantique est un savant mélange de ces visions tragique et romantique. Terre de mission, l’Afrique est devenue le grand éden des philanthropes américains qui découvrent un peuple, une terre et surtout une cause [17].

La cause africaine

En témoigne le numéro de juillet 2007 de la revue Vanity Fair, intitulé « The Africa Issue : Politics & Power », qui fut consacré au renouveau de l’espoir en Afrique. Y figuraient en bonne place les missionnaires modernes partis y chercher la rédemption [18].

La particularité de ce numéro fut la réalisation de vingt couvertures différentes, chacune constituée d’une photographie d’Annie Leibowitz et mettant en scène une parole circulant de bouche à oreille entre chacune des personnalités photographiées (Voir le slideshow de ces couvertures sur le site de Vanity Fair : http://www.vanityfair.com/…). L’acteur Don Cheadle s’adresse à Barack Obama [19], qui chuchote à l’oreille de Mohammed Ali qui se tourne vers Rania de Jordanie et ainsi de suite. Le ton de ce numéro est donné par la photographe, qui entend rendre hommage « à des personnalités qui œuvrent pour améliorer le sort de l’Afrique, la rendre autonome et éradiquer le SIDA de son territoire ». Or, une seule personnalité sur 21 est africaine. On suggère donc que le destin de l’Afrique est entre les mains des bienfaiteurs américains.

Les personnalités formant les maillons de cette chaîne humanitaire mobilisée pour sauver l’Afrique incluent, outre Obama et Ali, Condoleeza Rice, Djimoun Hounsou, Maya Angelou, Chris Rock, Oprah Winfrey, Jay Z, Alicia Keys et Iman. La moitié de ces figures modernes de l’« africaphilie » sont donc des Africains-américains ou, pour deux d’entre eux, des Africains installés aux États-Unis (Iman d’origine somalienne et Hounsou, malien). Cette surreprésentation n’est évidement pas surprenante : elle est l’un des ultimes épisodes de cette relation tourmentée entre les Noirs américains et le continent matrice. Comme les Africains aiment à le rappeler, si certains Afro-américains se considèrent comme nos frères, ils se perçoivent comme des grands frères ! Le malentendu éternel qui transforme les cousins d’Amérique en moralistes arrogants est longuement décrit par Mwakikagile qui rappelle que les missionnaires noirs venus « civiliser » l’Afrique au XIXe siècle étaient considérés comme des néo-coloniaux comme les autres. Pire encore, les esclaves américains libérés rêvant d’une Jérusalem noire qui fondèrent le Libéria en 1822 ont, pour réaliser leur utopie, exproprié les autochtones africains et formé une élite « américano-libérienne » qui priva les tribus indigènes de leur souveraineté jusqu’en 1980 [20]. Pourtant, c’est gorgés de bons sentiments et d’une sincère fraternité que certains Afro-américains s’investissent en Afrique. Ainsi, la célébrissime et richissime Oprah Winfrey a financé la création d’une académie de jeunes filles au sud de Johannesburg « destinée à former l’élite africaine de demain ». En janvier 2008, l’école fut inaugurée en présence de Nelson Mandela et… de trois stars noires américaines (Spike Lee, Sydney Poitier et Tina Turner). Son rêve d’un Tuskegee [21] pour pauvres sud-africaines fut hélas maculé quelques mois plus tard par l’annonce de maltraitances sexuelles commises dans l’école par une surveillante nommée Tiny Virginia Makopo.

La quête des racines

L’histoire de la recherche en maternité des Noirs américains est aussi ancienne que leur déracinement. Dès les premiers siècles de l’esclavage transatlantique, certains esclaves ont cherché à « rentrer » en Afrique. En 1703, Ayuba Suleiman Diallo, marchand d’esclaves dans la région du fleuve Sénégal est capturé par un négrier européen qui l’exile de l’autre coté de l’Atlantique où il devient esclave dans la colonie du Maryland. Après avoir tenté de s’échapper, il parvient à faire parvenir un courrier à Londres où des bienfaiteurs, sensibles à l’argument de son ascendance aristocratique, le firent libérer et recueillirent ses mémoires. Il fut la coqueluche du tout Londres avant de parvenir à rentrer en Afrique et de retrouver les siens. Cette incroyable aventure préfigure la longue épopée de Noirs américains qui continuent à se penser Africains et qui veulent rentrer. Ce rêve du retour est présenté par James Campbell dans Middle Passages : African-American Journeys to Africa (1787-2005) [22] qui vient de paraître aux Etats-Unis [23].

Jusqu’à Obama, l’odyssée de la minorité noire américaine est parsemée de tentatives pour recréer le lien organique avec l’Afrique. Professeur à NYU, Saidiya Hartman raconte ainsi dans son ouvrage Lose Your Mother : a Journey along the Atlantic Slave Route [24] son second voyage au Ghana, en 1992, réalisé grâce à un programme d’échange Fulbright. Ce voyage, des dizaines de milliers d’Africains-américains l’ont accompli depuis l’indépendance du pays en 1957 [25]. Le fondateur de la nation, Kwame N’Krumah, qui fit ses études aux Etats-Unis, parvint mieux qu’aucun autre à donner corps au rêve panafricain. Franz Fanon théorise quelques années plus tard cette profonde gémellité entre les Africains victimes de l’oppression coloniale et les Noirs qui subissent la ségrégation [26]. Martin Luther King dédia en 1957 un de ses plus grands discours, « The Birth of a New Nation », au jeune pays frère et parla de son chef comme de son alter ego africain. Libérés des Anglais comme le peuple élu d’Egypte, les Ghanéens annoncent la victoire des Noirs ségrégués. Par une incroyable coïncidence historique, il se trouva en effet qu’au moment où la loi sur les droits civiques des Noirs américains fut votée (1964), près de trente pays africains gagnèrent leur indépendance, un vaste mouvement de libération initié par le Ghana. Le révérend King l’a pourtant clairement dit, les Afro-américains ne sont pas des Africains. Ils sont néanmoins des frères et des modèles et King invite les Afro-américains à partir pour l’Afrique afin d’aider le jeune pays à se construire. Il fut entendu et, à l’exemple du grand W. E. B. Dubois, une communauté américaine idéaliste entama sa transhumance vers le Ghana. Dubois fut l’un des pères du panafricanisme américain, qui tint son premier Congrès officiel en 1919 à Paris. Une internationale « transcontinentale » du peuple noir devait les libérer de toutes les oppressions. Le rêve, un peu fané, retrouva un peu de vigueur avec le mirage ghanéen.

