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8 septembre, 2007

QU’EST CE QUE LE KUKLUXKLAN

Classé dans : RACISME ET ANTIRACISME CONTEMPORAIN — tebawalito @ 14:38

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C’est le Ku Klux Klan.
Bonne lecture :
http://fr.wikipedia.org/wiki/ku_klux_kla…

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Le Ku Klux Klan (appelé souvent par son acronyme KKK ou également le Klan), fondée le 24 décembre 1865, est une organisation suprématiste blanche protestante des États-Unis d’Amérique. Classée à l’extrême-droite sur l’échiquier politique américain, elle n’a jamais été cependant un parti, mais plutôt une organisation de défense ou de lobbying des intérêts et des préjugés des éléments traditionalistes et xénophobes des citoyens blancs protestants, les White Anglo-Saxon Protestant (WASP), communauté « ethnico-religieuse » à la base du peuplement et de la création de ce pays.

Au XXIe siècle, elle est surtout une nébuleuse d’organisations plus ou moins formelles et structurées, légales ou clandestines, souvent rivales entre elles. Bien qu’elle demeure un symbole fort, elle n’en est pas moins concurrencée aujourd’hui par des organisations à l’image moins archaïques, comme les groupes néonazis, plus ouvertement révolutionnaires ou les milices privées d’autodéfense, plus communautaires et communalistes.

Le Ku Klux Klan prône schématiquement la suprématie de la « race blanche » sur les autres « races » : Noirs (descendants des anciens esclaves), Jaunes (immigrés chinois et japonais) et hispaniques (Mexicains, Cubains, Uruguayens et Portoricains), ainsi que généralement l’antisémitisme et l’anticatholicisme romain (ici sont surtout visés, à l’origine du moins, les immigrés d’obédience papiste : Polonais, Italiens, Irlandais). Il est d’abord conservateur et xénophobe. Dans une large mesure, il est aussi très anti-centraliste (très hostile à ce qu’il considère comme des empiètements des autorités fédérales sur les droits des États et plutôt isolationniste en politique étrangère).

Le Ku Klux Klan est primitivement issu de la défaite et de l’occupation des onze états sécessionistes de l’Union en 1860-1861 et membres des États confédérés d’Amérique (CSA), territoire familièrement appelé Dixieland par les troupes fédérales et de la réaction spontanée des éléments les plus actifs de la population devant les excès commis par celles-ci et surtout par leurs collaborateurs civils.

Il renaît beaucoup plus tard au moment de la Première Guerre mondiale, mais cette fois-ci sous la forme d’une association légale et culturelle, ouverte à tous les WASP, du Nord comme du Sud, désireux de défendre les valeurs qu’ils considèrent comme fondamentales de la « Nation blanche » américaine.

PORTRAIT DU COLONISE PORTRAIT DU COLONISATEUR (Par Albert MEMMY)

Classé dans : histoires souvenirs — tebawalito @ 12:56

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PORTRAIT DU COLONISE PORTRAIT DU COLONISATEUR (Par Albert MEMMY) dans histoires souvenirs spacer

« Un homme est ce que fait de lui sa condition objective. »

1957. Cela fait un an que le pays d’Albert Memmi, la Tunisie, s’est dégagé de la domination coloniale française. Tunisien, l’auteur fut un colonisé ; Juif, il fut en quelque manière un indigène privilégié, tourné (grâce à la bienveillance de la République coloniale) vers la France et sa culture. En somme, il fut sous le joug français « une espèce de métis de la colonisation, qui comprenait tout le monde parce qu’il n’était totalement de personne ». Cette compréhension, Albert Memmi la mit à profit dans l’écriture d’un ouvrage lumineux, remarquable et prophétique, proposant deux portraits. Deux portraits qui se réclament « d’une expérience, mise en forme et stylisée, mais toujours sous-jacente derrière chaque phrase », mais qui dessinent un propos universel, une fresque saisissante d’une situation qui « était le lot d’une multitude d’hommes à travers le monde » – la situation coloniale, situation de domination absolue d’un peuple sur un autre.

Ces deux portraits, s’il faut les faire séparément, ne peuvent se penser l’un sans l’autre : le colonisateur et le colonisé se sculptent l’un l’autre, comme les deux termes de la relation coloniale.

Portrait du colonisateur

Trois « découvertes » façonnent selon Memmi la figure de l’Européen en colonie. Le profit, tout d’abord, évident de par les avantages économiques qui s’offrent au « candidat colonial » venu de métropole. Le privilège, ensuite, que l’Européen découvre au contact permanent du colonisé : « si son niveau de vie est élevé, c’est parce que celui du colonisé est bas » ; tout colonisateur est ainsi un privilégié, même les plus pauvres – selon le principe d’une « pyramide des tyranneaux » : « pour tous, il y au moins cette profonde satisfaction d’être négativement mieux que le colonisé ». Enfin, le colonisateur découvre que sa condition est fondée sur une usurpation : il est en effet impossible « qu’il ne constate point l’illégitimité constante de sa situation », illégitimité qui fait de lui un usurpateur, aux yeux du colonisé et aux siens propres.

A partir de ces invariables, deux grandes figures du colonisateur se dessinent. La première est celle du « colonisateur qui se refuse », qui refuse l’idéologie coloniale tout en continuant à en vivre les « relations objectives » de privilège et de profit : en réalité, il ne parvient pas à « s’évader » de la situation coloniale, car celle-ci est « relation de peuple à peuple » : « les relations coloniales ne relèvent pas de la bonne volonté ou du geste individuel (…) ce sont elles qui (…) déterminent a priori [la place du colonisateur] et celle du colonisé et, en définitive, leurs véritables rapports ».

La seconde figure est celle du « colonisateur qui s’accepte comme colonisateur », autrement dit du colonialiste qui, « explicitant sa situation, cherche à légitimer la colonisation » – car il sait son usurpation, et il accepte ce que son rôle « implique de blâme, aux yeux des autres et aux siens propres ». Dès lors, pour « laver sa victoire », pour se bâtir une légitimité, il falsifie l’histoire, démontre ses mérites d’usurpateur en même temps qu’il insiste sur les démérites de l’usurpé : plus il écrase l’usurpé, plus l’usurpateur triomphe dans l’usurpation et « se confirme dans sa culpabilité et sa propre condamnation », tel Néron face à Britannicus dans la tragédie racinienne. Même, pour laver sa culpabilité, le colonialiste en viendrait à souhaiter la disparition de l’usurpé, « dont la seule existence le pose en usurpateur » – mais sans le colonisé, la colonie n’a plus aucun sens : l’existence de sa victime est indispensable au colonialiste, elle légitime même la colonisation comme œuvre à poursuivre éternellement.

Ce colonialiste est par ailleurs porteur de deux germes : exigeant de la métropole qu’elle soit fermement conservatrice du système colonial, variante du fascisme, le colonialiste est un « germe de pourrissement de la métropole ». Le second germe, éclos dès l’origine du colonialisme, est celui du racisme, non pas seulement doctrinal, mais vécu, quotidien, « spontanément incorporé » : ce racisme essentialise la différence du colonisé, et crée de fait une « étanchéité presque absolue » entre les statuts dans la colonie – ménageant cependant une place pour le paternaliste, « celui qui se veut généreux par-delà, et une fois admis, le racisme et l’inégalité ».

Portrait du colonisé

Le colonisé apparaît d’abord aux yeux du colonisateur par un « portrait mythique », où tous les traits sont avantageux pour le colonisateur et répondent à ses « exigences économiques et affectives ». Accusé de tous les maux et finalement déshumanisé, le colonisé est constamment confronté à cette image de lui-même, et ce portrait finit dans une certaine mesure par être accepté et vécu par lui. Ce discours du mépris absolu, assorti de répressions sanglantes des soulèvements, « contribue au portrait réel du colonisé », par un mécanisme de mystification, qui explique la relative stabilité des sociétés en colonie pendant de longues années : « le colonisé est obligé, pour vivre, de s’accepter comme colonisé ».

