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30 septembre, 2007

[sozowala] Le Darfour et le droit d’ingérence

Classé dans : CENTRAFRIQUE,GEOPOLITIQUE,PERSPECTIVE DE DEVELOPPEMENT,POLITIQUE — tebawalito @ 16:51

 

À: sozowala@yahoogroupes.fr
De: Send an Instant Message  »Louis Gelin »   
Date: Fri, 28 Sep 2007 03:58:05 -0000
Objet: [sozowala] Le Darfour et le droit d’ingérence
   

DE JACQUES HUBERT-RODIER

Le Darfour et le droit d’ingérence

[ 27/09/07 ]

Le Conseil de sécurité a donné, mardi, à l’unanimité de ses 15
membres, son feu vert au déploiement de soldats de l’Union européenne
au Tchad et en Centrafrique pour protéger les populations touchées
dans ces pays par le conflit du Darfour. Une crise qualifiée cette
semaine encore de « génocide », à la tribune des Nations unies, par
le président américain George W. Bush, qui a appelé le gouvernement
et les rebelles soudanais à un cessez-le-feu.

Cette décision s’inscrit dans le droit-fil des mesures prises depuis
la fin de la Seconde Guerre mondiale pour bannir et sanctionner toute
forme de génocide et de crime contre l’humanité. Plus de dix ans
après les massacres du Rwanda, cette région de l’ouest du Soudan est
devenue un véritable test pour les Etats-Unis et les autres grandes
puissances de ce qui s’impose de plus en plus comme un droit
d’ingérence humanitaire. Mais cette volonté unanime d’agir cache mal
cependant les rivalités, notamment entre les Etats-Unis et la Chine,
en Afrique de l’Est.

Sur le fond, les causes du conflit au Darfour sont pourtant
directement liées à une lutte clanique et tribale dépassant les
frontières du Soudan et touchant le Tchad et le Centrafrique.
L’intervention du gouvernement soudanais est cependant capitale.
Khartoum a ainsi mené une offensive militaire contre la rébellion
lancée par l’Armée de libération du Soudan (ALS) et appuyée ensuite
par le Mouvement Justice et Egalité (MJE). Une offensive qui s’est
traduite également par une « guerre par procuration ». Les milices
arabes, connues sous le nom de « Janjawid » (hommes armés à cheval),
ont eu tout loisir de s’attaquer librement aux villages en y
commettant des atrocités contre les populations civiles, parfois avec
le soutien de l’armée soudanaise.

Pour sa part, le Tchad a dû faire face à un afflux de quelque 236.000
réfugiés soudanais, s’ajoutant aux 173.000 déplacés en raison du
conflit. Le Centrafrique est dans une situation similaire, avec plus
de 10.000 réfugiés et 200.000 déplacés. La perméabilité de la
frontière entre le Soudan et le Tchad, conséquence d’un découpage
datant d’une mission franco-britannique en 1924, a permis une «
contamination » de la crise dans ce pays à travers des milices
claniques mettant en péril le régime du président tchadien Idriss
Deby.

Mais au-delà de la région, la façon dont la crise sera résolue pèsera
lourdement pour juger de la véritable réforme de l’ONU, de la
capacité de son nouveau secrétaire général Ban Ki-moon et de ses
objectifs en matière de maintien de la paix dans le monde. Paradoxe
du nouveau siècle : autant les Etats-Unis, considérés comme les
libérateurs de l’Europe du joug nazi, sont en train d’échouer dans
leurs efforts de reconstruction en Afghanistan et en Irak, autant les
Nations unies ont remporté quelques succès récents dans leur
tentative de stabilisation de plusieurs pays, comme le note dans une
récente étude la firme américaine Rand. Actuellement, plus de 100.000
Casques bleus sont déployés dans le monde. Seule l’armée américaine,
avec quelque 170.000 militaires sur des théâtres d’opération
extérieure, essentiellement en Irak, dépasse ce chiffre.