La grande illusion

Nombreux sont alors ceux qui, comme Saidiya Hartman, reçurent la gifle terrible de la désillusion. Les Noirs américains sont confrontés à leur altérité, à l’hostilité des Africains et à l’amertume de ceux de leurs compatriotes qui sont restés mais qui sont devenus cyniques. Kwame Anthony Appiah, lui-même fils d’un Ghanéen devenu professeur à Harvard, livre sa propre expérience dans un beau papier de la New York Review of Books consacré à la présentation d’ouvrages récents dont ceux de Campbell et d’Hartman [27]. Sa conclusion est qu’on ne peut pas échapper au malentendu et à la désillusion. Oui, les Américains découvrent que les Africains ont participé à la traite et ils réalisent que la couleur de leur peau ne vaut pas grand-chose face à l’immensité océanique qui les sépare culturellement. Le ressentiment et l’incompréhension président à ces rencontres que l’on espérait être des retrouvailles. Hartman, comme tous ces pèlerins, rêvait d’empire Ashanti et de royaumes glorieux, et il doit non seulement admettre qu’elle n’a aucun lien avec cette Afrique fantasmée mais, pire encore, que ce mythe n’a jamais existé que dans son esprit rêveur. Appiah illustre les ravages de ce mirage par l’histoire de ce mercenaire « ghanéen » nommé Lee, propageant la peur et la violence au nom de l’idéal révolutionnaire africain, qui se révéla être un Afro-américain perdu dans sa folie panafricaine.

Souvent en effet, les Noirs d’Amérique croyaient à la possibilité de se retrouver en Afrique comme « chez eux », accusant les Blancs d’avoir toujours tout fait pour éviter une telle réunion. C’est notamment l’argument délivré par Malcom X lorsqu’il se rend lui-même à Accra en 1964. Il commence par accepter le nom yoruba que ses hôtes lui ont attribué, Omowale, avant d’accuser : « lorsqu’on examine les choses de près, on a aucune peine à entrevoir un gigantesque plan, destiné à empêcher la jonction des Africains d’Afrique et des Africains d’Amérique… L’unité entre Africains de l’Occident et Africains de la mère patrie modifiera le cours de l’histoire » [28]. Il présidera pour réaliser ce grand dessein l’« Organization of Afro-American Unity » et tentera d’assurer, et peut-être même de convaincre ses amis africains que les Noirs américains se soucient vraiment de l’Afrique. « You are nothing but Africans » est son injonction identitaire. Il est alors le tenant d’une vision essentialiste et radicale de l’identité noire [29] qui inspira toute une mouvance dure des Afro-centristes.

L’africanité contestée

Ces derniers [30] ont aujourd’hui deux ennemis dans le monde académique : Henri Louis Gates et Kwame Anthony Appiah, deux amis depuis leur rencontre à Oxford lorsqu’ils étaient les étudiants – les disciples, même – de Wole Soyinka (prix Nobel de littérature en 1983). Appiah ressemble un peu à Obama. C’est en effet de l’union d’un père ghanéen et d’une Anglaise blanche que Kwame Anthony est le fruit (chacun de ses prénoms est bien sûr une part de son identité et il lui fallut mettre l’un avant l’autre). Comme le jeune Barack, il s’interroge sur son africanité dans un ouvrage tenant de la biographie et de la réflexion philosophique : In My Father’s House : Africa in the Philosophy of Culture [31]. Il est aujourd’hui favorable à une lecture critique du continent fantasmé et à une déconstruction du mythe : l’Afrique a prêté la main au commerce des esclaves, a pratiqué l’esclavage sur son sol et se refuse à le reconnaître. Dans un article du New York Times, il raconte l’héritage toujours prégnant de cette culture esclavagiste sur sa propre famille [32], aujourd’hui encore au Ghana. Dans la New York Review of Books, il décrit sans fards le mirage africain auquel lui aussi a parfois succombé. Après avoir raconté les aventures du soldat Lee, il conclut : « Vous pouvez ajouter Lee à la liste des Africains-américains trahis par leur rêve africain. ». Appiah ne croit ni en la « race » ni en une « négritude » essentialiste rassemblant par delà les continents des gens n’ayant en commun que leur couleur de peau. L’afro-centrisme est donc pour lui une aporie mais elle n’interdit pas aux Noirs d’Amérique de penser leurs origines africaines.

Ce n’est pas une quête des origines mais véritablement une enquête judiciaire que son ami Skip Gates propose justement aux Afro-américains depuis quelques années. A l’aide d’un site intitulé « African DNA », d’un livre [33] et surtout par la médiatisation de trois volets télévisés de son expérience, Henri Louis Gates utilise le code génétique des Noirs américains comme fil d’Ariane pouvant les ramener à l’Afrique. Son but est presque de « prouver » la filiation. Selon lui, si l’héritage culturel africain est une part indéniable de l’identité de l’Afro-américain, l’ADN lui donne une consistance en permettant d’identifier la zone géographique et éventuellement la tribu dont on est issu. Chaque Noir peut ainsi envoyer un petit prélèvement de muqueuse buccale à « African dna » et connaître sa terre originelle, localiser ses lointains cousins. Gates promet en substance « des racines dans une pipette » [34]. Le dernier volet télévisuel de son entreprise diffusé en février 2008, « African-American Lives 2 », montre comme les précédents une série de stars afro-américaines sur la trace de leurs origines et donc de leur identité. Morgan Freeman, Chris Rock, Tina Turner, Don Cheadle ou Maya Angelou sont secondés dans leur quête par des généticiens mais aussi par des généalogistes. En effet, si la promesse de la révélation d’une parenté africaine jusqu’alors inconnue motive bien souvent une telle démarche, ce n’est pas ce qui apparaît sous la lumière du microscope.