« La colonisation carence le colonisé », et la plus grave de ces carences est celle qui le place « hors de l’histoire et hors de la cité », et qui fait que « le colonisé hésite (…) avant de reprendre son destin entre ses mains ». Le colonisé vit ainsi hors du temps : privé d’une grande partie de son passé (sauf de certains éléments « rétrogrades » favorisés par le colonisateur pour éviter toute mise en cause de la colonisation : religion, famille), son présent est amputé et il ne peut se projeter ni construire un avenir.

Pourtant, « il y a, dans tout colonisé, une exigence fondamentale de changement », un refus qui découle de la nature même de la situation coloniale. Pour cela, deux issues s’offrent à lui : il tente « soit de devenir autre, soit de reconquérir toutes ses dimensions, dont l’a amputé la colonisation ». La première solution est illusoire : le colonisateur refuse l’assimilation du colonisé, et « assimilation et colonisation sont contradictoires ». Dès lors, « cet éternel refus que la colonisation lui oppose, il en fera le refus absolu de la colonisation » (Jean-Paul Sartre, préface), car « sa condition est absolue et réclame une solution absolue, une rupture et non un compromis » : « la condition coloniale ne peut être aménagée ; tel un carcan, elle ne peut qu’être brisée. »

Mais même dans la révolte, la situation coloniale est toujours patente. Le colonisé se bat au nom des valeurs mêmes du colonisateur, utilise ses techniques de pensée et ses méthodes de combat, pour le refuser et le rejeter absolument. De même, dans la forte affirmation de soi du colonisé en révolte, ce dernier continue à se servir de la « mystification colonisatrice » : le colonisé en révolte commence par s’accepter et se vouloir comme négativité, et glorifie cette négativité (religion, langue, etc.) qui devient « parfaite positivité » : il crée ainsi une véritable « contre-mythologie », ayant pour repère la mythologie coloniale. Ainsi, « l’homme produit et victime de la colonisation n’arrive presque jamais à coïncider avec lui-même », et sa « guérison » n’est possible qu’avec la disparition complète de la colonisation, « période de révolte comprise »

« Par sa fatalité propre et par égoïsme, [la colonisation] aura en tout échoué, pollué tout ce qu’elle aura touché. Elle aura pourri le colonisateur et détruit le colonisé. »

Cinquante ans après sa rédaction, ce texte limpide d’Albert Memmi demeure d’une actualité saisissante. D’une part, parce que la colonisation française, mal digérée et partiellement mise en question, reste sujette à des discours révisionnistes de défenseurs de l’œuvre française et autres adeptes du « pour et contre », qui devraient tous rester muets face à une telle démonstration. D’autre part, ces portraits demeurent un outil implacable de compréhension du rapport dominant/dominé, traversant toujours et à diverses échelles nos sociétés contemporaines – de manière certes moins absolue que dans la situation coloniale, mais tout aussi carnassière et révoltante.

NATIONALISME NOIR AMERICAIN

Classé dans : PANAFRICANISME — tebawalito @ 10:23

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Nationalisme noir aux États-Unis

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.

 

 

Le Black nationalism (Nationalisme noir) est un un mouvement social et politique américain né dans les années 1850, alors que l’esclavage était encore légal aux États-Unis.

Il est devenu plus populaire avec Marcus Garvey dans les années 1920, un des prémisses du mouvement des droits civiques. La Universal Negro Improvement Association and African Communities League de Marcus Garvey était influencée par ses prédécesseurs, Martin Delany, Henry Sylvestre-Williams, Dr. Robert Love et Edward Wilmot Blyden. La UNIA voulait utiliser la force économique afin d’influencer un sentiment communautaire entre les « Africains, qu’ils soient chez eux ou ailleurs » (« those at home and those abroad »).

Proches du mouvement panafricain, certains adhérents du Black nationalism revendiquent la création d’une nation afro-américaine séparée aux États-Unis, d’autres revendiquent le retour en Afrique, et d’autres enfin revendiquent plus simplement un statut spécifique au sein des États-Unis : école séparées, quartiers particuliers, entreprises aux effectifs et aux clientèles essentiellement noires.

Sommaire

[masquer]

//Fondateurs Sous le pseudonyme d’Augustine, Lewis Woodson a écrit des lettres entre 1837 et 1841, publiées dans le journal Colored American, qui prônaient des initiatives, indépendantes de la bienveillance des Blancs, visant à créer des institutions propres aux Noirs américains (dont des églises, des écoles et des journaux). Alors que l’esclavage était encore en place, Woodson insistait sur la nécessité de s’organiser afin d’aider la communauté noire une fois l’esclavage aboli – ce qui n’a été fait qu’après la guerre de Sécession (1861-1865) avec le Treizième amendement à la Constitution. Contrairement à d’autres anti-esclavagistes, Woodson n’a jamais milité en faveur d’une émigration vers l’Afrique ou pour une révolte des esclaves. Il a été considéré par l’historien Floyd Miller comme le « père du nationalisme noir » [1].

Développement

Marcus Garvey en 1924.

Le développement du nationalisme noir aux USA date essentiellement du début du XXe siècle. Il va s’exprimer à travers divers organisation, plus ou moins marquées d’influences religieuses.

United Negro Improvement Association

Articles détaillés : Marcus Garvey et United Negro Improvement Association.

La première grande organisation nationaliste est créée par Marcus Garvey aux États-Unis en 1917. Il s’agit de l’Association universelle pour l’amélioration de la condition nègre (United Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). La devise de cette association était « Un Dieu ! Un But ! Une Destinée ! » (« On God! One aim! One destiny! »). Installé à Harlem au lendemain de la Première Guerre mondiale, de 1918 à 1922, Marcus Garvey est mondialement connu, et prêche pour un retour des noirs en Afrique, seul façon de conquérir l’indépendance.

Son discours politique est étroitement mêlé d’influences religieuses : « Laissons le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d’Isaac et de Jacob. Nous, les Nègres, croyons au Dieu d’Ethiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges. C’est le Dieu auquel nous croyons, et nous l’adorerons à travers les lunettes de l’Ethiopie »[2].

En 1921, le révérend James Morris Webb prononce un discours cité par le quotidien conservateur Daily Gleaner : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance ». Garvey reprendra cette prophétie, qui lui sera par la suite attribuée, et qui lui vaut d’être encore considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari.

Moorish Science Temple of America

Article détaillé : Moorish Science Temple of America.

Une autre organisation ayant eu une certaine importance est le Moorish Science Temple of America (le temple de la science maure d’Amérique), ou Holy temple of moorish science, une organisation religieuse fondée en 1913 à Newark dans le New Jersey, et prétendant être musulmane. En pratique, le groupe est un syncrétisme puisant certaines de ses sources (outre l’islam) dans le bouddhisme, le christianisme, la franc-maçonnerie, le gnosticisme et le taoïsme.

Son principe fondamental est que les Afro-Américains étaient d’ascendance maure, et étaient de ce fait d’origine musulmane.
Le créateur et prophète du groupe était Noble Drew Ali, né Timothy Drew (1886-1929) en Caroline du Nord. Le groupe avait sa propre version du Coran, supposée avoir été perdue par les autres musulmans, et étant la forme véritable du Coran. Le nom donné à ce livre est Holy Koran of the Moorish Science Temple of America, parfois abrégé en Circle Seven Koran.
Ali enseignait que les maures étaient « asiatiques », et qu’il existait seulement deux peuples sur la planète, les Européens et les Asiatiques. Les peuples de l’Asie, de l’Afrique, et du Pacifique, mais aussi les latino-américains, et le peuple autochtone des Amériques étaient tous considérés comme « asiatiques » dans des enseignements du Temple. Pour celui-ci, les Européens représentaient « l’individu inférieur » (Satan), chassés de la Mecque par les musulmans asiatiques. En pratique, la nouvelle religion exaltait le nationalisme noir et s’adressait surtout aux afro-américains. Marcus Garvey, était particulièrement respecté, du moins après qu’il soit devenu connu (le Moorish Science Temple a été créé avant l’UNIA).

La pensée politique du groupe était peu développée, mais l’insistance sur la supériorité noire et le destin spécifique des noirs, les références à Marcus Garvey, font du Moorish Science Temple une organisation nationaliste noire.