L’implication pour le Darfour des grandes puissances et des Nations
unies, qui devraient également mettre en place à l’intérieur du
Darfour avec l’Union africaine une force « hybride » de maintien de
la paix, entraîne une autre conséquence immédiate. Si ce conflit
devait perdurer à l’ouest, le très fragile accord sur l’autonomie du
Sud-Soudan intervenu entre le gouvernement de Khartoum et l’Armée
populaire de libération du Soudan (APLS) au terme d’une guerre civile
qui, selon les estimations, aurait fait 2 millions de morts depuis
l’indépendance du Soudan en 1956, serait vraisemblablement remis en
cause.

Mais il n’y a pas que des raisons humanitaires qui poussent les
grandes puissances à s’impliquer. Le Soudan fait aujourd’hui partie
du nouveau « grand jeu » mondial à côté du Moyen-Orient : celui de la
lutte pour l’accès aux réserves énergétiques. Cette fois-ci, la crise
fait directement entrer en scène la Chine. Celle-ci achète environ 80
% de la production pétrolière soudanaise, représentant près de 7 % de
ses importations de brut. D’après une étude réalisée par David
Mascré, de l’université Paris-V, et publiée récemment par l’Institut
Thomas-More, sur les quinze plus importantes sociétés étrangères
présentes au Soudan, treize sont chinoises, et la seule China
National Petroleum aurait investi quelque 3 milliards de dollars dans
le plus important projet à l’étranger de la République populaire pour
le développement du champ pétrolier de Muglad et d’un oléoduc long de
1.500 kilomètres.

Cette présence chinoise est d’autant mieux accueillie par le régime
d’Omar al-Bashir que l’aide de Pékin ne comporte pas des conditions
similaires à celles des organisations internationales. Cette avancée
chinoise a été facilitée par le fait que Khartoum est soumis à un dur
régime de sanctions depuis une dizaine d’années de la part des Etats-
Unis. Des sanctions qui ont d’ailleurs contraint les grandes
compagnies américaines et européennes à quitter le pays.

Jusqu’au printemps dernier, la Chine a fait de la résistance au
Conseil de sécurité des Nations unies face aux pressions américaines,
britanniques et françaises pour forcer Khartoum à accepter le
déploiement d’une force des Nations unies en soutien de l’actuelle
opération de maintien de la paix de l’Union africaine, comme le
prévoyait l’accord de mai 2006 conclu par Khartoum et l’un des
groupes en rébellion du Darfour. Mais la nomination d’un émissaire
chinois pour le Soudan, Zhai Jun, a marqué au printemps dernier un
tournant. Ce tournant s’est même concrétisé par la participation de
la Chine à côté des Etats-Unis à la conférence organisée par Paris
sur le Darfour.

Car au-delà des couloirs du palais de verre de l’ONU à New York, une
autre partie se joue pour la Chine : l’organisation des jeux
Olympiques de Pékin en 2008.

Sans aucun doute, la campagne initiée par l’actrice américaine Mia
Farrow – « Les JO du Génocide » – et relayée par des ONG, a contribué
à obliger Pékin à agir auprès de son allié. Ces pressions ont eu un
premier effet : celle de préparer le déploiement de près de 17.000
Casques bleus pour renforcer les troupes africaines, mal équipées, et
celle d’ouvrir la petite porte à une reprise des pourparlers entre
Khartoum et les groupes rebelles du Darfour non signataires de
l’accord de 2006.

Mais une nouvelle fois, la lenteur de la réaction internationale face
au conflit du Darfour a laissé s’accomplir de nouveaux crimes contre
l’humanité. La question est toujours de savoir quand le « plus jamais
cela » de l’après-guerre mondiale sera réellement appliqué. Au
Darfour, il s’agit depuis 2003 de plus de 200.000 morts et de plus de
2 millions de déplacés. Et dans le monde depuis cinquante ans, les
atrocités contre les peuples – génocide et nettoyage ethnique – ont
coûté la vie à plus de 20 millions de personnes. Triste bilan.

JACQUES HUBERT-RODIER est éditorialiste de politique internationale
aux « Echos ». jhubertrodier@ lesechos. fr

Tous droits réservés – Les Echos 2007

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