Gates offre en effet avant tout à ses invités des récits de grands-parents ou d’arrières grands-parents, héros du quotidien dans une Amérique raciste, qui parvinrent à fonder une école ou à traverser le pays pour retrouver un être aimé. Les informations révélées sont d’autant plus éloignées en réalité de l’Afrique qu’elles révèlent brutalement la part « blanche » de l’hérédité des Noirs américains. Le grand paradoxe et la grande désillusion surviennent alors : les cobayes s’attendent à être promus Luo, Ashanti ou Zulu, et on leur révèle qu’au moins un de leur grands-parents est un Blanc. Lors du premier épisode, Henri Louis Gates apprend, sidéré, que la moitié de son capital génétique est « européen » c’est-à-dire blanc. Les Afro-américains sont donc bien plus des métisses que des Africains. Et lorsque l’enquête parvient à atteindre l’Afrique, la « Mother Africa » révélée n’est pas celle que l’on avait fantasmée. Ainsi, le deuxième épisode, consacrée à Oprah Winfrey [35] révéla l’arbre généalogique américain de la présentatrice mais parvint aussi à identifier son « origine africaine ». Orah Winfrey affirmait être « Zulu », s’être toujours sentie « Zulu ». Elle apprend qu’elle est en réalité d’une ethnie libérienne et on le sent, cette révélation cruelle la laisse déçue.

L’Amérique démythifiée

L’Afrique, lorsqu’elle cesse d’être un mythe lointain est donc la source d’une grande désillusion et témoigne d’un grand malentendu pour les Noirs américains. Mais l’inverse est également vrai. Lorsqu’il est au Kenya, une amie de son père révèle à Barack le chiasme qui brisa l’unité symbolique : « les jeunes Américains ont une vision romantique de l’Afrique alors que, pour ton père comme pour moi, c’était l’inverse, nous espérions trouver toutes les réponses en Amérique. » [36]. Or, les centaines de milliers d’Africains qui migrent aux États-Unis (leur croissance démographique est la plus forte parmi de toutes les minorités de New York) découvrent non seulement le racisme d’une société majoritairement blanche mais également l’hostilité des Afro-américains. Cette dernière trouve sa source à la fois dans le registre classique des stéréotypes liés à « l’arriération » de l’Afrique (discours né dans la bouche des Blancs mais qu’ils ont intégré) mais aussi dans le ressentiment et la mémoire douloureuse de l’esclavage. « Vous nous avez vendus ! » est le reproche que certains Noirs américains expriment à demi-mot. Ne pas avoir été déporté et réduit en esclavage aux Amériques excluraient de facto les Africains de la communauté noire.

Le malentendu, terrible, est magistralement mis en scène dans le film de Rachid Bouchareb, Little Senegal (2001). Un vieil homme quitte le Sénégal pour retrouver un de ses descendants vivant de l’autre coté de l’Atlantique. Il doit faire face à la défiance de ces derniers et à la haine des Afro-américains envers ces immigrés qu’ils méprisent : « macaque », « sale Africain, remonte dans ton arbre ! » sont les insultes entendues dans le film mais dont témoignent par ailleurs nombre d’Africains que Mwakikagile a rencontrés. La ligne de couleur n’est plus seulement entre Noirs et Blancs mais entre Noirs et immigrés noirs. Certains Afro-américains ne veulent pas être confondus avec ceux dont ils aiment pourtant se dire les frères. Ils aiment davantage l’Afrique que les Africains.

C’est ce que suggère l’association étudiante d’Harvard qui, en se nommant « The Descendants », vise à se distinguer des autres Noirs présents sur le campus. Ils leur reprochent, comme nombre d’étudiants noirs américains dans le pays, de profiter indûment de la politique d’« Affirmative Action » qui devrait, selon eux, leur être réservée. Ils n’ignorent pas qu’un Noir, quel qu’il soit, subit le racisme et la discrimination, comme l’illustra tragiquement l’assassinat d’Amadou Diallo [37] en 1999 par la police new-yorkaise qui, par cette bavure, sembla lier le sort des immigrés africains à celui des Afro-américains. Mais en réalité, dans les ghettos du Bronx comme sur le campus de Cambridge, une même amertume s’exprime : les Africains seraient des privilégiés qui ne connaîtraient pas les difficultés des Afro-américains pour accéder à ce qui semble l’apanage des Blancs : l’éducation supérieure et les emplois qualifiés. Les Africains, qui ne représentent que 3% des Noirs aux États-Unis constituent il est vrai 25% des étudiants noirs des universités publiques et plus de 40% de ceux de la prestigieuse Ivy League. La maîtrise de la langue anglaise, l’injonction familiale à réussir [38], la qualité de l’enseignement qu’ils ont reçu en Afrique et la vénération pour l’éducation (au nom de laquelle ils se sont, comme Hussein Obama, exilés) facilitent incontestablement leur intégration.

Mais on laisse aussi entendre que les Africains seraient plus dociles, davantage prompts à se soumettre aux exigences arrogantes des Blancs [39]. L’un des Africains interviewé par Mwakikagile raconte les brimades que les Afro-américains lui font subir, l’obligeant à chanter « à voix haute » l’hymne immortalisé par James Brown « I’m black and I’m proud ». Or justement, ces Africains ne veulent pas se dire « Noirs » et être ainsi identifié à l’underclass des Noirs américains. Ils leur rendent bien souvent le mépris dont ils sont victimes en les qualifiant (entre Nigérians notamment [40]) d’« akata », mot d’origine yoruba qui signifie bête, brute, et qui suggère par extension leur absence d’éducation et de décence. Les Noirs d’Amérique moquent leur accent et leur mauvais anglais ? Ils affirment eux pratiquer un anglais « kingsien » de la plus pure facture là où les autres parleraient un charabia d’anglais dit ebonics. On les dit dociles ? Ils rappellent qu’eux ne vivent pas dans un monde régi par des Blancs qui ont dénaturé l’homme noir. Ils sont, eux, les civilisés qui élèvent leurs enfants dans le respect des anciens et du savoir. Les femmes africaines ne veulent pas s’unir avec des hommes afro-américains qu’elles perçoivent comme des machos autoritaires et des pères irresponsables. S’ils se sentent proches d’autres Noirs, c’est bien d’avantage des immigrés caribéens dont ils partagent leur semble-t-il davantage de valeurs communes [41]. Les deux communautés expriment avec agressivité parfois un sentiment d’altérité qui apparaît comme le déni d’une familiarité que le temps et la distance ont voilée.