Bien que l’organisation elle-même n’ait pas eu un poids très important, elle va avoir une influence intellectuelle déterminante sur ce qui deviendra un des plus important courant nationaliste noir aux USA, la Nation of Islam (Nation de l’Islam).

Nation of Islam

 

Elijah Muhammad dans les années 1960.

Articles détaillés : Wallace Fard Muhammad, Elijah Muhammad et Nation of Islam.

La Nation de l’Islam, ou Lost – found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelée Allah Temple of Islam[3] est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communauté africaine-américaine, et a été fondée à Detroit, dans le Nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad. La Nation de l’Islam pense que celui-ci est le Messie (ou le Mahdi) attendu par les musulmans. L’organisation finira même par aller sensiblement plus loin, en le considérant comme Dieu incarné[4].

L’organisation développe un discours mélangeant religion, politique et séparatisme radical :

  • L’islam est la véritable religion de l’homme noir, et est réservée aux Noirs, et en théorie aux autres populations « de couleur ». Selon un discours d’Elijah Muhammad : « vous pouvez facilement les distinguer [les Blancs] de nos peuples (foncé, brun, jaune ou rouge) »[5]. En pratique, il n’y a jamais eu de véritable tentative de la NoI de s’adresser à d’autres groupes ethniques que les Afro-américains. L’islam insiste au contraire sur sa vocation universelle[6].

  • Les Blancs sont une race inférieure, créée par un scientifique noir, du nom de Yakub[7], il y a 6000 ans. Ils sont les représentants du diable sur la terre, mais les prophéties annoncent la fin de leur règne. « L’homme noir a produit ces quatre couleurs : brun, rouge, jaune et blanc [...] l’homme noir, pourtant, est le créateur de tous [...] Maintenant, le grand Mahdi[8] (Dieu en personne) avec sa sagesse, connaissance et compréhension infinies, va remettre l’homme noir originel dans la situation originelle ou il était au commencement, le Dieu et le gouverneur de l’univers »[5]. « Nous avons vu la race blanche (démons) dans le ciel, parmi les justes, causant des troubles [...], jusqu’à ce qu’ils aient été découverts. [...] Ils ont été punis en étant privé des conseils divins [...] presque ravalés au rang des bêtes sauvages. [...] sautant d’arbre en arbre. Les singes en procèdent. [...] Avant eux, il n’y avait rien comme les singes et les cochons »[9].

  • Les mariages inter-raciaux sont interdits : « Nous croyons que les mariages mixtes ou le mélange des races devraient être interdits »[10].

  • Volonté de créer un État indépendant noir, par exemple dans le Sud des États-Unis, quitte à organiser un déplacement massif des Noirs vers ce nouveau pays. « Nous voulons que notre peuple en Amérique dont les parents et grands-parents étaient des descendants d’esclaves puisse établir un État séparé »[11]. Ce projet n’a cependant jamais réellement été soutenu par des initiatives concrètes : « le séparatisme racial que Muhammad a pratiqué était plus symbolique que toute autre chose, limité à construire une identité noire et à la création d’institutions et d’entreprises dirigées par des Noirs. Les changements-tremblements de terre, tels que la destruction du « diable blanc » et la tache monumentale du transport et de la réinstallation de vingt millions de Noirs ailleurs, ont été laissés à Allah, qui choisirait sa propre heure pour agir »[12] ». La participation aux élections est interdite, et les membres refusent de faire leur service militaire[13].

L’organisation va connaître une forte croissance à partir des années 1950, assez largement sous l’influence de Malcolm X, jusqu’à compter des dizaines de milliers de membres dans les années 1960.

La majorité des membres vont se rallier à l’Islam sunnite orthodoxe à partir de 1975, sous l’influence du fils et successeur d’Elijah Muhammad, Warith Deen Muhammad. Ce faisant, ils cessent de se réclamer du nationalisme noir. Les partisans de Warith Deen Muhammad « professent maintenant l’harmonie raciale, l’amour fraternel et le patriotisme américain »[14]. Warith Deen Muhammad participera ainsi à une prière œcuménique au congrès américain dans les années 1990, sous la présidence de Bill Clinton. Les communautés relevant de ce mouvement sont ouvertes à toutes les races, même si elles restent en pratique surtout composées d’africains-américains[15]. Une sensibilité communautaire voir nationaliste reste donc très présente chez les musulmans noirs sunnites, même si le nationalisme n’est plus officiellement revendiqué. Les membres de cette tendance sont entre 1 et 2 millions aux États-Unis[16].

Une minorité des membres de l’ancienne Nation of Islam a refusé l’évolution vers le sunnisme, et l’abandon officiel du nationalisme noir. Ils ont repris en 1981 le nom de Nation of Islam, et sont dirigés depuis cette époque par Louis Farrakhan. Le refus des mariages mixtes et un états séparés sont toujours revendiqués[17]. Cependant, la NoI actuelle ne refuse plus le vote aux élections américaines. Celui-ci est même encouragé : Pour « la véritable réhabilitation politique de la communauté [noire], minister Farrakhan s’est ré-enregistré pour voter en juin 1996 et a formé une coalition d’organisations religieuses, civiques et politiques pour porter la voix de ceux qui sont privées des droits civiques dans le paysage politique »[18]. Le nationalisme est donc en pratique réinterprété vers une autonomie culturelle et économique des noirs, plus que vers leur indépendance politique.

Les « hébreux noirs »

Article détaillé : Hébreux noirs.

Les Hébreux noirs sont un ensemble de groupes considérant que les Israélites de l’Ancien Testament étaient en fait des Noirs, et que les Noirs actuels sont leurs descendants. Les thématiques de l’esclavage, de la délivrance, de l’exode, expliquent cette identification aux anciens Hébreux, et la thématique du « Peuple élu » renforce la fierté noire.

Le mouvement des Hébreux noirs est hétérogène. Ainsi, certains groupes sont violemment racistes, d’autres non. Certains refusent aux juifs blancs le statut de véritables Israélites, quand d’autres l’acceptent. Certains prônent l’émigration vers l’Afrique, d’autres vers la « Terre sainte », d’autres encore préfèrent se maintenir aux États-Unis, mais en revendiquant une forte autonomie communautaire.

La première organisation identifiée est la Church of the Living God, the Pillar Ground of Truth for All Nations, fondée en 1886 à Chattanooga.

La Church of God and Saints of Christ est organisée par William Saunders Crowdy, en 1896. Comme son nom l’indique, elle mélange des pratiques juives et chrétiennes. Elle ne se revendique pas officiellement du nationalisme noir, mais son fort particularisme ethno-religieux l’en rapproche. Elle est basée à Belleville, en Virginie.

La African Hebrew Israelite Nation of Jerusalem a été fondé dans les années 1960 à Chicago par Ben Carter. Le groupe pratique la polygamie, rejette le Talmud, est végétarien, et a majoritairement émigré à partir de 1969, d’abord vers le Liberia, puis vers Israël. Il n’est pas reconnu comme juif par l’état d’Israël, et considère que les noirs américains descendent des dix tribus perdues d’Israël, et sont le véritable peuple élu.

La Nation of Yahweh est un groupe ultra-nationaliste, prônant la supériorité raciale des noirs. Il a été créé à la fin des années 1970 près de Miami, en Floride, par Yahweh ben Yahweh (Hulon Mitchell Junior). Les membres du groupe sont les « vrais juifs », et les blancs sont qualifiés de « diables blancs », dans une rhétorique similaire à celle de la Nation of Islam des débuts. Tom Metzger, du groupe raciste White aryan resistance, les a qualifiés de « notre contrepartie noire »[19].

La Israelite Church of GOD in Jesus Christ a été fondée par Abba Bivens à Harlem, dans les années 1960. Elle est ouverte aux noirs, latino-américains et indiens (en pratique essentiellement les noirs), mais pas aux blancs. Ceux-ci sont assimilés aux édomites de l’ancien testaments, ennemis des Juifs[20]. Le groupe est un des plus puissants.

Le Black Panther Party

Article détaillé : Black Panther Party.

Le Black Panther Party a été fondé en 1967 en Californie. Contrairement aux autres groupes nationalistes noirs, les Black Panthers n’avaient pas de références religieuses. Il prônait l’auto-organisation des noirs et l’auto-défense, et s’affichait comme défendant le droit au libre port d’armes, y compris en public. Le parti s’est dissous au début des années 1970, sous la double pression de la répression du FBI (programme COINTELPRO) et des divergences internes (opposition entre Eldridge Cleaver, qui sera exclu et formera la Black Liberation Army, et David Hilliard).

Selon le programme en dix points du parti (Ten Point Plan) :

«1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer le destin de notre Communauté noire.
2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple.
3. Nous voulons la fin du vol de notre Communauté noire par les capitalistes.
4. Nous voulons des habitations décentes, propres à l’hébergement de personnes.
5. Nous voulons une éducation pour notre peuple qui expose la véritable nature de cette société Américaine décadente. Nous voulons une éducation qui nous enseigne notre véritable histoire et notre rôle dans la société d’aujourd’hui.
6. Nous voulons que tous les hommes noirs soient exemptés du service militaire.
7. Nous voulons la fin immédiate de la brutalité policière et du meurtre des personnes noires.
8. Nous voulons la liberté pour tous les hommes noirs détenus dans des prisons municipales, de comtés, d’État et fédérales.
9. Nous voulons que toutes les personnes noires amenées en cour soient jugées par leurs pairs ou par des personnes de leurs communautés noires tel que défini dans la Constitution des États-Unis.
10. Nous voulons des terres, du pain, des logements, de l’éducation, des vêtements, la justice et la paix. »

Le groupe pratiquait un nationalisme modéré, et ne revendiquait pas d’État noir spécifique, tout en considérant que les Noirs états-uniens formaient une nation à part entière :

« Nous, le parti des Panthères noires, nous voyons les Noirs comme une nation à l’intérieur d’une nation, mais pas pour des raisons racistes. Nous le voyons comme une nécessité qui s’impose, si nous voulons progresser en tant qu’êtres humains et vivre sur cette terre en accord avec autres peuples [...] Si les gens veulent s’intégrer – et je présume qu’ils y arriveront d’ici cinquante ou cent ans – c’est leur affaire. [...] Le racisme et les différences ethniques permettent au pouvoir d’exploiter la masse des travailleurs de ce pays parce que c’est par là qu’il maintient son contrôle[21]. »

Objectifs 

Malcolm X.

Certains nationalistes noirs ont milité pour le retour en Afrique. Le dirigeant le plus connu de cette tendance a été Marcus Garvey. Cette idéologie a donné naissance à des choix individuels de petite envergure au cours du XXe siècle mais n’est plus activement défendu par des organisations afro-américaines d’envergure.

D’autres nationalistes ont milité pour un État séparé en Amérique, plutôt dans le Sud des États-Unis, quitte à pratiquer ensuite des échanges de population, les noirs quittant les USA pour s’installer dans le nouvel État, et les blancs quittant celui-ci pour gagner les USA. Un courant important ayant revendiqué une telle solution est Nation of Islam. L’organisation est toujours officiellement fidèle en 2007[22] à un tel projet, mais celui-ci ne semble plus activement défendu.

COMBAT NOIR AMERICAIN

Classé dans : DROIT ET MILITANTISME — tebawalito @ 8:59

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LA RÉSISTANCE AU « BUSING » OU LA (RE)SÉGRÉGATION SCOLAIRE

En 1968, la Cour suprême avait exigé que soient préparés des plans d’intégration scolaire susceptibles de fonctionner immédiatement ; elle avait propose l’emploi d’autobus pour amener les élèves hors de leurs quartiers de résidence. C’est cette pratique que l’on a surnommée « busing ».

En 1970, les progrès en terme d’intégration scolaire sont encore un rêve : les écoles intégrées demeurent l’exception dans le Sud, et sont encore plus rares dans le Nord, et les réticences au système du busing révèle la profondeur de la résistance à l’intégration : Nixon est opposé au busing, et fait en sorte que le ministère de la justice ralentisse l’application du décret de la Cour suprême. En réaction, des militants noirs accusent publiquement Nixon d’infraction à la loi. La NAACP obtient gain de cause en portant plainte devant la Cour suprême, qui confirme à nouveau son appui au busing en 1971.

Mais l’opposition est surtout palpable dans la société américaine. A Boston, les écoles noires sont surpeuplées, et en 1974 des parents portent plainte contre les autorités qui selon eux freinent l’intégration ; le jugement conclue que la ville de Boston a agi à maintes reprises dans l’intention délibérée de ségréguer les écoles. Mais beaucoup d’ouvriers parents d’élèves ne l’entendent pas ainsi et sont personnellement opposés au busing. La tension monte, et des affrontements ont lieu le jour de la rentrée. Pour éviter le mélange avec des enfants noirs, les Blancs partent de plus en plus en banlieue et inscrivent leurs enfants dans les écoles privées. Les écoles déjà peu intégrées sont ainsi reségréguées de fait, et le même scénario se produit dans de nombreuses autres villes américaines.

Ford, président intérimaire après la démission de Nixon, n’accorde aucun crédit pour les programmes sociaux sans pour autant remettre en cause le système bien qu’il y soit personnellement opposé. Carter, lui, démocrate du Sud profond, a grandi dans des principes de tolérance et d’égalité raciale, et il sollicite le vote noir : en novembre 1976, il est élu avec 94 % des suffrages noirs : grâce aux nouvelles inscriptions sur les listes électorales, il conquiert tous les Etats du Sud sauf la Virginie. Mais il ne fera rien de particulier en faveur des Noirs.

Ces réticences aux programmes d’aide aux Noirs émises par de nombreux Blancs met en lumière tous les dilemmes de l’affirmative action.

LE DILEMME DE L’AFFIRMATIVE ACTION

L’affirmative action, présentée par JFK en 1961 et dont les principes ont été définis en 1965 par Johnson, consiste, pour les entreprises privées et l’administration, à « réparer » les dommages engendrés par des siècles de discrimination en faisant un effort délibéré pour embaucher et promouvoir des employés noirs à tous les niveaux de responsabilité. Selon le principe, les Noirs doivent constituer dans tous les emplois et dans toutes les sociétés un pourcentage égal à celui qu’ils occupent dans la population.

En 1968, le ministère du travail précise les délais, mais n’instaure pas de quotas, car ceux-ci auraient défié le capitalisme et les principes constitutionnels d’égale protection des lois. Cependant, sous les pressions administratives et judiciaires, l’affirmative action progresse. Carter nomme un grand nombre de Noirs à des postes de responsabilité, mais n’impose rien, face à un taux d’inflation très élevé et au déficit budgétaire qui occupent l’essentiel de sa politique. On atteint dans ces années un taux de chômage record chez les Noirs. La récession touche également les autres Américains, et les groupes conservateurs s’élèvent contre le busing et l’affirmative action et globalement contre toute intervention gouvernementale, en plus de militer pour le maintien de la prière obligatoire dans les écoles et contre l’avortement. De plus en plus, d’autres minorités revendiquent une discrimination positive en leur faveur, et privent au final les Noirs de leur spécificité : les revendications noires sont noyées, le sort historique très spécifique des Noirs est gommé.

En 1974, l’affirmative action révèle son dilemme au grand jour. Alan Bakke, étudiant blanc, porte plainte contre son université en déclarant que la procédure de sélection le prive de l’égale protection des lois garantie par le XIVème amendement. La Cour suprême est sollicitée en octobre 1977. Des groupes juifs associés à des groupes conservateurs rejettent le principe de la préférence raciale, contraire selon eux à la Constitution et réduisant l’individu à la couleur de sa peau. En juin 1978, la Cour suprême rend son jugement : elle ordonne l’admission de Bakke à la faculté de médecine, sans pour autant remettre en cause l’affirmative action, tout en condamnant cependant le système des quotas, déclaré inconstitutionnel : l’affirmative action n’est donc pas nécessairement en contradiction avec la Constitution, mais elle n’est pas non plus une obligation légale. Le juge noir Thurgood Marshall, ayant une opinion dissidente, signale que le XIVème amendement n’empêche pas de remédier aux injustices historiques… l’argument est également avancé par les militants et la communauté noirs. Mais le dilemme de l’affirmative action est insoluble, et le cas par cas fait tomber les énoncés généraux du principe.