De Barry à Barack

Dans la littérature contemporaine, un nom signifie pourtant cette conscience irréductible, malgré le déracinement et l’américanisation forcée, d’une identité africaine des Noirs d’Amérique : Kunta Kinte. Personnage central du roman Roots d’Alex Haley, qui donna lieu dans les années 1970 à une série télévisée dont l’impact fut considérable chez les Noirs américains mais aussi chez de nombreux Africains. Capturé en Afrique où il est un membre valeureux de l’ethnie Mandika, devenu esclave dans les colonies américaines, Kunta Kinte doit renoncer à son nom africain afin que les propriétaires d’esclaves lui imposent dans un baptême de sang, le prénom humiliant de « Toby ». En refusant longtemps, malgré les coups de fouets, de perdre son nom et donc son âme, Kunta Kinte est devenu une icône et un symbole de la résistance des Noirs à l’oppression blanche.

Avec le temps, il est même devenu l’objet de la dérision des Afro-américains les plus sarcastiques comme le comédien Richard Pryor, qui raillait dans un de ses sketchs le martyre grotesque d’un Noir qui s’entête à se dire africain. En ce début d’avril 2008, le magazine Newsweek, dans un numéro intitulé « When ‘Barry’ Became Barack », relate l’histoire d’un jeune garçon qui décida vers vingt ans que son surnom américain « Barry » était une imposture et qu’il redeviendrait lui-même en retrouvant son nom africain, Barack. Obama-Kinte est donc parvenu à imposer sa légende et, avant de parvenir à unir Blancs et Noirs derrière sa candidature, à rassembler les Afro-américains entre eux et aussi à réconcilier, pour un temps, les Noirs des deux cotés de l’Atlantique.

Lire aussi :

- John McCain, l’itinéraire sinueux d’un patriote, par Sylvie Laurent [19-03-2008]

par Sylvie Laurent [18-04-2008]

Aller plus loin

- The Red Phone in Black and White
By Orlando Patterson – New York Times

- ’It’s Bono, on Line One’
Slideshow de ces couvertures sur le site de Vanity Fair

- History of the Ashanti People

- An Image of Africa : Racism in Conrad’s Heart of Darkness. Chinua Achebe.

- SHOOTING IN THE BRONX : THE IMMIGRANTS ; Killing Heightens the Unease Felt by Africans in New York
By Amy Waldman – New York Times

- When Barry Became Barack (diaporama) – Newsweek

- African DNA : http://www.africandna.com

- I’m black and I’m proud James Brown

- The Conciliator. Where is Barack Obama coming from ?
by Larissa MacFarquhar (The New Yorker)

- The Audacity of Hope, discours d’Obama à la convention démocrate de 2004 (vidéo)

- Elections américaines 2008 (dossier de laviedesidees.fr).

Notes

[1] Crisis, Octobre 1995.

[2] Il faut rappeler qu’Hussein Obama abandonna sa femme enceinte pour s’unir avec la mère de Barack Obama à Hawaï, nouvelle famille qu’il abandonna à son tour pour refaire sa vie en Afrique. Il tenta néanmoins d’être le chef de famille charismatique qui rassemble tous les Obama.

[3] Concept mis au point par Henri Louis Gates visant à nommer l’intertexte implicite des discours africains américains, chaque phrase étant un langage codé insaisissable par les Blancs, réinterprétant toute une généalogie de textes qui lui ont préexisté.

[4] On estimait déjà il y a 10 ans que leur revenu moyen s’élevait à 30, 907 $ contre 19, 533 pour les Afro-américains. Cité par Mwakikagile, p. 184.

[5] C’est-à-dire à mi-chemin entre les Démocrates et les Républicains.

[6] Certains ont ainsi accusé les détracteurs d’Obama de jouer sur la peur de la classe moyenne face à ses Noirs. L’universitaire Orlando Patterson soutient ainsi dans les colonnes du New York Times que le fameux clip des démocrates, « 3 o’clock in the morning », n’est qu’une adaptation de la scénographie du Ku Klux Klan, associant le Noir à une bête dangereuse. : http://www.nytimes.com/…

[7] Le terme commence à être utilisé dans les années 60, en particulier par les nationalistes noirs. Dans les années 80, Jesse Jackson proposa qu’il devienne le terme officiel pour désigner la communauté noire. Si les Blancs l’utilisent comme seule appellation « politiquement correcte », la plupart des Noirs se disent simplement « Noirs ».

[8] http://www.tucc.org/about.htm

[9] Pour en savoir plus sur cette tribu de l’Ouest africain, voir http://www.ashanti.com.au/pb/wp_8078438f.html

[10] Nom, qui signifierait « terre noire », donné par les Egyptiens de l’Antiquité à leur terre. Il fut repris par les Afrocentristes qui font de l’Égypte leur civilisation première et nomment donc la nation afro-noire « Kemet ».

[11] Le royaume nubien, situé au sud de l’Égypte antique et dans le nord actuel du Soudan nourrit le mythe d’une nation noire toute puissante et jouit d’un grand prestige chez les Afrocentristes.

[12] Ce phénomène touche aussi certains Africains qui se sentent « contaminés » par la culture occidentale. Ainsi, le propre frère de Barack Obama, Roy – dont le père fut très influencé par son expérience américaine -, se rebaptisa Abongo, devint un militant de la sauvegarde de la culture Luo et se convertît à un Islam strict.

[13] Voir Konate Kangbai, La Place et l’utilisation de l’Afrique dans le processus identitaire des Noirs américains : discours interpretative et négociation, Thèse de doctorat de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 2002.

[14] New Africa Press, Dar el Salam Tanzania, 2007.

[15] « An image of Africa : Racism in Conrad’s Heart of Darkness » ; Massachusetts Review 18 (1977) et reproduit dans Heart of Darkness, An Authoritative Text, Background and Sources, Criticism. 3rd ed. Ed. Robert Kimbrough London : W. W Norton and Co., 1988. Disponible sur : http://social.chass.ncsu.edu/…

[16] Conrad, Joseph. Heart of Darkness. Ed. Paul B. Armstrong. 4th ed. New York : W. W. Norton, 2006, p. 36.