LA « NOUVELLE DROITE » AU POUVOIR : LE PROBLÈME NOIR SERAIT RÉGLÉ

En août 1979, Andrew Young, représentant noir des Etats-Unis à l’ONU nommé par Carter, rencontre Yasser Arafat alors que le gouvernement interdisait tout contact avec l’OLP avant la reconnaissance d’Israël par l’organisation palestinienne. Young démissionne. Les leaders noirs condamnent Israël pour ses relations avec l’Afrique du Sud, et approuvent la rencontre entre la SCLC et Arafat.

En décembre 1979, un bourgeois noir tranquille de Miami est battu à mort après avoir grillé un feu rouge par quatre policiers. Au mois de mai 1980, le jury entièrement blanc acquitte les quatre prévenus. Le verdict déclenche trois jours d’émeutes qui feront 17 morts, 10 noirs et 7 blancs.

Les Noirs votent quand même à 90 % pour Carter, mais Reagan est élu et les sénateurs partisans de la lutte pour les Droits civiques perdent leur siège. La « nouvelle droite » ne croit plus que les solutions aux problèmes sociaux peuvent se trouver entre les mains du gouvernement (et à la charge du contribuable…), et dénonce une « mentalité d’assistés » ; elle considère en fait l’égalité raciale obtenue. Reagan nomme le Noir Colin Powell au Conseil national de Sécurité ainsi que plusieurs autres noirs dans son administration, tous ultraconservateurs. 75 % des entreprises travaillant avec l’Etat sont dispensés de respecter les normes à l’égard des minorités. La Cour suprême quant à elle est de plus en plus conservatrice.

Officiellement, pour le gouvernement, le « problème noir » a ainsi disparu, alors que les ghettos noirs sont presque totalement en marge de la société américaine et en proie à une violence de certains de leurs habitants, strictement apolitique (le mouvement politique noir étant quasiment nul) et pouvant se déclencher à tout moment.

Le militant noir Jesse Jackson échouera pour obtenir l’investiture démocrate pour les élections présidentielles de 1988, et finira par soutenir Bill Clinton en 1992. Cette même année est celle de l’affaire Rodney King et des émeutes sanglantes de Los Angeles.

EN GUISE DE CONCLUSION, UNE ANALYSE DES ÉMEUTES DE LOS ANGELES

Les émeutes de 1992 à Los Angeles ont pour point de départ le verdict du procès ayant fait suite au passage à tabac policier extrêmement violent du chauffard récidiviste Rodney King après un délit de fuite, en mars 1991. La scène est filmé par un passant : Rodney King est frappé à terre par les policiers 26 fois en 81 secondes, et échappe de peu à la mort.

Sur la demande des avocats des accusés, la cour d’appel accepte de déplacer le lieu du procès des policiers et de recruter un jury dans un quartier aisé, habité par plus de 20% de policiers blancs. Rodney King ne comparait pas à la barre. Les images du tabassage sont projetés lors du procès. Mais les policiers sont acquittés.

Après l’annonce du verdict les ghettos de Los Angeles s’embrasent. Il nous a paru judicieux de conclure le dossier sur quelques réflexions à propos de ces évènements écrites par Philippe Paraire dans son excellent ouvrage (Les Noirs américains, généalogie d’une exclusion), qui avec un ton souvent ironique et pour le moins pessimiste fait le tour de la question noire aux Etats-Unis, dans son histoire et son actualité (jusqu’en 1992). Cette analyse demeure celle d’un auteur et ne saurait sans doute convaincre tout le monde : le militantisme noir n’est pas mort et a survécu à travers des héritiers de Malcolm X en particulier, aussi divers soient-ils (on peut penser au mouvement MOVE de John Africa duquel est proche Mumia Abu-Jamal, ou encore aux revendications politiques d’artistes noirs comme Public Enemy qui se placent en filiation directe avec le militantisme radical des années 60) ; mais la réalité de la décomposition sociale et du conservatisme (raciste) profond a indéniablement pris le pas sur l’espoir d’un changement politique porté par un militantisme organisé.

« L’émeute de 1992 n’a pas la pauvreté pour cause, mais seulement pour prétexte et pour décor ; c’est plus une révolte de la frustration qu’une rébellion sociale ; en réalité, le matraquage publicitaire crée tellement de faux besoins dans les mentalités des Noirs des ghettos que des milliers de personnes sont actuellement en prison pour des années, après avoir seulement dévalisé les rayons de survêtements et de chaussures de sports ainsi que les départements vidéo des grands magasins. Il est significatif d’observer qu’une infime minorité de pillards sont accusés de vol de nourriture, ou d’attaque de banques, et encore moins de violences contre les forces de l’ordre, curieusement absentes durant la première journée. Los Angeles 1992 n’est ni une émeute pour les droits civiques (les Noirs, de nos jours, ne votent pas plus que les Blancs, après s’être battus pourtant avec acharnement pour l’égalité civique), ni une jacquerie du Tiers-Monde, du type Sao Paulo ou Kinshasa. Simplement, le modèle idéologique imposé par le mode de vie blanc, véhiculé par la publicité, les séries télévisées, le cinéma et le show-business crée un sentiment collectif de paupérisation relative qui dégénère en complexe de frustration.[…]Il paraît assez clair au vu des évènements, que la généralisation des fantasmes de la haine raciale […] a empêché l’éclosion d’une conscience révolutionnaire chère aux penseurs anciens. Car la majorité des Noirs a désapprouvé les violences. Non seulement la population totale de South Central n’était pas sur les lieux des incendies, des meurtres et des pillages, loin s’en faut, mais, en plus, les scènes de solidarité collectives, au moment du nettoyage des rues de la ville par les habitants noirs et hispaniques de South Central ont montré l’aveuglement des pillards : c’est l’environnement urbain du ghetto, déjà pauvre, qui avait été le plus durement touché par la violence de la foule. On comprend bien dans ces conditions pourquoi les leaders institutionnels du mouvement noir auraient préféré que l’émeute se fixât des objectifs plus politiques ; mais le confinement a joué plein son rôle stratégique (celui, sans doute, pour lequel il a été conçu) : les émeutiers ont trouvé face à eux la garde nationale qui leur a coupé la route des quartiers chics du Nord et de l’Ouest. Les leaders du NAACP et de l’AME, ainsi que Jesse Jackson lui-même, ont appelé au calme parce qu’ils ont immédiatement compris la pauvreté politique de l’émeute et son manque absolu de perspectives. Rodney King, manipulé par le Ministère public, a fait de même ; tous les Noirs établis avaient compris, dès les premiers incendies et les premiers morts, que la frange la plus décidée et incontrôlable des ghettos ne serait pas suivie par la masse noire. Celle-ci, dépolitisée par quinze ans de déceptions successives, est restée sceptique quant aux chances de victoire militaire contre le système blanc, en l’absence d’une réelle organisation du type Black Panthers ou Black Muslims, qui avaient en leur temps su jouer un rôle politique d’encadrement et de direction déterminants. »Evoquant la prolifération des gangs (dont font partie plus de 100 000 Noirs et Hispaniques dans la seule ville de Los Angeles) et les pillages lors des émeutes de 1992, Philippe Paraire conclue : « Causes futiles de duels à l’arme à feu, vendetta dont les raisons finissent par se perdre, tradition et sens de l’honneur, tabassages, lynchages, rien dans ces pratiques ne peut aider à la renaissance d’une identité noire. Tout cela se construit à partir des fantasmes meurtriers du cinéma ou des bandes dessinées crées par le monde blanc. Dès lors, on peut se demander si le déficit d’identité de la communauté afro-américaine des Etats-Unis n’a pas atteint un tel degré qu’il soit difficile de parler encore d’une nation noire dans ce pays… ».Sources
Histoire des Noirs américains au 20ème siècle, Nicole Bacharan
Les Noirs aux Etats-Unis, Claude Fohlen
La société américaine, 1865-1970, Claude Fohlen
Histoire intérieure des Etats-Unis au 20ème siècle, Jacques Portès et Pierre Melandri
Les Noirs américains, généalogie d’une exclusion, Philippe Paraire

PJ
mise en ligne : 01.03.2004

 

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» Mumia Abu-Jamal – En direct du couloir de la mort

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COMBAT NOIR AMERICAIN dans DROIT ET MILITANTISME spacer
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MARTIN LUTHER KING A BIRMINGHAM

L’épisode d’Albany a quelque peu affaibli la position de la SCLC, mais l’association doit alors se lancer dans une bataille des plus difficiles, à Birmingham. Dans cette ville d’Alabama, les traditions sudistes perdurent, le Ku Klux Klan est très actif et la police est ouvertement raciste.

Le révérend Shuttlesworth de Birmingham, membre du Mouvement Chrétien d’Alabama pour les Droits de l’Homme, proche de la SCLC, rejoint les étudiants qui boycottent les magasins. Mais le Ku Klux Klan allié à la police menace les commerçants et leur ordonne de maintenir la ségrégation.

La SCLC met alors en place un projet dit « Projet C » (C comme confrontation), car King et ses partisans savent bien que les Sudistes ne peuvent se laisser convaincre par les bons sentiments, mais que, par contre, la pression des évènements et de l’opinion publique peuvent pousser les autorités, aussi racistes soient-elles, à agir. Il s’agit donc pour les militants de provoquer la violence.

En avril 1963, le SCLC démarre la campagne qui tend à la déségrégation des bars. Les militants sont arrêtés. En réaction, le tribunal local interdit toute forme de manifestation. Cette fois, à la différence d’Albany, Martin Luther King donne l’exemple de la désobéissance civile et se fait emprisonner. Il est libéré après une intervention du président Kennedy.

Le pasteur décide d’associer au mouvement les lycéens et écoliers noirs. Le 2 mai, une marée d’enfants manifeste jusqu’à l’hôtel de ville, et le soir, plus de 1000 d’entre eux sont arrêtés par la police. Le 3 mai, 2000 enfants manifestent. La police réquisitionne les lances à incendie des pompiers pour disperser les enfants, et lance les chiens ; les marcheurs se réfugient dans l’église : les photos de la répression font la une des journaux.

Au fil des jours, les manifestations prennent de plus en plus d’ampleur, et les prisons débordent. Certains journalistes et militants contestent les méthodes de King en déclarant que les progrès viennent d’une éducation en profondeur, d’un travail patient, et non de provocations. Des émeutes ont lieu dans la ville. Le 10 mai, la SCLC annonce un accord ; mais tout le monde ne l’entend pas ainsi, et les Noirs font face dans les rues à la Garde nationale, que JFK fédéralise en plus d’envoyer des troupes fédérales ; le président impose le retour au calme.

Kennedy se lance enfin dans des discours contre la ségrégation : « la race n’a pas de place dans la vie ou dans la loi américaine ». Mais les ségrégationnistes ne baissent pas les armes, et un secrétaire de la NAACP est abattu.

LE NOUVEAU PROJET DE LOI DE KENNEDY

Le 19 juin, JFK présente son projet de loi au Congrès : il s’agit de proscrire la ségrégation dans tous les lieux publics, d’habiliter le ministère de la Justice à engager des poursuites pour permettre l’intégration scolaire, et d’interrompre le financement des programmes sociaux discriminants.

LA GRANDE MARCHE SUR WASHINGTON (23 AOUT 1963) : LE « RÊVE » DE MARTIN LUTHER KING RATTRAPÉ PAR LES INCOMPATIBILITÉS DE VUE ENTRE MILITANTS ET LA REALITÉ RACISTE AMÉRICAINE

La popularité de Martin Luther King est alors à son comble, et il a l’idée d’une marche nationale, à l’image de ce que Randolph avait voulu lancer pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce dernier est d’ailleurs également partisan du projet, que JFK désapprouve.

Mais Martin Luther King et Randolph insistent sur la nécessité d’orienter le mécontentement des Noirs vers un mouvement discipliné et non-violent. Finalement, fin juin, Kennedy donne son aval.

Reçu le 22 juin à la Maison Blanche, King est averti par le président lui-même surveillé de près dans sa vie privé par le FBI que John Edgar Hoover le surveille et le soupçonne tout comme de nombreux membres du Congrès d’être communiste. Le président lui demande de rompre avec certaines personnes de son entourage ; mais le pasteur n’est pas décidé à obtempérer. Il est mis sur écoute et traqué par le FBI : Hoover ne le lâchera plus, envoyant par exemple des lettres anonymes à sa femme pour la prévenir des infidélité conjugales de son mari, ou tentant de semer la discorde au sein de la SCLC.

Lors de la grande marche, toutes les rivalités entre leaders sont tues pour un moment, et des organisations juives, protestantes et catholiques s’allient au mouvement. L’AFL-CIO est absente car elle ne souhaite pas prendre parti… mais des syndicalistes approuvent à titre individuel la marche. Pendant tout l’été 1963, plus d’1 million de personnes manifestent dans le Nord, dans une vaste campagne pour l’emploi et le boycott des loyers. Le 28 août, Washington est envahi d’une foule calme : 250 000 personnes défilent, dont un quart de Blancs.

Lewis, du Snick, avait rédigé un discours incendiaire prenant violemment à parti le gouvernement Kennedy ; mais Randolph le convainc de ne pas le prononcer, pour éviter que les adversaires du projet de loi de Kennedy trouve en ces attaques un argument de plus pour le critiquer. C’est ce jour là que King prononce son fameux discours « I have a dream ».

Le 15 septembre, l’église de Birmingham est dynamité ; 4 fillettes sont tués. La non-violence commence sérieusement à être remise en cause par les Noirs, et une émeute éclate et fait deux morts.

Kennedy est tué à Dallas le 22 novembre.

LES ACTIONS DU SNICK POUR LE VOTE DES NOIRS : L’« ÉDUCATION POPULAIRE » DANS LE SUD

Le nouveau président Johnson soutient le mouvement des Droits civiques depuis 1957.

Dans le Sud, les Noirs ne peuvent pas voter, même dans les villes ou districts où ils sont majoritaires. Le Snick recrute des volontaires dans les universités du Nord pour aller inscrire les Noirs sur les listes électorales dans le Mississippi. Le mouvement lance sa campagne dite d’ « été de la liberté » visant à inscrire des milliers de Noirs sur les listes électorales et défier le parti démocrate du Mississippi.

Des enfants de la bourgeoisie noire et blanche du Nord sont envoyés pour animer des « écoles de la liberté » où ils enseignent la lecture, le calcul mais aussi l’histoire noire ; ils apportent également de l’assistance médicale et organisent des évènements culturels.

Les étudiants passent de ferme en ferme, aident et incitent les Noirs à remplir les formulaires d’inscription pour les listes électorales. A l’été 1964, 17000 Noirs font une demande d’inscription, mais seuls 1600 sont effectivement inscrits sur les listes, les autres étant refusés pour des prétextes toujours plus improbables. Les militants envoient tous les formulaires refusés au ministre de la justice. La réalité raciste du Sud a raison de la conviction militante légaliste du Snick, tandis que Johnson est convaincu que sa réélection passe par le soutien des démocrates traditionnels du Sud, traditionnellement racistes, et ne souhaitent par conséquent pas trop appuyer la cause du vote noir.

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LE « BLACK POWER »

Carmichael et les autres militants radicaux sont héritiers de Malcolm X, partisans de l’autodéfense et d’un nationalisme noir. Ils citent Frantz Fanon, qui justifie l’emploi de la violence dans toute lutte anti-coloniale, car selon Carmichael « les Noirs dans ce pays forment une colonie » .

Mais cet appel au pouvoir ne s’accompagne pas d’un véritable programme politique ; ce « Black power » est selon Luther King un « concept affectif », un état d’esprit pouvant aller de l’organisation de secours sociaux à l’encouragement à la guérilla urbaine.