[17] En 1985, une première vague d’engouement pour l’Afrique s’était matérialisée par la chanson « We are the World » écrite par les chanteurs Mickael Jackson et Lionel Richie produit par Quincy Jones, d’après une chanson écrite par Bob Geldof. Destiné à lutter contre la famine en Éthiopie, ce titre fut vendu à plus de 7 millions d’exemplaires et l’album USA for Africa : We Are The World à près de 3 millions. Initiative inspirée, elle demeure modeste face au renouveau « charitariste » qui s’empara d’une frange de l’élite culturelle américaine vingt ans plus tard. Le même Bob Geldof, secondé par le chanteur Bono (qui participa d’ailleurs lui aussi à « We are the World ») et les époux Gates marquèrent le début des années 2000 par l’extraordinaire publicité qu’ils donnèrent à l’action humanitaire à destination du Tiers-Monde et de l’Afrique en particulier. En 2007, Bob Geldof félicita même officiellement George Bush pour son action en Afrique.

[18] On y trouve l’économiste Jeffrey Sachs, l’homme d’affaire Warren Buffet, l’ancien président Bill Clinton ou la chanteuse devenue documentariste Madonna.

[19] Ce dernier déclare « I can still remember my first trip to Africa, two decades ago, when my sister’s Volkswagen Beetle broke down. When I went back recently we had better transportation. But there was another difference. While that first trip was about discovering my past, my recent trip was about Africa’s future. And it filled me with hope—because while significant obstacles remain, I believe we have the chance to build more equitable and just societies so that all people have the chance to control their own destinies  ». Voir supra.

[20] Voir http://www.pbs.org/wgbh/globalconnections/liberia/essays/history/ L’élection d’Ellen Johnson Sirleaf en 2005 mit à nouveau le Libéria sur le devant de la scène internationale.

[21] Fondée en 1880 par Booker T. Washington, l’université de Tuskegee dans l’Alabama fut le seul collège destiné et dirigés pour et par des Noirs. Son but était, par l’éducation, d’émanciper les Africains-américains, tout juste libérés de l’esclavage.

[22] Penguin, New York, 2006.

[23] Voir le compte rendu de La revue des livres et des idées. Janvier-Février 2008, p. 3.

[24] Farrar, Strauss and Giroux, New York, 2007.

[25] Encore aujourd’hui, on estime que 10 000 touristes américains s’y rendent chaque année.

[26] Il fut pour autant critique de l’illusion constituée selon lui par la “négritude”, en particulier dans Peau noire, masque blanc.

[27] “What Was Africa to Them ?” 27 septembre 2007. Traduit en français dans La Revue internationale des Livres et des Idées, cité plus haut.

[28] Cité dans Malcom X, le pouvoir noir, La Découverte, 2008, p.100.

[29] Cette position l’éloigne de la vision libérale et ouverte d’un DuBois ou d’un King et l’inscrit au contraire dans la filiation de Marcus Garvey. Ce nationaliste d’origine jamaicaine fixa pour but aux Afro-américains dans les années 20 de provoquer la rédemption de l’Afrique en retournant s’y installer et en la purgeant de toute présence blanche. On parle parfois de « garveyisme ».

[30] L’un des chefs de file de ce courant dans le monde académique est Molefi Kete Asante, professeur à Temple University mais on peut aussi citer Kiton.

[31] Oxford University Press, 1992.

[32] “A Slow Emancipation”, NYT, 18 mars 2007.

[33] Finding Oprah’s Roots :Finding Your Own ; Crown ; New York, 2007.

[34] Felicia R. Lee, « Famous Black lives Through DNA’s Prism », NYT, 5 février 2008.

[35] Finding Oprah’s Roots, PBS.

[36] Dreams from My Father-A Story of Race and Inheritance, Three Rivers Press, New York, 1995, p. 432.

[37] Cet immigré ghanéen reçu plus de 17 balles dans le corps alors qu’il n’était ni armé ni menaçant. Les réactions furent vives dans la diaspora ouest-africaine du Bronx et l’on commença à distinguer parmi les Noirs. Voir http://query.nytimes.com/…

[38] Dans Les belles choses que portent le ciel, le romancier Jinaw Mengestu fait dire à son héros : « Lorsque mon oncle Berhane m’avait demandé pourquoi j’avais choisi d’ouvrir une petite épicerie dans un quartier noir pauvre alors que rien dans ma vie ne m’avait préparé à ce genre de chose …je ne lui avais jamais dit….Il nourrissait les plus grandes ambitions pour moi, lorsque j’étais arrivé d’Éthiopie. « Tu verras, me disait-il toujours de sa voix douce et éloquente, tu seras ingénieur ou bien médecin…Les larmes lui montaient parfois aux yeux quand il parlait de l’avenir qui, croyait-il, ne pouvait qu’être plein de choses meilleurs et plus belles… J’étais pauvre, noir et portais l’anonymat qui allait avec ça comme un bouclier contre toutes les premières ambitions de l’immigrant, qui m’avaient depuis longtemps déserté, si tant est que je les ai un jour ressenties. De fait, je n’étais pas venu en Amérique pour trouver une vie meilleure. J’étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d’une ancienne vie fermement attachée à mon dos. »

[39] Leslie Goff, « Coming to America », BBC Focus on Africa, Janvier-mars 2008.

[40] Les Nigérians, qui forment l’une des principales diasporas africaines aux États-Unis sont l’avant-garde de la réflexion sur la place des Africains en Amérique. La romancière Chimamanda Ngozi Adichie, présentée comme la nouvelle Achebe, donna avec deux nouvelles (« You in America » et « My Mother, the Crazy African ») une voix aux Africains exilés. Etudiante à Yale, elle appartient à ses Africains de la Ivy League que jalousent les Noirs américains. Voir « From the motherland ; eight Africans and their contributions to the world », Ebony, April 2008.

[41] Le chanteur africain Akon qui est devenu une star du hip-hop aux États-Unis l’illustre dans la chanson interprétée en duo avec l’Haitien Wyclef Jean « Sweetest Girl-Dollar Bills » dont l’album s’intitule « Memoirs of an immigrant ».

 http://www.laviedesidees.fr/Barack-Obama-de-l-Afrique-en.html

 

26 mai, 2008

la xénophobie pure et dure contre les africains existe lisez!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

le Blog de Claude Ribbe

23 mai 2008 : une bonne date pour le départ de Patrick Karam

la xénophobie pure et dure contre les africains existe lisez!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! dans ACTU GENERALE RibbeCouv

Lorsque François Fillon a annoncé que le 23 mai s’ajouterait au 10 mai pour célébrer la mémoire de l’esclavage, personne n’a rien compris et je suppose qu’il n’a rien compris lui-même. Nicolas Sarkozy a parlé d’une promesse électorale qu’il se devait de tenir. Mais vis-à-vis de qui s’est-il engagé ? Dieu seul le sait. Le 23 mai ? Pourquoi pas le 24 ou le 26 ? À cause d’une marche qui a eu lieu il y a dix ans ? Cela paraît un peu insuffisant pour que toute la France s’extasie. Pendant la campagne électorale présidentielle, est apparu un inconnu, Patrick Karam, qui s’est présenté au candidat Sarkozy comme la personnalité la plus populaire de l’Outre-Mer sur la foi d’une « puissante association » qu’il a créée en 2003 et financée, paraît-il «sur ses économies», ce qui est méritoire quand on sait le mal qu’il a pour offrir un verre d’eau. D’où vient ce Karam ? Personne ne l’a jamais su. Le personnage est haut en couleur et finalement assez sympathique (au second degré bien sûr). Origines libanaises ou peut-être cubaines, torse bombé, tête de catcheur, oeil de biche, vocabulaire de colleur d’affiche, manières de vendeur de saucisses. Brut de décoffrage, fort en gueule, caractériel, se disant ceinture noire de karaté, parlant un français approximatif mâtiné de créole, il brandit l’invective et menace volontiers d’en venir aux mains lorsqu’il est contrarié. N’annonçait-il pas naguère, l’œil injecté de sang, et maîtrisant mal une soudaine crispation du muscle facial qui décèle sa colère, son intention de «kärcheriser Sarkozy», de «péter la gueule à Claude Guéant», de s’enchaîner aux grilles de l’Élysée si on ne lui donnait pas séance tenante une voiture de fonction de grosse cylindrée ? J’ai assisté à une scène mémorable où il a fallu le retenir à deux dans un café, car le bougre venait d’apercevoir Alain-Gérard Slama, le chroniqueur du Figaro, auquel, allez savoir pourquoi, il voulait administrer séance tenante une sévère correction. Je me suis toujours demandé si c’était de la folie ou de la bêtise. Sans doute un peu des deux. Ayant un penchant pour les excentriques, j’ai fini par trouver le personnage assez amusant et à m’en égayer de temps en temps. Karam n’a jamais vraiment été un ami, mais, je l’avoue, pendant un temps j’ai eu un faible pour lui et je l’ai même supporté plusieurs fois à déjeuner, ce qui est une épreuve, même lorsqu’on n’est guère pointilleux sur le savoir-vivre. J’ai fait semblant de ne pas entendre ses plaisanteries douteuses sur les « makomés » (manière péjorative de désigner les homosexuels aux Antilles). Des plaisanteries si récurrentes que je me suis demandé s’il n’en était pas un, si ce n’était pas une manière de me déclarer sa flamme. Tout cela aurait pu me rendre presque indulgent si son discours décousu n’avait bientôt viré à la xénophobie pure et dure. Rama Yade elle-même s’en est émue dans une lettre assez imagée dont la copie m’est parvenue et que je rendrai peut-être publique un jour.

Bref, en se servant des associations de l’Outre-mer comme d’un marchepied, Karam est parvenu à obtenir une petite boutique dans les communs de l’hôtel du secrétaire d’État à l’Outre-Mer. La place n’est pas mauvaise. Les plus modérés soutiennent qu’il perçoit 8000 euros chaque mois. Certains parlent de 12 000. Plus les frais. Cependant, la définition des activités du «délégué interministériel à l’égalité des chances des Français originaires d’outre-mer» est des plus vagues. Karam m’ayant confié un jour que Sarkozy allait lui donner du travail mais qu’il était incapable de définir son poste, je lui avais, pour rire, rédigé sur un coin de table une lettre en lui recommandant bien d’exiger que sa mission soit «interministérielle», ce qui lui permettrait d’avoir la paix. J’ai l’impression que ce que je prenais pour un canular a vraiment marché. L’improbable s’est produit : Karam a obtenu une sinécure sur mesure. Sans diplôme approprié, sans qualification, sans manières, le voilà mamamouchi. Au bluff. Un directeur de cabinet, un chef de cabinet. Un vrai ministricule.

Notre délégué interministériel parade donc à présent aux frais du contribuable dans une 607 gris métal conduite par un chauffeur. Pour lui, cette voiture, dont il a sans doute longtemps rêvé, est le symbole du pouvoir qu’il pense détenir sur ses compatriotes. Lors d’une manifestation récemment organisée par RFO à l’université de Saint-Denis, il même a exigé que l’automobile entre sur le campus et soit garée à la porte du bâtiment où se tenait la réunion, pour que tout le monde puisse admirer celui qui se prend, dans son carrosse, pour le gouverneur du Cinquième DOM.

S’il en avait eu les compétences et la volonté, Karam aurait pu donner un peu de sens à sa fonction. Les Ultramarins ont vraiment besoin d’être aidés. Le Bumidom les a relégués dans des banlieues et dans les bas emplois de la fonction publique. Le fameux « génocide par substitution » dont parlait Césaire. Au lieu de cela que fait-il ? Il intrigue, il fulmine, il essaie de terroriser, il monte des coups. Personne ne dit rien, car les Ultramarins de métropole sont vulnérables. Karam leur fait peur, menaçant (toujours par personne interposée) d’utiliser ses « réseaux » pour bloquer une subvention, une mutation. Et surtout, il attend. Il espère. Quoi donc ? La place du secrétaire d’État. Yves Jégo, à peine nommé, partit en Nouvelle-Calédonie. Celui qui voulait être calife se précipita aussitôt à l’Élysée pour se faire photographier et déclarer que le Président lui avait « renouvelé sa confiance » et entendait lui donner un « rôle ». La passion de Karam pour Nicolas Sarkozy est assez bizarre. Il n’est pas certain qu’elle soit réciproque.