Les militants renversent toutes les icônes, de l’Establishment jusqu’aux libéraux en passant par les Noirs modérés. Ces revendications s’incarnent par exemple dans la figure emblématique du boxeur Mohammed Ali, qui affirme la beauté noire, la fierté des origines africaines, et le rejet de la haine de soi par l’affirmation de sa puissance. C’est à cette époque qu’est également popularisé le slogan « Black is beautiful ».

A la fin des années 60, seule une petite minorité de Noirs se dit prête à suivre Carmichael, McKissick et les autres radicaux comme Huey Newton ou Bobby Seale, futurs fondateurs du Black Panther Party.

Mais leur impact culturel, psychologique et artistique est considérable ; les étudiants se révoltent contre les valeurs et le savoir des programmes universitaires traditionnels. En 1964, à l’université de Berkeley, éclate une révolte étudiante au sein de laquelle les Noirs sont très actifs ; mais un fossé se creuse entre les « libéraux » blancs et les partisans du « Black power » depuis l’éclatement du mouvement des Droits civiques. Les étudiants noirs demandent le développement de programmes d’ « études noires », où ils exigent d’être séparés des Blancs.

En avril 1967, Mohammed Ali refuse la conscription et déclare ne rien avoir contre le Vietcong.

En février 1968, une violente répression policière s’abat sur ne manifestation étudiant en Caroline du Sud et fait trois morts. Les étudiants de Howard, université de Washington, envoient une lettre ouverte au président de l’université et demandent sa démission, la création d’un centre d’études noires et la réinsertion d’activistes radiés l’été précédent. Ils occupent l’université dans le calme jusqu’à la fin mars.

INTERPRÉTATIONS DIVERSES DU « BLACK POWER » : ENTRE COMBAT INSTITUTIONNEL ET LUTTE RADICALE

Une partie non négligeable du mouvement noir interprète de manière légale et pacifique les aspirations du « Black power » et se tourne activement vers la lutte politique : Carl Strokes est élu maire de Cleveland en 1967, c’est la première fois qu’une grande métropole élit un maire noir.

Au contraire, les leaders initiaux du « Black power » durcissent leurs positions : le Snick et le CORE condamnent fermement Israël en 1967 et s’aliènent définitivement le soutien traditionnel des Juifs libéraux. Carmichael encourage les Noirs à devenir « les bourreaux de nos bourreaux » ; il se rend à Cuba, puis au Nord Vietnam et déclare : « Nous souhaitons n’avoir rien en commun avec le gouvernement des Etats-Unis ou le régime américain. Nous sommes des révolutionnaires ». H. Rap Brown devient président du Snick et pratique également une escalade verbale.

Au printemps 1967, plusieurs émeutes ont lieu dans des universités du Sud.

LA NAISSANCE DU BLACK PANTHER PARTY

En octobre 1966, Bobby Seale et Huey Newton, étudiants à l’université d’Oakland en Californie, fondent le Black Panther Party pour l’Autodéfense, qui reprend le symbole du Snick d’Alabama.

Les inspirations idéologiques clamées sont le communisme révolutionnaire en premier lieu, puis Frantz Fanon, Malcolm X, Mao, le nationalisme noir et révolutionnaire.

Les Black Panthers se défendent des fréquentes accusations de racisme, et évoquent leur combat comme un combat internationaliste et populaire, et non lié à une race : « Le parti a conscience du fait que le racisme est ancré dans une grande partie de l’Amérique blanche, mais il sait aussi que les sectes embryonnaires qui prolifèrent à l’heure actuelle dans la communauté noire ont à leur base une philosophie raciste […]. Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Nous ne combattons pas l’impérialisme par un impérialisme plus grand. Nous combattons l’impérialisme par l’internationalisme prolétarien. […] Nous croyons que notre combat est une lutte de classe et non pas une lutte raciale » (extraits de A l’affût, histoire du Parti des Panthères noires et de Huey Newton de Bobby Seale).

Ils publient un programme en 10 points, réclamant la liberté, le plein-emploi, des logements décents, l’exemption du service militaire pour tous les Noirs américains, la libération des détenus noirs et la fin des brutalités policières. Ils veulent également l’organisation d’un plébiscite dans « toute la colonie noire […] pour déterminer la volonté du peuple noir quant à son destin national ». A Richmond, en 1968, Cleaver déclare : « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une révolution dans la métropole blanche et d’une libération nationale pour la colonie noire ».

« Le programme du Black Panther Party vise en réalité à instaurer le pouvoir populaire. Nous, la colonie noire d’Amérique, nous voulons contrôler notre destin, et c’est ça le Black power »

Le parti conjugue dans son idéologie nationalisme (les Noirs forment un nation), internationalisme (« les Noirs sont des Vietnamiens de l’intérieur », soutien à tous les peuples colonisés) et socialisme (il faut détruire le capitalisme, qui engendre le racisme). Cet activisme déborde de tout ce qui avait été dit et fait avant.

La loi de Californie autorisant le port d’armes, les Black Panthers patrouillent dans le ghetto dans des voitures bourrées d’armes à feu, de livres de droit et de tracts du parti. Lorsque la police interpelle un Noir, ils se postent à côté de la patrouille, lisent les droits à l’interpellé et l’escortent si besoin est jusqu’au commissariat.

Mais ils lancent un surtout un programme d’aide communautaire, en offrant le petit déjeuner aux enfants pauvres, en collectant des vêtements, en proposant une assistance médicale et légale, et en luttant pour réintégrer les locataires expulsés. Angela Davis, militante du parti, met en place un réseau de distribution de sacs de provisions. Des écoles de « libération » et d’histoire noire sont créées. Tout ce service social n’intéresse pas la presse et les Black Panthers ont une très mauvaise image dans l’opinion américaine. Les médias retiennent leur armement, leurs discours provocateurs et insurrectionnels et leur uniforme spectaculaire (veste en cuir, pantalon et béret noirs).

Les Panthers s’entraînent au maniement des armes, à la guérilla urbaine, à fabriquer des cocktails molotov et des grenades. Eux-mêmes déclarent que cet arsenal est purement défensif.

Le langage est très important dans la communication du parti, et Huey Newton excelle dans ce domaine, où il propose par l’utilisation de termes propres aux Noirs de changer l’image que les Noirs ont d’eux-mêmes et de ce qui les entoure : « Nous de définissons pas le tout-puissant administrateur comme « l’homme »… nous le nommons porc »…

En 1967, Elridge Cleaver devient porte-parole du parti, après être sorti de prison pour viol et tentative de meurtre. Il crée l’hebdomadaire The Black Panther, en plus d’écrire pour divers journaux d’extrême gauche ; il réclame une « liberté totale pour le peuple noir ou une destruction de l’Amérique ».

Pour Hoover et le FBI, le BPP constitue la plus grave menace pour la sécurité intérieure des Etats-Unis.

En mai 1967, le parti investit le Sénat de Californie à Sacramento, arme au poing, pour protester contre le projet de loi tendant à limiter le port d’armes.

En octobre 1967, Huey Newton est inculpé pour le meurtre d’un policier. En février 1968, le parti fusionne avec le Snick et Carmichael est nommé « premier ministre » du gouvernement Black Panther.

pages 12345678LA LUTTE STÉRILE DE MARTIN LUTHER KING DANS LES GHETTOS DU NORD : CHICAGO

Martin Luther King est persuadé que les conditions sociales et économiques sont la racine du problème des Noirs dans le ghetto, et il tente de lancer un mouvement à Chicago depuis 1965 pour attirer l’attention sur cette détérioration économique et sociale.

En juillet 1965, il visite plusieurs villes du Nord. A New York et Philadelphie, les leaders noirs ne souhaitent pas sa présence. A Chicago, les Noirs subissent une insatisfaction croissante pendant les années 60. Ils représentent un quart de la population de la ville. Le maire de la ville souhaite renforcer sa coalition de votants et offre aux Noirs des emplois à la mairie tout en soutenant le combat de King à Birmingham et Selma, et il lance un programme de lutte contre la pauvreté dans les quartiers noirs.