En réalité, le seul qui apprécie ce curieux personnage soudain infiltré dans l’appareil d’État est le président du CM98 (Comité de marche du 23 mai 1998), une petite association dont Karam, en privé, ne se prive pas de dire qu’elle ressemble beaucoup à une secte et son président à un gourou illuminé. Pour des raisons obscures, le président de ce CM98 s’est mis en tête d’obtenir que le 23 mai soit un jour de mémoire. Nicolas Sarkozy, pensant faire plaisir à un outre-mer qui a massivement voté contre lui, a cédé. Cela ne lui coûtait rien.

Que peuvent penser les Français ? Une loi a été votée en 2001. En 2006 une journée de mémoire a été décidée par le président de la République. En 2008 une deuxième journée de mémoire, treize jours après la première. C’est à se demander si cette multiplication des dates n’est pas une manière de ridiculiser les descendants d’esclaves.

Pour se donner une raison d’être, Karam fait aussi dans la Culture. Un rôle de composition, on s’en doute. Le voilà qui se pique de rendre hommage à Césaire en organisant une « veillée » le 19 avril devant la Sorbonne en présence du ministre de l’Agriculture (un clin d’œil sans doute aux planteurs de bananes de la Martinique). Mais c’est surtout la cérémonie du 10 mai 2008 dans le jardin du Luxembourg qui restera dans les annales. Pas à cause du discours du président de la République qui n’avait rien de surprenant puisqu’il se déclarait décidé à appliquer la loi Taubira, mais du fait que Karam avait réussi à se substituer au comité présidé par Françoise Vergès, laquelle, écoeurée, assistait à tout cela en «ethnologue». Karam représentant les descendants d’esclaves, c’était assez curieux. Les très rares mélomanes de l’assistance ont certainement apprécié la véritable exécution capitale infligée à l’œuvre du chevalier de Saint-George par les Archets de Paris dont une sono de pacotille crachait les fausses notes émises pas des crin-crin désaccordés. Les historiens se sont peut être alarmés de l’omniprésence ce jour-là d’un spécialiste qui attribue au musicien-escrimeur un père de fantaisie et le fait naître six ans avant sa venue au monde. Tout cela n’aurait guère d’importance si la cérémonie ne s’expliquait par la haine que Karam me voue. Parce qu’après avoir travaillé pendant trente ans sur Saint-George, j’ai publié en 2004 une biographie qui aujourd’hui fait référence, parce que j’ai écrit un spectacle mis en scène à Versailles par Bartabas qui a rendu Saint-George populaire en attirant 50 000 spectateurs en 6 représentations. Parce qu’en 2007, j’ai été l’invité officiel des cérémonies de l’abolition de la traite à Westminster en présence de la Reine d’Angleterre. Tout ça pour ça ! Au-delà de la tectonique du ressentiment, Karam a surtout démontré ce jour là de manière éclatante, à travers ce seul exemple, qu’il n’était pas là pour défendre les Ultramarins de métropole contre l’inégalité et l’injustice mais bien au contraire pour créer inégalité et injustice au gré de ses lubies. Sachant qu’un de ses compatriotes guadeloupéens, descendant d’esclaves, était incontournable sur Saint-George, ce jour-là, il a délibérément tenté de mettre en valeur (si l’on peut dire) un métropolitain. Et il a choisi le plus incompétent, ne comprenant pas que c’était à Saint-George qu’il faisait injure et, à travers lui, à tous ces Afro-descendants qu’il méprise profondément. Je n’irai pas jusqu’à dire pour résumer que Patrick Karam est viscéralement raciste, mais je confesse qu’il m’arrive souvent de me poser la question. Il n’est pas sans importance de savoir que c’est à la suite de cette publication sur Saint-George que j’ai connu Patrick Karam et créé au sein du Collectif Dom, une commission Culture avant d’assumer, fin 2006, la présidence de cette association. C’était en décembre 2004 lors d’une manifestation qu’il avait organisée entre la République et la Bastille et qui réunit un millier de participants. Je compris beaucoup plus tard que c’était grâce à la participation de syndicats qu’il avait réussi à manipuler. Karam était la cible de nombreuses attaques au motif qu’étant d’origine libanaise, il n’était pas le Guadeloupéen le plus représentatif qu’on pût trouver et que tout cela sentait le roussi. Naturellement, je pris sa défense au nom de l’antiracisme. J’avais de nombreuses activités parallèles à la rédaction de mes ouvrages et je m’exprimais régulièrement sur mon blog. Le soutien apporté à mes combats et la reprise de la plupart de mes textes fut la principale activité du Collectif DOM en 2005-2006 : réhabilitation du général Dumas, dénonciation des propos insultants tenus contre les descendants d’esclaves par Pétré-Grenouilleau, Sevran, Frêche ou Finkielkraut, lutte pour l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, contre les projets de statistiques « ethniques ». Lorsque parut Le Crime de Napoléon et que cela fit quelque bruit, le Collectif Dom organisa aussitôt une manifestation devant les Invalides qui réunit plus de journalistes que de participants. Karam tentait de se servir de moi pour se donner de l’importance. C’était plutôt flatteur. Il se disait de gauche. Mais grâce à son association, il réussit à approcher des conseillers de Nicolas Sarkozy. Des revers de fortune l’obligeaient à trouver un emploi. Fasciné par le pouvoir, il espérait être nommé préfet à l’égalité des chances. Mais Chirac s’y serait opposé. C’est dans ce contexte que Patrick Karam annonça – contre mon avis – le retrait de la plainte déposée par le Collectif DOM contre l’historien Pétré-Grenouilleau. Ce revirement fut négocié. Contre quoi et avec qui, cela reste un mystère.