700 000 Noirs sont regroupés dans deux immenses ghettos (West Side et South Side), où la discrimination règne en matière d’emploi, de logement et de scolarité. Les sections locales de la NAACP et du CORE protestent contre cette politique d’exclusion. Le problème principal semble être le problème scolaire : les écoles blanches sont sous-occupées, et les noires tellement peuplées qu’elles doivent pratiquer une scolarité double (changement d’élèves le matin et l’après-midi).

Les militants n’obtenant rien, ils demandent l’aide du très populaire King. Le maire y est hostile, mais ne le condamne pas, habilement, mais il souhaite priver la SCLC de toue efficacité. En face, certains syndicats, des églises protestantes et catholiques blanches soutiennent le pasteur. Les Black Muslims de Chicago sont hostiles à King, et beaucoup le trouvent trop modéré, tandis que certains bourgeois noirs contents de leur condition craignent qu’il soit trop révolutionnaire… La NAACP et certains pasteurs noirs ne se joignent pas au mouvement.

King et ses partisans tentent de fédérer la population mais se trouvent face à face avec la passivité de la grande masse du ghetto ; ils se rendent alors compte que le problème scolaire doit être étendu au problème global de la ville, qu’une « guerre aux taudis » doit être déclarée (en janvier 1966).

En février, le maire annonce un programme pour nettoyer les taudis. Luther King récupère les loyers pour payer des nettoyeurs. En juin 1966, le pasteur lance un grand projet contre la discrimination dans le logement baptisé « ville ouverte », qui devient très populaire : en juillet, une grande foule manifeste avec lui devant la mairie. Il inclut également dans ce mouvement des revendications scolaires et pour un revenu minimum. Le lendemain, 11 juillet, la maire rencontre les leaders mais refuse de s’engager.

Des émeutes éclatent alors pendant 4 jours. Le 29 juillet, des manifestants montent la garde devant une agence immobilière ségrégationniste ; une foule les en chasse, et le lendemain, des manifestants noirs sont reçus à coup de briques et leurs voitures sont brûlées. La police ne fait rien.

Le 5 août, King se fait jeter une pierre dans la tête. Cette fois, ce ne sont plus des fanatiques incultes du Sud qui huent les militants noirs, mais bien des ouvriers de petite classe moyenne des grandes villes industrielles, la plupart du temps immigrés de seconde génération, qui veulent la préservation de leurs acquis sociaux et économiques et craignent de voir les Noirs les chambouler.

A l’initiative de Jesse Jackson, futur candidat aux élections présidentielles, une marche est organisée dans le quartier ouvrier de Cicero où travaillent 15 000 Noirs sans pouvoir y habiter. Le Ku Klux Klan et le Parti National se rendent à Chicago. MLK négocie avec le maire et des agents immobiliers, et ils parviennent apparemment à un accord le 26 août. Le projet de marche est annulé. Le mouvement se divise, et 250 marcheurs se rendent tout de même dans les rues de Cicero le 3 septembre. 3000 policiers évitent les affrontements avec la foule hostile, et la manifestation et ses revendications passent totalement inaperçues. Le mouvement et l’action de King ont été stériles.

LA RADICALISATION DE MARTIN LUTHER KING AVANT SA MORT

En avril 1966, le Congrès a enterré le projet de Johnson sur les droits civiques lié en particulier au problème du logement ; les représentants de la nation incarnent bien cette « réaction blanche » prônée par les plus racistes. En Georgie, un gouverneur ouvertement raciste est élu. King est découragé face à l’échec de Chicago ; de plus, il est régulièrement menacé de mort, traqué par le FBI, et subit de graves problèmes financiers.

Pendant l’automne et l’hiver 1966-67, l’état d’esprit et le message du pasteur évoluent tandis qu’il continue à parcourir le pays. Il est sans doute beaucoup plus pessimiste, et dit qu’il faut sans doute « renoncer à l’idée […] que le racisme représenterait simplement un dérapage occasionnel par rapport à la norme »… « Nous avons un très long chemin à parcourir » : la naïveté originelle est bel et bien perdue.

Mais King va plus loin, en s’en prenant de plus en plus au système américain : « il y a quelque chose qui ne va pas dans le capitalisme » et « le plus grand problème […] de l’Amérique est qu’elle abrite 35 millions de pauvres alors que ses ressources sont si vastes que l’existence même de la pauvreté est un anachronisme ».

Il défend l’idée d’un revenu minimum, d’une redistribution fondamentale des richesses, tout en confirmant son refus d’un séparatisme et sa foi en la non-violence ; mais il analyse l’avenir du mouvement en termes de rapports de forces, et non plus en en appelant la bonne volonté de ses adversaires, tout en déclarant que « l’intégration véritable signifie le partage du pouvoir ».

En avril 1967, il prend publiquement position contre la Guerre du Vietnam, ce qui confirme pour le FBI le soupçon d’appartenance au Parti communiste : la guerre sacrifie un nombre considérable de dépenses qui auraient pu être consacrées à des programmes sociaux, le pourcentage des Noirs dans l’armée est anormalement élevé, et le système américain est tout simplement à remettre en cause : « le communisme est une condamnation de notre échec à établir une démocratie véritable ». Il en appelle à une « révolution des valeurs », et à l’objection de conscience.

Des partisans de la SCLC le désavouent publiquement, la presse le critique. Johnson, quant à lui, refuse à jamais d’adresser la parole au pasteur. Cette radicalisation relative de King suscite par contre un certain respect de la part des militants noirs des grandes villes, qui jusqu’ici le rejetaient.

Robert Kennedy, qui a lui aussi modifié son discours et son approche, et en course pour l’élection présidentielle, s’inquiète du sort des Noirs du Sud et recommande à King d’ « amener les pauvres du pays à Washington » : cette « campagne des pauvres » prévoit une désobéissance civile massive. Au même moment, fin mars, King est appelé à Memphis pour soutenir des éboueurs en grève. Le 28 mars, une émeute est déclenchée dans la ville, et les militants du « Black power » s’oppose ici frontalement au combat pour les Droits civiques. La presse tient King pour responsable. Il s’en va puis revient à Memphis le 3 avril, où il prononce ce discours : « J’aimerais vivre une longue vie […] mais cela ne me préoccupe plus. […] Et je suis heureux ce soir. Je ne m’inquiète de rien. Je n’ai peur de personne. Mes yeux ont contemplé la gloire de Dieu ».

LA MORT DE MARTIN LUTHER KING : LA FIN DU MOUVEMENT DES DROITS CIVIQUES

Le lendemain, au balcon de sa chambre d’hôtel, il reçoit une balle dans la mâchoire, qui lui brise la colonne vertébrale ; à l’annonce de sa mort, une énorme explosion de violence se produit dans une centaine de grandes villes du Nord, faisant au total 46 morts, 3000 blessés, et presque 30 000 arrestations. Après sa mort une nouvelle loi est votée contre la discrimination dans le logement, mais une autre est également votée contre les émeutes…

Martin Luther King est enterré le 9 avril à Atlanta, en présence de très nombreuses personnalités publiques (mais Johnson n’assiste pas à l’enterrement). Des zones d’ombre subsistent autour de sa mort.

La SCLC tâche vainement de retrouver un second souffle, tandis que la NAACP et la Ligue urbaine continuent leurs actions. Le « Black power » et le Black Panther Party appellent à la révolte.

Le 5 juin 1968, Robert Kennedy est assassiné à Los Angeles après avoir remporté les primaires de Californie. Le désarroi est encore plus grand chez les militants des Droits civiques. La « campagne des pauvres » est maintenue à Washington, où un vaste campement est installé et nommé « Resurrection City », autour en particulier de Jesse Jackson. Les incidents se multiplient cependant entre jeunes, ainsi que des conflits entre différents groupes ethniques. Les volontaires partent le 19 juin, et 5 jours plus tard la police démantèle le campement et chasse les derniers pauvres à coups de grenades lacrymogènes.

Le mouvement des Droits civiques est mort en même temps que King ; plus jamais les militants noirs ne pourront rassembler en une coalition l’ensemble des forces progressistes du pays, tant les problèmes sont graves et les intérêts divers, à un moment où sur la scène mondiale les idées révolutionnaires ont un retentissement considérable et où la remise en cause totale du système ne semble pas utopique.

 

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