Lorsque Karam proposa ouvertement de se mettre au service du ministre-candidat, il lui fallut bien annoncer son départ de l’association dont j’assumai peu après la présidence. Bien d’entendu, je demandai d’emblée à prendre connaissance des statuts, du règlement intérieur, de la liste des membres et de la situation financière. Si j’obtins bien, non sans difficulté, les statuts qu’il fallut modifier tant ils étaient étranges, je ne pus jamais avoir la moindre information sur l’état des finances ni la liste des membres. Et pour cause. Le Collectif DOM, qui annonçait «plus de 40 000 membres et sympathisants», n’avait en réalité que 10 adhérents qui se confondaient d’ailleurs avec son bureau. Quant aux finances, elles restèrent toujours opaques, le chéquier de l’association étant détenu par un fidèle, Daniel Dalin, qui en usait à sa guise et sans contrôle possible de ma part. N’engageant aucune dépense et n’encaissant aucune recette, je pris rapidement mes distances avec une organisation qui de fait était incontrôlable puisque manipulée de l’extérieur. Une indépendante, Béatrice Dhib, dévouée à Patrick Karam, en assurait la «communication». Je cherchai vainement de savoir si elle était rémunérée et par qui. L’intéressée m’assura qu’elle était «free-lance» et qu’elle établirait des factures. La trésorière ne voulut jamais me les montrer. Il fut vite évident que Patrick Karam entendait continuer à présider le Collectif DOM à sa manière et par personnes interposées. J’en eus bientôt la preuve. Au début de l’année 2006, il me donna rendez-vous dans l’espoir de me remettre une enveloppe contenant des documents selon lui « explosifs » contre la présidente de la chambre de Commerce de Guadeloupe, Colette Koury, à laquelle il voue une haine apparemment obsessionnelle et qu’il accuse de toutes sortes de délits. Karam souhaitait que j’entame, au nom du Collectif Dom, une campagne de dénigrement contre cette Guadeloupéenne que je ne connaissais pas, au seul motif qu’elle aurait réclamé à M. Karam père que je ne connaissais pas non plus des arriérés de loyers. M. Karam père tenait un magasin dans le hall de l’aérogare de Pointe-à-Pitre (qui dépend de la Chambre de Commerce) et sa situation était alors des plus délicates. Bien entendu, je m’abstins de me mêler de cette histoire louche. Curieusement, au cours de ce rendez-vous, Karam se leva précipitamment pour aller saluer avec empressement François Léotard qui passait par là. Karam se vanta d’avoir accompli des «missions» en Orient lorsque ledit Léotard était ministre de la Défense. À la vérité, il se vantait de toutes sortes de choses et il avait une façon inimitable de courir pour serrer la main des gens plus célèbres que lui, lesquels étaient fort nombreux. En juin 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le loustic entama une campagne pour tenter d’empêcher Claudy Siar d’obtenir une fréquence de radiodiffusion dans la région parisienne. Claudy était, selon lui, l’agent de l’Afrique, de Bongo, du Cran, de Rama Yade et de Basile Boli. Une conspiration des Africains pour remettre les Antillais en esclavage. Un mail accréditant cette thèse loufoque me parvint un beau matin. Il émanait du Collectif DOM. Je n’en avais eu aucune connaissance préalable (alors que je présidais l’association). Signé de Daniel Dalin, secrétaire général de l’association, en télépathie directe avec Karam, il était empreint d’une telle haine et d’une telle xénophobie qu’il tombait sous le coup de la loi. Dalin étant analphabète, je me doutais bien qu’il avait été entièrement rédigé par son mentor (ce dont j’eus plus tard la confirmation). Je fis savoir dans l’heure mon intention de présenter ma démission à la prochaine réunion de bureau. À partir de là, je n’eus plus aucun contact avec Karam, mis à part un SMS sibyllin qu’il m’adressa en décembre 2007 alors qu’il était en conflit ouvert avec Christian Estrosi, secrétaire d’État à l’Outre-Mer, sans doute dans l’espoir d’obtenir mon soutien. Entre temps Karam avait été nommé Délégué interministériel et il avait recruté Béatrice Dhib. En quelques mois, ses relations avec l’actuel maire de Nice étaient devenues si tendues que la presse s’en fit l’écho et qu’on arriva à une situation détestable et choquante. Le plus incroyable, c’est que les manœuvres qu’il utilisa alors, dignes d’un roman, furent assez efficaces pour qu’il reste en poste.

Ayant appris au début de l’année 2008 que j’étais toujours officiellement président du Collectif DOM, je fus obligé de convoquer dans les formes les 10 membres de l’association et de demander quitus de sa gestion à une trésorière dont je n’eus jamais aucune nouvelle. C’est finalement Charles Dagnet qui prit officiellement la présidence le 4 février 2008, dans des conditions régulières attestées par un constat d’huissier, ce qui l’amena a faire bloquer les comptes et à lancer une instance judiciaire aux fins d’obtenir des informations sur la gestion de cette bien curieuse association. Pendant ce temps, deux « hommes de paille » de Patrick Karam – Daniel Dalin et Régine Privat – chantaient les louanges du délégué interministériel au nom du Collectif Dom.

On aurait pu espérer qu’en dépit de ce contexte plus que suspect, Karam ferait néanmoins avancer le dossier des Ultramarins de métropole. En réalité, depuis un an, il a fait tout le contraire. Sa principale activité fut de tenter de se construire un réseau et de régler ses comptes avec les compatriotes qui lui déplaisent, c’est-à-dire à peu près tout le monde. Il n’est pas un jour où je ne reçoive une plainte de quelqu’un qui estime avoir reçu des menaces. Il y a de cela quelques semaines, il m’a même adressé un message d’insultes (via son attachée de presse Béatrice Dhib) où il m’accuse de «puer». Drôle de langage pour quelqu’un qui exerce une mission de service public sous la tutelle du Premier ministre.

Le bilan est particulièrement accablant. Après un an de gesticulations, on s’aperçoit non seulement que Karam n’a rien fait pour faire baisser les billets d’avion entre la métropole et Paris, ce qui résume à peu près sa mission, mais qu’il a osé présenter un plan pour sacrifier les congés bonifiés auquel les Utramarins sont particulièrement attachés. Sa tentative de s’approprier la mémoire de l’esclavage est pitoyable. Dans de telles conditions, le mieux serait qu’il disparaisse au plus tôt. Le 23 mai est une bonne date. Si tel n’était pas le cas, les soutiens qu’il prétend avoir auprès des békés pourraient bien conduire à une situation que je n’aimerais pas avoir à gérer. L’histoire a montré qu’il n’est pas prudent de jouer avec l’outre-mer.

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